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El Remolino, ou le récit initiatique d'une documentariste sur les rives du fleuve Usumacinta

Wed, 29 Jun 2016 18:24:24 +0000 - (source)

Le documentaire sur le village de El Remolino rassemble des histoires individuelles et collectives face à la caméra et derrière. On aperçoit sur l'image Dana, la fille d'Esther, une habitante du village, alors qu'elle contemple son reflet dans un étang. Image du documentaire issue de la page Facebook de la réalisatrice et publiée avec son autorisation.

La réalisatrice espagnole de documentaires Laura Herrero est arrivée à El Remolino [Le Tourbillon] dans le cadre du tournage d'un documentaire sur la lutte contre les discriminations de trois jeunes filles du sud du Mexique et elle y est restée pour suivre le combat d'Esther et Pedro, des membres d'une communauté locale qui vivent dans ce village mexicain. Les témoignages de ces derniers relatent leur lutte pour et contre la nature, leurs voyages intérieurs et leur identité sexuelle. Les premières histoires sont racontées dans le documentaire Son duros los días sin nada [Les jours de rien sont durs] et les secondes dans celui qui porte le nom de la communauté : El Remolino.

Sorti en 2012,  le premier documentaire, Son duros los días sin nada, évoque les discriminations et les luttes sociales. De son côté, El Remolino, qui a fait partie de la sélection de documentaires du festival nomade Ambulante 2016 au Mexique, est le résultat de deux ans et demi de travail et 11 visites dans la communauté. El Remolino se situe sur les rives du fleuve Usumacinta dans l'Etat du Chiapas et ses habitants vivent selon Laura Herrero « entourés par une nature luxuriante mais fragile [… au cœur de laquelle] ils affrontent le fleuve qui leur amène à la fois moyens de subsistance et inondations. »

Pour Laura Herrero, l'expérience du documentaire ne s'est pas limitée à sa réalisation. Les apprentissages en commun se sont faits simultanément. Dans un entretien avec Crash, la documentariste décrit ces moments où les différents regards portés sur un même élément modifient la perception que l'on a de la capacité d'adaptation. Ainsi, là où une personne étrangère à la communauté voit dans une inondation une catastrophe naturelle, celles et ceux qui habitent la communauté y voient un temps de réflexion et d'introspection.

Images du quotidien : du personnel à l'universel

Le film suit aussi la vie de Pedro et Esther, deux membres de la communauté qui sont au cœur du documentaire et avec qui la réalisatrice a entretenu les liens les plus forts. Dans l'entretien, Laura Herrero les présente comme les piliers de son apprentissage par l'expérience :

Esther [es] una mujer llena de fortaleza que saca adelante a su familia y nos comparte su mundo a través de una pequeña cámara […] Su hermano Pedro [es] un campesino travesti que defiende su identidad y sus sueños.

Esther [est] une femme douée d'une grande force qui fait vivre sa famille et nous fait partager sa vision du monde à travers une petite caméra […] Son frère Pedro [est] un paysan transgenre qui défend son identité et ses rêves.

Interrogée par Ambulante, Laura Herrero a également évoqué l'échange de savoirs avec Esther, qui a découvert à l'occasion du séjour de l'équipe de tournage la fascination de produire des images liées à sa vie quotidienne :

Nos veía a nosotras llegar y grabar con la cámara. Ella hizo una gran reflexión sobre el inmortalizar, el grabar.. Ella consiguió su cámara de video y empezó a grabar. Durante el rodaje, puso una tienda, empezó a estudiar, se compró la cámara… hubo un fortalecimiento muy grande en ella. Empezó a grabar la inundación, a Dana [su hija], a grabar a su papá, las fiestas familiares y poco a poco empezó a hacer imágenes más subjetivas.

Elle nous voyait arriver et filmer avec la caméra. Elle a fait part de ses nombreuses réflexions sur les processus d'immortalisation, d'enregistrement … Elle a pu se procurer une caméra vidéo et a commencé à filmer. Au cours du tournage, elle a monté un commerce, s'est mise à étudier, a acheté la caméra … elle s'est vraiment affirmée. Elle a commencé à filmer l'inondation, Dana [sa fille], elle a filmé son père, les fêtes de famille et elle s'est peu à peu lancée dans la réalisation d'images plus subjectives.

Pedro, le frère d'Esther, est un paysan de 47 ans qui  se définit lui-même comme une femme. Il assume son identité de genre depuis sa jeunesse et, malgré l'incompréhension, les discriminations et l'exclusion auxquelles il a dû faire face, il reçoit maintenant le soutien de sa famille. Laura Herrero confie que que Pedro s'est beaucoup employé à échanger des informations et informer sur sa transition.

Lorsque Crash a demandé à la réalisatrice son avis sur l'état de pauvreté, l'abandon de la part des autorités et le machisme que l'on trouve dans des villages comme El Remolino, celle-ci a répondu :

Es alucinante cómo en estos pueblos tan anclados y pobres […] hay gente como Esther y Pedro, que tengan una lucha política y de identidad sexual. Esther es una mujer que trabaja en el campo y que tiene más ingresos que su marido. Por otra parte, Pedro quiere transformarse al otro sexo y sigue intentándolo. Le da igual, porque [con respecto a su identidad sexual] sabe que no puede tapar el sol con un dedo.”

C'est hallucinant qu'il y ait dans ces villages aussi pauvres et enclavés […] des gens comme Esther et Pedro, des gens qui mènent un combat politique et pour leur identité sexuelle. Esther est une femme qui travaille aux champs et dont les revenus sont supérieurs à ceux de son mari. Pedro veut de son côté changer de sexe et il s'efforce toujours de le faire. Ça lui est égal [de se battre] parce que [pour ce qui est de son identité sexuelle] il sait qu'il ne doit pas se voiler la face.

Enfin, Laura Herrero a aussi souligné l'importance que revêt le fait de raconter des histoires et de les conserver à l'aide de sons et d'images :

Creo que lo primero que hace el cine es embalsamar un momento de la historia, y lo guarda para siempre de una forma. Es importante considerar el cine documental como una manera de mantener esta historia viva y que pueda ser recordada.

Je crois que ce que fait le cinéma est avant tout d'« embaumer » un moment de l'histoire, et de le garder pour toujours, en un sens. Il faut considérer le cinéma documentaire comme un moyen de continuer à faire vivre cette histoire afin d'en conserver la mémoire.


Les travailleurs du Timor oriental au Royaume-Uni inquiets de leur avenir au lendemain du Brexit

Wed, 29 Jun 2016 18:07:36 +0000 - (source)
Through a referendum, the UK has voted to leave the European Union. Photo from the Flickr page of portal gda, CC License

Le Royaume-Uni a voté par référendum la sortie de l'Union européenne. Photo du compte Flickr de portal gda, CC BY-NC-SA 2.0

Le 23 juin 2016, une majorité d'électeurs britanniques s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne. Connu sous le nom de Brexit, le résultat de ce référendum aura d'importantes conséquences non seulement en Europe mais aussi dans de nombreuses régions du monde.

Pour les citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni, l'inquiétude porte surtout sur la résidence et le droit au travail. Le gouvernement va-t-il les obliger à quitter le pays ?

Parmi eux se trouve une proportion significative de ressortissants du Timor oriental. Ce pays est une ancienne colonie portugaise dont les habitants possèdent la double nationalité timoraise/portugaise et sont donc considérés comme des membres de l'Union européenne.

Depuis 2002, date où le Timor oriental a obtenu son indépendance de l'Indonésie, de nombreux Timorais sont venus au Royaume-Uni chercher du travail dans le secteur des services semi-qualifiés et les usines. Au Timor oriental, ce genre de travail n'est pas bien rémunéré mais au Royaume-Uni, il permet de toucher au moins 200 livres par semaine (environ 240 euros). Si l'on gère bien son budget, c'est assez pour vivre tout en envoyant une partie du salaire à la famille restée au pays.

Au lendemain du référendum sur le Brexit, certains Timorais résidant au Royaume-Uni se montrent préoccupés par leur situation. Va-t-on leur demander de renoncer à leur statut d'immigrés ? C'est l‘inquiétude soulevée sur le blog Forum Haksesuk de Celso Oliveira, un ressortissant du Timor oriental qui vit au Royaume-Uni :

Relasiona ho referendum 23/6, mosu preokupasaun hosi governu Timor Leste konaba oinsa futuro ema Timor iha UK post-referendum. Ema Timor tama iha Reino Unido desde Timor Leste hetan liberdadi iha Agostu 1999. To'o ohin loron, Timoroan kontinua sai hosi Timor hodi buka moris iha Reino Unido. Razaun tamba: primieru: ekonomikamente nivel moris iha Timor ema ida sei moris ho dollar ida loron ida.Segundo: Tamba razaun servisu laiha. Populasaun Timor aumenta, numeru dezempregados mos aumenta. Ida ne'e factor principal. Terseiru, ema buka mudansa iha sira ninia moris

Concernant le référendum du 23/06, il existe des incertitudes que le gouvernement du Timor oriental doit apaiser par rapport à ce qui va se passer pour ses ressortissants qui résident au Royaume-Uni. De nombreux Timorais sont partis s'installer dans ce pays depuis que leur pays est devenu indépendant en août 1999 [quand l'immense majorité des Timorais ont voté en faveur de l'indépendance lors d'un référendum populaire]. Aujourd'hui encore, des Timorais quittent leur pays pour aller vivre au Royaume-Uni. Ils sont d'abord motivés par le besoin de survivre sur le plan économique étant donné que de nombreux travailleurs gagnent à peine 1 dollar par jour. Par ailleurs, le chômage est en hausse alors que la croissance démographique demeure élevée. Enfin, beaucoup de gens veulent changer de vie.

Les traités européens qui reconnaissent le droit à la libre circulation des travailleurs de l'UE sont toujours en vigueur aujourd'hui, mais que va-t-il se passer après le Brexit ? Le sort des immigrants portugais du Timor oriental demeure incertain.

En réponse aux inquiétudes de ses ressortissants installés au Royaume-Uni, le gouvernement du Timor oriental les a encouragés à ne pas céder à la panique car des négociations sont prévues entre l'UE et les autorités britanniques concernant les conditions de travail des citoyens de l'UE déjà présents au Royaume-Uni.

Govgerno Assegura Timor oan iha Inglaterra

Le vice-ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Timor oriental Roberto Sarmento de Oliveira Soares a cherché à dissiper les craintes des travailleurs timorais au Royaume-Uni. Capture d'écran du journal Timor Post.

Le gouvernement portugais a pour sa part conseillé à ses ressortissants qui vivent au Royaume-Uni de déposer une demande de permis de séjour permanent tout en effectuant les démarches pour obtenir la double nationalité afin de protéger leurs droits.

Dans le même temps, l'ancien président du Timor oriental et prix Nobel de la paix José Ramos-Horta a exhorté les pays de l'UE à ne pas paniquer et à transformer au contraire la situation en opportunité pour « réinventer » l'alliance régionale :

From afar, my best advice to European leaders is…there is no reason to panic; the EU still has Germany, France, Italy, Italy, Poland and Spain whose combined GDP dwarf that of little UK.

European leaders must display serenity and begin to re-imagine a Union that is more peoples-based, reconnecting with the real people, less focused on the stifling Brussels-based bureaucrats, real culprits and cause of disdain and repudiation; instead of overspending on a wasteful Brussels bureaucracy the new EU should double investments on youth and employment for all, education and innovation.

De là où je me trouve, je ne peux que recommander aux dirigeants européens … de ne pas paniquer ; l'UE a encore l'Allemagne, la France, l'Italie, la Pologne et l'Espagne dont les PNB combinés éclipsent totalement celui du Royaume-Uni.

Les dirigeants de l'UE doivent rester sereins et commencer à imaginer une nouvelle Union davantage tournée vers les peuples, qui renoue des liens avec les vrais gens, moins focalisée sur les bureaucrates étouffants de Bruxelles, vrais coupables et objets de mépris et de rejet ; plutôt que de dilapider de l'argent dans une bureaucratie bruxelloise inefficace, la nouvelle UE devrait doubler les investissements pour la jeunesse et l'emploi pour tous, dans l'éducation et l'innovation.


Les Biélorusses travaillent nus (ordre de leur président)

Wed, 29 Jun 2016 15:50:06 +0000 - (source)
Belarusian Internet users stripped in their workplaces to respond to the President's call to put more effort into their work. Image from Instagram.

Les internautes biélorusses se sont déshabillés pour obéir à l'ordre du président de faire plus d'efforts dans leur travail. Image sur Instagram.

Les citoyens biélorusses ne sont pas d'ordinaire connus pour accepter de bon gré les ordres de leur président depuis une éternité, Alyaksandr Lukashenka. Son régime autoritaire ferait plutôt froncer les sourcils. Mais comme pour chaque règle, il y a des exceptions.

Le  22 juin, le président Lukashenka a fait un discours lors de la rencontre pan-biélorusse, et l'a conclu par un appel aux Biélorusses qui espèrent une vie meilleure.

Наша жизнь в простом. Надо раздеваться и работать. До седьмого пота. Не будет этого – погибнем.

Our life is about simple things. We must get undressed and get to work. Work till we sweat. If we don't, we'll perish.

Notre existence dépend de choses simples. Nous devons nous déshabiller et nous mettre au travail. Travailler jusqu'à en transpirer. Si nous ne le faisons pas, nous périrons.

La vidéo du discours a fait le tour des réseaux sociaux : incrédules, les internautes ont essayé d'avoir confirmation que le mot utilisé était bien “se déshabiller” (раздеваться) et non “se développer” (развиваться), de prononciation proche.

Mais la retranscription du discours publiée sur le site de la présidence a bien confirmé la chose. Et les Biélorusses se sont mis à la tache avec enthousiasme.

Très vite, les réseaux sociaux ont été inondés de photos et de vidéos de (jeunes pour la plupart) Biélorusses dans leur bureau ou sur leur lieu de travail, tout à fait nus, les endroits stratégique dissimulés par des dossiers, des tables de bureau, des ordinateurs, et absorbés par leur travail quotidien. Le site d'information biélorusse CityDog a compilé  les meilleures photos de ce flashmob en ligne.

#раздеватьсяиработать #ялюблюсвоюработу #чутьчтомыодеты #четкаяконспирация #minsk

A photo posted by Маргарита Воропаева (@margo_voropaeva) on

Батька сказал раздеться и работать, мы разделись и работаем)
#раздеватьсяиработать
#корпоративныйстиль
#irmcreative

A photo posted by @ssnnooppooyy on

Batka (Lukashenko's nickname) said we should get naked and work, so we got naked and are working.

Batka (surnom de Lukashenko) a dit que nous devions nous déshabiller et nous mettre au travail, alors nous nous sommes déshabillés et nous travaillons.

#раздеватьсяиработать и мы последуем совету!)) #Fistashki #коллегидрузья

A photo posted by @budenis on

We'll follow the advice as well))

Nous aussi avons suivi le conseil:)))

Все только для того, чтобы поднять экономику страны. #раздеватьсяиработать #lukashenko #belby #belbeznalby #computer #shop #work #ignat #жилистый #флешмоб

A photo posted by Alexandr Ignatovich (@fun_bayern) on

Anything to prop up the country's economy.

Tout pour soutenir l'économie du pays

Au final, des milliers de Biélorusses ont posté des photos sur Instagram, Facebook, et Twitter avec le hashtag #раздеватьсяиработать (#déshabillezvousettravaillez).

#раздеватьсяиработать #музейбровки #ниднябезбровки #музей

A photo posted by Музей Петруся Броўкі (@museum_brovka) on

Сегодня я прополола клубникуА как ты исполнил государственное поручение #раздеватьсяиработать? Не коси, #раздевайсяиработай

A photo posted by Viktoriya Akvinskaya (@akvinskaya) on

I weeded the strawberries today. And how have you fulfilled the state's command?

J'ai désherbé les fraisiers, aujourd'hui. Et vous, comment avez-vous obéi à l'ordre de l'Etat?

Le flashmob est devenu si populaire que même des internautes d'autres pays russophones s'y sont joints.

Поддерживаю флешмоб сябров #раздеватьсяиработать ! Ибо пятница! #живебеларусь #лукашенко #пятница #работа

A photo posted by Hanna Hrabarska (@anya_grabarskaya) on

Supporting the Belarusian flashmob!

Je soutiens le flashmob biélorusse !

Certains internautes sont allés encore plus loin et ont posté des vidéos de chansons composées spécialement pour l'occasion. Dans ces vidéos, bien entendu, les chanteurs sont à peu près nus. Ce qui prouve bien que les dirigeants de pays doivent être très prudents avec les voeux qu'ils expriment.


Netizen Report: Des chercheurs mettent en lumière les origines des maliciels

Tue, 28 Jun 2016 09:08:33 +0000 - (source)
Graphique créé par Hugh D'Andrade d'Electronic Frontier Foundation (eff.org)

Image créée par Hugh D'Andrade d'Electronic Frontier Foundation (eff.org)

Le Netizen Report de Global Voices Advocacy offre un aperçu des défis, des victoires et des tendances émergentes en matière de droits de l'Internet dans le monde entier.

[Article publié en anglais le 9 juin 2016] Les militants et les journalistes du monde entier signalent de plus en plus des infections de maliciels qui semblent provenir d'attaquants parrainés par les Etats, utilisant souvent des technologies achetées par des sociétés de surveillance comme Hacking Team et Gamma International [fr].

Même si ces attaques semblent dans l'absolu de mauvaises nouvelles, l'apparition de logiciels malveillants – et le nombre croissant de personnes qui déclarent les recevoir- ont permis aux chercheurs de développer une plus grande capacité de retracer les éléments constitutifs et les origines de ces logiciels, jetant ainsi la lumière sur ce qui souvent ressemble à une technologie mystérieuse.

Un nouveau rapport de Citizen Lab jette la lumière sur une campagne de quatre ans d'attaques malveillantes ciblées contre les courriels et les comptes Twitter de journalistes, de militants et de dissidents aux EAU (Emirats arabes unis). Les attaques que Citizen Lab attribue à celui qu'ils appellent “Stealth Falcon” (Faucon furtif), sont probablement liés au gouvernement des EAU. Au moins six personnes ciblées dans ces attaques ont été soit arrêtées, soit recherchées, soit condamnées par contumace aux EAU à cause de leur activité sur Twitter. Cela ne devrait pas surprendre – les Émirats arabes unis sont le deuxième plus gros client de l’ entreprise de logiciels espions Hacking Team ; et ils ont versé à la société plus de 634.500 $ pour déployer des logiciels espions contre 1.100 personnes.

Il y a de l'espoir que plus de recherches similaires paraîtront au cours des prochains mois. Un nouveau projet de logiciel collaboratif, lancé par une équipe de chercheurs en sécurité se faisant appeler Digital Freedom Alliance (l'Alliance pour la liberté numérique), vise à documenter ces cas par la collecte de données sur les infections de logiciels malveillants parrainés par un Etat depuis des endroits comme Citizen Lab et TargetedThreats.net. L'association prévoit de développer la cartographie de ces menaces, indiquant le type de malware utilisé, le type de cible, la date de l'infection et l'emplacement du serveur utilisé pour contrôler les logiciels malveillants.

Le Ghana fermera-t-il les plates – formes de médias sociaux le jour du scrutin ?

Bien que le ministre des Communications du Ghana ait promis de ne pas couper [fr] les applications mobiles servant à passer des appels téléphoniques comme WhatsApp et Skype, la police ghanéenne envisage maintenant de bloquer l'accès aux services [fr] de médias sociaux lors des élections générales en novembre. L'Inspecteur général de la police John Kudalor a déclaré aux journalistes :

… Si cela s'avère nécessaire à la veille ainsi que le jour de l'élection, nous allons bloquer tous les médias sociaux comme d'autres pays l'ont fait. Nous réfléchissons à ce sujet. Nous prenons en considération également l'autre alternative : que la police puisse elle aussi avoir ses propres [comptes de] médias sociaux [comptes] pour être en mesure de stopper les choses à temps.

Cette proposition a été fortement contestée par les avocats, les journalistes et net – citoyens, qui ont exprimé la crainte que l'une des démocraties les plus fortes du continent suive les précédents établis par des autocraties comme en Ouganda.

La police de Singapour enquête sur des militants politiques et saisit leurs équipements électroniques

La police de Singapour a ouvert des enquêtes concernant le blogueur politique Roy Ngerng et l'avocat des droits humains Teo Soh Lung, alléguant qu'ils avaient enfreint les règles relatives à la publicité électorale en publiant des messages sur Facebook la veille et le jour du scrutin. Après des interrogatoires de deux heures le 31 mai, la police a perquisitionné leurs domiciles respectifs, saisissant des appareils électroniques, y compris des ordinateurs de bureau, des ordinateurs portables, des disques durs, et des téléphones mobiles, sans présenter de mandat de perquisition, en dépit des demandes de l'avocat de Me Soh Lung. Après la fouille, M. Ngerng a été contraint de révéler les mots de passe de son ordinateur portable, de son téléphone ainsi que de son compte Facebook.

M. Ngerng et Me Soh Lung ont fait face à des accusations de la part des autorités dans le passé. Me Soh Lung, un avocat et ancien candidat du Parti démocratique de Singapour, a été détenu sans procès à la fin des années 1980 sous la loi sur la sécurité intérieure, l’Internal Security Act de Singapour.

Un militant syndical algérien emprisonné pour avoir critiqué une décision judiciaire sur Facebook

Le tribunal de première instance de la ville de Laghouat, en Algérie, a condamné un militant des droits du travail [fr] à six mois de prison pour une vidéo qu'il a postée sur Facebook. Dans la vidéo, Belkacem Khencha, coordinateur national de la Ligue algérienne pour la défense des droits des travailleurs, a critiqué une décision du tribunal de condamner un ami et un autre militant à 18 mois de prison pour avoir protesté contre la politique gouvernementale du logement. Le tribunal a jugé que M. Khencha avait violé un article du code pénal algérien, qui interdit “de critiquer les décisions de la justice”.

Les pénuries d'électricité coupent les connexions en ligne aux Vénézuéliens et les contraint à vivre dans l'obscurité (littéralement)

Les qualités des connexions aux télécommunications et à Internet se détériorent régulièrement alors que la crise économique et politique du Venezuela s'aggrave. Dans leur volonté de rationner l'électricité, les autorités ont programmé des coupures à l'échelle du pays qui durent généralement trois ou quatre heures par jour, mettant hors d'usage de nombreux services publics et professionnels. Ces pannes provoquent des dégâts aux appareils ainsi qu'aux réseaux de téléphonie mobile et posent des problèmes de connectivité pendant des heures après le rétablissement de l'électricité. Le Venezuela dispose également, désormais, de l'une des connexions Internet les plus lentes d'Amérique latine – selon Akamai et le groupe vénézuélien de recherche sur Internet Acceso Libre – les Vénézuéliens avaient une vitesse d'Internet moyenne de 1,5 Mbps en 2015.

Des données importantes pour la localisation de sites de rencontres gay publiées, exposant leurs utilisateurs à des risques

Des applications pour des sites de rencontres gays comme Grindr, Hornet et Jack'd peuvent révéler des données détaillées sur la localisation d'un utilisateur avec une marge d'erreur de seulement un mètre, selon un document publié récemment par un chercheur en sécurité basé à Kyoto. Les informations sur sa localisation peuvent être obtenues même si l'utilisateur a choisi de masquer son emplacement dans les paramètres de l'application. Cela est particulièrement inquiétant pour les utilisateurs de ces sites dans des régions où l'homophobie est répandue ou les actes homosexuels illégaux.

Nouveautés de la recherche

Safer, Smarter Journalism: Survey on Digital Security in South Asia’s Media – International Federation of Journalists and South Asia Media Solidarity Network  (Un journalisme plus astucieux et plus sûr: Enquête sur la sécurité numérique dans les médias de l’ Asie du Sud – Fédération Internationale des Journalistes et Réseau de solidarité des médias en Asie du Sud)

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Ellery Roberts Biddle, Marianne Diaz, Weiping Li, Sarah Myers West, et Kofi Yeboah ont contribué à  écrire ce billet.


Le #Brexit fait exulter les populistes des Balkans

Mon, 27 Jun 2016 18:42:00 +0000 - (source)
To illustrate schadenfreude -- pleasure derived from misfortune of others -- Wikipedia used the painting "Taming the Donkey," by Eduardo Zamacois y Zabala (1868), in which a group of monks laughs while the lone monk struggles with the donkey. (Public Domain).

Wikipedia illustre la Schadenfreude — le plaisir inspiré par le malheur d'autrui — par le tableau “La domestication de l'âne” d'Eduardo Zamacois y Zabala (1868), montrant des moines s'esclaffant en regardant la lutte de leur frère avec l'animal. (Domaine public).

Si les réactions officielles de la plupart des gouvernements dans les Balkans ont été d'inquiétude pour l'Union Européenne (UE) après le Brexit, les représentants des partis d'extrême-droite ont exulté sur les médias sociaux.

Comme l'a écrit le site Balkan Insights, les premières réactions officielles de la région balkanique au vote négatif de la Grande-Bretagne sur l'UE ont été sombres : “Les responsables des Balkans ont exprimé vendredi leurs inquiétudes sur l'avenir incertain de l'UE après la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union, tout en affirmant leur engagement vis-à-vis de l'intégration européenne”.

Pendant ce temps, joie et Schadenfreude [la joie maligne] — une jubilation ouverte devant le “décès” de l'UE — étaient déversées sur les réseaux sociaux par les représentants de la droite, au pouvoir comme dans l'opposition, jusques et y compris par le trans-continental Parti populaire européen. Tout en professant des valeurs européennes devant leurs mandants, ces partis distillent fréquemment l'euro-scepticisme voire l'europhobie.

Un des refrains rabâchés par les nationalistes dans les Balkans est “A quoi bon adhérer à l'UE et à l'OTAN, qui finiront tôt ou tard par se disloquer, comme l'a fait la Yougoslavie ?” Les Macédoniens ont récemment pu lire que même leur précédent Premier Ministre, Nikola Gruevski, a reçu de telles “paroles de sagesse” d'une voyante qui le conseillait :

She also advises against Macedonian joining the European Union because she is worried that the ‘EU will fall apart’ and concludes that NATO will remain a factor but will be ‘artificially maintained’.

Elle déconseille aussi à la Macédoine d'adhérer à l'Union Européenne, parce qu'elle craint que ‘l'UE se désagrège’ et conclut que l'OTAN continuera à exister mais sera ‘maintenue artificiellement’.

Le thème de la désintégration prochaine de l'UE a été repris par le président turc Erdoğan, qui a averti que d'autres pays quitteront l'UE. Le Premier Ministre adjoint Mehmet Şimşek a tweeté :

Vous ne voulez pas ouvrir la boîte de Pandore… Au fait elle l'est déjà avec le Brexit

Le président macédonien Gjorge Ivanov a quant à lui déclaré : “Nous sommes inquiets que l'UE puisse suivre le même chemin que la Yougoslavie”.

La joie des populistes

Une des explications de la joie manifestée par les nationalistes balkaniques est le sentiment que la fracture détourne l'attention de l'UE de sa périphérie, et affaiblisse sa capacité à exiger le type de réformes susceptibles d'affecter tant les souverainetés nationales que la mainmise des élites corrompues sur le pouvoir.

Une des premières réactions publiques au Brexit s'est produite le matin suivant l'annonce des résultats du référendum britannique. Vojislav Šešelj, un politicien serbe d'extrême-droite actuellement dans l'opposition, a tweeté, avec une métaphore provenant du folklore des vampires :

Quel beau matin d'été, et quelle belle nouvelle qui a rempli de joie toute la patrie serbe. Les Anglais ont transpercé d'un épieu de bois le coeur du cadavre de l'Union Européenne.

La Macédoine a été scandalisée par un tweet de Gordana Jankuloska, ex-ministre de l'Intérieur et dirigeate de haut rang du parti au pouvoir, le VMRO-DPMNE. Elle a moqué la décision britannique de sortir de l'UE en tweetant “Et maintenant ?” à l'ambassadeur britannique, Charles Garret :

Mme Jankuloska a bénéficié dans le passé d'une bourse d'études du gouvernement britannique. Les mots qu'elle a choisis, “Et maintenant ?” (“Sega šu prajme?”) rappellent son “Qu'est-ce qui se passe ?” (“Šu praiš?”) avec lequel elle s'adressait à son confident, alors ministre des Finances Zoran Stavrevski, dans des enregistrements ayant fuité, en rapport avec une enquête en cours des services du Procureur Spécial sur une corruption politique au plus haut niveau. Mme Jankulovska figure parmi les principaux suspects dans l'affaire.

En 2015, l'opposition avait utilisé l'expression “Šu praiš” pour parodier Jankuloska — entre autres dans des graffiti, que le parti au pouvoir avait fait recouvrir. Sa réutilisation de la phrase peut se comprendre comme une annonce de son impunité des activités mafieuses suggérées par les enregistrements. Son tweet a été re-tweeté par d'autres droitiers — y compris des ministres actuels — mais a aussi obtenu des centaines de réponses, dont beaucoup étaient : “Maintenant, tu iras en prison”.

"Šu praiš" ("What's up") graffiti in Skopje. Photo by Meta.mk News Agency, used with permission.

“Šu praiš” (“Qu'est-ce qui se passe “) en graffiti à Skopje. Photo de l'agence de presse Meta.mk, utilisée avec autorisation.

Vers de nouveaux référendums ?

Certains politiciens populistes ont saisi l'occasion des résultats du référendum britannique pour préconiser la tenue d'autres référendums dans leurs pays.

Ainsi, le Président de la Republika Srpska (la république serbe de Bosnie, RS) Mirolad Dodik, a dit son engagement au processus d'adhésion à l'UE, tout en notant que le Brexit servait à “affirmer la force accrue des référendums en tant que décision définitive sur les questions nationales, et que cela s'appliquerait à la RS dans un certain temps”. Allusion au désir de sécession d'avec la Bosnie-Herzégovine, il a ajouté que le droit au référendum était jusqu'à présent “sévèrement refusé” à la RS.

En Serbie, les europhobes du parti Démocrate de Serbie ont exigé que le président tienne sa promesse d'organiser un référendum sur l'entrée de la Serbie dans l'UE et l'OTAN. Un tel référendum est supposé saper les efforts pro-UE du Premier Ministre Vučić.

En Slovaquie, le parti d'extrême-droite Kotleba – parti populaire Notre Slovaquie a lancé une pétition pour un référendum sur l'appartenance à l'UE.

Quelle sera la suite ?

Reflétant une partie des sentiments du reste de l'Europe Centrale et Orientale, Ingo Mannteufel, directeur du département Europe de la Deutsche Welle et rédacteur en chef de DW en russe, a commenté que si les réactions officielles russes seraient diplomatiques, le Kremlin allait fêter en privé, car l'UE serait désormais occupée par ses propres maux. Le Brexit a réalisé l'objectif russe d'éloigner les Balkans de l'UE :

Ни о каком дальнейшем расширении Евросоюза сейчас не может быть и речи. Плохая новость для всех украинцев, молдаван и грузин: расширение ЕС за счет приема бывших советских республик или балканских государств отодвигается на далекое-далекое будущее. И даже скорую отмену визового режима с Украиной или Грузией сейчас трудно себе представить.

Maintenant il ne peut plus être question d'élargissement supplémentaire de l'Union Européenne. Une mauvaise nouvelle pour tous les Ukrainiens, Moldaves et Géorgiens : l'extension de l'UE par l'entrée des ex-républiques soviétiques ou des Etats balkaniques se dérobe dans un futur lointain. Et il devient difficile d'imaginer une abolition prochaine du régime des visas avec l'Ukraine ou la Géorgie.

Cependant, un des tweets les plus re-tweetés sur le Brexit avait une tonalité optimiste et guère orthodoxe, au vu de sa source. Il provenait des Affaires Etrangères d'Allemagne, à la fin de l'interminable journée suivant l'annonce des résultats du référendum.

On s'en va maintenant dans un pub irlandais pour se saouler dans les règles. Et dès demain on se remettra au travail pour une meilleure Europe ! Promis !


Un livre pour la jeunesse apprend aux enfants allemands la véritable histoire des réfugiés syriens

Mon, 27 Jun 2016 14:51:13 +0000 - (source)
Rahaf and her family fleeing Homs, Syria to Germany. Credit: Jan Birck

Rahaf et sa famille fuient Homs, de la Syrie à l'Allemagne. Crédit: Jan Birck

Cet article de Lucy Martirosyan est initialement paru sur PRI.org le 20 juin 2016, et il est reproduit ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Il y a aujourd'hui plus de 65 millions de personnes déplacées dans le monde en raison de conflits, le chiffre le plus élevé jamais enregistré. La moitié de ces réfugiés sont des mineurs.

L'Allemagne a accueilli plus d'un million de réfugiés, principalement syriens et irakiens. Malgré un fort soutien initial en faveur des initiatives de la chancelière Angela Merkel, de nombreux Allemands commencent à se demander avec inquiétude combien de temps encore durera cet accueil positif des migrants.

Cependant, si dans le pays les réactions des adultes ont été mitigées, l'écrivaine allemande Kirsten Boie souhaite que les plus jeunes au moins prennent conscience qu'un enfant réfugié est semblable à tout autre enfant dans le monde.

Listen to this story on PRI.org »

Dans son dernier livre pour la jeunesse, Everything will be all right [Tout va bien se passer, inédit en français], elle raconte l'histoire vraie de Rahaf et de sa famille, qui ont fui la ville syrienne de Homs suite aux bombardements aériens. La famille a traversé la Méditerranée sur un petit bateau, et a finalement décidé d'entamer une nouvelle vie dans une petite ville près d'Hambourg en Allemagne.

Le livre est publié en allemand et en arabe, et il est destiné à être lu à l'école tant par les enfants allemands que par leurs nouveaux voisins immigrés. (Une traduction en anglais est disponible en ligne ici.)

« Il existe des centaines de milliers de personnes qui non seulement accueillent les réfugiés qui arrivent chez nous, mais aussi qui les soutiennent énormément, donnent beaucoup de leur temps pour les aider à acquérir la maitrise de la langue, aller chez le médecin, s'adresser aux autorités et ainsi de suite. Et, d'un autre côté, il y a des gens qui sont totalement contre les réfugiés » explique Kirsten Boie. « Les enfants sont quelque part entre les deux et les informations qu'ils reçoivent – eh bien, certains parents ont des mots durs pour les réfugiés, d'autres en parlent différemment. J'ai donc pensé que raconter l'histoire d'une vraie famille leur donnerait l'occasion d'apprendre ce que c'était. »

Tout au long de l'année dernière, Kirsten Boie a été en contact avec des familles de réfugiés. Elle précise qu'elle aurait pu choisir de raconter une histoire plus « sensationnelle » – qui aurait comporté plus de deuils, de violence et de souffrances – mais qu'elle a décidé d'en écrire une plus « ordinaire ». Elle espère que cela permettra aux petits Allemands de communiquer plus facilement avec les enfants réfugiés.

The book includes some horrifying scenes endured by the main characters who are now settled in Germany. Credit: Jan Birck

Le livre contient des épisodes terrifiants vécus par les personnages principaux qui sont désormais installés en Allemagne. Crédit: Jan Birck

En pleine écriture du livre, l'auteure a rencontré Rahaf et son frère Hassan (ce ne sont pas leurs vrais noms) ainsi que leur mère. Plutôt que d'aborder la question de la violence et de la guerre tout de suite, les deux enfants ont évoqué leur maison et les amis et cousins qu'ils avaient laissés au pays. Kirsten Boie indique que leur mère les a finalement encouragés en arabe à parler des horreurs de la guerre dont ils avaient été témoin.

L'écrivaine est restée en contact avec Rahaf et Hassan – ils vont même au cinéma ensemble – mais elle n'a pas l'intention d'écrire une suite.

« Je suis quasiment sûre de ne pas le faire. J'ai tout fait pour que personne ne puisse reconnaître ces enfants. J'ai même modifié leur nom – ou plutôt, ils les ont modifiés eux-mêmes. Ils m'ont dit comment ils voulaient être appelés dans l'histoire » commente-t-elle.

Lors des séances de lecture qu'elle a effectuées, de jeunes lecteurs allemands se sont inquiétés du bien-être de Rahaf et Hassan. Ils ont même commencé à s'identifier à eux.

« Les enfants, je pense qu'ils sont très, très ouverts d'esprit. Quand ils entendent ce qu'ont traversé ces gamins, ils veulent savoir, “Pouvons-nous les aider ? Comment pouvons-nous les aider ? Que pouvons-nous faire pour leur faciliter la vie ?” » note Kirsten Boie.

« Dans l'histoire de ces deux gamins syriens, les passeurs en Méditerranée leur volent leurs bagages. La poupée de la petite fille s'y trouve. Et elle est vraiment malheureuse de perdre sa poupée comme ça. A ce moment, les enfants commencent toujours à demander, “A-t-elle récupéré sa poupée ?” Je pense que cela s'explique par le fait que c'est quelque chose qui pourrait eux-mêmes leur arriver, alors que les bombardements, les combats et les nuits en mer Méditerranée … ils ne peuvent imaginer cela dans leur vie. »

Kirsten Boie, qui a écrit plus de 60 livres pour enfants et adolescents, est convaincue que les histoires aident les plus jeunes à appréhender ce qui se passe dans le monde.

« Selon moi, les histoires permettent aux enfants d'accéder à une meilleure compréhension des choses que les connaissance théoriques. Je pense que c'est une opportunité à saisir » confie l'écrivaine.


Brexit: “Brisée, mais pas défaite”

Sun, 26 Jun 2016 18:22:40 +0000 - (source)
Brexit? London, UK 2016. PHOTO: Tomek Nacho (CC BY-ND 2.0)

Brexit ? Londres, RU 2016. PHOTO: Tomek Nacho (CC BY-ND 2.0)

[Texte d'origine publié en anglais le 24 juin] Les brumes de l'incrédulité du matin ont laissé place à la tristesse. J'ai le cœur brisé, comme au moins 16 millions de personnes autour de moi. Pas seulement pour l'UE et une position commune face aux atrocités du monde d'aujourd'hui mais aussi pour le pays dans lequel j'ai grandi.

Suivre ce qui s'est passé dans la période qui a précédé le référendum a été éprouvant. Sentir que je me crispe lorsque quelqu'un dans la pièce mentionne UKIP ou le Brexit [fr]. Devoir être celle qui dit « Ils sont racistes ! » et obtenir des réactions telles que « Mais leurs idées se tiennent sur le plan économique » de la part de personnes que je respectais auparavant – et constater par moi-même à de multiples reprises que faire mine de ne pas voir l'intolérance n'est pas un problème pour beaucoup d'entre nous quand cela nous arrange. Savoir que si tel avait été le climat politique lorsque mes parents sont arrivés du Bangladesh dans les années 70, je n'aurais très certainement pas pu grandir au Royaume-Uni, ni eu les possibilités qui m'ont été données au cours de mon enfance.

« . . . si tel avait été le climat politique lorsque mes parents sont arrivés du Bangladesh dans les années 70, je n'aurais très certainement pas pu grandir au Royaume-Uni, ni eu les possibilités qui m'ont été données au cours de mon enfance. »

Observer ce processus de l'extérieur était étrange, alors que ce sentiment anti-immigrant et xénophobe gagnait du terrain au Royaume-Uni. J'ai d'abord tentée de l'ignorer. J'avais ce privilège: je vis à Berlin, ça ne me concerne pas tant que ça. J'en ai peu à peu appris plus. J'ai commencé à en parler à des amis, à m'engager sur le net, et, hier, j'ai pris l'avion pour l'Angleterre pour participer à une action de dernière minute dans la campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'UE [fr] en ce jour de vote. Je suis fière de l'avoir fait, mais je regrette infiniment qu'il m'ait fallu si longtemps pour m'impliquer davantage.

Je soupçonne beaucoup de gens de partager ce sentiment aujourd'hui. C'est parce que nous n'avons pas été attentifs aux événements politiques dans notre pays que nous en sommes arrivés là. Nous étions trop insouciants, et nous nous tenions à l'écart des décisions et des politiques qui ont eu un fort impact sur nos vies. Nous n'avons pas réalisé combien nous avions à perdre, ou que nous devions réellement protéger les droits dont nous jouissons, quelle que soit notre orientation politique.

Il est ressorti d'une discussion que j'ai eue avec des amis hier qu'un grand nombre d'entre eux avaient parlé pour la toute première fois de politique sur Facebook grâce à ce référendum. Beaucoup parmi nous ont été élevés dans une méfiance profonde du système politique britannique, à force de constater  que, de manière récurrente, les jeunes hommes blancs passés par Eton et Oxford, comme par hasard, s'élèvent dans la hiérarchie pour finir par diriger le pays. Beaucoup dans mes cercles d'amis se contentaient du statu quo. Pas fous de joie, mais ça pouvait aller ; bataillant pour acheter une maison, mais ayant un travail, et remboursant petit à petit leur prêt étudiant. Une fois encore un privilège que ne partagent clairement pas bon nombre des personnes marginalisées et sans accès à leurs droits à travers le pays qui se sont saisies de l'occasion pour enfin se faire entendre.

« Beaucoup dans mes cercles d'amis étaient relativement satisfaits du statu quo. Pas fous de joie, mais ça pouvait aller ; bataillant pour acheter une maison, mais ayant un travail, et remboursant petit à petit leur prêt étudiant . . . un privilège que ne partagent clairement pas bon nombre des personnes marginalisées et sans accès à leurs droits à travers le pays qui se sont saisies de l'occasion pour enfin se faire entendre. »

Le pays est divisé. C'est ce que montre le vote. Et ces clivages sont profonds, de l'âge au niveau d'éducation en passant par la géographie. La politique politicienne n'a pas grand chose à voir avec cela. Les mensonges et l'information biaisée qui se sont répandus pendant la campagne étaient nuisibles, d'affreuses contre-vérités irresponsables au sens le plus profond du terme.

Assister à cela aussi a été dur. C'est la campagne la plus infâme et la plus féroce que j'ai jamais vue. Le meurtre de Jo Cox |fr] a représenté un nouveau coup dévastateur mais, comme l'a écrit Alex Massie, vous ne pouvez pas crier sans arrêt à la rupture et être surpris quand quelqu'un rompt. Le résultat m'attriste, la manière dont la campagne s'est déroulée m'attriste, de même que le déferlement d'opinions d'extrême-droite qui se répandent progressivement en Grande-Bretagne. Ce n'est pas le pays dans lequel j'ai grandi.

Et maintenant ? Le fait qu'il nous ait fallu trop de temps pour réaliser ce qu'il se passait, pour prendre la menace au sérieux, pour ne pas nous contenter d'exiger des changements mais de défendre ce à quoi nous tenions, est quelque chose dont nous devrons nous souvenir et ne pas reproduire. Nous avons beaucoup perdu hier, et notre pays ne sera plus jamais le même.

Cela n'a rien à voir avec le processus que j'aurais souhaité, mais nous ne pouvons perdre encore plus, et nous devons à présent vraiment faire de notre mieux. Quelles que soient leurs opinions politiques, celles et ceux qui rejettent l'intolérance, les discriminations et la bêtise sans bornes doivent se serrer les coudes. J'éprouve un immense chagrin, mais je suis consciente du rôle actif que nous devons toutes et tous jouer en étant plus audibles pour éviter que la situation ne s'aggrave encore plus.

Comme mon amie Sarah l'a écrit ce matin : brisée, mais pas défaite.


Pour que les auteurs de poèmes écrits en prison pendant la dictature en Argentine ne soient plus anonymes

Sun, 26 Jun 2016 17:20:20 +0000 - (source)
Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

La guerre sale en Argentine entre 1974 et 1983 a marqué une période sombre de l'histoire de ce pays, durant laquelle on estime que 30 000 personnes ont été tuées. Plusieurs milliers de civils ont été kidnappés, emprisonnés, torturés et assassinés. Ouvriers, étudiants, enseignants, journalistes, militants, quiconque exprimait la moindre contestation de la dictature de droite — tous ont subi la brutalité de ses escadrons de la mort.

Des centres clandestins de détention répartis dans tout le pays ont détenu des citoyens argentins. La prison de Rawson, prison de haute sécurité isolée, dans la province de Chubut, était l'un des centre les plus extrêmes. On estime que de 10 000 à 12 000 prisonniers politiques ont été détenus à Rawson entre 1975 et 1984. D'anciens prisonniers qui y ont été détenus l'ont qualifié de camp de concentration légal.

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

Pages du carnet de Rawson. Utilisé avec l'autorisation des archives de la mémoire de la province de Chubut (Archivo Provincial de la Memoria del Chubut)

En 1983, Hebe Mabel Garro, professeur de littérature qui enseignait en prison, est sortie de Rawson avec un carnet de poésies composées par des détenus entre avril 1982 et août 1983. Aucun de ces textes ne portait la signature de son auteur.

Aujourd'hui, 40 ans après le coup d'Etat, ces poèmes ont été publiés. Leurs auteurs ont enfin un public pour entendre leur voix, mais ils restent des écrits anonymes. Cosecha Roja (Moisson rouge), un réseau d'organisations de journalisme juridique et des droits humains, a initié la campagne #CuadernodeRawson (carnet de Rawson) afin de retrouver les auteurs à l'origine de ces écrits.

Il était interdit d'écrire en prison. Les prisonniers cassaient la pointe d'un crayon et utilisaient du papier à cigarette pour écrire. La poésie créée à Rawson transcendait les limites physiques de la prison ; elle constituait un témoignage brut exprimant ce qui ne pouvait pas être transmis par de simples discours.

Les poèmes évoquent tous l'obscurité, la faim, la solitude et la colère. Mais aussi la nostalgie de la perte et l'espoir. Un exemple, avec un poème intitulé “Vamos Andando” (Nous marchons):

Vamos Andando

Por todos los chicos que sueñan y cantan
por todos los chicos que esperan
por los que recuerdan
por la mano tierna que busca una mano
y que no la encuentra
por los cuentos de hadas
que ya nadie cuenta
por los que interrogan en cada mirada
a la vieja abuela
a la dulce hermana
por los que conversan con mama en secreto
u le inventan juegos
como si estuviera
por los que recorren semana a semana
un itinerario
de muros hostiles, de gestos extraños
con una sonrisa que tiembla en los labios
y aplastan la ñata contra un vidrio helado
por todos los chicos que sueñan y cantan
por todos los chicos que buscan
de noche una estrella
en el alto cielo
por todos los chicos que esperan
la hora del sol
por todos ustedes seguimos andando

Nous marchons

Pour tous les enfants qui rient et chantent
Pour tous les enfants qui attendent
pour ceux qui se rappellent
pour la main douce qui cherche une autre main
et ne peut la trouver
pour les contes de fées
que plus personne ne raconte
pour ceux qui interrogent dans chaque regard
la vieille grand-mère
la douce soeur
pour ceux qui discutent en secret avec leur mère
et inventent des jeux comme si elle était là
pour ceux qui parcourent semaine après semaine
un itinéraire
de murs hostiles, de gestes étranges
avec un sourire tremblant sur leurs lèvres
et le nez écrasé contre une vitre gelée
pour tous les enfants qui rêvent et chantent
pour tous les enfants qui cherchent
une étoile la nuit
dans le ciel immense
pour tous les enfants qui attendent
l'aurore
pour vous tous nous continons à marcher

Le carnet sorti clandestinement de Rawson U6 compte 84 pages jaunies si fines que les lettres transparaissent à travers les feuillets. La couverture représente un voilier flottant sur l'eau.

Les auteurs de 18 poèmes anonymes restent à identifier. “Cosecha Roja” espère qu'en identifiant les poètes de Rawson, il sera possible de tourner dans une certaine mesure la page associée à la douloureuse période de l'histoire de l'Argentine. Tout auteur de l'un des textes ou toute personne qui connaîtrait l'un des auteurs est invité à contacter info.cosecharoja@gmail.com et centrocultural.dhchubut@gmail.com.

Cahier de Rawson


Visiter les récifs coralliens de Papouasie occidentale en réalité virtuelle

Sun, 26 Jun 2016 17:01:18 +0000 - (source)
Pristine reef of staghorn coral with juvenile batfish in Wayag Lagoon, Raja Ampat. Photo by Sterling Zumbrunn. Courtesy of Conservation International

Corail Corne de cerf intact et jeune poisson chauve-souris dans le lagon Wayag, Raja Ampat. Photo de Sterling Zumbrunn. Avec l'autorisation de Conservation International

La péninsule de Doberai en Papouasie occidentale est un des centres de biodiversité marine les plus riches au monde. Grâce à un film publié par l'organisation américaine à but non lucratif Conservation International, nous pouvons maintenant voir les trésors sous-marins de Doberai et avoir l'impression de “faire de la plongée dans un récif en bonne santé”.

“Valen's Reef” est un des films présenté au Festival international de la créativité – Lions Cannes. Il est diffusé en collaboration avec YouTube.

La région de Doberai recense plus de 2 500 îles et récifs coralliens. Elle abrite 600 sortes de coraux et 1 765 espèces de poissons (dont plus de 40 espèces de requins et de raies). Environ 3 % des mangroves dans le monde sont situées dans cette région. Les scientifiques estiment qu'à Doberai, il y a plus d'espèces de poissons que dans la Grande barrière de corail d'Australie, et plus de sortes de récifs coralliens que dans toute la Mer des Caraïbes.

Doberai nourrit, abrite et fait vivre 760 000 Papous. La Papouasie occidentale se situe dans l'est de l'Indonésie.

“Valen's Reef” est plus qu'un film mettant en valeur les trésors marins de Doberai. Il raconte aussi comment un habitat marin, menacé par les pratiques de pêche destructrice, a été ravivé par un effort concerté des collectivités et des environnementalistes. Le film est conté par un pêcheur du coin qui dédie son discours en faveur de la protection des mers à son fils, Valen.

Regardez la vidéo dans son intégralité ci-dessous et plongez dans les eaux cristallines de Doberai :


Infirmière, restauratrice, moto-taxi et mère courage: Fatoumata Diaby est le symbole du Mali qui veut s'en sortir

Sun, 26 Jun 2016 11:16:10 +0000 - (source)
Fatim, la commerçante de Moto-taxi à Sakolabada, Kéniéba au Mali avec sa permission.

Fatim, la commerçante de Moto-taxi à Sakolabada, Kéniéba au Mali avec sa permission.

Après plusieurs années marquées par les affrontements au Nord du pays, le Mali oeuvre progressivement à sa reconstruction et sa réunification. La tâche est difficile mais les citoyens maliens ne rechignent pas à la tâche. Fatoumata Diaby est un exemple édifiant de ce Mali qui ne lâche rien et fait l'effort au quotidien pour reconstruire l'économie du pays. Fatoumata vit à Sakolabada dans le centre du Mali. Global Voices l'a rencontré alors qu'elle pilotait son moto-taxi.

Communément appelé « Taxinin » ou « katakatanin », le moto-taxi est aujourd’hui utilisé dans presque toutes les régions du Mali. Il sert de transport en commun dans certaines villes comme à Ségou où il tente de supplanter les taxis pour offrir une alternative plus abordables aux citadins. A Bamako, il est utilisé pour le transport de bagages. Activité auparavant exclusivement faite par des hommes, Fatoumata est la première femme à prendre les manettes d'un taxinin.

Voici l'interview de Fatoumata par Boukary Konaté pour Global Voices :

GV: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Fatoumata Diaby FB: Je me nomme Fatoumata Diaby, j’ai 35 ans. Je suis originaire de Kéniéba, mais je vis avec mon mari à Sakolabada, un village d’orpaillage situé à 26 kms de Kéniéba. Nous avons trois enfants: deux garçons et une fille. Je suis infirmière, mais je n’ai pas eu la chance de pratiquer ce métier.

GV: Hier, je vous ai rencontrée au niveau de Kati sur un moto-taxi pour aller à Kéniéba. Vous m’avez dit que vous venez acheter les moto-taxis ici à Bamako pour aller les vendre à Kéniéba. Vous roulez sur ces moto-taxis de Bamako à Kéniéba. Expliquez-nous pourquoi vous faites ce travail et depuis combien de temps? 

FD: Parfois, les choses arrivent d’elles-mêmes. Je suis infirmière de formation, mais Dieu ne m’a pas donné la chance de pratiquer ce métier. Au lieu de me croiser les bras, j’ai ouvert un restaurant en 2011 à Sakolabada. Mais je ne pouvais pas me contenter de ce seul travail pour ma famille. J’ai acheté un moto-taxi, j’ai appris à le conduire et j’ai commencé à faire le transport de bagages dans les zones d’orpaillages. Ceux qui font de l’orpaillage ont besoin de transporter leurs pierres auprès du moulin pour extraire de l’or. Je me chargeais de transporter ces pierres aux moulins. Je transportais également leurs matériels entre la ville de Kéniéba et les zones d’orpaillage, sur leurs lieux de travail. De même, je transportais également de l’eau à vendre aux clients quand il y a une pénurie d’eau sur les lieux.

En 2015, j’ai pu ouvrir une boutique de vente de pièces détachées de motos dans le village de Sakolabada. J’ai alors arrêté avec le transport pour me contenter de cette boutique de pièces détachées. Comme les clients savent que je m’y connais un peu aux moto-taxis, ils viennent commander chez moi à chaque fois qu’ils en ont besoin. Alors, je viens acheter les commandes à Bamako, je charge ainsi les pièces détachées que j’achète également à Bamako et je le conduis à Kéniéba ou à Sakolabada. Même s’il n’y a pas de commande, parfois, je viens en acheter pour aller le garer à la boutique pour les clients. C’est comme ça que j’ai commencé ce commerce de moto-taxi.

GV:  Combien coûte un moto-taxi à Bamako et combien vous pouvez gagner en bénéfice après la vente Sakolabada ou à Kéniéba?

FD: ça dépend de la montée et de la baisse du prix sur le marché. Je peux par exemple acheter une moto à 1 180 000 FCFA à Bamako et la livrer aux clients à 1 230 000 FCFA. Le carburant pour aller de Bamako à Kéniéba me coûte 25 000 FCFA. Ce qui est important dans tout ça, c’est le fait que dans le moto-taxi, je transporte les nouvelles pièces détachées que j’achète pour ma boutique. Ainsi, je ne paie pas de frais de transport ni pour moi même ni pour le moto-taxi ni pour les pièces détachées aux chauffeurs de car. Je ne vise pas tout le bénéfice directement sur la vente du moto-taxi, mais le fait aussi de ne pas payer tous ces frais de transport, constitue pour moi un bénéfice à gagner si on sait que par car, les frais de transport d’une personne de Bamako à Kéniéba c’est 6 000 à 7 000 FCFA, 50 000 FCFA pour le moto-taxi et entre 30 000 à 35 000 FCFA pour les pièces détachées que j’achète pour la boutique.

GV: Fatoumata, gérer la famille et pratiquer ce métier, ce n'est pas chose facile..

FD: Je n’ai encore rencontré de difficultés insurmontables. Je fais ce travail avec le consentement de mon mari et il me soutient beaucoup. Parfois, on travaille ensemble. Lui, il travaille dans la mine, mais quand moi je viens à Bamako pour les achats, c’est lui qui tient la boutique. Pour les travaux domestiques, mon mari et moi, nous gérons ensemble de sorte que chacun puisse avoir le temps de s’épanouir dans son travail. J’ai également engagé une fille que je paie chaque mois. Elle nous aide dans les travaux domestiques et on s’entend très bien avec elle. Alors à trois, nous menons convenablement cette vie de commerce et de travaux domestiques.

GV: comment ça se passe avec les autres commerçants de moto-taxis à Kéniéba?

FD: Je m’entends bien avec les autres commerçants. Chacun gagne sa chance quotidiennement. La seule différence c’est que les motos que je roule de Bamako à Kéniéba sont bien rodées à l’arrivée et se trouvent en bon état. Les clients préfèrent ces motos à celles transportées dans les camions qui parfois, se déforment à l’arrivée à cause des charges qu’on met là-dessus dans les camions.

GV: quelle est l’appréciation des gens de ce que vous faites?

FD: Les gens aiment beaucoup ce que je fais. Tout le monde m’encourage dans ce travail. Je profite pour remercier les populations de Sakolabada et Kéniéba pour leur encouragement. Les hommes et les femmes me soutiennent beaucoup, même si certaines femmes trouvent que ce que je fais n’est pas un travail conforme à une femme et c’est d’ailleurs pour cette raison que je suis surnommée « Katakataninbolila Fatim » (Fatim, la conductrice de Katakanin, comme on aime appeler le moto-taxi en bambara).

GV: Cette appellation vous pose problème?

FD: Pas du tout! C’est d’ailleurs un plaisir pour moi que d’être surnommée comme ça! ça désigne mon travail, ça signifie que je suis connue dans mon travail, donc que je l’aime et que je le fais peut-être bien. Et puis, il n’est pas dit que tout le monde partage nécessairement ma pensée, mes ambitions.

GV: Dans ce travail, que pouvez-vous partager avec nous comme souvenir ?

FD: Un jour, ma sœur a remarqué que j'étais en retard et m’a appelé au téléphone pour prendre de mes nouvelles. Je me suis garée pour décrocher le téléphone et je lui ai dit que j’ étais presque arrivée et que j'étais en moto (c'était ma premiere fois au volant de la moto). Etonnée, elle a informé les femmes et les jeunes du village. Ils se sont alors tous regroupés pour venir m’accueillir à l’entrée de la ville à pied, en moto, et en voiture avec des tam-tams. Cela a été une grande surprise pour moi. Je reste reconnaissante à toute la population de Kéniéba pour ce geste de reconnaissance qui fut un grand honneur et une grande joie pour moi.

GV: Nous vivons dans une société où les traditions font que certaines tâches sont réservées aux hommes.  Est-ce que dans votre travail, vous revendiquez le fait d’être une femme et de faire un travail réservé normalement aux hommes?

FD: Mon idée n’est pas du tout de me comparer aux hommes en faisant ce travail. Je le fais par passion, je le fait par ce que je l’aime, je fais ce travail parce que j’y gagne ma vie. En le faisant, je transmets un message et ce message n’est autre que de montrer aux femmes et aux jeunes que l’heure n’est plus le temps de s’asseoir, que personne ne doit plus croiser les bras, qu’on cesse de faire le choix entre les métiers avec l’idée qu’on a un diplôme et qu’on doit forcement travailler dans un bureau. C’est ce message que je transmets et je me vois comme un exemple dans ce message que je transmets à tous. Quant à l’idée de l’égalité entre les hommes et les femmes, je ne maîtrise pas toutes les subtilités , mais pour moi ce qui compte, surtout dans un foyer entre la femme et son mari, c’est la compréhension, l’entente et la complémentarité. Quand un homme et sa femme s’entendent bien, c’est tout le bonheur du foyer et c’est cela, cette égalité qu’on cherche!

GV: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées depuis que vous avez commencé avec le transport de moto-taxi de Bamako à Kayes?

FD: dans ce métier, je ne peux pas parler de difficultés majeures, mais c’est fatiguant de rouler en moto-taxi de Bamako à Kéniéba (400km). Parfois, la moto tombe également en panne. Quand ces genres de pannes arrivent en cours de route, je répare la moto moi-même: je peux coller le pneu ou changer le disque. j’ai tous les matériels pour ces genres de pannes avec moi.

GV: Les mots de la fin?

FD: je vous remercie pour cette interview. Dans ce métier, je ne me vois pas en héros, mais en exemple. je me vois comme une source d’inspiration pour les femmes et les jeunes.  Ils comprendront    j'èspere qu'à travers ce que je fais, que le temps de se considérer comme supérieur ou inférieur vis à vis d'un métier est terminé. Il suffit juste d’aimer ce que l'on fait et de se battre car la réussite est au bout de l’effort.


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