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Tel que proposé, le délit d'entrave numérique à l'IVG est une proposition dangereuse

Wed, 30 Nov 2016 23:29:57 +0000 - (source)

Paris, le 1er décembre 2016 — La Quadrature du Net a choisi de publier l'état de ses réflexions sur le délit d'entrave numérique à l'interruption volontaire de grossesse, dont la discussion législative est prévue à l'Assemblée nationale à partir du jeudi 1er décembre 2016. Sur ce dossier complexe où interfèrent plusieurs droits fondamentaux, il est important de prendre le temps de mesurer l'impact d'une création d'un nouveau délit tel que proposé par le gouvernement et les parlementaires de la majorité présidentielle.

[texte modifié - essentiellement dans sa conclusion - le 1er décembre 2016 à 15h40]

La question de l'entrave numérique à l'interruption volontaire de grossesse s'est posée suite au constat de l'existence de sites Internet, très bien référencés dans les moteurs de recherche, qui sont dès lors une source d'information pour les personnes cherchant à se renseigner sur l'IVG ou sur la conduite à tenir lors d'une grossesse non désirée. Ces sites se donnent pour but de freiner le recours à l'IVG chez les femmes qui cherchent de l'information. Leur apparence, leur discours, sont dénoncés comme trompeurs.

La Quadrature du Net tient à rappeler que le droit à l'interruption volontaire de grossesse est l'une des composantes d'un droit fondamental, le droit au respect de la vie privée et familiale. En tant qu'organisation de défense des droits humains et de leur exercice effectif, La Quadrature du Net condamne toute action visant délibérément à entraver l'exercice de ce droit.

Cela étant rappelé, l'opposition idéologique au droit à l'IVG n'est pas un délit en France, et comme toute opinion non délictueuse elle est protégée par le droit à la liberté d'opinion, d'expression et d'information.

La Quadrature du Net relève également que dans le cas précis d'une volonté de la puissance publique de freiner l'influence de certains sites et groupes auprès de la population susceptible de recourir au droit à l'interruption volontaire de grossesse, il semble qu'aucune disposition légale actuelle touchant au numérique ne corresponde à cette situation.

L'article unique de la proposition de loi souhaite élargir le délit d'entrave à l'IVG, qui existe déjà mais concerne actuellement des entraves physiques ou psychologiques exercées directement auprès des femmes concernées sur les lieux physiques de pratique de l'IVG ou de rencontre avec des personnels destinés à apporter une aide médicale et psychologique. Cette extension concernerait la volonté d'entrave faite :

[soit] en diffusant ou en transmettant par tout moyen, notamment par des moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne, des allégations, indications ou présentations faussées et de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières.

Cette proposition de loi peut être découpée en deux parties distinctes.

La première concerne la notion de pression psychologique sur les femmes et leur entourage en matière d'IVG.

La notion de pression psychologique sur les femmes et leur entourage devrait être interprétée strictement, c'est-à-dire par « communication directe adressée aux femmes ou leur entourage pour faire pression sur elles de façon à les dissuader de recourir à l'avortement ». La volonté d'y inclure ce qui relève de la mise à disposition de contenus sur Internet dont l'accès est volontaire de la part de l'utilisateur risque de rendre la notion de pression psychologique bien trop extensible et, appliquée éventuellement dans l'avenir à d'autres opinions, de devenir une source de dérives importante.

L'autre aspect de la loi concerne la lutte contre les pratiques de désinformation, notamment sur Internet, induisant intentionnellement en erreur.

L'inclusion de la simple publication de contenus dans le délit d'entrave numérique créerait un précédent d'atteinte à la liberté d'opinion et d'expression inacceptable. Le fait que la visibilité de ces contenus soit excessive ne peut être corrigé par la création d'un délit, mais relève de la mobilisation positive sur Internet en faveur des droits, ou de la lutte contre la position dominante de moteurs de recherche et la façon dont ils en abusent. La création d'un délit pour mise à disposition de contenus, fussent-ils douteux, écoeurants ou opposés à la liberté de choix des personnes, porte indiscutablement atteinte à la liberté d'expression. Or, cette dernière n'est pas faite uniquement pour ceux avec qui nous sommes d'accord.

Devant cette proposition de loi qui part d'une intention louable (faire respecter le droit à l'IVG et l'information qui y est liée) mais qui cherche à masquer le manque d'implication du gouvernement et des pouvoirs publics dans la protection des droits des femmes, La Quadrature du Net ne peut que marquer son opposition à l'argumentation juridique employée qui porte atteinte à d'autres droits fondamentaux que sont la liberté d'expression et d'opinion. Il serait souhaitable que les pouvoirs public renforcent leur soutien et leur implication dans les structures travaillant avec et pour les personnes ayant recours à l'IVG, afin de combattre les atteintes portées aux droits des femmes et des autres minorités. Ce serait probablement plus utile que de créer un nouveau délit porteur dans son fondement de problèmes juridiques et d'atteinte aux droits très lourds, d'autant qu'il existe un arsenal législatif (abus de position de faiblesse ou de situation d'ignorance, article 223-15-2 du code pénal … ) largement suffisant mais malheureusement sous-utilisé.


Fichier TES, danger pour les libertés !

Mon, 14 Nov 2016 14:25:16 +0000 - (source)

Paris, 14 novembre 2016 — Le décret TES publié par le gouvernement, comme par effraction, le 28 octobre dernier trahit les principes démocratiques tant sur la forme (la manière dont il a été élaboré et publié) que sur le fond (la création d'un fichier centralisant les données d'identité, de filiation et de biométrie de l'ensemble des Français).

Communiqué commun de l'Observatoire des Libertés et du Numérique (OLN)1

La légalité du décret est assise sur un ensemble législatif ancien, porteur, en lui-même, des dangers que ce fichier TES met brutalement en lumière aujourd'hui. L'article 27 de la loi dite « informatique et libertés » de 1978 laisse au gouvernement la faculté d'instituer, par un simple décret, tous traitements de données à caractère personnel pour le compte de l'État, ou touchant à la sécurité nationale. Pire, depuis 2004, les données biométriques sont soumises au même régime, au mépris de leur sensibilité extrême. De cette honteuse manœuvre, notre démocratie devrait tirer toutes conséquences : l'absence de contrôle parlementaire sur la création de fichiers concernant les individus par l'exécutif doit être combattue.

La CNIL, dont il faut rappeler qu'elle doit sa création précisément à la protestation (virulente) de nombreux citoyens contre la création d'un fichier similaire au fichier TES en 1974, le fichier SAFARI, a obtenu le pouvoir et le devoir de rendre des avis motivés sur les décisions de créations de fichiers de données à caractère personnel mis en œuvre notamment par l'État. Or, la capacité de la CNIL à freiner, voire contrer les projets étatiques de fichage s'est trouvée encore entamée par la réduction de son pouvoir d'avis conforme à un inoffensif avis préalable, mais non contraignant, par la loi du 6 août 2004.

Le tour de passe-passe est ici flagrant : le gouvernement s'appuie sur la loi même qu'il avait combattue lorsqu'il était dans l'opposition : la loi du 27 mars 2012 relative à la protection de l’identité, largement censurée par le Conseil constitutionnel. Autrement dit, sur le plan de la procédure de création d'un fichier aussi important que le fichier TES, qui rassemble l'ensemble des informations d'état civil, de filiation, la photo d'identité, le domicile, éventuellement le courriel, mais également la couleur des yeux ou les empreintes digitales, le gouvernement ne souffre aucun contre-pouvoir. En procédant par décret il s’affranchit d’une délibération démocratique au parlement et l'approbation pleine et entière de la CNIL n'étant pas requise, il va même jusqu’à en nier les critiques essentielles !

Outre ces problèmes structurels dans le processus de création d'un fichier, la prévision d'une dérive de ce nouveau fichier gigantesque ne relève pas du pur fantasme. Elle découle de l'observation méthodique des mutations connues des fichiers précédemment constitués, notamment à des fins policières. Entre l'origine d'un fichier et son utilisation ultérieure, il y a systématiquement des dérives : changement de finalité, érosion progressive du contrôle, modification du champ d'application ou de l'étendue des accès à ce fichier... Même suite à des condamnations, y compris par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, les fichiers ne sont pas, ou peu et tardivement corrigés. La France a été condamnée en 2013 par la CEDH pour le FAED (Fichier Automatisé des Empreintes Digitales) au motif que « La conservation des empreintes digitales par ce fichier s’analyse en une atteinte disproportionnée, ne peut passer pour nécessaire dans une société démocratique, et ne traduit pas un juste équilibre entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu ». Pourtant ce fichier n’a été corrigé à la marge que deux ans après l'arrêt de la CEDH. Quant au FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) créé pour ficher les auteurs d'infractions sexuelles condamnés par la justice, il est passé en 15 ans d'un fichier sous contrôle judiciaire et limité à un fichier policier recueillant l'ADN de toutes les personnes simplement suspectes dans les enquêtes pour les délits les moins graves, même sans condamnation et dont le refus de prélèvement est susceptible de constituer un délit.

C'est ainsi que l'exclusion annoncée de l'utilisation du fichier TES à des fins d'identification et de comparaison (pour les données biométriques et les empreintes digitales) ne suffit pas à le rendre légitime. D'abord parce que des accès privilégiés sont d'ores et déjà autorisés pour certains services de police et du renseignement. Ensuite parce qu'aucune limitation n'est imposée en matière de réquisitions judiciaires : il est alors à craindre que le fichier TES devienne pour la justice, quel que soit le motif de l'enquête, une réserve d'empreintes et de photographies bien plus massive que le FAED et le TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires), faisant de tout citoyen un suspect en puissance.

Ces questions sur le formalisme, les conditions d'élaboration et le contrôle juridique du fichier TES ne sont cependant pas les seules sources d'inquiétude de l'Observatoire des Libertés et du Numérique, tout comme de très nombreuses voix qui se sont élevées depuis deux semaines sur le sujet. Les interrogations sur la sécurité du fichier, sur les choix techniques qui ont été faits et donc sur les garanties d'intégrité qui sont données par le gouvernement sont également nombreuses, étayées et suffisamment graves pour demander une annulation du décret.

Le choix de la centralisation du fichier est un choix dangereux : il expose un ensemble massif et précieux de données personnelles à la portée de puissances hostiles ou de criminels expérimentés. Les promesses réitérées de chiffrement robuste et de sécurisation avancée faites par le ministre de l'Intérieur seront évidemment invérifiables, et pourront difficilement compenser l'absence de résilience qu'aurait apportée une décentralisation du fichier, soit au niveau du porteur individuel de titre d'identité, soit au niveau des différentes composantes du fichier. Choisir la centralisation des données d'identification de l'ensemble des Français c'est choisir d'être une cible très alléchante, comme l'ont montré les attaques subies par des bases de données israéliennes, turques ou philippines. La question n'est donc pas : TES sera-t-il attaqué, mais : quand le sera-t-il ?

Les modalités de destruction des données à la fin du délai de conservation n'ont pas été détaillées dans le décret ou ailleurs. Pourtant, la question de l'effacement est cruciale, notamment en ce qui concerne les données biométriques, puisque ces données sont inaliénables de l'identité de l'individu. Il n'est donc pas possible pour l'individu de changer ces données.

Le choix de conserver les données biométriques sous forme brute dans le fichier plutôt que de stocker uniquement des gabarits permettant l'identification voulue, sans exposer davantage l'intimité des millions de personnes concernées, est à nouveau un choix surprenant et inquiétant. Il laisse la porte ouverte à des falsifications en cas de vol de données, et à des évolutions futures sur les identifications biométriques possibles. Il est nécessaire de rappeler que cette année, des propositions de loi tendant à coupler vidéosurveillance et reconnaissance faciale ont été déposées au Parlement français, sans soulever de la part du gouvernement de condamnation claire et immédiate. Il y a tout à craindre d'une évolution future de l'utilisation de ce fichier global de la population française. Et que dire de la marge d'erreur de 3% dans l'identification, qui est porteuse de nombreuses dérives si l'on considère ce fichier comme l'alpha et l'oméga de l'identification des individus ? Les droits d'accès et de rectification n'auront pas d'impact s'agissant des données les plus sensibles.

Les informations publiées dans la presse sur les raisons de création du fichier TES (supprimer des postes de fonctionnaires et rationaliser la délivrance des titres d'identité) interrogent sur la responsabilité de l'administration et de la technocratie dans l'érosion des libertés et l'évitement du processus parlementaire et démocratique. L'utilité pratique ou la centralisation des informations ne peuvent être des arguments pour justifier la création de fichiers sensibles et d'ampleur nationale tels que le fichier TES, sous peine de soumettre à l'administration les valeurs fondamentales que nous défendons.

Au-delà des considérations juridiques et techniques, il convient enfin de reconsidérer le rapport que nous avons avec l'identification des individus, dans une perspective de défense du droit au respect de la vie privée. Si la volonté d'empêcher techniquement toute falsification peut sembler légitime, l'histoire nous rappelle combien la capacité à résister à des dérives autoritaires passe par la faculté d'échapper au contrôle étatique, notamment sur son identité. Les fichiers centralisés ne font pas les régimes autoritaires, mais tout régime autoritaire s'appuie sur un fichage de sa population. L'ajout de nombreux marqueurs biométriques aux éléments de filiation ou d'état civil renforce l'attachement de l'individu, par son corps, à l'État. Nul ne peut exclure des usages liberticides d'un tel fichier à l'avenir, et toute évolution vers plus d'identification devrait être discutée démocratiquement dans cette perspective.

L'Observatoire des libertés et du numérique se joint aux voix qui réclament l'abrogation du décret TES.


Campagne de dons 2016 : aidez La Quadrature du Net à développer ses actions !

Thu, 10 Nov 2016 16:47:21 +0000 - (source)

Internetz, le 10 novembre 2016 — La Quadrature du Net lance aujourd'hui sa campagne de soutien annuelle. Afin de poursuivre et intensifier ses actions pour la défense des droits fondamentaux à l'ère numérique en toute indépendance, La Quadrature appelle ses soutiens et sympathisants à soutenir financièrement ses actions.
La Quadrature du Net se dédie à la promotion des droits fondamentaux et au développement d'une société numérique libre et ouverte. Croyant profondément à l'engagement des citoyens dans la défense de ces droits, elle les appelle à soutenir et encourager son travail.

Comme tous les ans, La Quadrature du Net lance sa campagne de financement afin de pouvoir continuer ses actions. L'actualité nous le montre encore, l'action d'éducation, d'analyse, de militantisme et de proposition de La Quadrature du Net est plus que jamais nécessaire. Cette action ne peut se faire que par le soutien et la participation de chacun. Votre soutien nous permet non seulement de développer nos activités mais aussi d'assurer notre indépendance.

Soutenir La Quadrature du Net !

Au cours de l'année passée, nous avons annoncé une volonté de nous réorganiser et de nous réorienter ; d'arrêter de nous « taper la tête contre le mur législatif » et parlementaire en France. Afin de soutenir cette nouvelle orientation, La Quadrature du Net a besoin de votre soutien financier. Si vous pensez que notre action est pertinente, que nous devons continuer de défier le gouvernement sur ses textes législatifs, de continuer d'influencer le parlement européen, de développer avec d'autres collectifs des idées permettant de faire évoluer les discours sur les problématiques de droits fondamentaux à l'ère numérique, alors nous avons besoin de votre soutien et de votre contribution.

Les principaux dossiers sur lesquels nous travaillons en ce moment (et nous travaillerons en 2017) sont :

Infrastructure et Réseaux :

Droits de l'Homme à l'ère numérique :

Partage de la culture et de la connaissance, reconnaissance des Communs :

Actions de terrain

Contributeur régulier ou simple sympathisant, La Quadrature du Net ne peut pas exister sans vous et votre engagement à nos côtés. Pour 2017 nous avons besoin de pouvoir pérenniser nos actions et sécuriser notre financement, et nous comptons sur vous. Cet engagement financier, couplé à l'engagement des très nombreux soutiens de La Quadrature du Net dans nos actions et campagnes, est en soit une participation à la défense des libertés.

Merci à vous !

Soutenir La Quadrature du Net !

Le Conseil d'Orientation Stratégique et l'équipe opérationnelle de La Quadrature du Net

Philippe Aigrain, Benjamin Bayart, Laurent Chemla, Lionel Maurel, Yoann Spicher, Benjamin Sonntag, Félix Tréguer, Jérémie Zimmermann.

Adrienne Charmet, Agnès de Cornulier, Christopher Talib, Okhin, Mathieu Labonde, Baptiste Dagneaux et Léa Caillère Falgueyrac.

Soutenons La Quadrature du Net !

Newsletter #75

Tue, 08 Nov 2016 14:14:39 +0000 - (source)

Salut à toutes et à tous !

Voici la newsletter 75 de La Quadrature du Net !

Sommaire

L'activité de La Quadrature du Net

Exégètes amateurs : la loi Renseignement censurée par le Conseil constitutionnel

La victoire n'est pas petite : les Exégètes amateurs, groupe d'analystes juridiques, issus de la Fédération FDN, de FDN et de La Quadrature du Net (augmentés de l'aide d'Igwan.net à cette occasion), ont réussi à faire censurer par le Conseil constitutionnel un article de la récente loi Renseignement (juillet 2015). Pas mal, non, pour des « amateurs » ?
Il s'agit d'un article discret de la loi de juillet 2015, le L. 811-5, qui reprenait sous une nouvelle numérotation l'article 20 d'une loi de 1991 : pour espionner les communications hertziennes (par ondes radio), les services de renseignement étaient dispensés d'en référer à la commission de surveillance (la CNCIS à l'époque, la CNCTR aujourd'hui).
En 1991, c'était une facilité permettant essentiellement l'espionnage militaire des transmissions "ennemies". Mais en 2016, la quasi totalité de nos communications quotidiennes empruntent des réseaux hertziens : GSM, Bluetooth, wifi, etc. La petite faille était devenue béante, et personne ne l'avait vue pendant les débats parlementaires.
Heureusement, diverses affaires impliquant des barbouzes (celle de Monsieur Squarcini et des fadettes du Monde, par exemple), ont attiré l'attention des Exégètes sur le tour de passe-passe législatif : les services avaient gardé sous la main un outil merveilleux qu'ils utilisaient très volontiers.
Le Conseil constitutionnel a donc censuré cet article le 21 octobre : depuis le jour de la décision, il ne peut plus être utilisé sans contrôle. Mais la décision est aussi clémente avec le gouvernement : il a quatorze mois, jusqu'au 30 décembre 2017, pour boucher le trou législatif.
Bravo aux Exégètes ! Leur communiqué de victoire est à lire sur le site de La Quadrature. Il se termine sur une certitude : ce n'est qu'un début, ils continuent le combat.

À lire : https://www.laquadrature.net/fr/victoire-QPC-surveillance-hertzienne

Liberté d'expression : adieu l'égalité ?

Le Sénat travaille sur la loi « Égalité et citoyenneté ». Une sénatrice a déposé, au nom de la Commission spéciale qui examine le projet de loi, deux amendements stupéfiants : ils créent un véritable régime d'exception pour les « délits de presse » commis en ligne. D'abord, le délai de prescription, qui est de 3 mois pour la télévision ou la presse papier, passerait à un an pour les propos tenus sur Internet. Ensuite, ces nouvelles dispositions exempteraient de poursuites judiciaires les journalistes qui auraient signé une charte professionnelle : mais les internautes « ordinaires », eux, seraient exclus de la liberté d'expression que la loi de 1881 sur la liberté de la presse garantit pourtant à tous les citoyens.
De nombreuses sociétés de journalistes (SDJ) des groupes de presse français ont rédigé un communiqué commun pour dénoncer ces amendements scandaleux. La Quadrature s'y associe et signe cette tribune à lire sur notre site.

À lire : https://www.laquadrature.net/fr/liberte-expression-danger

Neutralité du Net : un combat toujours recommencé

L'ORECE (ou BEREC, en anglais), organe regroupant les régulateurs nationaux des télécoms au sein de l'Union européenne, a publié le 30 septembre ses lignes directrices pour l'application du Règlement sur les télécommunications (octobre 2015).
Malgré des réserves, La Quadrature du Net considère que ces lignes directrices sont une victoire pour les défenseurs de la neutralité du Net. La preuve : les industriels des télécoms, mécontents, dénoncent des contraintes insupportables pour la survie de leur commerce.
C'est l'occasion pour La Quadrature du Net de revenir sur plusieurs années de combat. Avec déjà de nouvelles échéances en ligne de mire : la nouvelle mouture du droit européen des télécoms pourrait remettre sur le tapis les acquis les plus récents. La Quadrature du Net sera là.

À lire : https://www.laquadrature.net/fr/Neutralite-du-Net-ORECE-bonne-direction-...
Voir ausi : RespectMyNet


Revue de Presse

Exégètes amateurs : surveillance hertzienne censurée

Surveillance

Fichage

  • Au Journal officiel, un fichier biométrique de 60 millions de « gens honnêtes » — Next Inpact
  • Données personnelles

  • L’action de groupe contre les atteintes aux données personnelles définitivement adoptée — Next Inpact
  • Logiciels, applications : ces outils qui collectent vos données personnelles au profit des candidats en campagne — France Info
  • Décret secret

    Lanceurs d'alerte

    Liberté d'expression

    Liberté d'expression (bis)

    CETA


    Participer

    Il existe de nombreuses façons de participer à l'action menée par La Quadrature du Net. Vous pouvez aider La Quadrature en parlant de ses publications autour de vous, et en les diffusant sur vos blogs, Twitter,Diaspora*, vos réseaux sociaux, listes de discussion… Bref, en « buzzant ».

    Vous pouvez également participer à nos listes de discussion ou échanger sur notre chat (ou directement sur notre canal IRC : #laquadrature sur irc.freenode.net).

    La Quadrature du Net a aussi besoin d'aide pour un grand nombre de tâches quotidiennes, par exemple pour l'édition de sa revue de presse, des traductions, la mise à jour de son wiki, des créations graphiques ou sonores… Si vous en avez la capacité, vous pouvez contribuer à améliorer les outils comme Memopol, Respect My Net, le Piphone ou ContrôleTes Données, ou bien nous proposer de nouveaux projets sur notre GitLab. N'hésitez pas à nous contacter pour avoir plus d'information à ce sujet.

    Enfin, si vous en avez les moyens, vous pouvez également nous soutenir en effectuant un don.


    Calendrier

    Novembre 2016 :


    English Version

    French Surveillance Law overturned by French Constitutional Council

    This is not a small victory: a Priority Preliminary ruling on the issue of constitutionality (QPC)1 raised by the "Exégètes amateurs", a group of legal analysts from the FDN Federation, FDN and La Quadrature du Net (with the occasional help of Igwan.net) have lead the French Constitutional Council to overturn a section of the recent Surveillance Law (published in July 2015). Not too bad, for "amateurs"...
    This is a very discreet section of the article L. 811-5 of the Interior Security Code, which incorporated under a new numbering the Article 20 of a previous law adopted in 1991: in order to spy on wireless communications (based on radio waves), intelligence services were exempted from refering to their supervisory committee (CNCIS2 at that time and CNCTR3 under the new Surveillance Law).
    In 1991, it was primarily a facility for military espionage and interception of "enemy transmissions". But in 2016, almost all of our daily communications go through wireless networks: GSM, Bluetooth, WiFi, etc. The exception became a wide loophole in the law and a danger for every French citizen, which no one had noticed during parliamentary debates.
    Fortunately, various public cases involving spying malpractices recently draw the attention of the "Exégètes amateurs": intelligence services kept using a wonderful tool that they actually used without restraint.
    The Constitutional Council overturned this article on 21 October: from this day on, the article L.811-5 can no longer be used without prior agreement from the CNCTR. But the decision is also very lenient with the government: it was granted 14 months to fill the legislative gap.
    Congratulations to the "Exégètes amateurs"! You can read their press relase on our website.

    Freedom of Speech: Farewell To Equality?

    The French Senate is working on an "Equality and Citizenship" law. On behalf of the Special Committee examining the bill, a senator has filed two toxic amendments: both of them create a truly exceptional regime for "press offenses" committed online. First, the statute of limitations, 3 months for television or newspapers, goes up to one year for offenses commited on the Internet. Then, these new provisions would exempt from prosecuting journalists who have signed a "professional convention", but "ordinary" web users (i.e. any citizen) would be excluded from freedom of expression that the 1881 French Law on freedom of the press guaranteed to every citizen.
    Many organisations of journalists have drafted a joint statement (fr) to denounce these scandalous amendments. La Quadrature du Net joined in.

    Read on our site: https://www.laquadrature.net/fr/liberte-expression-danger (fr)

    Net Neutrality: A Neverending Fight

    The BEREC, which brings together national telecoms regulators in the EU, published on 30 September its guidelines for the application of the European Regulation on telecommunications (October 2015).
    Despite some disagreements, La Quadrature du Net believes that these guidelines are a victory for Net Neutrality. As the best proof of that, telecom industries denounce intolerable constraints for the survival of their business.
    This is an opportunity for La Quadrature du Net after years of fight. With new deadlines already in sight: the new version of European telecoms law could rehash the most recent gains. La Quadrature du Net will be there.

    Read on our site: https://www.laquadrature.net/en/Net-Neutrality-BEREC-on-the-Right-Path-K...

    Press Review


    Calendar

    November 2016 :

    Pour vous inscrire à la newsletter, envoyez un email à actu-subscribe@laquadrature.net

    Pour vous désinscrire, envoyez un email à actu-unsubscribe@laquadrature.net


    Exégètes amateurs : victoire contre la surveillance au Conseil Constitutionnel !

    Fri, 21 Oct 2016 10:07:31 +0000 - (source)

    Paris, le 21 octobre 2016 — Le Conseil Constitutionnel a censuré ce matin l'article de la loi sur le Renseignement sur la surveillance hertzienne. Fruit d'une Question prioritaire de constitutionnalité lancée par les groupes des « Exégètes amateurs » (Fédération FDN, FDN, l'association Igwan.net et La Quadrature du Net), cette victoire nette des défenseurs de la vie privée face à la surveillance disproportionnée et sans recours est une brèche de plus dans l'édifice de normalisation de la surveillance promu par le gouvernement de Manuel Valls. La Quadrature du Net se réjouit de cette décision dont les effets sont d'application immédiate (tout en regrettant le délai excessif accordé au législateur pour régler la situation à long terme) et appelle à nouveau tous les citoyens soucieux des droits fondamentaux à soutenir l'inlassable travail juridique et technique mené avec nos amis de FDN et de la Fédération FDN.

    Communiqué de presse des Exégètes Amateurs publié sur leur site

    Le Conseil constitutionnel vient de rendre sa décision en réponse à la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par les Exégètes amateurs sur la surveillance hertzienne. Reprenant nos arguments, il constate l'inconstitutionnalité de l'article L. 811-5 du code de la sécurité intérieure permettant une surveillance des communications hertziennes, celle-ci n'étant soumise « à aucune condition de fond ni de procédure » et sa « mise en œuvre » n'étant encadrée « d'aucune garantie ».

    Bien que le Conseil constitutionnel ait décidé de reporter formellement les effets de la censure de l'article L. 811-5 de quatorze mois (au 31 décembre 2017), il a toutefois vidé celui-ci de sa substance dès aujourd'hui.

    En effet, les dispositions censurées ne peuvent dès à présent plus « servir de fondement à des mesures d'interception de correspondances, de recueil de données de connexion ou de captation de données informatiques » en France comme à l'international. Les seules mesures pouvant encore être prises sur la base de cet article semblent donc exclure toute atteinte à la vie privée.

    Par ailleurs, le Conseil a ordonné que toute mesure prise sur le fondement de cet article soit communiquée à la CNCTR1 afin que celle-ci s'assure que ces nouvelles limites ne soient pas dépassées (bien qu'il faille regretter que ce contrôle soit confié à une autorité n'offrant pas suffisamment de garanties structurelles et ne disposant pas de ressources suffisantes pour assurer son efficacité). Par ailleurs, le Conseil constitutionnel n'apportant guère de précision quant aux mesures fondées sur l'article L. 811-5 qui pourraient survivre à ces limites, nous espérons que la CNCTR saura, par exemple dans son rapport annuel à paraître prochainement, fournir quelques explications pratiques à cet égard.

    La décision rendue ce jour par le Conseil est un succès incontestable, puisqu'elle doit mettre fin à des mesures attentatoires à la vie privée et aux libertés parfaitement inconstitutionnelles et disproportionnées. En privant les services de renseignement d'une couverture juridique laissant libre cours à toutes sortes de mesures de surveillance illégale, cette décision marque une première victoire dans la procédure engagée par les Exégètes amateurs contre la loi renseignement et ses décrets d'application. Elle montre qu'un travail précis et obstiné peut faire évoluer la loi même après son vote malheureux. C'est un encouragement à continuer le combat, pour garantir la protection des libertés et de l'État de droit !


    Newsletter #74

    Mon, 17 Oct 2016 09:18:40 +0000 - (source)

    Salut à toutes et à tous !

    Voici la newsletter 74 de La Quadrature du Net !

    Sommaire

    L'activité de La Quadrature du Net

    Directive ePrivacy

    La Commission européenne a remis sur le métier sa directive sur la « Protection des données dans le secteur des communications électroniques », ou directive ePrivacy, qui date de 2002. La Quadrature du Net avait participé à la consultation publique (FR) organisée au printemps 2016 pour recueillir les attentes des citoyens européens en la matière. Mais d'autres groupes d'intérêts font eux aussi valoir leur cause : les opérateurs, les grands groupes du web (les GAFA : Google, Amazon, Facebook, etc.), et les pays membres de l'Union exercent de fortes pressions pour orienter le texte du projet de directive en leur faveur. La Quadrature du Net appelle donc, dans une lettre ouverte, les rédacteurs du projet à ne pas se laisser impressionner. D'après les agendas des législateurs, les lobbys industriels ne les lâchent pas d'une semelle. Mais les États ne sont pas en reste, les ministres allemands et français portant un discours inquiétant contre le chiffrement des échanges en ligne.
    C'est pourquoi La Quadrature du Net invite à un rééquilibrage pour préserver l'intérêt général. Un appel à lire sur le site de La Quadrature du Net.

    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/lettre-ouverte-commission-eprivacy

    Directive Terrorisme

    L'Union européenne travaille toujours sur un projet de Directive relative à la lutte contre le terrorisme, dans un contexte de grande nervosité. La France semble avoir imposé ses vues aux autres pays membres : certaines des mesures proposées laissent penser que le gouvernement français, contesté dans les mesures prises au niveau national, cherche à s'appuyer sur une future législation européenne qui légitimerait a posteriori ses mesures de police intérieure.
    On retrouve ainsi, dans le texte du projet de directive, la censure administrative des sites Internet sans l'aval d'un juge judiciaire, ou des notions floues à large spectre, comme le concept de « radicalisation » ou le délit « d'apologie du terrorisme ».
    La Quadrature du Net a déjà exprimé ses désaccords avec ce projet négocié dans l'urgence et sans transparence, qui fait passer des tractations en trilogue (négociation opaque entre la Commission européenne, le Parlement, et le Conseil de l'Union européenne) avant la discussion en séance plénière du Parlement européen. Mais n'ayant trouvé pratiquement aucun écho au sein du Parlement européen, La Quadrature a décidé de moins gaspiller ses forces pour l'instant sur ce sujet, pour mieux y revenir via d'autres moyens https://www.laquadrature.net/fr/directive-terrorisme-parlement-europeen-...

    Droit d'auteur et lien hypertexte

    La Quadrature du Net a ses sources. De Bruxelles, une étude d'impact et un projet de directive européenne ont fuité : elles concernent toutes les deux la question du droit d'auteur. Ce qu'on en lit donne clairement la couleur : la Commission européenne prend le parti des ayant-droits, en préconisant par exemple le recours systématique aux « robots copyright », chargés de détecter dans les fichiers mis en ligne les contenus protégés par des droits d'auteur. Un recul dénoncé par La Quadrature, qui travaille plus que jamais sur le sujet, et organise une série d'ateliers sur la création et les droits d'auteurs à l'ère numérique.

    Par ailleurs, la Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE), instance suprême pour les pays membres de l'Union, a rendu le 8 septembre une décision décevante (PDF) : selon elle, poster un lien (hypertexte) vers un contenu illégal peut constituer une atteinte au droit d'auteur.
    Si vous publiez un lien vers un tel contenu, vous êtes aussi en infraction, parce que vous mettez le public « en communication » avec le contenu illégal. En quelque sorte, vous le republiez...
    L'avocat général de la CJUE était pourtant opposé à cette lecture de la loi, tout comme La Quadrature du Net : quand le fait de poster un lien peut être une infraction, la liberté d'expression est aussitôt potentiellement restreinte.
    Cependant, la décision de la CJUE ajoute une nuance de taille : le lien est illégal s'il procède d'une volonté lucrative. Mais les contours de la distinction entre le domaine marchand et le non-marchand restant très flous, et soumis à l'interprétation, de nombreuses questions se posent. Lionel Maurel membre du conseil stratégique de la Quadrature du Net, propose une lecture passionnante, pas à pas, de cette décision de la CJUE.

    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/directive-copyright-commission
    Page des ateliers Droit d'auteur : https://ateliers.laquadrature.net/2016/07/22/synthese-de-latelier-creati...
    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/arret-CJUE-lien-hypertexte

    Censure privée : une tribune

    En réaction à la censure, par Facebook, d'un post publié par une militante antiraciste française, Félix Tréguer, co-fondateur et membre du conseil stratégique de la Quadrature du Net, publie le 5 septembre une tribune polémique et cinglante : cet exemple illustre tristement le bien fondé de la position, mille fois répétée, de La Quadrature, qui refuse que les plateformes prennent en charge une censure dont les lois leur délègue à la fois la responsabilité et les moyens, en l'absence d'un juge.
    À la suite de cette tribune, nous avons ajouté une page à notre wiki pour recenser les cas similaires, vite enrichie par les bénévoles (merci à eux !). Un catalogue impressionnant qui appellera probablement des actions dans le futur...

    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/censure-antiraciste-Facebook
    À lire sur le wiki : https://wiki.laquadrature.net/Censure_priv%C3%A9e

    Neutralité du Net et « paquet télécom »

    Le BEREC (ou ORECE en français), groupement des régulateurs télécom des pays membres de l'UE, a rédigé des lignes directrices pour l'application du règlement sur les télécommunications. Ces lignes directrices, importantes pour préciser en particulier les règles de contrôle de la neutralité du Net, ont été adoptées le 29 août 2016. Le texte final, sans être catastrophique de ce point de vue, ne tient cependant pas compte de certaines remarques formulées lors de la consultation publique par de nombreuses voix citoyennes, dont celles de la Fédération FDN et de La Quadrature du Net.
    Mais cette bataille est loin d'être la dernière. Aussitôt le dossier refermé, la Commission européenne en ouvre déjà un autre : elle vient de dévoiler un nouveau « paquet télécom », en vue d'écrire un code européen des communications électroniques. Les risques à venir : une remise en cause de la neutralité du Net, tout juste obtenue après des années de bataille, au prétexte que la 5G a besoin de plus de flexibilité et de moins de régulation, ainsi que l'émergence de quelques très gros opérateurs sur le marché européen, au détriment de petits opérateurs ou FAI associatifs. Le prétexte ? Les gros investissements.
    La Quadrature du Net entend suivre le dossier de très près, et invite d'ores et déjà tout un chacun à contribuer au site Respect My Net, qui recense les atteintes à la neutralité du réseau.

    À lire : le communiqué de presse de la Commission européenne qui présente le nouveau projet de « paquet télécom » : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-3008_fr.htm
    Document : le projet de Directive fixant un code européen des communications électroniques (en anglais)
    À voir : https://respectmynet.eu/

    Gratuité contre données personnelles ?

    « Si c'est gratuit, c'est vous qui êtes le produit. »
    Qui n'a jamais entendu cette formule ? et même : qui ne l'a jamais prononcée ?
    Laurent Chemla, co-fondateur et membre du conseil stratégique de La Quadrature du Net, s'en empare dans une de ces tribunes dont il a le secret, et la prend à contre-pied : « Si c'est gratuit, c'est sans contrepartie. C'est la définition de la gratuité. » Un raisonnement qui remet les idées en place. « C'est vous qui choisissez le monde dans lequel vous voulez vivre. » À lire absolument — et en plus, c'est drôle.

    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/si-vous-etes-le-produit

    RSF et les espions allemands

    Au beau milieu du mois d'août, Reporters sans Frontières (RSF) a lancé une campagne contre la loi de surveillance allemande. Confrontée il y a quelques mois aux mêmes enjeux avec la loi française, La Quadrature du Net ne pouvait que lui apporter son soutien, tout en rappelant qu'il ne s'agit pas de protéger que les journalistes, mais l'ensemble des citoyens, de la surveillance.

    À lire sur notre site : https://www.laquadrature.net/fr/LQDN-RSF-surveillance-allemagne


    Revue de Presse

    Recours

    Données personnelles

    Censure privée

    Chiffrement

    Surveillance

    Neutralité du Net

    CETA


    Participer

    Il existe de nombreuses façons de participer à l'action menée par La Quadrature du Net. Vous pouvez aider La Quadrature en parlant de ses publications autour de vous, et en les diffusant sur vos blogs, Twitter, Diaspora*, vos réseaux sociaux, listes de discussion… Bref, en « buzzant ».

    Vous pouvez également participer à nos listes de discussion ou échanger sur notre chat (ou directement sur notre canal IRC : #laquadrature sur irc.freenode.net).

    La Quadrature du Net a aussi besoin d'aide pour un grand nombre de tâches quotidiennes, par exemple pour l'édition de sa revue de presse, des traductions, la mise à jour de son wiki, des créations graphiques ou sonores… Si vous en avez la capacité, vous pouvez contribuer à améliorer les outils comme Memopol, Respect My Net, ou le Piphone, Contrôle Tes Données, ou bien nous proposer de nouveaux projets sur notre GitLab. N'hésitez pas à nous contacter pour avoir plus d'information à ce sujet.

    Enfin, si vous en avez les moyens, vous pouvez également nous soutenir en effectuant un don.


    Calendrier

    Octobre 2016 :

    Novembre 2016 :


    English Version

    ePrivacyDirective

    The European Commission is working again on the directive on "data protection in the electronic communications sector", or Directive ePrivacy from 2002. La Quadrature du Net was part of the public consultation organised during spring 2016 to collect the expectations of European citizens on this matter. But other interest groups made their case too: operators, large Internet companies (the GAFAM: Google, Amazon, Facebook, etc.), and member states of the European Union. They exert strong pressure to orient the text of the draft directive in their favour.

    La Quadrature du Net therefore writes to the persons in charge, in an open letter, not to be daunted. According to the legislators' agenda, industrial lobbies do not give up an inch. But Member States are not outdone, French and German ministers are leading a very active campaign against encryption of digital communication.
    That's why La Quadrature du Net calls for rebalancing towards the general interest. A clear call that you can read on our website.

    Directive on Combating Terrorism

    The European Union is still working on the draft of the “Directive on Combating Terrorism”, in a nervous political context. France seems to have imposed its views to the other Member States: some of the proposed measures suggest that the French Government, which is challenged in the actions it took at national level following several heavy terrorist attacks in 2015, seeks to rely on a future EU legislation that would retrospectively legitimise its national security measures.
    For example, we can find in the text of the draft “administrative blocking” of Internet sites without the approval of a judicial court, or blurred notions with a broad scope, as the concepts of “radicalisation” or “gloryfying terrorism”.

    La Quadrature du Net has already expressed its strong disagreement with this project, negotiated in a hurry and with no transparency in trialogue (opaque negotiations between the European Commission, the European Parliament and the Council of the European Union) before the plenary discussion by the European Parliament. But having found almost no echo in the European Parliament, La Quadrature decided not to waste more forces on this text and to come back to it later, through other means.

    Read on our website: https://www.laquadrature.net/fr/Directiveterrorism-European-parliament-c...

    Copyright

    La Quadrature du Net has its own sources. An impact study and a draft of a European directive has leaked from Brussels: they both concern the question of copyright. Both read clearly: the European Commisssion stands up for rights holders, in advocating the systematic use of "copyright robots" to detect protected contents in uploaded files. A decline denounced by La Quadrature. We are working on the subject more than ever and organise a series of workshops (FR) on author's rights in the digital age.

    Moreover, the European Court of Justice (ECJ) made a disappointing decision on 8 September (PDF ): according to it, posting a link (hyperlink) to an illegal content may constitute a copyright infringement.
    If you publish a link to such content, you are also in violation of the law, because you put the public "in communication" with illegal content. In a way, you republish it.
    The General Attorney of the ECJ, however, was opposed to this interpretation of the law, just like La Quadrature du Net: when posting a link may be an infringement, freedom of expression is immediately restricted.
    However, the ECJ decision adds an important nuance: the link is illegal if it proceeds from a lucrative will. But the distinction between commercial and non-commercial remains very vague and subject to interpretation, raising many questions. Lionel Maurel, member of the strategic council of La Quadrature du Net, offers a fascinating reading of the ECJ decision.

    Read on our site : https://www.laquadrature.net/en/copyright_reform_could_EU_commission_do_...
    Copyright Workshops (FR) : https://ateliers.laquadrature.net/2016/07/22/synthese-de-latelier-creati...
    Read on our site : https://www.laquadrature.net/en/status_of_the_hyperlink_hyper_disappoint...

    Private Censorship

    In response to the censorship by Facebook, of a post published by a French anti-racist activist, Felix Tréguer, co-founder and member of the Strategic Council of La Quadrature du Net, published on 5 September a scathing and controversy Op-Ed: according to him, this example sadly illustrates the position of La Quadrature, which denies that the platforms are to support censorship delegated to them by laws in the absence of a judge.

    Following this text, we added a page to our wiki (FR) for similar cases, quickly enriched by volunteers: many thanks to them! An impressive catalog which will probably call for actions in the future.

    Read on our website:https://www.laquadrature.net/en/On-Facebook-antiracists-censorship
    Read the wiki (FR):https://wiki.laquadrature.net/Censure_priv%C3%A9e

    Net neutrality and "telecom package"

    The BEREC has drafted its guidelines for the implementation of the telecommunications Regulation. These guidelines, important to specify in particular the rules for the implementation of Net Neutrality, were adopted on 29 August 2016. The final text, not catastrophic from this point of view, however ignores certain remarks made at the public consultation by many citizen voices, including those of the FDN Federation and La Quadrature du Net.
    But this battle is far from being the last one. As soon as the file was closed, the European Commission already opened another one: it has just unveiled a new "telecom package", in order to write a new European code for electronic communications. Here are the incoming risks: a challenge to Net Neutrality, which was just obtained after years of battle, arguing that the 5G needs more flexibility and less regulation, and the emergence of some very large operators on the European market at the expense of smaller operators or associative ISPs. The excuse? Large investments.

    La Quadrature du Net intends to follow the issue very closely, and already invites everyone to contribute to the site Respect My Net, which identifies violations of Net Neutrality.

    Read: the press release of the European Commission presents the new draft of the "telecom package": http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-3008_en.htm
    Document: draft Directive establishing a European code for electronic communications
    See: https://respectmynet.eu/

    Freeservice against personal data?

    "If it's free, you are the product."
    Who has never heard this phrase? And even: who has never said it?
    Laurent Chemla, co-founder and member of the Strategic Council of La Quadrature du Net, turns it back in a witty post: "If it's free, it's unrequited. This is the definition of gratuity." A must read - and besides, it's funny.

    Read on our website (FR): https://www.laquadrature.net/fr/si-vous-etes-le-produit

    RSF And the German Spies

    In the middle of August, Reporters sans Frontières (RSF) launched a campaign against the German surveillance law. La Quadrature du Net, which confonted the same problems a few months ago in France, could do nothing less but support this campaign, adding that not only journalists should be protected from surveilance, but also every citizen.

    Read on ou site : https://www.laquadrature.net/en/LQDN-RWB-surveillance-Germany

    Press Review

    Facebook

    Surveillance


    Calendar

    October 2016 :

    November 2016 :

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    Réforme de la loi de 1881 au Sénat : la liberté d'expression en danger !

    Fri, 14 Oct 2016 15:11:26 +0000 - (source)

    Paris, le 15 octobre 2016 — Le projet de loi « Égalité et citoyenneté » discuté ces jours-ci au Sénat s'est vu augmenté de deux amendements scandaleux, portés par la sénatrice Françoise Gatel au nom de la Commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi « Egalité et citoyenneté ». Ces amendements rallongent de 3 mois à un an la durée de prescription des délits de presse commis sur Internet, et introduisent une différence de traitement entre les citoyens et les journalistes d'une part, et la presse « en ligne » et « papier » d'autre part. En outre, les amendements adoptés introduisent un glissement du droit de la presse vers le droit commun, sauf pour les journalistes « professionnels » signataires d'une charte de déontologie non encore rédigée. Ces dispositions ont été négociées entre certains syndicats de patrons de presse et la Commission spéciale, en toute opacité. La Quadrature du Net s'associe aux protestations communes des sociétés de journalistes, qui n'ont pas été consultées, et rappelle que la loi de 1881 dite « sur la liberté de la presse » concerne en réalité l'intégralité des citoyens français, qui n'ont pas d'autre protection de leur liberté d'expression. Y toucher et y introduire ce type de discrimination est une atteinte à la liberté d'expression de tous les français.

    Communiqué commun signé par Le Figaro, Le Monde, l’AFP, Les Échos, Télérama, L’Obs, Le Point, L’Express, Mediapart, France Info.fr, Capa, i-Télé-Canal +, BFM, Bastamag, ainsi que l’association de la presse judiciaire, l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS) et l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) et La Quadrature du Net.

    Le 18 octobre, les sénateurs enterreront peut-être la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

    Sous prétexte de lutter contre les abus d’Internet, ils s’apprêtent à remettre en cause ce texte fondateur, sans concertation préalable avec les représentants des journalistes. Les SDJ de 26 médias avaient lancé un appel pour obliger le Sénat à revoir sa copie. Mais il est resté sourd à notre appel.

    Certes, il a aménagé le texte liberticide, mais la nouvelle mouture reste inacceptable.

    La liberté d'expression est une liberté fondamentale qui mérite beaucoup mieux que ce bricolage législatif. Nous, sociétés de journalistes, réitérons notre appel à la mobilisation la plus large contre un projet de loi liberticide qui met en péril l’un des piliers de la démocratie, consacré par le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’Homme.

    La Quadrature du Net s'associe à ce communiqué et soutient la position des journalistes, mais rappelle cependant qu'en plus de faire une différenciation entre journalistes, les Sénateurs s'apprètent à creuser le fossé entre les journalistes qui adhèreraient à une future charte déontologique et les autres personnes, citoyens ou journalistes non adhérents à cette charte. Pour rappel, la loi de 1881
    dite « sur la liberté de la presse » concerne en réalité l'ensemble de la liberté d'expression en France. Il n'est pas acceptable d'avoir une telle différence de traitement entre l'expression des citoyens et celle des journalistes professionnels. La liberté d'expression est un droit constitutionnel qui doit bénéficier à l'ensemble des citoyens sans distinction de profession. Instaurer des délais de prescription différents pour les journalistes et les non-journalistes est une rupture du principe d'égalité des citoyens.


    [NextINpact] Surveillance internationale : aucun décret non publié selon le ministère de la Défense

    Sat, 08 Oct 2016 09:53:06 +0000 - (source)

    Un dossier important sera audiencé le 6 octobre au Conseil d’État (10ème chambre, 9h30). Il concerne un possible décret non publié, datant d’avril 2008 et relatif à la surveillance internationale.

    Dans l’avalanche de procédures initiées par les Exégètes (La Quadrature du net, la French Data Network et la Fédération des fournisseurs d'accès à Internet associatifs), celle visant un possible décret d’avril 2008 est pour le moins hors norme. [...]

    Défendus par le cabinet Spinosi, les Exégètes dénoncent tout particulièrement l’absence d’encadrement légal de cette surveillance internationale avant l’entrée en vigueur d’une loi dédiée en décembre 2015. Pareille lacune avait en effet déjà conduit le Conseil constitutionnel à censurer des dispositions législatives trop généreuses avec l’exécutif, relatives là encore à ce type surveillance hors de nos frontières et inscrites dans la loi Renseignement. [...]

    http://www.nextinpact.com/news/101632-surveillance-internationale-aucun-...


    [Libération] Tony Ferri : « Nous sommes tous des placés sous surveillance électronique en puissance »

    Thu, 06 Oct 2016 12:50:09 +0000 - (source)

    Pour le philosophe Tony Ferri, la surveillance électronique n’empêche pas le passage à l’acte. Et elle est aussi inefficace que la prison pour prévenir la récidive. Loin d’être une mesure laxiste, c’est une peine totale, psychique, et qui guette désormais chaque citoyen. Le bracelet, c’est l’institution pénitentiaire qui emménage au domicile du «surveillé», qui habite sa conscience, et finit par le déposséder de son intimité. [...]

    Mais la surveillance électronique ne cesse de gagner du terrain… Depuis qu’elle a vu le jour en 1997, elle élargit son filet et ses motifs de capture, au point d’atteindre aujourd’hui environ 11 000 placés, pour 70 000 prisonniers. Elle fait partie de l’arsenal de l’état d’urgence, gagne aussi l’univers du soin (les maisons de retraite, les maternités), le domaine de la protection des enfants, la sphère administrative. Les motifs de condamnation ont été multipliés par trente depuis le code napoléonien de 1810. Et, aujourd’hui, les juges savent qu’une peine jusqu’à deux ans sera aménagée, donc ils ont tendance à avoir la main leste, condamnent davantage. La surpopulation carcérale est un symptôme de cet enfermement tous azimuts. Une «compulsion» de punir est à l’œuvre, une pulsion de mort assortie de justifications morales : par la répression, on essaye, souvent inconsciemment, d’expurger nos propres angoisses existentielles, d’étouffer les monstruosités au fond de soi, de conjurer nos peurs. Nul doute que nous sommes entrés dans le «monde liquide» théorisé par le sociologue Zygmunt Bauman, une société de l’hypersurveillance, caractérisée par le sécuritarisme, l’observation continue de la multitude par l’autorité de contrôle, l’hypersensibilité aux délits, l’appauvrissement des relations humaines et interpersonnelles. Dès lors, ma conviction est que, et je le regrette, la société préfère condamner un innocent plutôt qu’innocenter un coupable, elle préfère l’injustice au désordre. [...]

    La surveillance est plus puissante que la prison : c’est le triomphe de la norme… Bien des porteurs du bracelet électronique sont déjà des gens socialement insérés ou normaux, ils disposent d’un logement, occupent un emploi, ont des enfants, etc. Ils ont tout avantage à jouer le jeu. La surveillance électronique consiste moins à normaliser l’individu anormal qu’à maintenir l’individu normal dans les limites de la norme… Le filet pénal a pour double objet de capturer et de contenir. C’est sans doute la nouveauté par rapport à la prison. [...]

    http://www.liberation.fr/debats/2016/08/31/tony-ferri-nous-sommes-tous-d...


    Neutralité du Net : l'ORECE dans la bonne direction, ne relâchons pas la pression

    Fri, 30 Sep 2016 10:37:24 +0000 - (source)

    Paris, 30 septembre 2016 — La neutralité du Net est un des enjeux centraux de l'exercice des droits fondamentaux dans l'espace numérique. Trop souvent vue comme une simple question technique ou commerciale, elle porte cependant sur les moyens d'exercice concret du droit à la liberté d'expression, du droit à l'information, donc de la façon dont la société se construit et se pense; mais également de gros enjeux industriels et commerciaux et d'accès au marché numérique. La Quadrature du Net a suivi cette question depuis son arrivée dans les débats européens en 2009, essayant de défendre une définition et une inscription dans la législation européenne d'une neutralité du Net stricte, protectrice des utilisateurs et porteuse de garanties et d'opportunités de développement d'un espace numérique sain. Alors que la publication des lignes directrices de l'ORECE1 pour l'application du Règlement sur les télécommunications adopté en octobre 2015 viennent d'être publiées, il est temps de revenir sur ces nombreuses années de campagne, et de présenter les prochains combats et enjeux, essentiels pour les droits fondamentaux.

    La Quadrature du Net a défendu, dès 2009 et les premières annonces de travaux européens sur la neutralité du Net, une approche de la question résolument tournée vers les questions de droits fondamentaux : sécuriser la neutralité du Net, c'est défendre l'accès de tous à tout le réseau Internet, c'est permettre de recevoir et d'émettre de l'information avec les mêmes conditions pour tous, c'est donc garantir les conditions techniques d'un exercice libre et équitable de la liberté d'expression et d'information.

    Cela n'allait pas de soi : dès que le sujet a commencé à être présent dans les discours des opérateurs Télécoms et des grandes entreprises numériques, tout a été fait pour que l'on envisage la neutralité du Net uniquement sous l'angle du financement du trafic Internet et non comme un enjeu majeur d'équilibre du réseau, qui détermine par conséquent la qualité d'accès et de circulation de l'information et des services pour l'ensemble des utilisateurs.

    Raconter par le menu l'histoire de la bataille pour la neutralité du Net serait sans doute un peu fastidieux, même si particulièrement révélateur des processus décisionnels européens et nationaux, du poids du lobbying, de la force des industries, mais aussi des atouts et des victoires des militants et citoyens qui se sont engagés, sur le long terme, dans l'action en défense des principes fondateurs de l'Internet. Pour La Quadrature du Net, cela a signifié une montée en compétences très importante sur les plans technologiques, juridiques et institutionnels des différents salariés, stagiaires, membres du conseil d'orientation et bénévoles qui se sont impliqués au long de plus de 6 années dans cette bataille. C'est aussi l'expérience des institutions européennes, de la force de conviction d'une poignée de défenseurs déterminés des libertés, du pari de la participation citoyenne au processus législatif, de la création d'outils de campagne originaux et adaptés aux actions de La Quadrature, de la création et de la défense d'un discours clair et exigeant pour l'ensemble des internautes, et de la création de liens forts et de coalitions avec d'autres organisations européennes ou internationales sensibles aussi aux enjeux de la neutralité du Net pour les droits fondamentaux.

    Au fur et à mesure des années, le dossier de la neutralité du Net a oscillé entre espoir et douche froide. En 2009, après les propositions d'amendement de l'opérateur américain AT&T visant à légaliser les pratiques de gestion de trafic discriminatoire, La Quadrature avait été la première association européenne à s'y opposer. En dépit d'un réel effort d'information des élus et des citoyens sur ce sujet complexe, nous n'étions alors pas parvenus à contraindre le Parlement et les États membres à inscrire dans le Paquet Télécom alors en cours de révision une disposition protégeant ce principe. Néanmoins, la Commission européenne s'était engagée à l'issue du processus législatif à étudier le sujet et à intervenir si elle en établissait le besoin (voir l'annexe 2 au communiqué de novembre 2009 saluant l'adoption du Paquet Télécom).

    S'ensuivirent près de quatre années de louvoiements divers et variés. Alors qu'en France, l'Arcep et certains parlementaires montaient en compétence à force de colloques, d'auditions et de rapports consacrés au sujet, la Commission européenne — et en particulier Neelie Kroes, chargée de l'Agenda numérique — faisait le dos rond. En 2011, face au refus persistant des autorités européennes de prendre conscience de l'ampleur du problème, La Quadrature fut à initiative du projet RespectMyNet, une plateforme permettant aux internautes européens de documenter les atteintes à la neutralité du Net.

    Malgré les rapports parlementaires appelant à l'adoption d'une législation en la matière, Neelie Kroes s'y refusait. Pire, entre 2011 et 2013, elle ne cessa de s'afficher toujours plus proche des positions défendues par les grands opérateurs télécoms européens, lesquels embrayaient un nouveau cycle de concentration dans le secteur. Dans ce contexte, Neelie Kroes prit la société civile de cours en annonçant, à l'été 2013, son projet de règlement sur les télécommunications, qui, bien que présenté comme un outil de défense de la neutralité du Net, reprenait en fait très clairement les propositions des géants des télécommunications. Depuis trois ans, un consortium de grands industriels de télécoms et d'université venait alors de « démontrer » - à grands renforts de financements provenant de l'Union européenne - que la seule voie possible pour l'avenir consistait en une priorisation du trafic sur Internet afin de financer la modernisation du réseau--, ignorant bien entendu les arguments des partisans de la neutralité du Net.

    L'équilibre du projet de Neelie Kroes était le suivant :

    Le Parlement européen s'est ensuite emparé du texte en débutant de façon désastreuse par le choix de Pilar del Castillo Vera (PPE, ES) comme rapporteur, qui s'est empressée de suivre la voie tracée par la Commission européenne et des télécoms.

    Voici en novembre 2013 le tableau noir de la neutralité du Net qui a conduit quelques organisations citoyennes dont La Quadrature du Net à s'organiser autour de la campagne SaveTheInternet.eu. Et c'est à l'issue de quelques mois de négociations houleuses que le Parlement a voté in extremis le 3 avril 2014 un texte très favorable à la neutralité du Net, une grande victoire, mais précaire, pour la coalition SaveTheInternet.eu et la poignée de parlementaires qui ont dès le début cherché à défendre les droits et libertés.

    Précaire, car le Conseil de l'Union européenne, en charge de transmettre ensuite sa position sur le texte, s'avère moins sensible aux voix citoyennes qu'au pouvoir des grosses entreprises de télécommunications avec lesquels les États membres entretiennent souvent des relations incestueuses. Et il a fallu maintenir pendant près d'un an et demi la pression sur le Parlement européen pour obtenir en octobre 2015 un vote sur un texte ambigu et qui laissait une grosse marge d'interprétation pour l'ORECE, en charge dans un délai de neuf mois de définir les lignes directrices d'application du règlement.

    Après une consultation qui a recueilli près de 500 000 réponses provenant de particuliers, d'associations et de professionnels des télécoms, l'Organe des régulateurs européens des communications électroniques a ainsi publié et présenté publiquement le 30 août dernier ses lignes directrices, précisant notamment les principes retenus pour coordonner la mise en application d'un Internet ouvert. L'ORECE a joué son rôle en restant ferme face aux industries des télécoms et en encadrant notamment certaines pratiques qui avaient été pointées du doigt par la coalition SaveTheInternet.eu, comme les services spécialisés et les mesures de gestion de trafic. En outre, si le « zero rating » n'est pas nommément interdit, l'interprétation des lignes directrices ne devraient pas permettre de mettre en pratique ce type d'offres.

    Quelques limites importantes sont notamment à noter, concernant les offres commerciales des opérateurs, pourtant susceptibles pour certaines de limiter drastiquement la liberté d'accès à l'information et la liberté d'expression. Ces offres restent dans une zone de gris et seront à évaluer au cas par cas par les autorités de régulation nationales (ARN, l'ARCEP en France), le temps que les régulateurs européens se coordonnent et élaborent une forme de jurisprudence dans le temps, au fil de leurs contrôles.

    D'autre part, dans notre réponse commune avec la Fédération FDN à la consultation, nous avons soulevé quelques points malheureusement non pris en compte par l'ORECE :

    Cela étant, le résultat obtenu reste clairement favorable aux droits des utilisateurs d'Internet, et en tant que tel a été dénoncé dès sa publication par les industries des télécoms qui y voient des contraintes insupportables. En ce sens, l'adoption des lignes directrices sur la neutralité du Net par l'ORECE est une victoire pour les défenseurs de la neutralité du Net. Le principe du contrôle de l'utilisateur sur ses communications et le rôle d'intermédiaire technique de l'opérateur est, grosso modo, consacré en droit.

    Après plus de sept années passées à tenter de faire inscrire la neutralité du Net dans la législation européenne, La Quadrature du Net ne peut que constater, soulagée, que les pires menaces ont été repoussées, et que les plus graves pratiques de blocage ou de ralentissements de certains flux, encore observées il y a quelques années, sont largement sur le déclin.

    Pour autant, nous devrons rester extrêmement vigilants lors de la mise en application concrète du règlement et face à l'activité future des régulateurs européens. La Commission européenne vient d'annoncer une codification du droit européen des télécoms qui pourrait s'accompagner d'une remise en cause des quelques avancées législatives obtenues ces dernières années. Les opérateurs télécoms, lancés dans des stratégies de convergence avec les grands groupes médias, sont des acteurs politiques extrêmement influents qui continueront à mener bataille pour renforcer leur contrôle des réseaux et de l'économie numérique. Plus que jamais, l'implication des citoyens européens dans le contrôle de l'effectivité des mesures adoptées doit se faire au quotidien, afin que les régulateurs sachent et sentent qu'ils ont derrière eux des utilisateurs attentifs et attachés au principe d'un Internet libre, ouvert et neutre. Des outils comme RespectMyNet.eu, qui servent à recenser les cas d'atteinte à la neutralité du Net, seront maintenus et développés dans la durée pour permettre aux citoyens de jouer leur rôle dans la protection de la neutralité du Net.

    Respect My Net


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