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Que nous dit le folklore ? Il révèle des facettes méconnues des récits autochtones, négligées depuis des générations.

Mon, 07 Sep 2026 18:54:21 +0000 - (source)

Quelques récits fascinants découverts en documentant le folklore autochtone tharu

Initialement publié le Global Voices en Français

A Tharu woman with tattoos on her legs.

Une femme tharu du district de Kailali, dans l’ouest du Népal, avec des tatouages sur les jambes. Photo d’Indu Tharu, utilisée avec autorisation.

Cet article s’inscrit dans la série « Droits des peuples autochtones » du Spotlight de Global Voices d’août 2026. Cette série donne un aperçu de la vie et des expériences des peuples autochtones afin de créer des liens entre les régions, de placer leurs vécus au cœur du récit et de partager les histoires de dirigeants, de militants, de membres des communautés et bien d’autres encore. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

Enfant, je m’asseyais avec ma grand-mère près d’un borais (un petit pot en terre servant à faire du feu) durant les rudes journées d’hiver. J’écoutais ses récits de personnages bienveillants ou maléfiques — djinns, esprits, fantômes, sorcières et sorciers, arbres, oiseaux et animaux — qui revêtaient une importance particulière dans la culture et la tradition tharu. Elle chantait des chants populaires avant de m’en expliquer le sens.

Je n’avais jamais envisagé de documenter le folklore autochtone tharu avant le départ de ma grand-mère. Maintenant qu’elle n’est plus parmi nous, ses précieuses paroles de sagesse me manquent profondément. Heureusement, j’ai eu l’occasion de collaborer avec Amrit Sufi et Subhasish Panigrahi, qui non seulement documentent la culture orale en Inde, mais ont aussi inspiré et aidé de nombreuses personnes passionnées de culture et de traditions à documenter leurs propres cultures.

Documenter le folklore autochtone demande du temps. Il faut d’abord passer du temps auprès des communautés pour qu’elles se sentent suffisamment en confiance pour partager leurs contes, leurs chansons, leurs expressions et leurs idiomes, sans oublier leurs expériences personnelles.

En documentant la culture orale tharu dans l’est du Népal, j’ai découvert de nombreux éléments fascinants qui, s’ils étaient étudiés plus en profondeur, révéleraient des facettes méconnues des récits autochtones.

A fish tattoo on the hands of a woman

Un tatouage raconte de nombreuses histoires. Un tatouage de poisson sur la main de Bhuti Devi, originaire du district de Sunsari, au Népal. Photo de Sanjib Chaudhary, utilisée avec autorisation.

Morangsair : un chant de migration saisonnière

En enregistrant un chant populaire appelé « Morangsair » ou « Morangesari », encore chanté dans l’est des plaines du sud du Népal, j’ai découvert la migration saisonnière de jeunes hommes quittant le district de Saptari, à l’extrême est de la province de Madhesh, pour se rendre dans le district de Morang, dans la province de Koshi, à l’est du Népal, une région plus fertile qui offrait du travail à ceux qui souhaitaient gagner un peu plus d’argent.

Le district de Sunsari, nommé d’après la rivière Sursair — aujourd’hui appelée « rivière Sunsari » — faisait partie du district de Morang avant 1962. Aujourd’hui, pour rejoindre Sunsari, autrefois rattaché à Morang, depuis Saptari, il faut traverser deux rivières : la rivière Koshi et la rivière Sunsari. À cette époque, avant la construction des ponts, le trajet était bien plus difficile.

Ce chant populaire est la plainte d’une jeune femme qui supplie son mari de ne pas partir à Morang. Elle évoque la forêt dense, le climat chaud et la rivière Sursair, qu’il devrait traverser pour s’y rendre. Pourtant, le chant ne mentionne pas la rivière Koshi, la plus grande du Népal, qui se trouve avant la rivière Sunsari sur le chemin menant à Morang.

Dans la vidéo ci-dessous, Chandrakala Chaudhary, originaire d’Itahari dans le district de Sunsari, interprète « Morangsair », également appelé « Morangesari » :

En approfondissant mes recherches, j’ai appris que le cours actuel de la rivière Koshi se situait autrefois plusieurs kilomètres plus à l’est. Dans sa partie indienne, la rivière a déplacé son cours de près de 100 kilomètres vers l’ouest. Le Gange est également appelé « Sursuri » ou « Sursari » dans le Guru Granth Sahib, un texte sacré hindou. Les rivières Sursair et Koshi finissent toutes deux par rejoindre le Gange.

Biyahi : quand une rivière porte le nom d’une femme mariée

En discutant avec Mahabir Chaudhary, un aîné tharu du district de Saptari, au Népal, j’ai découvert un fait intéressant : une rivière et l’un de ses affluents portent des noms issus de mots tharu désignant une femme mariée.

La rivière a été rebaptisée « Behai » par des administrateurs népalophones. Pourtant, selon des aînés tharus, son nom d’origine est « Biyahi », qui signifie « première épouse » en tharu kochila, ou tharu oriental. Un affluent nommé « Samdahi » alimente cette rivière. « Samdahi » signifie « deuxième épouse » en tharu oriental. Après leur confluence, les rivières Samdahi et Biyahi poursuivent leur cours sous le nom de Biyahi.

Sabudana ke gachhi : le motif de tatouage qui raconte l’histoire des perles de sagou

A woman with tattoos on her lower arms

Kashia Chaudhary, originaire du district de Sunsari, au Népal, porte des tatouages de palmier sagoutier et de souci sur les avant-bras. Photo de Sanjib Chaudhary, utilisée avec autorisation.

De nos jours, le sabudana, ou sagou, vendu sur les marchés est principalement fabriqué à partir de l’amidon de racine de manioc. Pourtant, autrefois, les perles de sagou étaient aussi préparées à partir de la moelle des palmiers sagoutiers. J’ai découvert ce procédé lors d’un entretien avec des femmes âgées parlant le tharu oriental. L’une d’elles m’a montré un tatouage ressemblant à un palmier et m’a expliqué qu’il s’agissait du sabudana ke gachhi. « Gachhi » est le mot tharu pour « arbre ». Elle m’a également confié que le sabudana était autrefois fabriqué à partir d’un palmier.

J’ai ensuite approfondi mes recherches et découvert qu’autrefois, on abattait les palmiers, en extrayait la moelle riche en amidon du tronc, puis on la transformait pour fabriquer des perles de sagou. Cette tradition perdure encore dans certains pays d’Asie du Sud-Est.

En documentant la culture orale tharu, j’ai recueilli bien d’autres récits qui méritent d’être portés à la connaissance d’un public plus large.

Mais je cherche encore à me remémorer les histoires que me racontait ma grand-mère, lorsque nous étions assises près du feu pendant les froides journées d’hiver.


Entre silence et visibilité : le vécu des personnes LGBTQ+ au Mozambique

Mon, 07 Sep 2026 15:49:24 +0000 - (source)

Malgré un bilan régional plus favorable, la tolérance au Mozambique ne parvient pas à éliminer l'exclusion.

Initialement publié le Global Voices en Français

A woman lies on the ground, one hand covering her mouth, the other with several condoms in their packets spilling out of it

Photo prise par des militants LGBTQIA+. Maputo, Mozambique, 2024. Utilisée avec autorisation..

 

Si l'absence de lois pénalisant les identités LGBTQ+ au Mozambique est souvent interprétée comme une preuve de tolérance, le vécu quotidien des personnes transgenres et des femmes LBQ (lesbiennes, bisexuelles et queers) révèle une réalité bien différente. De l'école aux services de santé, en passant par le milieu professionnel, les espaces religieux ou les réseaux sociaux, la discrimination persiste et limite l'accès aux droits fondamentaux, aux opportunités et à la pleine participation sociale.

Bien que la persécution juridique soit moins évidente que dans certains pays de la région, comme le Nigéria, les militants affirment que l'exclusion s'opère souvent à travers le silence, l'invisibilité et la négligence institutionnelle.

«Puisque personne ne parle de nous, nous finissons par devenir invisibles », a affirmé Pepetsa Fumo, millitante transgenre au sein Transform, une organisation qui œuvre pour la reconnaissance et l'inclusion des personnes trans au Mozambique. Schools as spaces of exclusion

Les écoles comme espaces d'exclusion

Pour de nombreux militants, l'exclusion commence dès le système éducatif, où les programmes scolaires sont profondément hétéronormés, laissant peu de place aux discussions sur l'orientation sexuelle, l'identité de genre ou la diversité.

Un exemple frappant de cette résistance institutionnelle à l'inclusion est le retrait, par les autorités, de toute référence à l'orientation sexuelle dans les manuels scolaires mozambicains. Selon les militants, cet environnement favorise le harcèlement, la violence psychologique et un taux de décrochage élevé chez les élèves LGBTQ+. De nombreux enseignants ne reçoivent que peu, voire pas de formation sur la diversité, les droits humains et l'inclusion, ce qui limite leur capacité à créer des environnements d'apprentissage sûrs, comme l'a souligné Pepetsa lors d'un entretien avec Global Voices (GV).

« Le défi commence au sein même du ministère, et dans la manière dont les enseignants sont formés à ne pas respecter la diversité. »

Ces inégalités éducatives se prolongent souvent à l'âge adulte, affectant les opportunités d'emploi, la sécurité économique et la mobilité sociale.

Survie économique : au-delà de la reconnaissance

La vulnérabilité économique est devenue l'une des préoccupations les plus persistantes des militants LGBTQ+. De nombreuses personnes trans et femmes LBQ rencontrent des difficultés pour accéder à un emploi formel, à une formation professionnelle ou à d'autres opportunités génératrices de revenus. Bien que diverses initiatives communautaires visent à soutenir économiquement ces personnes, elles se heurtent à d'importantes barrières structurelles, notamment un financement limité, un manque de formation en gestion et une dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure.

« Aujourd'hui tu as du travail, demain c'est fini. Et tu te retrouves à nouveau à te reposer à l'ombre », observe Pepetsa. (Note : l'expression “taking a break in the shade” évoque ici l'inactivité forcée par le chômage).

Des organisations telles que Por Ela (« Pour elle ») tentent de relever ces défis en privilégiant les entreprises dirigées par des femmes LBQ et en promouvant le leadership communautaire ainsi que l'entrepreneuriat. Mais pour les militants, l'autonomisation économique ne peut être dissociée des luttes plus larges pour la dignité, la reconnaissance et la citoyenneté.

La santé et les limites de la visibilité

La santé est un autre domaine où coexistent avancées et exclusion. Des années de campagnes ont permis une meilleure reconnaissance des communautés trans dans la lutte contre le VIH et le sida, mais les militants s'interrogent encore souvent sur le langage utilisé dans les politiques publiques.

« Je ne suis pas une “population clé”. Je suis Darius. Ne me confondez pas avec cette catégorie », a déclaré l'une des personnes interrogées par GV.

Bien que les personnes trans aient gagné en visibilité au sein de certaines institutions, les femmes LBQ restent largement absentes des débats et des programmes de santé. De nombreux professionnels de santé sont formés à l'analyse des « populations clés » et des communautés LGBT, mais ils reçoivent rarement une formation sur les besoins spécifiques des femmes LBQ. Selon les militants, cette invisibilité a des conséquences réelles. Par exemple, les cas de violence contre les femmes lesbiennes sont souvent enregistrés uniquement comme des violences basées sur le genre, sans considérer si leur orientation sexuelle a motivé l'attaque.

Espaces numériques : entre autonomisation et vulnérabilité

Pour de nombreuses communautés LGBTQ+ au Mozambique, les plateformes numériques sont devenues des outils essentiels d'organisation, de mobilisation et de sensibilisation. Les réseaux sociaux permettent aux communautés queer de partager leurs expériences, de documenter publiquement le respect effectif des droits, de construire des réseaux de solidarité et d'amplifier les voix de la communauté. Cependant, ces mêmes espaces exposent également les militants et les défenseurs des droits humains au harcèlement en ligne, à la surveillance et à la violence.

Des militants queer, des personnes trans et des défenseuses des droits humains racontent avoir été victimes de discours de haine, d'intimidations, de campagnes de désinformation et de “doxing” (exposition publique d'informations privées), des pratiques qui reproduisent des schémas plus larges d'exclusion sociale. Ces enjeux surgissent au moment où les débats sur la gouvernance numérique et la cybersécurité prennent de l'importance au Mozambique. Alors que les responsables politiques se concentrent officiellement sur le développement technologique et la sécurité numérique, les militants soutiennent que la discussion devrait également inclure la liberté d'expression, la vie privée et la participation citoyenne.

Au-delà du paradoxe

Le vécu des personnes trans et des femmes LBQ au Mozambique démontre que l'exclusion se limite rarement à une seule sphère de la vie sociale. Les barrières éducatives, la précarité économique, les inégalités d'accès aux soins et la violence numérique se renforcent mutuellement, créant des cycles de vulnérabilité qui dépassent largement les questions d'identité.

Pour les militants, il s'agit avant tout d'un débat sur la citoyenneté, la participation et l'inclusion démocratique. La reconnaissance est importante, mais elle ne suffit pas. Une véritable inclusion nécessite un accès réel aux droits, aux opportunités économiques, à la sécurité et à la représentation, tant dans les espaces financiers que dans les environnements numériques.

Dans un contexte mondial marqué par la montée des mouvements anti-droits et l'expansion de la surveillance numérique, les expériences des communautés LGBTQ+ au Mozambique soulignent l'importance de rapprocher les débats sur le genre, la diversité et la justice numérique des réalités vécues par les communautés du Sud global.


Les inondations au Népal: reportage de la journée du 27 août 2026

Mon, 07 Sep 2026 15:42:11 +0000 - (source)

Le photographe de Nepali Times juge son appareil impuissant à saisir l’ampleur de la tragédie

Initialement publié le Global Voices en Français

School ID Card of Biswas Tamang from Rasuwa. Image by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Carte d’identité scolaire de Biswas Tamang, de Rasuwa. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Cet article, rédigé par le photojournaliste Suman Nepali, a été initialement publié dans Nepali Times le 28 août 2026. Une version légèrement modifiée a été republiée sur Global Voices dans le cadre d’un accord de partage de contenu.

Ils se cachaient dans la forêt surplombant la rivière, meurtris et complètement sous le choc. Kirti Tamang, âgée de cinq ans, a vu sa mère et sa sœur être emportées par les eaux déchaînées. Projetée sur le versant, elle a survécu et a ensuite été retrouvée dans la forêt avec deux autres enfants.

Kirti n’a pas réussi à parler. Un autre garçon de son école, Biswas Tamang, est encore plus gravement blessé, sa carte d’identité scolaire autour du cou. Ses enseignants, qui l’ont retrouvé, utilisent les informations figurant sur sa carte pour joindre sa mère. Celle-ci vit dans un district voisin et avait envoyé son fils étudier dans une école publique anglophone à Betrawati.

Je suis resté là à contempler ces scènes. L’émotion m’a submergé comme les eaux elles-mêmes. Je n’ai pas sorti mon appareil photo de son étui : cela m’aurait semblé irrespectueux. Tout ce que je pouvais faire était de témoigner et de partager cette douleur et ce chagrin.

Kirti Tamang's injuries. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Les blessures de Kirti Tamang. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Nous avions quitté Katmandou à 4 heures du matin à moto, et l’aube se levait lorsque nous avons atteint le sommet du col de Tokha. Nous nous sommes arrêtés en chemin pour prendre rapidement un thé, puis avons repris la route.

Les premiers signes de mort et de destruction sont vite apparus : les traces laissées par le fleuve, qui avait englouti des villes entières vingt-quatre heures plus tôt. Des lisières de forêt aplaties, avec des arbres boueux perchés à une hauteur incroyable de part et d’autre de la rivière. Des débris suspendus aux toits d’immeubles de trois étages encore debout. Des camions-bennes renversés et à moitié ensevelis.

Trisuli Bazar avait disparu. Devighat avait disparu. La route qui remontait vers la frontière chinoise avait disparu. Nous avons poussé nos motos à travers des sentiers forestiers pour atteindre Betrawati à 13 heures. Une distance de dix kilomètres que j’avais auparavant parcourue en quelques minutes nous a pris cinq heures.

Nous sommes tombés de nos motos à plusieurs reprises, alors qu’elles glissaient dans la boue. Tout au long du chemin, des flots de personnes descendaient à pied, scrutant les rives boueuses de la rivière à la recherche de proches emportés par les eaux. Des ressortissants chinois étaient également présents, cherchant des collègues d’une centrale hydroélectrique.

Photo of a clock tower by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Une tour de l’horloge indiquant l’heure approximative de la catastrophe. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Photo showing mud on the left and houses and green earth on the left, by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Photo montrant, à gauche, la boue et, à droite, des maisons ainsi qu’une terre verdoyante. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Buildings engulfed in mud, Nepal. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Des bâtiments ensevelis sous la boue. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Puis nous avons vu les corps. Je me suis assis à l’ombre d’un arbre, incapable de sortir mon appareil photo. Il y avait une jeune femme, peut-être âgée de 35 ans, couverte de sédiments, près des murs de ce qui avait autrefois été la maison de quelqu’un.

Son corps avait été recouvert à la hâte. Ses ongles de pieds étaient vernis.

Des gens se pressaient autour d’elle pour voir s’ils la connaissaient. Ils se couvraient le nez et la bouche avec leurs châles, secouaient la tête, puis reprenaient leur chemin.

Finalement, un homme est arrivé. C’était son mari. Il s’est effondré en silence sur le sol, soutenu par les personnes qui l’accompagnaient.

Riverbed covered in mud, house on the side. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Lit de la rivière recouvert de boue. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Feet of women who died in the floods. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Les pieds d’une femme morte lors des inondations. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Une calamité colossale

Cette perte est colossale. C’est certes une calamité nationale. Mais ce sont aussi des tragédies pour des milliers de familles. Il fallait avoir énormément de chance pour survivre, ou être assez en forme pour échapper aux eaux brunes et déchaînées.

Même celles et ceux qui parviennent à retrouver les corps de leurs proches ou de leurs amis ont de la chance ; la plupart ne parviennent pas à retrouver les membres de leur famille avec qui ils avaient bu le thé ce matin-là. Ni les fils, les filles, les sœurs ou encore les parents auxquels ils s’étaient accrochés jusqu’à ce que le torrent de boue les emporte.

Cette catastrophe est trop vaste pour que même l’organisation de secours post-catastrophe la plus efficace et la mieux dotée en ressources puisse y faire face. Et même si la nourriture arrive et que des abris temporaires sont rapidement mis en place, comment tant de personnes pourront-elles un jour surmonter ce qu’elles ont vu : la perte de proches, de maisons, de champs, de bétail et de biens ?

J’avais couvert le séisme de 2015, mais cette tragédie est d’une tout autre ampleur. J’ai dit à mon rédacteur en chef que je ne pouvais pas traiter cela comme un simple reportage ; il fallait aller plus loin, car ce que j’avais vu avait changé ma vision de la vie elle-même. L’impermanence, ce sentiment que l’univers peut disparaître en un instant.

La rédaction m’a demandé de prendre des photos, d’interroger les gens, de connaître leurs noms, leurs âges et ce qu’ils ressentaient. Je n’ai pas eu le courage de poser ces questions. J’ai tout de même fini par trouver la force de prendre quelques clichés au téléobjectif.

Two women in the foreground and others survey the mud, after the flood. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Deux femmes observent l’ampleur des destructions. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

People look on at the mud in the aftermath of the flood. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Des personnes contemplent la boue laissée par les inondations. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

« Nous n’avons reçu aucun avertissement, personne ne nous a appelés depuis l’amont pour nous dire qu’une inondation arrivait », a déclaré une survivante, sans s’adresser à personne en particulier. « Une seconde, elle était là-haut, et la suivante, elle était ici. Tout est allé si vite. »

Ce qui m’a frappé, c’est que dans tous les villages que nous avons traversés, il n’y avait pratiquement que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les hommes étaient très peu nombreux — signe de l’exode massif des jeunes hommes vers les villes et l’étranger. Certains reviennent aujourd’hui pour découvrir que leur maison et leur famille ont disparu.

Je pense que la plupart des personnes qui ont péri ici seront des femmes. Et des enfants qui se préparaient à aller à l’école ce mercredi matin.

List of survivors. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Liste des survivants. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

A lone house standing amid the mud. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Une maison isolée encore debout au milieu de la boue. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Des camions de l’armée sont arrivés avec des vivres, tandis que des hélicoptères faisaient des allers-retours toute la journée dans le ciel d’un bleu profond. Au milieu de tout cela, des pèlerins empruntaient la route en altitude vers Dhunche, en direction de Gosainkunda pour la fête de la pleine lune de Janai Purnima, vendredi. La vie, semble-t-il, continue.

La nuit allait bientôt tomber, alors nous avons accéléré à moto pour rentrer à Katmandou. Des bénévoles locaux se préparaient à partir à moto afin de réunir enfin Biswas, en détresse, avec sa mère. En chemin, nous avons vu des survivants tenter de retrouver l’endroit où se trouvait autrefois leur maison.

People crossing over the mud. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Des personnes traversant la boue. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

A ground of people on higher ground look on at the land covered in mud. Photo by Suman Nepali of Nepali Times. Used with permission.

Un groupe de personnes, posté sur les hauteurs, observe les terres en contrebas recouvertes de boue. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Man putting a young boy on a motorcycle. Another motorcyclist is in the background. Photo by Suman Nepali of Nepali Times, used with permission.

Emmener un jeune garçon chez des proches. Photo de Suman Nepali pour Nepali Times, utilisée avec autorisation.

Si vous souhaitez soutenir les communautés touchées par les inondations au Népal, vous pouvez faire un don au Fonds de secours en cas de catastrophe du Premier ministre du Népal ici. Des informations complémentaires sont disponibles ici.


Comment l'Afrique bénéficie- t- elle de l'impulsion mondiale de la Chine en terme d'énergies renouvelables ?

Sun, 06 Sep 2026 22:49:22 +0000 - (source)

Pendant que l'Afrique cherche des moyens pour atténuer la crise climatique en cours , l'investissement extérieur n'est pas toujours une force positive

Initialement publié le Global Voices en Français

 

Workers install solar panels at health clinics in Rwanda.

Les ouvriers installent des panneaux solaires dans des cliniques santé au Rwanda. Image de USAID. CC BY-NC-ND 2.0                                                                                                                             Cet article  a été soumis comme faisant partie de la corporation   Global Voices  pour la justice climatique ,  qui associe des  journalistes de Sinophone et des pays de la majorité mondiale pour enquêter sur les effets des projets de développement chinois à l'étranger .  Trouver plus   d'histoires ici .

 La Chine se  positionne comme  le champion mondial de l'énergie renouvelable et a     investit lourdement dans le secteur  pendant les 20 dernières années . D'autre part , pour soutenir son secteur en terme d'énergies renouvelables et consolider la chaîne d'approvisionnement , elle  a également financer des  mega-projets qui  exploitent des ressources naturelles telles que le charbon et  le pétrole — en particulier en Afrique. 

 Entre le développement , la  dépendance,  et la transition de l'énergie , certains écologistes s'inquiètent à propos du fait que la  Chine est en train de jouer un double  jeu qui nuit à l'Afrique dans sa lutte contre l'injustice environnementale .

 La Chine, un partenaire à deux visages pour l'Afrique 

 Même comme l'Afrique a été historiquement  l'un des  émetteurs les plus inférieurs  et  a donc contribué de façon négligeable à la crise climatique   comparée à  l’Europe,  la chine , et  l'Amérique du Nord , elle est toujours l'une des  régions les plus exposées  en ce qui concerne les catastrophes climatiques  et leurs conséquences.

 Sur le  continent,  les experts sont en train de mettre en œuvre des initiatives pour  combattre le changement climatique  et atténuer ses effets négatifs , même comme les  mesures d'atténuation sont difficiles  à mettre en œuvre à cause du  manque de ressources.

 Dans ce  contexte,  elle reçoit un soutien important de la Chine, qui se positionne comme un partenaire stratégique du continent en lui promettant des investissements qui pourraient permettre à l'Afrique de commencer sa transition d'énergie verte , ainsi rendant son réseau énergétique plus  résiliente .  Lors d'une tournée en Afrique en Janvier 2025, Wang Yi, le ministre des Affaires Étrangères de la Chine, a dit au  média chinois:

L'Afrique est l'une des régions les plus sévèrement touchées par le changement climatique, confrontée à des défis fréquents tels que les sécheresses, les inondations et les pénuries alimentaires. La lutte contre le changement climatique et l'approfondissement de la coopération agricole étaient des priorités clés de la coopération sino-africaine pour promouvoir la modernisation.

 l'Afrique est l'une des régions  les plus sévèrement  touchées par le changement climatique, faisant face a de fréquents défis tels que les sécheresses , les inondations , et les pénuries alimentaires. La lutte contre le changement climatique et approfondir la coopération agricole étaient des priorités clées de la coopération Chine-Afrique pour promouvoir la  modernisation.

 Depuis plus de 20 ans , la  Chine a développé ses capacités industrielles  et ses chaînes d'approvisionnement  autour de la protection environnementale et le développement vert ,  fournissant plus de  70 pourcent d'équipements mondiaux d'énergie éolienne et   80 pourcent de ses composantes  photovoltaïques .  Le ministre de la Chine a réitéré l'engagement clair de son pays à donner la priorité à la transition verte d'Afrique et a cité la capacité installée  des centrales photovoltaïques construites de façon jointe par la Chine et l'Afrique ,  qui s'élève à plus de  1.5 gigawatts.  Il a  dit  au média  chinois :

La Chine s'est engagée à travailler main dans la main avec ses partenaires africains pour faire avancer l'Action de partenariat pour le développement vert, mettre en œuvre les projets d'énergie propre proposés lors du Sommet de Beijing du FCSA et promouvoir le programme ‘Ceinture solaire de l'Afrique’, afin d'aider l'Afrique à s'engager sur la voie d'un développement vert et à faible émission de carbone.

 La chine est engagée à travailler main dans la main avec ses partenaires africains pour avancer l'action du partenariat du développement vert , mettre en œuvre les projets d'énergie propre  proposés au sommet de Beijing de la FCSA  , et promouvoir le  < Programme de la Ceinture Solaire de l'Afrique > , dans le but d'aider l'Afrique  à s'engager sur une voie de développement vert et à faible émission de carbone .

 Lire plus :   Qui bénéficie exactement des projets d'oléoducs de la Chine au   Niger et au Bénin?

 Toutefois , à côté de ces initiatives vertes et actions en Afrique , la  Chine reste mondialement le plus large  des émetteurs de  carbone (CO2), représentant plus de 30 pourcent des  emissions de ce gaz très nocif pour l'environnement . De même, la  Chine continue à être lourdement impliqué dans l'investissement et l'exploitation  des sources d'énergie polluantes sur le continent africain . Elle a lourdement investit dans l'exploitation du pétrole  dans  plusieurs pays , notamment le  Niger, l’Uganda, et  l’Angola. Il reste un client régulier pour les importations du pétrole du Tchad, du  Congo, et du  Nigéria.

 L'intérêt de la Chine dans l’ exploitation des gisements de pétrole sur le continent africain démontre clairement sa position difficile :  ses industries en croissance nécessitent des combustibles fossiles , malgré son désir à long-terme pour se   positionner comme un promoteur majeur de l'énergie verte à l'échelle mondiale .

 Le partenariat ou la  dépendance qui creuse les inégalités ?

 Étant donné sa longue histoire de l'exploitation et du colonialisme , l'une des ressources les plus nécessaires de l'Afrique c'est l'autonomie . Certains  chercheurs  ont  exprimé des inquiétudes par rapport au fait que dans le monde actuel , des prêts importants accordés par la Chine augmentent ainsi sa dette  et mettent certains pays africains dans des positions financières impossibles . Dans  une analyse publiée en Novembre  2023, Jana de Kluiver, une chercheuse spécialisée en Afrique à l’  Institut pour les études Sécuritaires  ,  a averti au sujet des inquiétudes croissantes concernant les prêts chinois en  Afrique:

Des recherches de AidData ont montré que les prêteurs publics chinois, motivés par la recherche du profit, incluent souvent dans leurs accords de prêt des conditions qui peuvent mettre à rude épreuve des économies africaines déjà fragiles. Il s'agit notamment de l'interdiction des restructurations collectives et d’importantes clauses de confidentialité. Ces conditions peuvent limiter la capacité des pays emprunteurs à prendre des décisions financières indépendantes et souveraines.

 Les recherches par  AidData ont montré que les prêteurs publics chinois , motivés par le  profit ,  incluent souvent des conditions dans leurs accords de prêt qui pourraient mettre à rude épreuve  des économies africaines déjà fragiles . Celles-ci incluent des interdictions  de restructuration collective et des causes de confidentialité strictes .  De telles conditions peuvent limiter la capacité des pays emprunteurs à prendre des décisions financières indépendantes et souveraines .

 Étant donné ces intérêts privés , il est clair que les partenariats offerts aux pays africains par des entreprises chinoises pour faire face aux conséquences désastreuses du changement climatique ont leurs  limites. Ceci  crée une véritable  dépendance économique, qui  limite les options de politique climatique  à long-terme de l'Afrique .

 Les nombreux projets mis en œuvre avec le soutien chinois  ont d'énormes conséquences et impacts locaux .  Les déplacements massifs de la population profitent aux entreprises chinoises qui s'installent  pour réaliser les projets .  La déforestation et la dégradation environnementale nuisent aux gagne- pains des communautés locales et vulnérables . Entre les inégalités et les  responsabilités, l'injustice climatique devient de plus en plus criante .

Le  mouvement citoyen FILIMBI,  un mouvement pro- démocratie  basé en République Démocratique du Congo  RDC, a parlé contre cette dynamique en Novembre 2024. Selon un article de   Projet Afrique Chine, le  mouvement pointe du doigt aux mineurs d'or illégaux de Chine  dans la  région pour avoir pollué  la rivière Arwini  dans le Nord-est du pays . Sur son réseau social  compte X, il poste:

 LIRE NOTRE  DÉNONCIATION:

La  RDC est vendue au plus offrant pendant que notre peuple à  Tshopo souffre. L'entreprise chinoise , Xang-Jang Mining, est en train de détruire la rivière Aruwimi avec impunité,  avec la bénédiction de ceux qui devraient nous protéger .

LE CONGO  NOUS APPARTIENT À TOUS!

 Les réparations  pour le dommage causé aux  populations sont  négligeables ou pratiquement non-existantes,  et la Chine est difficilement impliquée dans ces problèmes ,  ne serait – ce que pour contribuer à atténuer les impacts .

Entre les  promesses d'une Afrique plus verte et l'exploitation continue et l'utilisation du carbone, associées à la vulnérabilité des populations qui , en plus de subir les conséquences du changement climatique , font face au dommages sociaux tels que la famine et le manque de logements , le continent se trouve piégé au milieu des intérêts conflictuels .

 Comment le continent peut-il concilier le partenariat  Sino-Africain dans le respect des principes de la justice  environnementale ? L'investissement chinois en Afrique doit offrir un vrai , développement durable , pas  renforcer une nouvelle dépendance au carbone .

Un partenariat gagnant-gagnant plus fort entre les deux parties , nécessitant un transfert de technologie ou un partage de connaissances accompagné par une formation technique locale pour les africains , doit être promu. Comme Médéric Beugré,  journaliste d'investigation cité par  Le Nouveau Reporter en Juin 2025, souligne: 

 Ce n'est pas assez d'accueillir le capital ; nous devons également contrôler ses effets . (…)  Les états africains doivent exiger des  transferts de compétences , une vraie implication des entreprises locales , et une vision souveraine pour les projets.

 Autrement , les pays africains doivent être capable de développer et promouvoir leurs propres technologies afin d'espérer une coopération équitable .


Quand l'intimité disparaît : la vie à l'intérieur des centres d'hébergements d'urgences à Gaza

Sun, 06 Sep 2026 22:48:17 +0000 - (source)

Dans les centres à Gaza, l'intimité n'est pas simplement mise entre parenthèses, elle a été effacée

Initialement publié le Global Voices en Français

Shelters, including a temporary improvised bathroom set up between the tents. Picture by the author, used with permission.

Des abris, incluant des toilettes de fortune installées entre les tentes. Photo prise par l'autrice de ce billet, utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]

Histoire de Marwa Rommaneh

Tôt le matin, alors que les écoles devraient se préparer à accueillir les élèves, les cours sont remplies d'hommes endormis sur le sol. Des mouvements se font voir avant même le lever du soleil, et des files d'attente se forment progressivement devant les installations sanitaires. Les écoles de Gaza ne sont plus des lieux d'enseignement, mais ont été transformées en centres d'hébergement d'urgence, abritant des centaines de familles en un même espace partagé.

La première semaine de la guerre à Gaza en octobre 2023, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (the United Nations Relief and Works Agency – UNRWA) a indiqué qu'environ 218 600 personnes ont été abritées dans 92 des écoles réparties dans toute la bande de Gaza, tandis que beaucoup d'autres ont trouvé refuge dans des écoles publiques et d'autres bâtiments. Au fil du temps, le nombre de réfugiés a augmenté, et la surpopulation est devenue une réalité du quotidien profondément enracinée.

Dans ce contexte, il ne faut pas beaucoup de temps pour se rendre compte que quelque chose d'essentiel a disparu : l'intimité ne fait plus partie intégrante de la vie.

Une image collective sans fin

Toutes les choses du quotidien qui se passent derrière les murs d'une maison sont maintenant exposées au grand jour. Faire la cuisine, la lessive, se reposer et toutes autres tâches du quotidien se font dans un seul et même espace commun, sous les yeux de tous. Il n'y a ni pièces, ni portes fermées, et aucun recoin qui offre rien qu'un moment de solitude.  Ici, rien n'est vécu séparément, mais en empiètement constant, où les détails de chaque famille s'intègrent dans une image collective sans fin.

Ce problème n'est pas qu'à propos d'un manque d'espace, mais surtout de la perte de la possibilité d'être seul, même brièvement. Le silence devient rare, et le repos est vécu avec prudence, comme si c'était un moment temporaire dans un lieu qui ne permet pas la stabilité.

Au cours de ma participation aux campagnes de vaccination contre la polio à Gaza, où j'y ai travaillé dans la saisie de données et dans l'assistance sur le terrain, cette expérience n'était pas limitée qu'à son côté administratif. C'était une confrontation quotidienne avec la réalité. Aider les enfants impliquait de se frayer un chemin dans un espace totalement bondé et de travailler dans un environnement sans confort et intimité. Il n'y avait aucun endroit dédié pour ces interactions ou soins, chaque étape prenait place dans un cadre bondé où les déplacements se croisaient sans cesse avec la vie quotidienne

Au fil du temps, cette perte d'intimité n'est plus un détail mineur. Elle devient une partie de l'expérience vécue. La vie est exposée, partagée, et constamment à la vue de tous, où plus rien n'est « privé » comme le terme le définissait traditionnellement.

La difficulté du quotidien

L'Organisation mondiale de la santé et UNICEF ont mis en évidence les problèmes de santé de plus en plus importants auxquels les enfants de Gaza font face, notamment la difficulté de fournir des soins et de mener des campagnes de vaccination dans un environnement surpeuplé et aux ressources limitées.

Dans ce contexte, la surpopulation n'est plus une simple description, elle devient une réalité qui dicte tout : les déplacements, la communication, et même la prestation de soin. Chaque petit détail est conditionné par le manque d'espace et la concentration de population, rendant même les tâches les plus simples plus complexes.

Tents and shelters for displaced families in Gaza. Picture by the author, used with permission

Des tentes et abris pour les familles réfugiées à Gaza. Photo prise par l'autrice de ce billet, utilisée avec permission.

Ces enfants vivent cette réalité tous les jours, souvent sans entièrement la comprendre ou s'y adapter. Il n'y a pas d'endroit pour jouer librement, ni d'environnement qui procure un sentiment de sécurité ou de réconfort. Pour les enfants en situation de handicap, leurs problèmes sont encore plus difficiles, car ils ne vivent pas dans des conditions qui subviennent même à leurs besoins fondamentaux.

D'après des estimations de l'ONG Save the children, il est indiqué que pendant 2024, que tous les mois environ 475 enfants ont subi des blessures potentiellement invalidantes à vie, telle que la perte d'un membre, une perte auditive et des lésions oculaires graves. Dans un contexte de surpopulation, ces conditions ne font qu'exacerber la difficulté de leurs quotidiens, où même les règles les plus élémentaires en matière de sécurité et d'intimité sont inexistantes.

L'après-guerre : Une réalité inchangée

On parle « d'après-guerre », mais peu de choses semblent avoir changé dans les centres d'hébergement d'urgence. La surpopulation continue, les espaces restent limités et la vie quotidienne se poursuit avec les mêmes routines qui ne laissent aucune place à l'intimité. Il n'y a pas eu de véritable retour à la maison, ni d'alternatives apportant un minimum de confort, juste la continuité des mêmes conditions qui sont devenues la norme malgré leur dureté.

Dans cette réalité, « l'après-guerre » n'est pas une nouvelle phase, mais le prolongement de ce qui est arrivé. Les mêmes files d'attente, les mêmes espaces partagés, et ce même sentiment que de vivre constamment sous le regard des autres. C'est comme si le temps s'était arrêté quand les gens sont arrivés dans les centres, sans leur offrir une véritable chance de retrouver même un aspect de leur vie d'avant.

Ce prolongement ne veut pas seulement dire que les conditions restent inchangées, mais surtout qu'elles sont maintenant profondément enracinées. Peu à peu, la perte d'intimité n'est plus un fait temporaire, mais une situation durable qui modifie la manière dont les individus perçoivent l'espace et les gens qui les entourent.

Que perdons-nous quand le sentiment d'intimité disparaît ? 

Ce contexte ne représente pas que la perte d'une maison, mais aussi la perte d'un mode de vie tout entier, la perte d'un lieu qui, avant, abritait les petites choses du quotidien et donnait à chacun le sentiment qu'une partie de leur vie leur appartenait.  

Dans ces centres d'hébergement d'urgence, les gens ne sont pas là que temporairement, mais sont entrés dans une nouvelle réalité marquée par une surpopulation constante. Au fil du temps, la perte d'intimité n'est plus temporaire et s'ancre dans le quotidien. Cette réalité redéfinit les relations entre individus, la perception des espaces et la vie elle-même.

Ici, il n'y a pas que les murs qui ont disparu, mais aussi les règles qui définissent une des notions la plus basique de la vie : la possibilité pour chacun d'avoir un espace à soi, même si ce n'est qu'un petit coin où personne ne regarde.

Marwa Rommaneh est une écrivaine freelance et diplômée en gestion d'entreprise de l'Université ouverte d'Al-Quds, écrivant depuis la Palestine.

La leçon chinoise sur l'approche des droits humains en matière d'IA

Sun, 06 Sep 2026 22:47:02 +0000 - (source)

La stratégie de la Chine concernant l'IA permet d'étudier l'équilibre entre État, machine et peuple

Initialement publié le Global Voices en Français

Image réalisée par Ibrahim Kizza pour APC. Utilisée avec permission.

Cet article fait partie de la série « Ne demandez pas à l'IA, demandez à un pair » une collaboration entre Global Voices, l'Association pour le progrès des communications (APC) et GenderIT. Cette série vise à réaffirmer l'importance du partage des connaissances entre les personnes, comme cela se fait depuis des décennies. Vous pouvez suivre la série sur APC.org, GenderIT.org, et globalvoices.org. Elle fait aussi partie de la série « Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

En tant que l'un des pays les plus tristement célèbres pour son utilisation de l'IA à des fins de surveillance et de restriction des libertés des citoyens, la Chine ne peut apporter de réponse directe à la question de savoir comment développer une approche de l'IA respectueuse des droits humains. Pourtant, son adoption assumée de l'IA et ses ambitions de domination sur le marché mondial de l'IA peuvent servir d'étude de cas pour comprendre la relation florissante entre le secteur privé et l'État, entre la machine et la société.

En février 2026, un ingénieur espagnol, Sammy Azdoufal, a découvert qu'il pouvait prendre contrôle de 7 000 aspirateurs intelligents, visionner en temps réel les images des domiciles, écouter les sons environnants grâce aux caméras intégrées et localiser précisément les habitations grâce à leur adresses IP, simplement en déchiffrant la connexion entre son aspirateur DJI Romo récemment acquis, et sa manette PlayStation.

Bien que l'entreprise chinoise ait rapidement corrigé la faille de sécurité, cet incident souligne la facilité avec laquelle les technologies de surveillance basées sur l'IA peuvent s'infiltrer dans notre quotidien et les risques qu'elles représentent.

Les technologies de surveillance et de guerre basées sur l'IA s'accompagnent de menaces universelles

L'aspirateur intelligent mentionné précédemment est indisponible sur le marché américain car son fabricant, DJI, a été désigné comme « entreprise militaire chinoise » en 2022 et ajouté à la liste noire du Pentagone pour des raisons de sécurité nationale.

Dans ce contexte, les discussions sur les technologies de surveillance alimentées par l'IA et les menaces qu'elles représentent se sont largement limitées à la Chine, mais cette technologie est universelle et affecte les populations du monde entier.

La Chine est en effet pionnière dans l'utilisation de technologies de surveillance sophistiquées pour renforcer son régime répressif et a même exporté ces outils vers d'autres États autoritaires, comme l'ont largement documenté les médias internationaux. L'expérience chinoise, tant dans la gestion sociale des Ouïghours au Xinjiang que dans le système national de contrôle du COVID-19, montre que la surveillance humaine sous couvert de contrôle social et l'application de technologies de surveillance — reconnaissance faciale, système de crédit social, géolocalisation et suivi des données en ligne — fonctionne en tandem pour maintenir un système de contrôle de proximité qui parvient à prévenir tout acte déstabilisateur. La réalité orwellienne montre que, doté d'un puissant moteur d'IA, l'État peut consolider son pouvoir au détriment des libertés individuelles de réunion, d'expression et de mouvement.

Le marché mondial des technologies répressives

Ces technologies répressives de pointe ont une portée commerciale inimaginable. En Chine, les systèmes de reconnaissance faciale basés sur l'IA sont utilisés pour verbaliser les piétons traversant hors des passages piétons et les véhicules stationnés illégalement, traiter les paiements en ligne et hors ligne, et surveiller les résultats scolaires des élèves, entre autres.

Alors que les États démocratiques se montrent sceptiques quant à l'utilisation par la Chine de la surveillance par IA, ces réticences les incitent simplement à acquérir des outils d'IA similaires auprès de fournisseurs non chinois. La police britannique, par exemple, a récemment acheté la technologie de reconnaissance faciale par IA utilisée par les services de renseignement israéliens pour identifier et suivre les civils palestiniens transitant par Gaza. Les 50 appareils de reconnaissance faciale par IA seront déployés à l'échelle nationale pour identifier et suivre les personnes figurant sur la liste de surveillance de la police britannique. Aux États-Unis, l'IA a également été utilisée dans le cadre de la surveillance et de l'arrestation massives d'immigrants sans papiers, ainsi que lors de la récente guerre contre l'Iran.

Sur le plan numérique, l'impact de l'IA sur les médias et l'écosystème de l'information a été dévastateur. La censure intégrée et les biais politiques de DeepSeek, une IA générative chinoise, utilisée pour diffuser un discours pro-chinois, ont été largement documentés.

En parallèle, les IA génératives occidentales se montrent également utiles pour diffuser de la propagande sur Internet. Comme le révèlent les rapports de transparence d'OpenAI, des opérateurs russes et chinois de la désinformation ont utilisé ChatGPT pour analyser l'opinion publique et adapter les contenus à leurs publics cibles. Récemment, dans le contexte de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, la propagande de guerre, sous forme de vidéos deepfake générées par l'IA, a également inondé les principales plateformes de médias sociaux.

Une minorité d'opérateurs de désinformation peut désormais manipuler la perception de la réalité par la majorité grâce à leurs assistants IA.

La nécessité de rééquilibrer les pouvoirs

La Chine a également un enseignement vital à offrir au monde en matière de gouvernance de l'IA. Depuis 2022, elle a mis en place une série de lois et de réglementations, notamment les Dispositions relatives aux recommandations algorithmiques (2022), les Dispositions relatives à la gestion de la synthèse profonde (2023), les Mesures transitoires relatives à l'IA génératives (2023), et les Mesures d'indication de l'IA (2025), pour empêcher l'utilisation illégale et malveillante de l'IA et de garantir que les contenus générés par machine soient conformes aux valeurs socialistes fondamentales de la Chine. Les droits des utilisateurs concernant la protection des données personnelles, le consentement et l'accès à ces données ont été équitablement pris en compte, avec des exigences supplémentaires en matière de responsabilité des entreprises pour renforcer la transparence des algorithmes et garantir des mesures non discriminatoires et non addictives.

Pourtant, alors que l'objectif des lois est de protéger la sécurité nationale, l'ordre public et l'idéologie politique, il n'y a aucune restriction sur le pouvoir de l'État. Sur les réseaux sociaux chinois, il n'est pas rare de voir les utilisateurs se plaindre que la police ait frappé à leur porte simplement parce qu'ils avaient acheté un objet suspect, comme un drone pour prendre des photos. Le système de crédit social, associé à la censure en ligne, à un système de gestion des réseaux et à d'autres dispositifs de contrôle social, surveille l'activité en ligne des utilisateurs, notamment leurs transactions financières, leurs interactions sociales et leurs propos. Il restreint leur accès aux services numériques et publics, tels que les systèmes de paiement en ligne et les réservations de voyages, lorsque leur score de crédit est faible et qu'ils sont inscrits sur la « liste des personnes malhonnêtes » établie par les tribunaux chinois.

Les obligations légales imposées au secteur privé semblent justifiées. Pourtant, rares sont les organisations de la société civile indépendantes chargées de surveiller ce secteur et de s'assurer que les entreprises technologiques appliquent bien les mesures de protection requises par la loi. De ce fait, les failles de sécurité et les fuites de données personnelles dues à des produits d'IA mal conçus, comme l'aspirateur DJI Romo, persistent ces dernières années. En 2025, une importante fuite de données a exposé les informations de milliards d'utilisateurs chinois, notamment leurs noms, numéros d'identité, mots de passe et coordonnées bancaires et financières liées à leurs comptes sur les réseaux sociaux. Ces données pourraient être exploitées par des escrocs pour nuire aux personnes concernées.

Malgré tous les risques sécuritaires, les citoyens de Chine continentale ont rapidement adopté les nouvelles technologies, en particulier l'IA. Le dernier exemple en date, observé début mars dans les grandes villes chinoises, est l'engouement pour OpenClaw, un robot conversationnel d'IA conçu par le programmeur autrichien Peter Steinberger qui intègre d'autres robots d'apprentissage automatique (LLM) comme DeepSeek et Claude, fonctionne sur un ordinateur local et stocke les données localement. Saisissant l'opportunité, d'autres entreprises chinoises, dont Tencent, ByteDance et Xiaomi, ont lancé des produits similaires. Un tel fanatisme technologique, alimenté à la fois par la politique du gouvernement chinois visant à intégrer les technologies de pointe à l'économie et par la crainte d'être laissé pour compte face à l'innovation technologique rapide, transforme les gens en adeptes d'un géant technologique auquel ils consacrent leur temps, leur énergie, leurs désirs, leurs idées et leurs données, sans savoir qui les contrôle ni où cela pourrait les mener.

Bien que la transparence et la protection des droits des consommateurs soient inscrites dans la législation chinoise sur l'IA, la protection des droits humains reste insuffisante, car les citoyens ignorent leurs droits et les risques liés à une utilisation abusive et malveillante de cette technologie. À la place, la plupart des citoyens de Chine continentale, faute de choix, ont accepté les technologies de surveillance, comme l'omniprésence des caméras de sécurité à reconnaissance faciale, comme une caractéristique normale et pratique de la vie publique. Tout mécanisme de changement est bloqué.

On peut voir dans la dystopie chinoise de l'IA que les citoyens ne maîtrisent pas la technologie, mais sont soumis à un régime qui la perçoit comme un moyen d'étendre et de consolider le pouvoir politique et économique de l'État. Ceci démontre que l'approche des droits humains en matière d'IA doit viser à rééquilibrer les pouvoirs entre l'État-entreprise, la machine et les individus, grâce à un cadre décisionnel qui replace l'humain au centre, et à la lutte contre le fanatisme technologique par le biais de recherches centrées sur l'humain, de débats publics, de pratiques culturelles réflexives et d'une éducation aux sciences humaines.

Oiwan Lam est rédactrice régionale chez Global Voices où elle couvre l'actualité de l'Asie de l'Est.

Ibrahim Kizza est un artiste visuel, designer et illustrateur dont le travail explore les liens humains, l'identité et la culture. Ses illustrations se caractérisent par des compositions audacieuses, des couleurs expressives et une forte dimension narrative, souvent centrée sur la vie et le vécu des personnes noires. Travaillant aussi bien dans l'édition que dans le numérique, il crée des œuvres qui allient simplicité et profondeur émotionnelle, utilisant le contraste et le symbolisme pour communiquer des idées complexes avec clarté. Pour ce projet, Ibrahim développe une réponse visuelle à la tension entre connexion artificielle et connexion humaine, réaffirmant la valeur du vécu et de la créativité collective dans un monde de plus en plus automatisé. Au-delà de l'illustration, ses intérêt s'étendent au design, au sport et au cinéma, qui continuent d'enrichir son langage visuel et sa narration.


Le TikTok éthiopien en deuil après la mort d'une créatrice populaire. TikTok et Meta sont-ils complices de ce décès ?

Sun, 06 Sep 2026 22:46:14 +0000 - (source)

Deux plateformes ont ignoré tous les signaux d'alerte et n'ont pas réagi avant son décès

Initialement publié le Global Voices en Français

Boni and her husband, in a still from the YouTube channel they ran together. https://www.youtube.com/watch?v=WR0m1xaLH5I

Boni touche un public sur plusieurs plateformes en Afan Oromo, y compris sur sa chaîne YouTube qu'elle co-anime avec son mari: JOSY & BONI. Capture d'écran de la vidéo YouTube ‘YEROO DHIYOOTTI‘ de JOSY & BONI, Utilisation loyale.

Avertissement: Cet article évoque le suicide et la dépression, sujets qui peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. 

Boni, une créatrice de contenu éthiopienne qui s'adressait à son public sur TikTok en langue afaan oromo, s'est suicidée le 29 avril 2026. Ce jour-là, elle a publié un message d'adieu en afaan oromo sur son compte Facebook — « Nagaatti Yaa biyya lafa, » (Adieu, monde), suivi cinq minutes plus tard par une vidéo TikTok et Facebook, intitulée « Je l'ai dit, c'est fini », dans laquelle elle annonçait son geste face caméra, des images de son suicide étant visibles à l'écran. Cette vidéo a depuis été visionnée et partagée des millions de fois grâce aux « collages » (vidéos où un créateur réagit à une autre vidéo, créant ainsi du nouveau contenu), aux partages et aux réactions sur TikTok et d'autres plateformes . À l'heure où nous écrivons cet article, le message d'adieu et la vidéo sont toujours présents sur Facebook. Les systèmes de détection automatique des deux plateformes n'ont pas signalé le contenu avant le décès de Boni.

Depuis, la plupart des discussions publiques sur le TikTok  éthiopien, se sont concentrées sur la question de savoir si son décès était dû à son audience ou aux circonstances. Cependant, la question qui a reçu le moins d'attention — sans doute la plus urgente — qu'ont fait ou n'ont pas fait TikTok et Meta, la société propriétaire de Facebook et Instagram, à chaque étape d'une situation que leurs propres politiques publiées étaient censées empêcher ?

Une créatrice de contenu avec une communauté, sur une plateforme avec des règles

Boni s'était constituée une audience en s'exprimant principalement en afaan oromo, l'une des langues les plus parlées d'Éthiopie, sur une plateforme qui met en avant la modération multilingue comme une fonctionnalité essentielle. Elle était enceinte au moment de son décès. Selon des créateurs connaissant son travail, dans les mois précédant sa mort, elle était devenue la cible d'un harcèlement en ligne récurrent.

Ce harcèlement n'était pas un phénomène vague. Il s'agissait de contenu, hébergé sur TikTok. Dans une vidéo largement diffusée, un jeune créateur — dont on n'entend que la voix hors champ — incite un homme âgé, face caméra, à répéter ses souhaits à l'encontre de Boni. Il participe de son plein gré : souhaits de mort, excitation à l'idée de ses éventuelles funérailles, espoir d'une fausse couche et autres malédictions. Boni elle-même a attiré l'attention sur la vidéo en y répondant sur son propre compte. Visiblement fatiguée, elle a déclaré à ses abonnés qu'elle était impuissante face à cette haine et les a invités à regarder la vidéo originale et à se faire leur propre opinion. Le contenu constituait une violation flagrante du règlement de TikTok concernant les messages haineux et le harcèlement, qui interdit notamment de « souhaiter la mort d'un utilisateur ». Pourtant, il est resté en ligne.

La réaction de Boni a elle-même constitué un signal fort pour la sécurité des utilisateurs — une créatrice dénonçant publiquement un contenu qui enfreignait le règlement de la plateforme, tout en exprimant sa détresse et sa résignation. TikTok n'a toujours pris aucune mesure concernant les vidéos en question.

Ce que les politiques de TikTok ont promis et ce qu'elles n'ont pas tenu

Dans le cas de Boni, aucun de ces mécanismes n'a produit de résultat avant que le drame ne survienne. Le texte d'adieu sur fond noir n'a pas été signalé. Son discours d'adieu en afaan oromo n'a pas été signalé. Les images visibles — précisément le type de signe que les systèmes de classification d'images de TikTok et Meta sont explicitement entraînés à détecter — n'ont pas été signalées. La combinaison, présentée par les deux plateformes comme le signe le plus clair d'intention, n'a pas été signalée. Les cinq minutes qui se sont écoulées entre son message d'adieu et la vidéo d'annonce constituaient un schéma d'amplification classique, durant lequel un système de sécurité fonctionnel était censé intervenir. Aucun des deux systèmes n'a fonctionné.

Après le décès de Boni, TikTok a supprimé les vidéos d'annonce de son compte. Cette suppression constitue, de par la plateforme elle-même, un aveu : le contenu a toujours enfreint les règles. Les classificateurs qui ont supprimé les vidéos après son décès étaient disponibles avant celui-ci.

Mais la suppression post-mortem n'a pas permis de contenir le mal. Sur TikTok, d'autres comptes continuent de compiler, de republier et de réagir aux mêmes vidéos que TikTok a supprimées de la page de Boni ; la portée cumulée de toutes ces copies se chiffre en millions. Le système de recommandation continue de diffuser ce contenu — La voix de Boni, son image, ses derniers instants — dans le fil d'actualité « Pour Toi »  d'utilisateurs qui ne la suivaient jamais, y compris, selon toute vraisemblance, sa famille et ses amis. TikTok utilise depuis des années une technologie de hachage industrielle pour supprimer les contenus terroristes, la musique protégée par le droit d'auteur et les contenus pédopornographiques dès leur mise en ligne. L'application choisit de ne pas l'utiliser dans ce contexte, ou bien son déploiement échoue silencieusement.

Les vidéos de harcèlement dont elle  était la cible, quant à elles, restent accessibles.

La même vidéo, hébergée sur Facebook

Si TikTok a au moins réagi à posteriori, ce n'est pas le cas de Meta. À l'heure où nous écrivons ces lignes, le message d'adieu de Boni et la vidéo d'annonce qu'elle a publiée cinq minutes plus tard — un contenu que TikTok juge désormais trop dangereux — est toujours sur Facebook. La vidéo est disponible ici : les systèmes de Meta n'ont pas réagi avant son décès, et Meta n'a pas agi depuis.

Les Standards de la communauté de Meta concernant le suicide, l'automutilation et les troubles de l'alimentation contiennent une interdiction quasi identique. Meta a passé des années à mettre en avant publiquement la détection proactive par IA dans des dizaines de langues. Les deux entreprises participent à des forums sectoriels pour partager les signes de contenus liés au suicide sur les plateformes concurrentes. Aucun de ces mécanismes n'a permis de supprimer le contenu. Le même contenu, dans la même langue, avec les mêmes signes visuels, est désormais hébergé sur les plateformes de deux entreprises différentes, qui ont toutes deux publié des règles interdisant sa diffusion.

Lorsque des plateformes se développent sur un marché et récoltent l'attention des utilisateurs sans allouer un nombre équivalent de ressources à la modération, les dommages s'intensifient et les risques deviennent concrets. L'Éthiopie, avec plus de 100 millions d'habitants et plusieurs langues majeures, est l'un de ces marchés dont les géants des réseaux sociaux sont heureux de tirer profit, mais qu'ils rechignent à investir dans des stratégies de modération efficaces.

Au-delà des plateformes

Le TikTok éthiopien n'est pas resté silencieux. Des créateurs importants se sont exprimés publiquement. Adonay, l'un des créateurs les plus influents dans ce milieu, a pointé du doigt les harceleurs, les personnes haineuses et la jalousie au sein de l'audience de Boni. D'autres vidéos de réaction largement diffusées, notamment celles des créateurs @thisday013 et @abebayehuassefatkursew, ont nuancé ce propos : ne blâmez pas l'audience ; tenez compte de ses circonstances, de ses attentes déçues, de sa vie.

Ces deux camps semblent s'opposer. Ils partagent une hypothèse sous-jacente : la mort de Boni serait due à un côté de l'écran ou l'autre : soit ses abonnés, soit les déceptions liées à sa vie. Dans aucune des deux versions les plateformes ne sont mises en cause. Pourtant le harcèlement décrit par Adonay s'est déroulé sur TikTok en violation de ses propres règles ; parmi les « circonstances » que les créaturs de ces réactions invitent les spectateurs à prendre en compte, on trouve une plateforme qui a ignoré le message d'une créatrice en détresse, a manqué son annonce, a supprimé son contenu trop tard, puis l'a autorisé à être republié sur d'autres comptes.

Le harcèlement en ligne, la jalousie et la rivalité ne sont ni nouveaux ni propres à TikTok. Ils existaient bien avant Internet. Ce qui est spécifique à TikTok et Meta, c'est le système qui décide quels comportements humains sont amplifiés, recommandés et monétisés — et lesquels sont repérés et supprimés. Ce système n'est pas constant. C'est un choix de l'entreprise. Son personnel et son financement sont à sa discrétion. Elle est responsable, là où la nature humaine ne l'est pas.

Boni était une personne, pas une catégorie de contenu. Le débat qui agit le TikTok éthiopien sur les responsables de sa déception est malvenu et s'adresse à la mauvaise personne. L'acteur qui a rédigé la politique, déployé la technologie commercialisée, profité de son audience et n'a pas fait respecter ses propres règles n'apparaît dans aucune des vidéos. Il devrait y être.

La première cause de suicide est la dépression non traitée. La dépression se soigne et le suicide est évitable. Vous pouvez obtenir de l'aide auprès de lignes d'écoute confidentielles pour les personnes suicidaires ou en situation de crise émotionnelle. Consultez Befrienders.org pour trouver une ligne d'écoute et de prévention du suicide dans votre pays.

Meta supprime les pages d'archivistes communautaires bangladais en invoquant de fausses violations de droits d'auteurs

Sun, 06 Sep 2026 22:45:43 +0000 - (source)

Malgré des appels clairs à des attaques coordonnées, Meta n'a pas agi pour protéger ces pages militantes

Initialement publié le Global Voices en Français

Photo by Bastian Riccardi from Pexels. Used under a Pexels License.

Photo par Bastian Riccardi via Pexels. Utilisée sous Licence Pexels.

Depuis plusieurs mois, une campagne numérique coordonnée cible les archivistes communautaires du Bangladesh qui documentent et préservent les ressources audiovisuelles relatives au soulèvement populaire et étudiant de juillet 2024, notamment son histoire, sa mémoire collective et les témoignages de violations des droits humains.

Ces attaques exploitent systématiquement les failles du mécanisme de gestion des droits d'auteur de Meta, avec pour principal objectif la suppression des pages Facebook hébergeant des documents essentiels sur le mouvement. Malgré les appels répétés lancés à Meta par les archivistes communautaires concernés, les réponses ont été limitées et largement inefficaces.

Nous avons pu parler avec au moins trois jeunes documentaristes par message et par téléphone. Ils ont confirmé que leurs pages Facebook constituaient des archives numériques informelles, mais extrêmement importantes, de ce moment historique. Une part substantielle de ce contenu est déjà utilisée comme preuve dans le cadre des procédures devant le Tribunal international des crimes du Bangladesh, qui traite des violences de masse liées à la Révolution de juillet 2024.

Lorsque des signalements pour atteinte aux droits d'auteur sont effectués à l'aide de fausses adresses mail et de revendications mensongères, Meta supprime les vidéos et images sans vérification adéquate ni respect des procédures. Pour de nombreux archivistes communautaires autonomes, Facebook constitue leur principale plateforme d'échance avec le public et de préservation de la mémoire. Le manque de protection adéquate de Meta entraîne la perte de documents essentiels, ce qui affecte directement le processus de justice transitionnelle.

Une plateforme essentielle, victime d'abus coordonnés

Saleh Mahmud Rayhan, étudiant ayant participé à la Révolution de Juillet 2024, a ensuite cofondé l’Alliance révolutionnaire de juillet (JRA) avec un groupe de camarades. Dans un entretien accordé à Global Voices via Zoom, Rayhan a déclaré que la mission de l'organisation consiste notamment à collecter, préserver et diffuser des vidéos documentant les violations des droits humains, en utilisant Facebook comme principale plateforme pour atteindre le public.

Pour de nombreuses communautés autonomes de jeunes au Bangladesh — souvent agissant sans formation, compétence technique ni financement institutionnel — Facebook est devenu l'infrastructure de référence pour la documentation et la sensibilisation. Plateforme la plus utilisée par les internautes bangladais, elle sert non seulement d'outil de publication, mais aussi d'espace pour amplifier la voix des victimes et partager des preuves.

Dans le cas de JRA, ces documents ont contribué à des efforts plus larges de responsabilisation, notamment aux procédures en cours devant le Tribunal international des crimes concernant des allégations de crimes contre l'humanité, dont des meurtres et des disparitions forcées, liés aux manifestations étudiantes de juillet 2024.

Le 15 février 2026, Meta a suspendu la page Facebook principale de JRA, qui comptait environ 547 000 abonnés, invoquant de multiples violations de droits d'auteur. Or, les contenus partagés sur cette page étaient créés par les utilisateurs et diffusés à des fins non commerciales et d'intérêt public. Bien que JRA ne revendique pas la propriété de l'ensemble du contenu, un examen plus approfondi suggère que les personnes ayant déposé les plaintes pour violation de droits d'auteur n'en étaient pas non plus les propriétaires légitimes.

Le 22 mars, la page de secours de JRA « July Revolutionary Alliance, South Region », a également été suspendue pour des motifs similaires. Bien que la page ait été rétablie par la suite après plusieurs recours, elle demeure menacée en raison de fausses allégations persistantes.

Screenshot Collage 01 : Facebook removed content based on a third-party copyright claim, submitted via "shakhawathossain1986@outlook.com" on behalf of "H M Murad," concerning a viral photograph of a politician, despite the email address not belonging to him, concerned a photograph that had also been publicly shared by the politician's party.

Facebook a supprimé un contenu suite à une réclamation pour violation de droits d'auteur déposée par un tiers via l'adresse « shakhawathossain1986@outlook.com » au nom de « H M Murad, » concernant une photographie virale d'un homme politique, alors même que cette adresse mail ne lui appartenait pas et que la photographie avait également été partagée publiquement par le parti de cet homme politique.

Un scénario similaire a affecté The Red July, un autre groupe d'archivistes communautaires autonomes formé par des survivants de la Révolution de Juillet 2024 qui œuvre à documenter les violations et à amplifier la voix des personnes touchées. Le groupe a perdu deux de ses pages Facebook dans des circonstances comparables.

Sajib Hossain, un administrateur de The Red July, a déclaré lors d'un appel téléphonique, puis a fourni des documents à l'appui via WhatsApp, que les deux pages principales du groupe — l'une comptant environ 300 000 abonnés et l'autre 125 000, nommée « The Red July Production » — ont reçu simultanément entre huit et dix avertissements pour atteinte aux droits d'auteur. En conséquence, les pages ont été suspendues presque immédiatement, ne laissant pas aux administrateurs le temps de réagir ni de mettre en place des mesures de protection.

Screenshot Collage 02 : Meta removed a post by The Red July, a photo of Bhutan's PM in Bangladesh, due to a false copyright claim filed by Slang name id using the derogatory email “julycdi7890@gmail.com”

Meta a supprimé une publication de The Red July, une photo du Premier ministre du Bhoutan au Bangladesh, en raison d'une fausse réclamation de droits d'auteur déposée par Slang name id utilisant l'adresse mail peu flatteuse « julycdi7890@gmail.com. »

Les conclusions de l'enquête indiquent que ces réclamations ne semblent pas constituer de véritables litiges en matière de droits d'auteur. Il semblerait plutôt que des individus créent de faux comptes de messagerie et soumettent des plaintes par l'intermédiaire de tiers. Meta semble accepter ces réclamations sans vérification suffisante, ce qui entraîne la suppression de contenus, y compris de documents initialement publiés par les communautés elles-mêmes. Les mécanismes d'appel automatisés n'ont jusqu'à présent offert que des solutions limitées.

L'incapacité de Meta à protéger les pages concernés

Les deux organisations signalent un harcèlement ciblé et récurrent. Elles décrivent avoir reçu des menaces explicites de la part de groupes en ligne liés à des acteurs politiques impliqués dans des procès en cours pour crimes contre l'humanité. Ces menaces exigent souvent la suppression de publications concernant des personnalités politiques, notamment l'ancienne Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina.

Une page Facebook nommée « Network-71 » a publiquement déclaré son intention de supprimer du contenu relatif à The Red July. De la même façon, des comptes utilisant les noms « Mahir Chowdhury » et « Nadim Chowdhury » ont proféré des menaces publiques de suppression de publications relatives à la Révolution de Juillet 2024.

Peu après ces avertissements, des vagues de fausses réclamations pour atteinte aux droits d'auteur sont signalées, provenant d'adresses mail anonymes ou non vérifiées, et visant le même contenu. Dans plusieurs cas, des individus annoncent publiquement des suppressions de contenu, profèrent des menaces, puis partagent des captures d'écran se félicitant des suppressions obtenues. Voir ici et ici.

Screenshot Collage 03 : They publicly admitted to falsely reporting the post that led to its removal by Facebook.

Network 71 a admis publiquement avoir signalé à tort la publication qui a conduit Facebook à supprimer des groupes militants.

Ces publications, souvent accompagnées de propos triomphalistes ou injurieux, laissent supposer une utilisation abusive, délibérée et coordonnée, des systèmes de signalement de la plateforme. Malgré ces indices clairs, notamment des menaces antérieures et des signalements synchronisés, Meta n'a pris aucune mesure efficace pour identifier ou prévenir ce type d'abus.

Saleh Mahmud Rayhan a décrit comment un compte a envoyé des messages privés avertissant que certaines publications devaient être supprimées sous peine de voir la page entière fermée. En deux jours, environ sept publications ont été visées par de fausses accusations. Meta a accepté ces accusations, a supprimé les publications, puis a suspendu la page.

Des représentants de la JRA ont ensuite contacté les personnes dont les noms avaient été utilisés dans les plaintes. Ces personnes ont confirmé n'avoir déposé aucune réclamation pour violation de droits d'auteur, ce qui laisse penser que leur identité a pu être usurpée grâce à de faux comptes de messagerie. Rayhan a souligné que ces suppressions ont entraîné la perte de preuves visuelles cruciales documentant les violations des droits humains commises pendant le soulèvement.

Screenshot Collage 04: This image, sourced from JRA, illustrates the progression of threats. Initially, there were private demands to remove a post critical of their party; when this was refused, they proceeded to submit a fraudulent copyright claim.

Cette image, provenant de JRA, illustre l'évolution des menaces. Dans un premier temps, des demandes privées ont été formulées pour le retrait d'une publication critiquant leur parti ; face au refus, ils ont déposé une plainte frauduleuse pour violation de droits d'auteur.

Une tactique récurrente de répression numérique au Bangladesh

Le recours aux atteintes au droit d'auteur pour faire taire les opposants politiques n'est pas nouveau au Bangladesh. Il semble même être devenu une méthode courante pour restreindre la liberté d'expression en ligne.

En 2022, le site d'information indépendant Netra News a révélé que des groupes liés au gouvernement alors dirigé par la Ligue Awami étaient impliqués dans le piratage des comptes Facebook de critiques. À la même période, d'autres reportages ont documenté comment un groupe de pirates informatiques a fait fermer Amar Desh Online, un média critique envers le gouvernement, au moyen de fausses accusations d'atteinte au droit d'auteur.

Des incidents récents suggèrent que des tactiques similaires sont désormais utilisées à plus grande échelle : non seulement contre les opposants politiques, mais aussi contre les organisations de défense des droits humains, les journalistes d'investigation et les initiatives de vérification des faits.

À titre d'exemple, The Dissent, une plateforme d'investigation et de vérification des faits basée au Bangladesh, a été la cible de fausses accusations d'atteinte au droit d'auteur. Le rédacteur en chef de la publication, Qadaruddin Shishir, a déclaré lors d'une interview que plusieurs de leurs articles, notamment des vérifications factuelles d'images générées par IA, avaient été retirés de Facebook après avoir été signalés pour violation présumée de droits d'auteur. Bien que le contenu ait été initialement produit par leurs propres journalistes, Shishir a souligné que ces signalements provenaient d'adresses mail non vérifiables, mais avaient néanmoins été acceptés par Meta Platforms, Inc. sans examen approfondi.

Ces pratiques frauduleuses ont touché un large éventail de personnes, les militants et les journalistes étant parmi les principales cibles. Ces signalements ont également affecté les pages officielles de l'ancien gouvernement intérimaire, les comptes de réseaux sociaux du chef du gouvernement et les hommages rendus au militant assassiné Osman Hadi. Le manque de surveillance du système a été encore plus flagrant lorsque des documents originaux, y compris des photographies prises par un journaliste, ont été signalés à tort comme contrefaçons et retirés de la plateforme.

Dans plusieurs cas, des groupes coordonnés ont ouvertement revendiqué ces retraits. Des groups se présentant comme « Crack Platoon, Bangladesh Cyber Force », « Dark Cyber Gang » et « Qawmi Cyber Expert Team » ont publiquement déclaré utiliser des outils de signalement de violation de droits d'auteurs pour supprimer des pages et des comptes, et ont partagé en ligne des preuves de ces actions.

Défaillance de la plateforme et déficit de responsabilité

Ces incidents révèlent d'importantes faiblesses dans les procédures de Meta en matière d'application du respect du droit d'auteur. L'absence de vérification efficace semble permettre à des acteurs coordonnés d'instrumentaliser les systèmes de signalement pour cibler les militants, les archivistes et les journalistes.

Ce problème dépasse le cadre de la simple modération de contenu. La suppression de tels contenus compromet la capacité à documenter les événements, à partager l'information et à préserver les documents susceptibles d'être utiles aux procédures de responsabilisation.

Sans disposition de sécurité renforcée — notamment une vérification améliorée, une plus grande transparence dans la prise de décision et des mécanismes d'appel accessibles — ces pratiques risquent de perdurer, avec des conséquences plus larges pour les droits numériques et la documentation d'intérêt public au Bangladesh.

Jobair Ahmad est co-auteur de ce reportage.

Le Brésil ouvre une enquête sur Google concernant l'impact de son IA sur le secteur du journalisme

Sun, 06 Sep 2026 22:45:11 +0000 - (source)

Une agence gouvernementale enquête sur un outil d'IA utilisant du contenu journalistique sans compenser les entreprises

Initialement publié le Global Voices en Français

A computer screen open on Google and a background of newspaper pages

Image utilisant des éléments Canva, créée par Global Voices.

Cet article fait partie de la série « Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

Le Conseil administratif de la défense économique (CADE), rattaché au ministère de la Justice au Brésil, a approuvé l'ouverture d'une procédure administrative visant à mener une enquête approfondie sur l'IA (intelligence artificielle) générative de Google et son utilisation de contenus journalistiques pour créer des résumés automatiques des termes recherchés (AI Overviews), ce qui pourrait potentiellement affecter le trafic organique des plateformes journalistiques, leur monétisation et l'engagement des utilisateurs.

Il s'agit du dernier épisode sorti sur une affaire qui a débuté en 2019 pour « enquêter sur l'utilisation illicite présumée de contenus d'actualité tiers sur les plateformes Google Search et Google Actualités ». L'année passée, le Conseil a invité les acteurs de la société civile, tels que les syndicats, les associations et les ONG, à soumettre leurs analyses techniques et factuelles avant d'entamer les discussions.

Le CADE  a pour mission d'« orienter, surveiller, prévenir et enquêter sur les abus de pouvoir économique, en agissant en matière de prévention et de répression ». Dans les faits, son fonctionnement est similaire à celui de la Federal Trade Commission (FTC) en tant qu'autorité de régulation de la concurrence.

Le président par intérim et commissaire Diogo Thomson, qui a voté en faveur de l'ouverture d'une enquête, a estimé que l'intégration de fonctions d'IA générative avait « profondément modifié la dynamique d'accès, de visibilité et de monétisation des contenus journalistiques dans l'environnement numérique » ces dernières années. Dans ce contexte, il s'est interrogé sur la possibilité que la relation entre Google et les éditeurs « prenne un caractère de dépendance structurelle » dès lors que les médias s'appuient de plus en plus sur les moteurs de recherche de l'entreprise pour atteindre leur public.

Comme indiqué sur le site web de CADE, Thomson s'est également demandé si ce comportement « constituait potentiellement un abus de position dominante, caractérisé par l'extraction et l'internalisation de la valeur économique de contenus produits par des tiers, sans compensation proportionnelle, dans un contexte d'asymétrie et d'absence d'alternatives efficaces ».

Une autre commissaire, Camila Cabral Pires Alves, qui a également voté en faveur de l'enquête, a souligné que « Google utilise [les contenus] sans autorisation préalable des entreprises qui les produisent », selon le média en ligne G1.

Le média brésilien Núcleo a expliqué ce que l'enquête devrait examiner à l'avenir :

L'une des mesures de la procédure administrative consistera à faire la distinction entre les extraits traditionnels affichés par Google (appelés « snippets ») et les résumés générés par l'IA. Un autre point à examiner est le problème du « zéro clic », lorsque les utilisateurs se contentent de lire un résumé sans cliquer sur les liens de référence, privant ainsi les médias d'information de trafic — un élément crucial pour le journalisme.

Un autre point, peut-être plus révélateur, sera l'estimation de la valeur que Google perçoit de la publicité numérique par rapport aux coûts éditoriaux supportés par les médias pour produire du journalisme. Il s'agit là d'une des avancées majeures de cette procédure, qui permettra de quantifier des informations que l'entreprise n'a jamais divulguées.

Enfin, la CADE exigera de Google qu'il divulgue l'intégralité de ses tests — pas juste les conclusions « sélectives » qui lui sont favorables.

Les organisations de journalistes ont soutenu la décision du CADE. L'Ajor (Association du journalisme numérique) a publié un communiqué la qualifiant de « pas dans la bonne direction pour étudier l'impact de l'IA sur le journalisme » :

Une relation équilibrée entre les plateformes numériques et les organisations journalistiques est essentielle à l'épanouissement d'un journalisme d'intérêt public. En garantissant un environnement concurrentiel équitable, CADE contribue directement à cet objectif. Cette décision souligne également l'urgence de développer des modèles de rémunération qui reconnaissent la fonction sociale du journalisme dans la lutte contre la désinformation et qui s'attaquent à l'appropriation, par les plateformes numériques, du contenu et de la valeur économique générés par ce travail.

Marcelo Rech, président de l'Association nationale des journaux (ANJ), a qualifié cette décision d'historique :

Com o resultado do julgamento, o Cade demonstra que está na linha de frente de uma preocupação que não se limita a uma mera questão econômica. O tema de fundo é a sustentabilidade da informação de qualidade, do jornalismo que atende, sem substitutos, as comunidades locais e a pluralidade de visões, o que é fundamental em sociedades democráticas.

Avec cette décision, CADE démontre qu'elle est à l'avant-garde d'une préoccupation qui dépasse le simple cadre économique.  L'enjeu est la durabilité d'une information de qualité, d'un journalisme qui répond, sans équivalent, aux besoins des communautés locales et à la pluralité des visions, ce qui est fondamental pour les sociétés démocratiques.

En réponse à un communiqué publié par G1, l'un des principaux médias d'information numérique au Brésil, Google a déclaré que la décision « reflétait une mauvaise compréhension du fonctionnement de ses produits et de la valeur qu'ils apportent aux rédacteurs en chef » :

Em um mundo onde as preferências dos usuários estão evoluindo, o AI Overviews foi projetado para mostrar links para uma ampla variedade de resultados, criando novas oportunidades para que sites relevantes e conteúdos diversos sejam descobertos. Temos um compromisso com a web aberta e continuamos enviando bilhões de cliques para websites diariamente. Seguiremos dialogando com o CADE para esclarecer quaisquer dúvidas sobre o nosso produto

Dans un monde où les préférences des utilisateurs évoluent, AI Overviews a été conçu pour afficher des liens avec une grande variété de résultats, créant ainsi de nouvelles opportunités pour la découverte de sites web pertinents et de contenus diversifiés. Nous sommes engagés en faveur d'un web ouvert et nous continuons de générer des milliards de clics vers des sites web chaque jour. Nous poursuivrons le dialogue avec CADE afin de dissiper tout doute concernant notre produit.

En 2025, le commissaire Gustavo Augusto Freitas de Lima, rapporteur de l'affaire, a recommandé le classement de l'enquête. Il a soutenu que la recherche pouvait également servir de « publicité gratuite » pour les entreprises de médias et que CADE n'était pas habilité à fixer leur rémunération, son rôle étant d'analyser les pratiques anticoncurrentielles. Lima s'est également interrogé sur la manière dont l'interdiction faite à Google d'indexer les actualités pourrait contribuer à la propagation de la désinformation et des fake news, et sur les conséquences d'une telle mesure en parallèle avec d'autres plateformes comme Facebook et WhatsApp.

Depuis, Lima a revu sa position afin de se rallier à l'avis de Thomson, compte tenu du rôle de l'IA dans le contexte actuel.

G1 rapporte que la procédure va désormais examiner les agissements de Google et leurs conséquences sur le secteur du journalisme. Elle pourrait donner lieu à des sanctions administratives pour atteinte aux droits économiques. CADE n'a pas encore fixé de date limite pour cette enquête.


Pourquoi la désinformation russe, la propagande gouvernementale et les campagnes générées par l'IA se sont-elles révélées inefficaces lors des élections hongroises de 2026 ?

Sun, 06 Sep 2026 22:44:44 +0000 - (source)

Il faut saluer les institutions européennes pour avoir réglementé la transparence de la publicité politique

Initialement publié le Global Voices en Français

Hungarian elections 2026 propaganda campaign

La campagne électorale du parti Fidesz a utilisé des discours suggérant, parmi d'autres propagandes, que l'UE et la Hongrie donnaient trop à l'Ukraine. Photo fournie par Elekes Andor, œuvre personnelle, via Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Cet article de Teczár Szilárd a été publié pour la première fois dans l'observatoire des médias hongrois Lakmusz le 5 mai 2026. On y retrouve les interviews de la directrice de Mérték Media Monitor, Ágnes Urbán, et le directeur de Political Capital, Péter Krekó, qui est aussi professeur associé à l'ELTE PPK, pour comprendre pourquoi la propagande gouvernementale et la désinformation orchestrée par l'État n'ont pas fonctionné lors des élections hongroises d'avril 2026. Fidesz, le parti mené par Viktor Orbán, au pouvoir depuis 16 ans, a été largement battu par le parti Tisza de Péter Magyar, qui a obtenu la majorité constitutionnelle au Parlement. Une version modifiée de ces interviews est republiée sur Global Voices avec autorisation.

Au cours des 16 dernières années, il est devenu évident que l'empire médiatique contrôlé par le gouvernement et la désinformation conféraient un avantage considérable au Fidesz. Pourtant, ce parti a subi une défaite. Avez-vous dû revoir certaines de vos convictions concernant le paysage informationnel hongrois ?

Ágnes Urbán (ÁU): Ma remise en question a commencé avant les élections, suite à un podcast de 444 qui affirmait que les résultats électoraux pouvaient être prédits à partir de données économiques et que la machine de propagande n'y avait qu'une influence mineure. Je dois bien avouer que ces prédictions se sont avérées plutôt justes.

Il se peut, après tout, que nous ayons quelque peu surestimé le rôle des médias de propagande. Nous nous sommes toujours concentrés sur les personnes touchées par la propagande, dont la pensée était façonnée. Nous avons parlé de ce qui leur arrivait, de la façon dont elles pouvaient être déstabilisées, de la possibilité de modifier leur façon de penser, de la possibilité de faire éclater la bulle qui les entourait. Nous n'avons pas suffisamment prêté attention à l'effet mobilisateur de la propagande sur ceux qui n'étaient pas tombés dans son piège. Je pense que ce dernier effet a été bien plus important. Ce n'est pas tant le changement de public touché par la propagande qui méritait d'être analysé, mais plutôt la manière dont le simple fait de voir la propagande à l'œuvre a incité le reste de la société — en particulier les jeunes — à s'engager politiquement.

Péter Krekó (PK): En tant que psychologue social, je me méfie généralement des explications économiques. Je dispose de nombreuses données montrant comment le discours public, l'argumentation politique et la désinformation peuvent supplanter les facteurs économiques dans les décisions politiques. Mais bien sûr, les deux jouent un rôle.

Je dirais que l'environnement informationnel créé par le système Orbán a été crucial pour son maintien. Ce système que nous appelions autrefois «autocratie informationnelle », a réussi à créer une réalité virtuelle lors des élections précédentes, où des croyances radicalement différentes des faits sont devenues le fondement des décisions politiques. Il y a quatre ans, plus de la moitié des électeurs ont voté en croyant que voter pour l'opposition signifierait l'envoi d'hommes au front. Un tiers des électeurs pensaient que si l'opposition gagnait, les opérations de changement de sexe seraient facilitées pour les mineurs — voire rendues obligatoires.

Je pense que le scandale de la grâce présidentielle (dans lequel l'ancien président, allié de Viktor Orbán, a gracié un homme condamné pour avoir tenté de dissimuler un crime pédophile) a provoqué une telle rupture dans la logique de campagne du Fidesz, fondée sur la moralisation et la panique morale, que la communication gouvernementale a semblé perdre toute sa magie.

Au final, les électeurs ne croyaient plus même à ce que leur transmettait le gouvernement. Ces mêmes techniques de campagne qui fonctionnaient si bien il y a quatre ou huit ans étaient désormais totalement inefficaces ; les électeurs n'étaient plus réceptifs aux messages auxquels ils étaient sensibles en 2022. J'ai été surpris de la rapidité avec laquelle la magie de la propagande s'est dissipée.

Durant cette campagne, le Fidesz a de nouveau tenté de semer la peur de la guerre et d'affirmer à tort que l'opposition instaurerait la conscription. Leur échec pourrait-il s'expliquer par le fait qu'après quatre ans, la guerre n'était plus une préoccupation majeure pour la population ?

PK: Le Fidesz […] pensait que s'il était parvenu quatre ans auparavant à influencer l'opinion publique au point de faire prédominer la peur de la guerre, il pourrait réitérer l'exploit. Or, il n'y est pas parvenu. Le gouvernement tenait un monologue géopolitique, tandis que Tisza abordait des sujets qui préoccupaient les électeurs.

ÁU: Le fait que la peur ne puisse être exacerbée au-delà d'un certain seuil a également joué un rôle. Durant les élections de 2022, la situation a beaucoup aidé le Fidesz. Lors des élections européennes et municipales de 2024, il a été plus difficile de faire passer le message selon lequel l'Europe souhaitait la guerre, car deux années s'étaient écoulées et il était clair que personne ne le désirait.

PK: Toutes les campagnes précédentes du Fidesz ont tiré avantage de la situation. Considérez-vous la hausse des prix des services publics comme un problème ? Alors nous proposons une solution. Vous êtes inquiets à cause des réfugiés ? Nous trouvons une solution. Il y a la guerre dans un pays voisin ? Nous vous protégerons. Cette fois il n'y avait ni situation, ni opportunité à exploiter, ni nouveau sujet à aborder.

En savoir plus : Hungary just held its most consequential election since 1989

Avant les élections, plusieurs articles de presse ont signalé des ingérences russes, mais lorsque nous avons examiné la désinformation concrète d'origine russe chez Lakmusz, nous avons toujours conclu que ces fake news ne s'étaient pas réellement diffusées à grande échelle dans l'espace public hongrois. Comment évaluez-vous l'impact des efforts russes ?

ÁU: Nous sommes très reconnaissants des experts — notamment András Rácz — qui ont communiqué de manière proactive sur le danger et qui, comme nous l'avons constaté par la suite, ont décrit des scénarios possibles avec une précision étonnante. Le fait qu'ils aient commencé à parler d'ingérences russes à l'avance a conféré à la société hongroise une immunité étonnamment forte. Un enseignement important à retenir est que la coopération d'acteurs informés — experts, médias indépendants — avec les citoyens peut protéger une société des ingérences extérieures.

PK: L'Europe était également visiblement impliquée ; des articles d'investigation citant des sources du renseignement européen ont été publiés. Le fait que des informations sur les tentatives russes soient apparues dans le débat public hongrois et international a contribué à préparer l'opinion publique. C'était aussi la stratégie de campagne personnelle de Tisza et Magyar : ils ont anticipé presque toutes les révélations en prenant les devants et en avertissant la population de leur possible diffusion.

Dans notre sondage de fin mars, nous avons constaté que la majorité des électeurs considéraient l'ingérence russe comme la principale menace extérieure à l'intégrité des élections, et non l'ingérence de Bruxelles ou de l'UE. La question a été habilement politisée ; « Russes, rentrez chez vous » est devenu l'un des slogans des partisans d'un changement de gouvernement.

La diffusion d'enregistrements de conversations téléphoniques entre Lavrov et Szijjártó ou Poutine et Orbán a également joué un rôle important. L'ingérence russe a non seulement échoué, mais s'est retournée contre le Fidesz. Ce parti lui-même a douté de son utilité. Pour l'Europe, la leçon à retenir est que la désinformation russe n'est pas omnipotente ; une coopération adéquate permet de neutraliser des techniques d'ingérence qui se sont avérées efficaces par le passé.

En savoir plus :Heavy use of AI increases tensions in Hungary’s upcoming election

Une autre nouveauté de la campagne a été le recours à l'intelligence artificielle. Cela a provoqué une certaine panique dans la presse internationale ; les vidéos IA de Fidesz sur le thème de la guerre ou celle où Ursula von der Leyen appelle Péter Magyar au téléphone sont devenues virales. Se pourrait-il que nous ayons sous-estimé la capacité de la société hongroise à s'adapter à l'IA ?

ÁU: Je pense que Fidesz a tout simplement commis une erreur. Ils ont commencé à utiliser l'IA trop tôt et de manière trop bon marché. Des images ont circulé montrant Manfred Weber tenant Péter Magyar en laisse — il n'est pas nécessaire d'être un électeur averti pour soupçonner une manipulation. À en juger par les commentaires sur Facebook, la plupart des utilisateurs, même sur les pages des médias pro-gouvernementaux, ont fortement protesté contre la diffusion de ce type de contenu.

PK: Nous avons constaté que la majorité des électeurs ont été exposés à du contenu généré par l'IA et ont fortement désapprouvé son utilisation. La machine de propagande professionnelle qui fonctionnait auparavant bien est désormais devenue l'une des sources de la crise morale et de crédibilité du gouvernement.

C'est comme si les électeurs s'étaient lassés de la désinformation professionnelle, massivement financée et orchestrée par l'État. La logique quantitative de la campagne s'est effondrée ; le calcul politique, selon lequel investir davantage dans la propagande donnerait de meilleurs résultats, n'a pas fonctionné cette fois-ci.

Avec le recul, à quel point la décision de Meta et Google d'interdire la publicité politique sur leurs plateformes a-t-elle été déterminante ? Cette mesure a considérablement réduit le volume de publicités en ligne, malgré les tentatives de contournement des nouvelles règles par les acteurs pro-gouvernementaux.

ÁU: Il est difficile de surestimer l'importance de ce changement de politique. Il faut saluer l'initiative des institutions européennes qui ont adopté le règlement sur la transparence de la publicité politique, grâce auquel Meta et Google ont préféré interdire les publicités plutôt que d'investir dans des mécanismes de transparence. Ce fut une aubaine pour la sphère publique hongroise, car le Parlement hongrois n'avait pas encore transposé le règlement européen, empêchant ainsi l'application des règles de transparence. Mais le fait que les plateformes elles-mêmes aient décidé de cette interdiction et l'aient mise en œuvre avec une telle efficacité a porté un coup dur à la campagne de Fidez. L'argent était là, mais sans publicité en ligne, le parti ne pouvait pas l'utiliser aussi efficacement qu'il le souhaitait.

PK: En 2024, Fidesz a dépensé plus en publicité en ligne que n'importe quel autre parti en Europe, et malgré cela, le résultat des élections n'a pas été à la hauteur de ses attentes. En parallèle, il est vrai que l'environnement orwellien des réseaux sociaux qui a caractérisé les campagnes de 2022 et 2024 ne pourrait plus se reproduire. Je me souviens de l'époque où il était impossible de regarder une vidéo sur YouTube avec mes enfants sans qu'une publicité politique mettant en scène Zelensky ou des opérations de réassignation sexuelle ne vienne perturber notre quotidien.

Cette période a pris fin avec la décision des plateformes, et bien que le Fidesz ait tenté de s'adapter à ce nouvel environnement par le biais d'initiatives d'activisme en ligne, ses efforts n'ont pas vraiment porté leurs fruits. Les publications les plus populaires de Magyar ont généré au moins deux fois plus d'interactions que celles d'Orbán. Si les publicités politiques avaient été plus nombreuses, les messages du Fidesz auraient probablement eu un impact plus important. Le succès n'est pas garanti, mais globalement, l'interdiction des publicités politiques a constitué un facteur déterminant ; elle a instauré des conditions plus équitables. La réglementation européenne a engendré une évolution positive des réseaux sociaux, qui sont désormais le principal vecteur de communication politique.


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