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Mettre un datacenter dans l'espace n'a pas de sens

21 janvier 2026 à 11:06

“Pour faire de l’IA, on pourrait mettre des datacenters dans l’espace, et comme ça on résoudrait les problèmes d’énergie et ceux de refroidissement”, entend-on ces derniers temps de la part des patrons de la Tech.

J’avoue que quand j’ai entendu ça, j’étais sceptique, alors j’ai fait quelques recherches sur le sujet. J’ai trouvé par exemple un article d’un certain Alistair Alexander à qui donne quelques ordres de grandeur.

Spoiler alert : ➡️ c’est totalement stupide. ⬅️

On va partir d’un truc qui existe déjà, la Station Spatiale Internationale (vous savez, la résidence secondaire de Thomas Pesquet). Elle pèse 420 tonnes et produit 150 kW. Pour cela, elle a besoin de 118 tonnes de matériel, composé de panneaux solaires (pour capter le soleil, cuivrés sur la photo) et de radiateurs pour réguler la température (en blanc).

Station Spatiale Internationale, photo domaine public prise par la NASA Photo de la Station Spatiale Internationale domaine public, prise par la NASA. Version haute résolution

Les panneaux solaires de la station sont de couleur cuivre et les radiateurs sont les rectangles blancs.

Donc pour un datacenter d’1 GW comme ceux qu’on prévoit de construire pour l’IA en ce moment, si on fait une règle de 3, on voit qu’il faudrait 660 000 tonnes de panneaux et de radiateurs. C’est l’équivalent de 6 porte-avions américains (y compris les 450 avions qu’ils contiennent) comme celui qu’on a vu au large du Vénézuela ces derniers temps.

Pour envoyer ça dans l’espace avec la fusée Starship (d’Elon Musk), il faudrait 337 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit les émissions du Royaume Uni pendant un an. Pour un seul datacenter d’1 GW. Sachant que d’ici 2030 (donc 4 ans), il est prévu d’en construire 50.

Bref, rien qu’en émissions de gaz à effet de serre, ça n’est pas possible. Depuis que j’ai écris cet article, je découvre l’article Dirty Bits in Low-Earth Orbit: The Carbon Footprint of Launching Computers, publié en Août 2025 par la très sérieuse Association for Computing Machinery, qui dit en gros la même chose : le coût environnemental sera bien trop élevé.

Reste quelques points cruciaux :

  1. Comment on assure la maintenance locale ?
  2. Comment on fait pour que le matériel tienne alors qu’il est bombardé de rayons cosmiques ?
  3. Comment on fait pour avoir suffisamment de bande passante avec la Terre pour utiliser les services ?

Tout cela nous amène à la question suivante : comment les patrons de la Tech nous balancent des idées aussi irréalistes dès qu’ils passent devant un micro ou un caméra ? N’ont-ils pas conscience de ces problèmes ?

Deux possibilités : soit ils sont stupides (je ne le crois pas), soit ils nous prennent pour des imbéciles. J’ai bien peur que ça soit la deuxième solution…

Mise à jour : suite à une conversation avec l’excellent Irénée Régnauld, ce dernier me rappelle que pour résoudre le problème #3 (la bande passante), on pourrait faire appel à la constellation Starlink d’Elon Musk. Laquelle — c’est sûrement un hasard — est justement en train de préparer sa prochaine introduction en bourse… Ne prenons pas pour de la stupidité ce qui est juste de la cupidité !

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