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Comment la transition sénégalaise de 2024 a divisé par deux la représentation féminine au gouvernement

Sat, 12 Jul 2025 10:20:46 +0000 - (source)

Le gouvernement Diomaye Faye compte quatre femmes contre sept dans le dernier gouvernement de Macky Sall

Initialement publié le Global Voices en Français

Manifestation contre les violences faites aux femmes à la place de la Nation à Dakar, Sénégal, le 3 juillet 2021; Photo de Fatou Warkha Sambe, utilisée avec permission

Par Bowel Diop

Partout dans le monde, les droits des femmes, pourtant conquis de haute lutte, deviennent souvent les premières victimes lors de changements de régime. Le Sénégal, malgré sa réputation de stabilité démocratique et ses avancées en matière de parité, n'échappe pas à cette dynamique mondiale inquiétante.

La taille de vos rêves doit toujours dépasser votre capacité actuelle à les réaliser.” Cette exhortation d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue présidente en Afrique et Prix Nobel de la Paix, résonne avec ironie au Sénégal, où la récente transition politique tant espérée révèle déjà des signes inquiétants de régression pour les droits des femmes. Les femmes sénégalaises ont des compétences, mais se voient systématiquement écartées des postes de décision.

En mars 2024, le Sénégal a connu un changement de pouvoir majeur avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye, soutenu par Ousmane Sonko, suscitant de grands espoirs de rupture démocratique et de gouvernance inclusive. Mais ces espoirs ont vite été entamés : la part des femmes au gouvernement a chuté de moitié, le ministère des Femmes a été rebaptisé sans concertation, et aucun plan d’action sur l’égalité n’a été annoncé.

Un recul alarmant au Sénégal

Le 6 avril 2024, je suis intégrée dans un groupe WhatsApp appelé Concertation: Femmes – Genre – Nouveau régime. Les chiffres sont éloquents : dans le nouveau gouvernement, seulement 4 femmes sur 30 ministres et secrétaires d'État ont été nommées, soit 13,3% de représentation féminine.

Sur les réseaux sociaux, la déception est palpable. L'activiste Amsatou Sow Sidibé évoque sur Facebook “le déclin de la présence féminine” dans ce gouvernement. Sur X, le Réseau des féministes du Sénégal estime que “le choix de retirer le mot ‘femme’ du ministère nous amène à croire que le statu quo sera maintenu”. Sur son compte X, il publie :

Sur la liste du gouvernement parue le 2 avril de la même année, ces quatre femmes sont assignées aux portefeuilles des affaires étrangères (Yacine Fall), de la pêche (Fatou Diouf), de la famille (Maïmouna Dièye) et de la jeunesse et culture (Khady Diène Gaye) – des figures isolées dans un paysage gouvernemental largement dominé par les hommes.

À titre de comparaison, le dernier gouvernement de Macky Sall, formé en octobre 2023, comptait sept femmes ministres, soit presque deux fois plus que l'actuelle équipe gouvernementale : un recul net en matière de représentation féminine au sommet de l'État.

Cette régression est d'autant plus préoccupante qu'elle intervient après la transformation du ministère dédié aux Femmes, Enfants et Entrepreneuriat en ministère de la Famille et des Solidarités, une décision qui a suscité de vives protestations de la part des organisations féministes sénégalaises.

L'excellence féminine ignorée

Les femmes compétentes ne manquent pas. Elles s'engagent déjà dans les processus de transformation de notre pays. À l'enseignement supérieur, nous aurions pu avoir la Professeure Mame Penda BA, directrice du Laboratoire d'Analyse des Sociétés et Pouvoirs/Afrique-Diasporas (LASPAD). À la santé, Professeure Fatimata LY, dermatologue de formation et maître de conférences à l'université Cheikh Anta DIOP. À l'Économie, Thiaba Camara SY, économiste reconnue, pour ne citer que celles-ci.

Ces exclusions remettent directement en cause les acquis de la loi numéro 2010-11 du 28 mai 2010 relative à la parité absolue homme-femme, qui avait pour objectif de consacrer et d'asseoir la présence des femmes dans tous les lieux où se dessine le futur de notre nation.

Ces exemples incarnent l'excellence. Leur absence dans les sphères de décision semble indiquer la résistance d'un système qui résiste à la transformation structurelle que suppose une véritable égalité des genres.

Notre rôle ne se cantonne pas à la reproduction et aux soins à la famille, nous sommes plus que des utérus et des gestionnaires de foyers. Nos compétences et nos aspirations dépassent ces stéréotypes.

Une dynamique mondiale de régression

La situation au Sénégal s'inscrit dans une tendance mondiale préoccupante. Des pays développés aux nations en développement, un schéma similaire se répète : les femmes sont souvent les premières victimes des changements politiques conservateurs, qu'ils prennent la forme de régimes autoritaires ou simplement de gouvernements moins attachés à l'égalité des genres.

Ces régressions ne sont jamais accidentelles. Elles s'appuient sur des mécanismes systématiques de marginalisation politique et économique des femmes.

Les conséquences sont mesurables : selon l'OCDE, les institutions sociales discriminatoires coûtent à l'Afrique l'équivalent de 7,5% de son PIB en 2019. Au niveau mondial, la Banque mondiale estime que l'inégalité salariale entre hommes et femmes représente une perte de 160,2 billions de dollars en capital humain, soit environ deux fois la valeur du PIB mondial.

Des recherches du Fonds monétaire international suggèrent que réduire l'écart entre les sexes sur les marchés du travail pourrait augmenter le PIB des économies émergentes et en développement de près de 8%.

Ces régressions ont des conséquences profondes sur les droits des femmes avec pour répercussion une exacerbation des inégalités sociales et économiques donc une société moins équitable. Elles s'appuient sur une rhétorique identitaire, conservatrice, qui réduit les femmes à des rôles traditionnels : mères, épouses, silencieuses. Et elles prospèrent dans le silence ou la passivité.

Notre réponse, une mobilisation à trois niveaux

Face à ces défis croissants, allant de la remise en cause du droit à l'avortement aux États-Unis, à l'interdiction de chanter pour les femmes afghanes ou encore au recul des pourcentages de femmes dans les postes de décision au Sénégal, la seule solution est de se battre. Notre réponse doit être triple.

D'abord, une vigilance organisée à travers la création des observatoires citoyens pour suivre les politiques publiques en matière de genre, pour documenter et dénoncer chaque recul.

Ensuite, une solidarité renforcée aux candidatures féminines aux postes de décision en constituant un réseau de femmes leaders disponibles pour les postes de responsabilité.

Enfin, des actions politiques concrètes en stimulant l'utilisation des réseaux sociaux pour amplifier les voix des femmes exclues. Aussi, l'exercice d'une pression constante sur les partis politiques pour respecter la parité.

Il est devenu crucial de s'organiser, de mettre en exergue nos voix pour défendre nos droits et nos acquis. S'il est certain qu'aucun pays ne s'est développé et n'a amélioré les conditions de vie de sa population en mettant de côté la moitié de celle-ci, la lutte n'est donc pas une option mais une évidence.

C'est uniquement par cette mobilisation constante que nous construirons un Sénégal où chaque jeune femme pourra non seulement rêver de conduire la nation, mais effectivement participer à son progrès inclusif et durable.

Un combat central, pas accessoire

Il ne peut y avoir de transition réussie sans les femmes. Il ne peut y avoir d'émergence économique ni de paix durable si la moitié de la société est maintenue en lisière. Le combat n'est pas accessoire. Il est central.

Nous ne demandons pas la charité politique. Nous exigeons la reconnaissance de notre légitimité, de nos compétences et de notre rôle incontournable dans la transformation du Sénégal.

À chaque recul, notre devoir est de faire front. À chaque nomination injuste, notre mission est de dénoncer. Et à chaque femme écartée, notre responsabilité est de faire entendre sa voix.

Notre devoir immédiat est triple : documenter chaque recul, soutenir chaque femme compétente écartée, et construire une alternative politique inclusive. Car comme le disait Mbali Ntuli, militante et politicienne sud-africaine : “Nous ne demandons pas à diriger parce que nous sommes des femmes. Nous l'exigeons parce que nous en sommes capables.”

Lire notre cahier spécial : 

Cet article est écrit dans le cadre du Programme Impact West Africa Fellowship de  Aspen Global Innovators


Au Burundi, un régime en crise et une jeunesse qui fuit le pays en masse

Sat, 12 Jul 2025 10:05:03 +0000 - (source)

Le CNDD-FDD a remporté 100 % des sièges lors des élections législatives du 5 juin.

Initialement publié le Global Voices en Français

Centre ville de Bujumbura, capitale économique du Burundi ; capture d'écran de la chaîne YouTube de France 24

Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.afriquexxi.info . L'article original est à retrouver sur le site d’Afriquexxi.

Au Burundi, une profonde crise économique et politique oblige des milliers de jeunes désespérés à quitter leur foyer pour tenter leur chance dans les pays limitrophes.

Morose et délaissée pendant longtemps, l’éclat actuel de Gitega (ville située au centre du pays), capitale politique du Burundi et dont est originaire Évariste Ndayishimiye (président depuis 2020), ne peut passer inaperçu. Gitega semble aujourd’hui profiter de plusieurs effets combinés, historico-politiques et géographiques, avec la construction de nouveaux hôtels un peu partout, l’ouverture de nouveaux business (particulièrement les magasins de matériaux de construction), dans le bruit quotidien des sirènes qui se relaient pour forcer le passage d’un ministre qui va à une conférence, d’un haut gradé de l’armée qui va visiter sa ferme, ou d’une haute autorité du Conseil National de Défense de la Démocratie-Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), parti au pouvoir, de retour d’un meeting politique.

Le doute sur ce rayonnement s’installe quand le regard se détourne des grands chantiers de construction et se dirige vers les simples citoyens, dans les rues ou sur les collines. Devant Matergo (centre de Gitega), où se succèdent autorités, diplomates, hommes d’affaires…. Deux véhicules sont garés côte à côte, trappes de carburant ouvertes. Un homme placé entre les deux en vide un pour en remplir un autre. Craignant pour sa sécurité, un passant, tournant la tête à droite et à gauche, pour s’assurer que ses propos ne tombent pas dans une oreille indiscrète, susurre :

Le deal doit être intéressant, susurre un passant. L’acheteur lui a peut-être proposé cinq fois le prix normal, voire plus. C’est le nouveau business ici, si tu as une voiture. Tu fais la queue durant des jours à une station et si tu as la chance d’avoir le carburant, tu le revends à quelqu’un qui n’a pas ce courage. C’est cela le Burundi aujourd’hui. Mon pays va vraiment mal !

Dans le pays, même les rues semblent désormais avoir des oreilles. Dire que le pays va mal, que la vie des citoyens est au point mort à cause d’une pénurie généralisée de carburant qui dure depuis plus de trois ans, c’est défier le narratif officiel, celui d’un pays où coulent le lait et le miel. En effet, il ne peut y avoir que de la joie dans « le jardin d’Eden », ainsi qu’Evariste Ndayishimiye a courageusement baptisé le Burundi.

Un régime paranoïaque

Le Burundi est un pays sous haute surveillance. Les élections législatives et communales du 5 juin se sont déroulées dans un contexte de verrouillage politique : la plupart des opposants politiques sont en exil depuis dix ans, et ceux qui sont restés au pays sont presque tous neutralisés. Résultat : le CNDD-FDD, parti au pouvoir, a remporté 100 % des sièges à l’Assemblée nationale, un score à la nord-coréenne jusque-là jamais atteint par aucun autre parti depuis l’introduction du multipartisme, dans les années 1990.

Dans les rues, la tension est palpable. Les centaines de jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, qualifiés de milice par les Nations unies, en jogging, parfois armés et en treillis, scandent des chants martiaux, quand la police procède à des contrôles minutieux. Les rumeurs de rebelles burundais qui se seraient infiltrés dans le pays vont bon train. La police cherche des caches d’armes sous les sièges des voitures, dans les coffres, partout. Il faut ajouter le contexte régional avec le mouvement rebelle M23 (soutenu par le Rwanda, selon plusieurs rapports de l’ONU) aux portes de Bujumbura, la capitale économique du Burundi. La rébellion contrôle déjà la ville de Bukavu, en plus de Goma, capitales respectives du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, qui forment la province de l’est de la RDC. Bukavu n’est qu’à quatre heures de route de Bujumbura.

Le régime burundais, dont les relations diplomatiques avec le Rwanda sont exécrables depuis presque dix ans, craint une exportation de la guerre de l’est de la RDC sur son sol. La menace n’a jamais été aussi forte depuis 2015, quand des centaines de milliers de Burundais avaient pris le chemin de l’exil, après la décision de Pierre Nkurunziza (décédé en 2020) de briguer un troisième mandat et la crise politique qui en avait découlé. Le Rwanda avait accueilli une bonne partie des réfugiés. Depuis, Gitega accuse constamment Kigali d’héberger des rebelles qui veulent le renverser.

Le risque d’un effondrement politique

Curieusement, on ne cherche pas que des armes. La bière est aussi ciblée. Mais pas n’importe laquelle : la Primus et/ou l’Amstel, des produits de la Brarudi, la principale et plus ancienne brasserie du pays. Tout comme le carburant, trouver la bière de la Brarudi c’est chercher une aiguille dans une botte de foin. De la boisson la plus accessible durant des décennies, elle est devenue un produit de luxe qu’on ne trouve que dans les grands hôtels. Et l’État s’est donné la rude tâche de réguler sa distribution. Un journaliste qui a suivi la campagne électorale, témoigne :

La pénurie de carburant aura un impact sur les résultats des urnes, parce que le peu de carburant revient au parti au pouvoir pour faire campagne. C’est le cas aussi pour la bière. À Bururi, dans le sud du pays, je suis allé au bar pour m’acheter une bière, tout près de là où le CNDD-FDD tenait un meeting. On m’a signifié que toutes les boissons disponibles dans la localité avaient été prises par le parti au pouvoir.

La Brarudi, plus grand contribuable du pays (on parlait de 68 milliards de francs burundais d’impôts en 2024, soit plus de 19,8 millions d’euros ( 23138379 dollars américains), annonçait l’an dernier manquer de malt, matière première indispensable à la fabrication de ses boissons, et ce, à cause d’un « manque de devises ». Le Burundi, classé deuxième pays le plus pauvre du monde juste devant le Soudan du Sud, n’avait que l’aide internationale, principalement de l’Union européenne, comme principale source de devises. Cet appui s’est arrêté en 2016 à la suite du refus du régime de dialoguer avec ses opposants.

Avec une économie nationale à l’agonie (87 % de la population vit avec moins de 1,6 euro/1,87 dollar américain) par jour, selon la Banque mondiale), des problèmes de bonne gouvernance, notamment des cas de grande corruption et de détournements dont on ignore toujours l’ampleur exacte (fin 2023, lors de sa condamnation à perpétuité pour tentative de coup d’État, on apprenait qu’Alain-Guillaume Bunyoni, l’ancien Premier ministre, possédait à lui seul près de 150 maisons, rien qu’au Burundi), combinés à un contexte politique instable, le régime d’Évariste Ndayishimiye, miné par des guerres intestines entre de puissants généraux, semble aujourd’hui faire face à un double risque : un effondrement économique du pays et son propre effondrement politique.

Les jeunes fuient tous azimuts le pays

Pour la population, l’enjeu dépasse la survie économique, comme l’explique un analyste qui a requis l’anonymat :

Les Burundais sont en principe habitués à vivre du peu qu’ils ont. Le Burundi n’a jamais été un pays développé avec toute l’abondance qui va avec. Mais cela n’a jamais été vu comme la fin du monde par la population locale. Aujourd’hui, le grand défi est que le pays devient de plus en plus invivable. Plus d’espoir d’avenir pour les jeunes qui fuient tous azimuts le pays. Il n’y a pas très longtemps, c’était inconcevable de voir un homme avec des petits-enfants laisser sa famille derrière lui et quitter le pays. Les Burundais sont très attachés à la famille. Malheureusement, son tissu se déchire de plus en plus. Le régime a infiltré jusqu’à la cellule familiale. On souffre, on ne peut même pas en parler, même pas chez soi. L’espionnage est arrivé jusque dans les ménages.

« Les jeunes qui fuient tous azimuts le pays » est peut-être le plus inquiétant pour l’avenir de ce petit pays d’Afrique de l’Est de plus de 13 millions d’habitants et dont 65 % de la population a moins de 25 ans. L’exode ne s’est pas tari depuis la répression sanglante contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza, il y a dix ans. Aujourd’hui, les grandes capitales régionales, Kigali, Kampala, Nairobi, grouillent de jeunes Burundais, parfois encore des enfants. Deux médias locaux consacraient en février dernier une édition spéciale pour alarmer sur un taux d’abandon scolaire historique de 70 %, citant les « plus de 4 500 élèves » qui ont décroché, en seulement trois mois, dans une seule province, Kayanza (nord du Burundi), durant l’année scolaire 2024-2025.

20 000 départs entre janvier et octobre 2022

Ces mêmes jeunes, qui ne croient plus à ce que peut leur apporter l’école (au Burundi, on dit que la carte de membre du parti au pouvoir vaut désormais mieux qu’un diplôme), déambulent aujourd’hui jusque dans les collines rurales du Kenya, parfois sans aucun document légal, vendant des arachides et des beignets aux passants. L’un d’eux explique :

Ce business nous permet au moins d’envoyer quelque chose à nos familles qui vivent dans une misère sans nom au Burundi.

Il affirme pouvoir envoyer au moins 3 000 shillings kényans par mois environ 20 euros (23,50 dollars américains), soit plus que ce que gagnent certains fonctionnaires de l’État au Burundi. Les jeunes filles sont envoyées dans les pays arabes via des agences intermédiaires dont certaines appartiennent à des responsables du parti au pouvoir. D’autres jeunes encore, par dizaines de milliers, surtout issus de familles plus aisées, ont migré vers l’Europe via la Serbie, plus de 20 000 départs entre janvier et octobre 2022, selon VOA Afrique). Des milliers de médecins sans emploi ont fui à la recherche de travail dans les pays voisins. Pour rappel, le Burundi disposait de 0,1 médecin pour 1 000 habitants en 2020, dix fois moins que le minimum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Pendant la campagne électorale, face à la misère presque généralisée, le président de la République a dû sortir l’artillerie lourde pour essayer de convaincre les foules : le 15 mai, il a garanti 1 million de francs à chaque Burundais d’ici à deux ans. Il était à Gitega, dans sa ville. Sauf que ce million de francs burundais (environ 291 euros/340 dollars américains), d’ici-là, aura peut-être perdu plus de deux fois sa valeur actuelle si l’économie continue à se détériorer. La promesse sera-t-elle tenue ? En 2020, quand il a pris le pouvoir, il avait prononcé presque les mêmes mots, promettant « de l’argent dans chaque poche ». Cinq ans plus tard, les Burundais doivent-ils encore le croire ? Le pays a davantage besoin de secours que de promesses.


La Chine accélère le développement de son système de censure propulsé par l’IA

Fri, 11 Jul 2025 15:55:44 +0000 - (source)

Propulsée par les nouvelles technologies, la propagande politique chinoise s’internationalise

Initialement publié le Global Voices en Français

An image of chip technology surrounding the Chinese flag.

Image créée par Oiwan Lam via Canva Pro.

Le développement rapide de l’intelligence artificielle a suscité des controverses autour du droit d’auteur et des mégadonnées dans la plupart des régions du monde. En Chine, la tendance à la censure automatisée est plus préoccupante, car elle permet de transformer la censure passive du régime autoritaire en un façonnement proactif du cadre cognitif des individus en faveur du régime à parti unique.

Alors qu’un rapport du Hong Kong Free Press (HKFP) révélait il y a plusieurs mois que les grands modèles de langage chinois (LLMs), tels que Qwen, Ernie ou Deepseek, sont généralement alignés sur les positions du Parti communiste chinois (PCC), de nouvelles recherches semblent indiquer un renforcement de la censure exercée par l’IA, selon Alex Colville, chercheur au sein du China Media Project.

Si vous aviez demandé au modèle de langage open source DeepSeek R1, il y a seulement quatre mois, d’énumérer les différends territoriaux de la Chine en mer de Chine méridionale — un sujet hautement sensible pour la direction du Parti communiste chinois — il vous aurait répondu en détail, même si ses réponses vous orientaient subtilement vers une version édulcorée conforme à la ligne officielle. Posez aujourd’hui la même question à la dernière mise à jour, DeepSeek-R1-0528, et vous constaterez que le modèle est plus réservé, et bien plus catégorique dans sa défense de la position officielle de la Chine.

Cette intelligence artificielle « politiquement correcte » est rendue possible grâce à une série de réglementations. Depuis 2022, une disposition impose que les systèmes automatisés de recommandation de contenu « diffusent activement une énergie positive » et se conforment aux « valeurs dominantes ». Une directive idéologique publiée en janvier 2023 exige des fournisseurs de services qu’ils « respectent les mœurs et l’éthique sociales » et « adhèrent à la bonne direction politique, à l’orientation de l’opinion publique et aux tendances des valeurs ». Six mois plus tard, selon les Mesures provisoires pour la gestion des services d’intelligence artificielle générative, tous les services d’IA générative doivent promouvoir les « valeurs fondamentales du socialisme » de l’État, et les données d’entraînement doivent provenir de « sources légales », c’est-à-dire de sources obtenues légalement et ne contenant aucun contenu censuré ou jugé illégal par les autorités chinoises.

Les conséquences de la censure de l'IA

À mesure que la censure par l’IA devient plus omniprésente, la Chine connaît une transformation profonde de sa manière de censurer l’information en ligne, passant de méthodes traditionnelles et manuelles à une nouvelle ère dominée par l’intelligence artificielle, selon une analyse récente du China Media Project.

Traditionnellement, la censure en Chine reposait sur des armées de censeurs humains qui parcouraient les réseaux sociaux et les sites d’actualités à la recherche de mots-clés sensibles, supprimant manuellement les publications ou bloquant les contenus franchissant les lignes rouges politiques. Cette approche manuelle était chronophage et exigeante en main-d’œuvre, peinant à suivre le rythme effréné et l’ampleur des échanges en ligne. Tout cela fait partie de l’industrie dite de la « surveillance de l’opinion publique », qui désigne la surveillance systématique du discours en ligne et emploie des dizaines de milliers de personnes.

Désormais, avec l’essor de grands modèles de langage (LLMs), le gouvernement chinois et les géants de la tech intègrent directement la censure dans l’architecture même des systèmes d’intelligence artificielle. Pour garantir que les modèles suivent la « bonne direction politique », les LLM chinois sont entraînés à s’autocensurer dans leurs contenus générés. Un ensemble de données récemment divulgué, d’une taille de 300 Go, contient 133 000 éléments — contenus et instructions — destinés à apprendre aux IA comment classer et hiérarchiser les contenus sensibles. L’objectif principal de cet ensemble semble être la classification des contenus liés à l’opinion publique. Il révèle un système de catégorisation sophistiqué comportant 38 catégories distinctes, allant de sujets courants comme la « culture » et le « sport » à d’autres, plus controversés politiquement.

L’origine exacte de cette fuite reste inconnue. Toutefois, certains analystes y voient un signe que l’IA est en train de remplacer un système autrefois très gourmand en main-d’œuvre, nécessitant des milliers de censeurs humains, par une machine de surveillance automatisée. Un tel système serait capable de traiter des volumes bien plus importants de contenus en ligne, permettant ainsi une surveillance continue et autonome de chaque recoin d’internet. Xiao Qiang, chercheur sur le système de censure chinois à l’Université de Californie à Berkeley, affirme que le développement de l’IA générative a porté la censure automatisée de la Chine à un tout autre niveau :

Contrairement aux mécanismes de censure traditionnels, qui reposent sur le travail humain pour le filtrage par mots-clés et la relecture manuelle, un grand modèle de langage (LLM) entraîné à partir de telles instructions améliorerait considérablement l’efficacité et la précision du contrôle de l’information exercé par l’État.

En plus de la formation des IA à la censure, la Chine a également mis en place ses propres référentiels d’évaluation pour s’assurer que les grands modèles de langage (LLMs) du pays soient « conformes à la loi ». Deux mois avant l’entrée en vigueur de la loi chinoise sur l’intelligence artificielle générative, un groupe d’ingénieurs en informatique chinois, dirigé par He Junxian, professeur assistant à l’Université des Sciences et Technologies de Hong Kong, a publié sur GitHub le benchmark C-eval, composé de 13 948 questions à choix multiples couvrant 52 disciplines variées, parmi lesquelles figurent la « pensée de Mao Zedong », le « marxisme » et la « culture idéologique et morale ».

Quelques mois plus tard, début 2024, l’Académie chinoise des technologies de l'information et de la communication (CAICT), rattachée au ministère de l’Industrie et des Technologies de l’Information (MIIT), a mis au point un référentiel de sécurité de l’IA (AI Safety Benchmark), comprenant 400 000 invites en chinois portant sur des enjeux liés aux biais culturels, au bien-être psychologique des utilisateurs, à la vie privée et aux secrets industriels, à la correction politique et à la légalité.

La diffusion mondiale des récits chinois

Avec tous ces référentiels et réglementations chinoises sur l’IA, ce ne sont pas seulement les outils d’IA générative chinois qui sont soumis à la censure, mais aussi des marques occidentales, comme Microsoft Copilot, qui font face aux mêmes restrictions, notamment lorsque le service d’IA opère en Chine. L’exilé dissident chinois, Teacher Li, a donné un exemple à ce sujet sur X :

Un ami a raconté que lorsqu’il a demandé à l’outil d’IA de Microsoft, Copilot, comment renverser Xi Jinping, celui-ci a refusé de répondre, mais lorsqu’il a posé la même question à propos de Donald Trump, il a obtenu une réponse. Il semble donc que l’outil obéisse à la censure du Parti communiste chinois (PCC). pic.twitter.com/uai6IBuofM

— 李老师不是你老师 (@whyyoutouzhele) 2 mai 2025

En d’autres termes, le résultat est un système où la censure est à la fois proactive et invisible : l’IA ne génère ni ne recommande simplement aucun contenu en dehors des limites approuvées par l’État.

Étant donné l’alignement strict des IA génératives chinoises sur la ligne politique du Parti communiste chinois (PCC), les principaux moteurs de recherche comme Baidu (le moteur le plus populaire en Chine) et les plateformes sociales comme Weibo ont intégré Deepseek dans leurs services. Chaque fois que les utilisateurs recherchent certains sujets, Deepseek génère le « processus de pensée politiquement correct » ou les récits officiels sur la question.

C’est pourquoi Alex Colville a averti que « toute adoption du modèle DeepSeek à l’étranger pourrait potentiellement exporter le système de gouvernance sociale intérieure de la RPC ». Taïwan est aujourd’hui le champ de bataille cognitif le plus féroce dans le développement de l’intelligence artificielle générative.

Le gouvernement chinois continental affirme que Taïwan, un État autonome depuis 1949 après que le Kuomintang, parti au pouvoir de la République de Chine, a été vaincu par le PCC lors de la guerre civile chinoise et a établi un gouvernement en exil de l’autre côté du détroit de Taïwan, fait partie intégrante de la Chine. Ces dernières années, la Chine a tenté de contraindre Taïwan à l’unification par des moyens diplomatiques, économiques, militaires, ainsi que par une guerre cognitive, incluant la manipulation ciblée de l’information, la propagande et des opérations psychologiques.

Grâce aux nouvelles technologies, la propagande politique chinoise devient globale. Le rapport récent d’OpenAI sur les usages malveillants de ses modèles a également révélé que certains acteurs chinois ont utilisé ses produits pour surveiller les commentaires anti-Chine sur les réseaux sociaux, publier des commentaires anti-américains en espagnol ciblant les utilisateurs latino-américains, et générer des commentaires critiques envers des dissidents chinois, dont Cai Xia.

À mesure que les modèles d’IA de DeepSeek gagnent en popularité à l’international — attirant les utilisateurs par leurs performances techniques solides à faible coût — la question demeure : comment leurs filtres politiques intégrés affecteront-ils les audiences mondiales ? La préoccupation plus large est de savoir ce que cela signifie lorsque des millions de personnes dans le monde commencent à dépendre de systèmes d’IA délibérément conçus pour refléter et renforcer les perspectives du gouvernement chinois.

Tous ces développements montrent comment l’IA générative peut être utilisée comme une arme pour surveiller la dissidence, manipuler les récits et imposer la conformité idéologique par des États autoritaires, alors que la gouvernance de l’IA fondée sur les droits humains accuse un retard important.


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Fri, 11 Jul 2025 15:48:38 +0000 - (source)

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Initialement publié le Global Voices en Français

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L'enjeu politique du football : du livre ludique de Salazar aux stades iraniens

Tue, 08 Jul 2025 14:27:58 +0000 - (source)

Le football est plus qu’un jeu — c’est un champ de bataille de mémoire, d’identité et de défiance.

Initialement publié le Global Voices en Français

Les supporters du Tractor FC lors d'un match contre Esteghlal FC le 18 mai 2023. Photo de Amir Ostovari, Farsnews.ir via Wikimedia Commons (CC BY 4.0.).

Antonio Salazar, le dictateur fasciste portugais ayant régné de 1932 à 1968, est célèbre pour avoir gouverné le pays avec « les trois F » : fado (la musique), Fatima (la religion), et le football. Ces piliers ont constitué le fondement de son régime totalitaire.

Les intellectuels ont souvent appréhendé le football une forme de basse culture, une distraction par rapport aux affaires sérieuses de la politique et de la société. Pourtant, il y a toujours eu des exceptions, des écrivains et des penseurs qui ont pris ce sport au sérieux, l'analysant comme un phénomène culturel et sociologique. C'est le cas du célèbre romancier espagnol Javier Marías, qui, parallèlement à ses œuvres littéraires et à ses traductions, a exploré le monde du football avec une rare perspicacité.

Dans son livre « Salvajes y sentimentales: Letras de fútbol » (« Wild and Sentimental: Writings on Football »), Marías mêle réflexion personnelle et style littéraire pour parler du football tel qu'il est pratiqué en Espagne et dans le monde.

Supporter éternel du Real Madrid , il considère La Liga, le niveau le plus élevé du championnat de football espagnol, comme une partie intrinsèque du rythme hebdomadaire de son enfance. Les quarante-deux essais de ce recueil ne sont pas de simples articles journalistiques – ce sont des confessions, des souvenirs, des observations et des arguments, écrits avec une franchise émotionnelle et une acuité intellectuelle.

Marías affirme que le football est l'une des rares expériences capables de réveiller chez les adultes les émotions brutes et instinctives de l'enfance. Pour lui, ce sport est un retour hebdomadaire à la jeunesse. Il compare le football au cinéma : les joueurs, comme les acteurs, restent dans les mémoires ; les entraîneurs, comme les réalisateurs, forment des équipes avec des acteurs familiers. Il compare le Real Madrid à un film d'Hitchcock : du suspense, des nerfs à vif, mais généralement une fin heureuse. « Lors des matchs européens », écrit-il dans le livre, « Madrid adore encaisser trois buts, juste pour revenir et marquer davantage au match retour ».

Pour Marías, le football est plus qu'un spectacle, c'est un drame. Un match sans récit, sans enjeu, sans émotion et sans conséquence est creux. « Si la victoire ou la défaite n'a pas d'incidence sur le passé, l'avenir, votre honneur ou votre visage dans le miroir le lendemain matin dit-il, alors il ne vaut pas la peine de suivre ce match. »

Pour lui, le football est à la fois le cirque et le théâtre de notre époque – chargé d'excitation, de peur et d'imprévisibilité. Un vrai supporter doit percevoir chaque match comme une compétition décisive.

Ce sport permet également aux adultes d'exprimer leurs réactions les plus enfantines – la peur, la joie, la colère et même les larmes – sans honte. Pour beaucoup, le football est le seul espace d’actions socialement acceptables permettant aux émotions pures et non filtrées de s’exprimer.

L'un des traits caractéristiques du football, selon Marías, est la loyauté inébranlable envers son équipe. Si l'on change de religion, de conjoint, de parti politique, de maison ou de goût artistique, le club de football, lui, reste le même. Comme l'a dit l'écrivain espagnol Vázquez Montalbán, « on ne change pas l'équipe que l'on a aimée dans son enfance. »

Mais la rivalité est tout aussi vitale que la loyauté. Marías écrit:, « Si Barcelone était un jour relégué dans un petit championnat catalan et que ses affrontements historiques avec Madrid prenaient fin, j'en serais profondément attristé. » La compétition fait partie de l'ADN même du football. Sans elle, la passion s'éteint.

Marías estime que seule une personne profondément ancrée dans une culture peut pleinement saisir le poids émotionnel de ses rivalités footballistiques. Seul un Italien comprend vraiment Milan contre la Juventus ; seul un Allemand comprend Bayern contre. Mönchengladbach; seul un Anglais ressent la charge de Liverpool contre Manchester United . Et seul un Espagnol porte sur sa rétine le poids de centaines de souvenirs d'El Clásico.

Tractor : plus qu'une équipe de football

Toute cette réflexion débouche sur une scène contemporaine loin de Madrid. Récemment, au milieu du stress, de la répression et de la tension qui caractérisent la vie publique en Iran, un événement remarquable s'est produit: Tractor S.C., une équipe de la ville de Tabriz dans la région de l'Azerbaïdjan, est devenue championne nationale. Dans un autre contexte, cette réalisation aurait pu être une simple victoire footballistique de plus, mais en Iran, elle revêt une signification symbolique importante.

Malgré les efforts soutenus des acteurs étatiques, pour remodeler l'identité de l'équipe, coopter son image ou injecter des slogans nationalistes dans son récit, Tractor a conservé son caractère populaire. Il est devenu non seulement une équipe de football, mais aussi un symbole de résistance culturelle, en particulier pour la population turque d'Iran.

Les Turcs constituent le groupe ethnique le plus important d'Iran, avec une proportion estimée à 40 % de la population. Ils se retrouvent dans toutes les régions de l'Iran, et, durant des siècles, diverses dynasties turques ont régné sur le pays, jetant les bases d'un patrimoine culturel commun.

La xénophobie en général l-et en particulier — les sentiments anti-turcs et anti-arabes — restent parmi les problèmes sociaux occasionnellement observés en Iran. La tendance à réduire les défis politiques et sociaux du pays à la culpabilité supposée des Turcs ou des Arabes, ainsi que l'humiliation de ces groupes ethniques lors de certains matchs de football, reflètent un problème plus profond de tensions non résolues qui deviennent particulièrement visibles dans les stades.

Les rivaux historiques du Tractor — les géants Esteghlal et Persepolis basés à Téhéran — représentent le centre politiquement, économiquement et symboliquement. À l'inverse, Tractor a fini par incarner les marginaux, les provinces et la périphérie. Et aujourd'hui, pour la première fois depuis des années, l'équilibre des forces semble avoir évolué.

Les équipes établies à Téhéran — de Persepolis à Saipa, Pas, en passant par Esteghlal —ont collectivement remporté le championnat iranien à de nombreuses reprises. À côté de ces équipes, des équipes provinciales telles Malavan Bandar Anzali, Sepahan d'Isfahan, et Foolad Khuzestan ont également réussi à remporter la ligue, devenant ainsi des champions en dehors de la capitale. Toutefois, c'est la première fois que, Tractor d'Azerbaijan remporte le titre de champion.

Tout comme Marías suggère que le Real Madrid se valorise par sa rivalité avec Barcelone, l'identité même de Tractor a été batie dans l'opposition au pouvoir central. Si cet antagonisme disparaissait, même les fans ne sauraient pas s'il faut se réjouir ou se lamenter.

Tractor est plus qu'une équipe de football. Il s'agit d'un phénomène culturel et politique, surfant sur deux tableaux parallèles — l'un sur le terrain et l'autre dans l'arène publique, où le citoyen ordinaire s'oppose à la mainmise de l'État sur la narration et l'identité.

Alors que l'État iranien, à l'instar de Salazar, continue de s'appuyer sur son équivalent des « trois F » pour gérer la société — – la religion, les rituels et les divertissements contrôlés — Tractor défie cette logique. Son pouvoir ne réside pas seulement dans ses objectifs, mais aussi dans les émotions qu'il suscite : fierté, défi et solidarité. Le régime iranien peut tenter de contrôler le jeu, mais les tribunes et les rues présentent une autre histoire.

Dans un monde où plusieurs se sentent piégés dans des systèmes de contrôle, le football ne nous sauvera peut-être pas —mais il peut ouvrir un espace idéal de justice. Cet espace s'étend au-delà des limites du terrain, jusqu'à Tabriz et au-delà.


Fête du Travail ou journée de détentions ? Le 1er mai en Turquie

Tue, 08 Jul 2025 12:23:40 +0000 - (source)

La présence policière fortement élevée, des barricades et des centaines de détentions ont ponctué la journée.

Initialement publié le Global Voices en Français

Image de Arzu Geybullayeva, créé avec des éléments de Canva Pro.

Encore cette année, à travers la Turquie, une forte présence de policiers ainsi que des barricades et des arrestations ont ponctué la fête du Travail, alors que des dizaines de milliers d'ouvriers et de militants ont essayé de commémorer la Journée internationale des travailleurs.

Des journalistes basés à Istanbul ont relevé une lourde intervention policière contre les militants souhaitant se rendre à la place Taksim à Istanbul. La place a été fermée aux piétons, et toutes les voies de transport ont été fermées. Même dans les lieux de démonstration désignés, tels que les districts de Kadikoy et Kartal à Istanbul, l’annulation des transports a rendu ces zones difficiles d’accès.  Des centaines de personnes ont été détenues, alors que dans les jours précédents le 1er mai, des vingtaines d'autres ont été arrêtées pour avoir demandé aux autres de rejoindre les manifestations prévues.

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Malgré les restrictions extraordinaires installées sur les routes principales, les transports publics et maritimes à Istanbul, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à la place Kadıköy İskele pour les célébrations du jour de travail. «Une Turquie où nous ne sommes pas condamnés à vivre sur les salaires minimums, où les grèves ne sont pas bannies et où les droits démocratiques peuvent être librement exercés est possible » se lit le communiqué joint de tous les syndicats qui commémorent la fête du Travail à Kadıköy. « Une vie où nous ne mourrons pas au travail, où nous ne perdons pas notre santé, où nous travaillons 8 heures restons 8 heures et vivons 8 heures est possible. Un pays dans lequel de droit de prendre sa retraite n'est pas usurpée et les pensionnés peuvent vivre avec humanité est possible. »

Taksim, la place prohibée

La place Taksim au cœur d’Istanbul est considérée comme un symbole puissant des droits des travailleurs et de la culture contestataire. Elle est également depuis des décennies, un champ de bataille idéologique pour les gouvernements qui ont pris le leadership du pays. En 1977, au moins 34 personnes ont été tuées lors d’un rassemblement du 1 mai là-bas, un événement largement connu sous les noms « le massacre de Taksim » et « le 1er mai sanglant ».

Chaque année, dans l'anticipation du 1er mai, des militants et des syndicats demandent la permission de se rassembler à Taksim, et chaque année, ils font face à un rejet. Cette année n'a été pas une exception. Le Bureau du gouverneur d'Istanbul a déclaré que Taksim était interdit, ce qui a entraîné la fermeture de dizaines de routes, de lignes de transport public et de services de ferry — une stratégie de confinement qui est devenue une routine sombre du 1 mai dans le pays. Les dernières manifestations du 1 mai ont été officiellement autorisées à Taksim en 2010, 2011 et 2012, lors d’un bref dégel dans l’approche du gouvernement envers la dissidence.

Depuis 2013, lorsque la place est devenue l’épicentre des manifestations du « Parc Gezi », les autorités y ont restreint les rassemblements publics, invoquant des préoccupations de sécurité et d’ordre public.

Cette année, aussitôt qu'à cinq heures du matin, l'accès à Taksim était effectivement fermé dès 5 heures du matin, et même les quartiers environnants comme Şişli et Beyoğlu ont vu un important déploiement de policiers. Tous ceux qui voulaient manifester à la place, notamment des membres de parties politiques opposées au gouvernement actuel, des syndicats et des unions d'étudiants, ont été interpelés, détenus ou même repoussés de force par les policiers.

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Les places ne doivent pas être fermées au public. Chacun a le droit d'organiser des réunions et des manifestations pacifiques, non armées sans autorisation préalable. Istanbul, 1er mai, 2025. Photo de Zeynep Kuray.

Le Bureau du gouverneur d'Istanbul a déclaré que plus de 50 000 policiers ont été déployés ce 1ᵉʳ mai et il a ultérieurement affirmé que 384 personnes avaient été détenues à cause de leur participation dans une manifestation dite « non autorisée ». Par contre, le terme « manifestation non autorisée » est fallacieux, selon un reportage de Bianet, car l'article 34 de la Constitution réclame que « Chacun a le droit d'organiser des réunions et des manifestations pacifiques et non armées sans autorisation préalable ».

Ce concept d'une « manifestation non autorisée » est aussi une expression fallacieuse et fausse, en ce qui concerne la Constitution et les lois. De plus, selon les décisions de la Cour constitutionnelle, les rassemblements pacifiques qui ne constituent pas une menace à l'ordre public doivent être encadrés, même ceux qui sont faits sans notification des forces de l'ordre. Selon la loi numéro 2911 concernant les rassemblements et manifestations, bien que les organisateurs des manifestations soient obligés d'aviser les autorités locales, ne pas le faire n'implique pas que la manifestation est interdite, affirme la rédaction de Bianet.

L'année dernière, la police a détenu plus que 200 personnes qui ont tenté de manifester à Taksim le 30 avril, Dinushika Dissanayake, la directrice adjointe d'Amnesty International pour l'Europe a constaté que « les restrictions aux célébrations de la fête du Travail sont entièrement fondées sur des troubles à la sécurité et à l'ordre public. Elles défient d'ailleurs la décision de la Cour constitutionnelle prise en 2023. Ces restrictions doivent être levées de toute urgence. »

Une image austère pour les ouvriers

Au-delà de la question des rassemblements publics, le premier mai est un souvenir douloureux de l'état des droits de travail en Turquie. Selon des données de l'Assemblée de la Santé et de la Sécurité au travail (İSİG) un conseil local qui lutte pour une vie et des conditions de travail saines et sûres, un total de 1 894 travailleurs sont morts en Turquie en 2024. Un an auparavant, le réseau avait signalé 1 932 décès qu’il avait pu documenter. En mars 2025, ce nombre avait déjà atteint 145 pour l’année jusqu’à présent. Un coup d’œil rapide aux données collectées par le réseau, qui se compose de travailleurs de diverses professions et industries et leurs familles, au cours de la dernière décennie, les chiffres annuels n’ont jamais descendu en dessous de 1 000 décès, atteignant parfois 2 000 ou plus. Beaucoup de ces décès, selon les défenseurs des droits des travailleurs, étaient entièrement évitables et découlent d’un manque d’application des normes de sécurité et de surveillance réglementaire.

Des accidents mortels sont malheureusement devenus courants dans ce pays où le travail précaire et l'emploi informel sont répandus. En outre, le travail des enfants continue à ronger le marché de travail. Selon un reportage du syndicat de travailleurs en éducation et science (Eğitim-İş), plus de 869 000 enfants travaillent en Turquie. Ce chiffre est ajouté aux plus que 500 000 enfants qui sont inscrits dans des programmes d'apprentissage professionnel (MESEM), qui fonctionnent efficacement comme des filières de travail plutôt que comme des établissements éducatifs.

La Turquie n’a pas de cadre global de protection sociale pour sa main-d’œuvre. La sécurité de l’emploi, les droits syndicaux et les avantages sociaux restent insaisissables pour des millions de personnes, en particulier pour les travailleurs saisonniers, migrants et sans papiers. Pour beaucoup, travailler dans des conditions d’exploitation n’est pas une question de choix, mais de survie.

Des mythes et des représentations fausses de l'emploi.

Les statistiques officielles offrent également une image déformée. Dans son récent reportage, la journaliste Ayça Örer montre des divergences dans les données fournies par l’institution statistique d’État et les syndicats de travailleurs. Örer écrit que tandis que l’Institut turc de statistique (TÜİK) rapporte un taux d’emploi officiel au dernier trimestre de 2024 de 49,6 %, la Confédération des syndicats progressistes de Turquie (DİSK) remet en question ce récit, en se concentrant sur les définitions de l'emploi utilisées en Turquie.

Alors que le taux de chômage selon le TÜİK est à neuf pour cent, le DİSK et d'autres plateformes indépendantes de travail constatent que le pourcentage est plus proche de 28,2 à la fin de décembre 2024. Ils suivent une définition plus large de chômage, qui compte des chercheurs d'emploi découragés, des individus sous-employés et ceux qui peuvent travailler, mais qui ne sont pas en recherche active. La situation s'empire pour les jeunes femmes qui sont employées à un taux de 46,7 %, mais seulement 20 % avec un travail déclaré et à temps plein, informe Örer.

Pour nombreuses personnes, le 1er mai est néanmoins un autre jour de travail. C'est le cas de Veysel et Sefer, deux ferrailleurs qui ont discuté  avec Örer. « Chaque jour, on écrase des boites en métal, tire des papiers et ramasse les déchets dans la ville. C'est comme si nous étions des fourmis d'Istanbul, personne ne nous voit, mais on dégage les ordures. Sefer ajoute, il y a des personnes qui habitent dans les décombres d'anciens bâtiments parce qu'ils n'arrivent même pas à payer pour une chambre commune. Certains gagnent 100 liras, mais doivent payer 20 000 liras par mois juste pour avoir un endroit où dormir. »

Des histoires comme celles-ci n'arrivent que rarement en vogue dans le discours dominant, mais elles sont intégrales pour comprendre l'image globale de labeur en Turquie, l'image d'invisibilité, de l'exploitation et de résilience.

Le 1 mai cette année a été pluvieux et froid. Mais cela n’a pas empêché les gens de participer à des manifestations. Au-delà de la puissance des ouvriers en Turquie, la situation a aussi montré la résistance de l'État envers des réformes significatives, quoi qu'ils soient dans les droits de travail ou des libertés démocratiques. Alors que la précarité s'aggrave, le nombre de personnes employées diminue, et les protections affaiblissent, la lutte annuelle pour la visibilité de la dignité perdure.

Et c’est aussi le cas pour la marche, qu’il s’agisse de pluie ou de police anti-émeute.


Le sud de la France enveloppé d'un cocktail de « pollution multi-sources » en raison de poussières sahariennes et des feux de forêt canadiens

Fri, 04 Jul 2025 17:29:42 +0000 - (source)

Les habitants sont confrontés à une convergence de polluants nocifs

Initialement publié le Global Voices en Français

A weather phenomenon where sand from the Sahara Desert in north Africa drifts over the Mediterranean Sea, turning the sky orange in Southern France, including the Alps, as featured in this photo.

Un phénomène météorologique où le sable du désert du Sahara, en Afrique du Nord, dérive au-dessus de la mer Méditerranée, rendant le ciel orange dans le sud de la France, y compris les Alpes, comme en témoigne cette photo. Capture d'écran de YouTube.

En ce mois de juin, le sud de la France étouffe sous un intense épisode de pollution atmosphérique d'origines inhabituellement lointaines, le ciel s'étant transformé en une autoroute mondiale où la brume provenant d'agressifs feux de forêt canadiens traverse l'Atlantique et se mêle aux tempêtes de poussières sahariennes qui dérivent depuis l'Afrique du Nord. Lors des journées les plus noires de la mi-juin, l'indice de qualité de l'air à Marseille (AQI) a atteint des niveaux compris entre 130 and 150 — considérés nocifs pour les groupes sensibles — par rapport aux niveaux typiques de l'été, qui se situent généralement entre 40 et 60.

A partir du mois de mai, une série de violents feux de forêt s'est déclarée dans le centre du Canada, en particulier dans les provinces de Manitoba, Saskatchewan, et Alberta. Rien que dans la région de Manitoba, 27 incendies restent actifs, dont un gigantesque brasier près de Flin Flon et Sherridon, qui a brûlé plus de  300 000 hectares au début du mois de juin seulement. Ces derniers jours, les feux ont progressé vers le nord, ce qui fait craindre que les différents brasiers fusionnent pour former ce que les experts appellent un « Giga-fire » — événement rare au cours duquel un seul incendie engloutit plus de 400 000 hectares.

Screenshot of Canada's wildfire map as of June 12, 2025.

Capture d'écran de la carte des feux de forêts du Canada par le Centre interagences des feux de forêt du Canada le 12 juin 2025. Une grande partie du nord du Canada est confrontée à des incendies hors de contrôle.

Les habitants de Marseille respirent un mélange rare de fumée de feux de forêt, de poussière du Sahara et d'ozone. L'impact de ce phénomène de pollution transcontinentale s'est intensifié tout au long du mois de juin. Ce qui a commencé comme un niveau élevé de fines particules provenant des feux de forêt canadiens s'est transformé en ce que les autorités locales appellent un « un épisode de pollution multi-sources » — une tempête parfaite de polluants. Bien que Marseille connaisse régulièrement des périodes de poussière saharienne de courte durée , cet épisode se démarque en raison de la couche supplémentaire de fumée de feux de forêt transportée à travers l'Atlantique — une combinaison rarement observée dans une telle concentration. Selon AtmoSud, les épisodes à sources multiples de ce type deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que les schémas climatiques se modifient et que la saison des feux s'allonge.

Voici une video en français détaillant la question des tempêtes de poussières sahariennes dans la région méditerranéenne.

La Prefecture des Bouches-du-Rhône, autorité régionale de l’État chargée de la sécurité publique, a déclenché le niveau 2 d'alerte à la pollution le 13 juin, soit le niveau le plus élevé possible, alors que les moniteurs d'air enregistraient des concentrations de particules fines, d'ozone et de particules supplémentaires de poussière du désert en provenance d'Afrique du Nord.

A screenshot of Open Air's pollution report in southern France.

Capture d'écran de la carte de pollution dans les Bouches du Rhône, département où se trouve Marseille. La carte montre qu'une partie du sud de la France est confrontée à une mauvaise qualité de l'air.

Ville vieille de 2 millénaires, Marseille connaît bien la poussière saharienne. Plusieurs fois par an, les vents chauds transportent de fines particules du désert vers le nord de la Méditerranée, recouvrant la ville d'une brume orange et contribuant à des pics temporaires de pollution, surtout lorsque combinés à la chaleur, à la lumière du soleil et à l'air stagnant — conditions parfaites pour la formation d'ozone. Ce qui rend cet épisode différent, c'est l'addition de la fumée des feux de forêt au Canada, rajoutant une couche de pollution supplémentaire par dessus la précédente.

A screenshot of a video depicting the pollution levels in Marseille on June 12, 2025.

Capture d'écran d'une vidéo montrant le niveau de pollution à Marseille le 12 juin 2025. Capture d'écran de YouTube.

AtmoSud, l'observatoire régional de la qualité de l'air a signalé que pendant quatre jours consécutifs, le niveau de pollution à Marseille avait dépassé les normes officielles de sécurité sanitaire, en matière d'Ozone — utile à haute altitude, mais nuisible prés du sol — ajoutant des risques pour la santé, aggravant les problèmes respiratoires. L'exposition à ces niveaux élevés de particules fines  (PM2.5 et PM10) et à l'ozone peut aggraver l'asthme, déclencher des infections respiratoires, mettre à rude épreuve le système cardiovasculaire, particulièrement chez les enfants, les personnes âgées, ainsi que ceux ayant des problèmes de santé existants, et augmenter le risque de saturation des hôpitaux.

En raison de l'aggravation de cette exposition prolongée, les autorités locales ont imposé des restrictions de circulation à l'intérieur de la zone à faibles émissions (ZFE) de Marseille, limitant la circulation aux véhicules les moins polluants. Les limitations de vitesse ont été réduites de 20km par heure sur les grands axes routiers en raison d'une faible visibilité, et les activités physiques de plein air ont été officiellement déconseillées.

Avec l'augmentation des températures mondiales, ces événements qui se chevauchent transforment la pollution atmosphérique locale en menace transcontinentale. Pour des villes côtières comme Marseille, déjà exposées aux vagues de chaleur, à la sécheresse et à l'élévation du niveau de la mer, les catastrophes, même lointaines, sont désormais transportées directement dans l'air que les gens respirent.


Au Togo, restriction de l'internet durant les manifestations des 26, 27, et 28 juin

Fri, 04 Jul 2025 15:44:20 +0000 - (source)

La cour de la CEDEAO a condamné le Togo pour des cas de coupure en août 2017

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran la chaîne YouTube de Lomé News

En Afrique, les périodes de troubles et manifestations sont souvent marquées par des restrictions ou des coupures d'internet, comme vient d'en faire l'expérience, le Togo, au mois de juin.

A l'annonce de la promulgation de la nouvelle constitution de la 5è République, le 6 mai 2024, et suite à la prestation de serment de Faure Gnassingbé pour le poste de Président du Conseil le 3 mai 2025, l'indignation des Togolais monte d'un cran. En effet, sur le plan politique, la famille Gnassingbé règne sur le pays depuis près de 60 ans.

Lire : Togo: arrestation d'un chanteur qui dénonce la mal gouvernance

Dans ce contexte, l'internet est l'élément fondamental dans la mobilisation de la population togolaise qui prend forme juin 2025.

Sur le réseau TikTok, des milliers de Togolais mènent des discussions et débats, partagent leurs opinions, partagent des vidéos lives dans le but d'affiner leurs plans pour mener la lutte afin de contraindre Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, à libérer le pays. Comme l'explique Zaga Bambo, artiste et militant togolais dans cette vidéo publié sur le compte X de LSI Africa :

Facebook est le théâtre de messages et d'appels à la prise de conscience de la crise qui paralyse le pays. La population décide ainsi collectivement de manifester son mécontentement dans la rue durant le mois de juin 2025, bien que les manifestations ne soient pas autorisées par le gouvernement.

Ainsi, dans la nuit du 5 juin et la journée du 6 juin 2025, les Togolais défilent dans les rues, principalement à Lomé. Bien que cette première manifestation se soit soldée par plusieurs arrestations, de nouvelles manifestations se tiennent les 26, 27, et 28 juin 2025 et rassemblent encore plus de personnes. Au final, le bilan est d'au moins sept morts et des dizaines de blessés.

Connexion au compte-goutte

Alors que la force mobilisatrice de l'internet semble porter ses fruits, les autorités décident de réduire et restreindre considérablement le débit de la connexion internet. Les différents réseaux sociaux fonctionnent avec difficulté, réduisant de facto les communications entre Togolais de la diaspora et ceux vivant au pays.

Au soir du 28 juin 2025, le Chapitre Togolais d'Internet Society publie un communiqué qui rapporte les perturbations de l'internet durant tout le mois de juin. La représentation togolaise d'Internet Society indique :

Entre le 25 et le 27 juin 2025, un total de 15 430 mesures techniques ont été réalisées à travers différents réseaux d’accès fixes et mobiles opérant sur le territoire national. Ces mesures, conduites avec rigueur et selon une méthodologie standardisée, ont mis en évidence un ensemble de dysfonctionnements importants :

  • 1072 anomalies techniques détectées, soit un taux d’irrégularité de 6,9 % sur l’échantillon observé ;
  • Une progression rapide et préoccupante des incidents critiques, passant de 76 anomalies le 25 juin à 360 le 27 juin, soit une multiplication par près de cinq en 72 heures ;
  • Une hausse des échecs de connexion (281 sur la période), dont 127 sur la seule journée du 27 juin;
  • Des temps de réponse DNS médians de 144 ms, avec des pointes mesurées à plus de 180 ms ;
  • Une latence réseau moyenne de 118 ms, atteignant jusqu’à 200 ms dans certains créneaux horaires ;
  • Des indices élevés d’interruption prématurée de sessions TCP, notamment dans les phases de synchronisation ou d’accusé de réception, pouvant correspondre à des blocages techniques intentionnels.

En dehors de ces anomalies soulevées à travers des études, l'organisation précise qu'elle est en contact avec des citoyens qui alertent sur l'inaccessibilité aux plateformes d'information internationales. Internet Society souligne :

Parallèlement à ces constats techniques, plusieurs dizaines de citoyens ont signalé à notre organisation des interruptions d’accès à certaines plateformes d’information internationales, des ralentissements sévères sur les services courants (mails, plateformes éducatives, applications professionnelles), ainsi qu’une instabilité inhabituelle de la connexion, notamment via les réseaux mobiles.

Ces incidents notés par l'organisation démontrent la volonté manifeste des autorités togolaises d'étouffer la liberté d'expression et de priver la population d'un accès à l'internet.

L'accès difficile à internet durant le mois de juin attire également l'attention des chercheurs de l’Université Georgia Tech aux États-Unis. Selon un article du média Togo Scoop, les chercheurs indiquent qu'il s'agit bien de restrictions sophistiquées :

Il s’agit de restrictions d’accès à Internet d’une nature particulièrement « sophistiquée », qui ne relèvent pas d’une interruption complète du service, mais d’une forme évoluée de limitation ciblée. Ces restrictions prennent la forme de censures applicatives, affectant sélectivement certaines plateformes comme YouTube, de ralentissements intentionnels du trafic (throttling) réduisant significativement la qualité de l’accès, ainsi que de blocages spécifiques par filtrage DNS ou IP.

Quelles conséquences sur l'ensemble du pays?

Au Togo, l'internet sert aujourd'hui d'outils de travail pour des milliers de professionnels qui sont soumis à d'énormes pertes durant les restrictions et les coupure d'internet.

En 2017, au lendemain des soulèvements populaires déclenchés en août par Tikpi Atchadam, membre de l'opposition et président du Parti national panafricain (PNP), la population togolaise vit une situation similaire. A deux reprises l'internet est coupé : du 5 au 10, puis du 19 au 21 septembre 2017.

Des organisations de la société civile togolaise soutenue par des organisations internationales dont Amnesty International Togo ont porté plainte devant la cour de justice de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en décembre 2018. En juin 2020, la CEDEAO tranche l'affaire en faveur des plaignants et condamne le gouvernement togolais à verser 2 000 000 de FCFA (3 583 dollars américains) à chaque plaignant. Ce cas de figure du Togo, une première dans l'espace CEDEAO sert aujourd'hui de jurisprudence auprès de ladite cour et des cours nationales.

A cette époque, Bonaventure Mawuvi N’Coué, acteur de la société civile et membre de l’Institut des médias pour la démocratie et les droits de l’homme (IM2DH) déclare à l'agence EcoFin:

Cette coupure a empêché la société civile de s’organiser pour les manifestations, de s’exprimer et d’informer sur la mobilisation, ainsi que de documenter et informer les personnes au Togo et au-delà, concernant les violations des droits humains et la répression par les forces de sécurité. A cela se sont ajoutées l’impossibilité pour tout individu de communiquer pendant ces jours et des conséquences économiques néfastes pour le pays.

Pour Amnesty International Togo, le message était clair:

 …les coupures volontaires d’Internet violent la liberté d’expression

Alors que les Togolais revivent les mêmes frustrations liées aux violations de leur droit à l’internet, les autorités semblent déterminées à maintenir leur contrôle absolu de l'accès à l'internet. Toutefois, certains Togolais ont recours à de nombreux réseaux privés virtuels – Virtual private network (VPN) – pour pouvoir accéder aux sites d'informations et à certains réseaux sociaux.

Lire notre cahier spécial : 


“Le corps comme support à la mise en scène des relations humaines”: une approche littéraire pour l'écrivain togolais Sami Tchak

Mon, 30 Jun 2025 04:05:36 +0000 - (source)

Voyager pour le travail, cela n'est pas une vie de voyageur.

Initialement publié le Global Voices en Français

Sami Tchak, capture d'écran de la chaîne YouTube de 7 jours.

Les littératures francophones d'Afrique font face à un double défi: en Afrique le coût prohibitif des livres importés fait souvent de l'accès aux textes un privilège économique. L'édition sur le continent rencontre aussi de nombreux défis: frais de publication, systèmes de distribution, fragmentation linguistique.

Dans les pays francophones d'Europe, la reconnaissance des ces littératures pourtant en pleine effervescence et qui remontent au 19e siècle, est relativement récente car elles ont longtemps été subordonnées aux textes écrits par les Européens dans une perspective héritée de la colonisation. Les premiers pionniers comme Léopold Sedar Senghor ont établi sa place en Europe et dans le monde dans les années 60, et depuis sont relayés par des auteurs comme le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr dont le prix Goncourt 2021 a rappelé la vitalité et la richesse des littératures africaines francophones.

Grâce à certains événements, les littératures francophones africaines deviennent plus visibles et accessibles en France: le Salon du livre africain de Paris, ou le tout récent festival Rive Noire Littérature, décrit dans cette vidéo sur TV5 Monde:

Mais la fin du Prix Orange du Livre en Afrique, débuté en 2019, et chargé de promouvoir écrivains et éditeurs basés en Afrique, a choqué de nombreux écrivains à l'annonce de la nouvelle fin 2024, et démontre la fragilité de telles structures.

Global Voices a interviewé par e-mail l'auteur togolais Sami Tchak, par ailleurs invité d'un autre festival littéraire, celui de Saint-Malo appelé Étonnants-Voyageurs pour savoir comment il définit et construit son écriture francophone.

Sami Tchak, de son vrai nom Sadamba Tcha-Koura, est né au Togo en 1960. Il devient instituteur, puis fait des études de philosophie et de sociologie au Togo et en France. En 2001 il publie un roman iconoclaste, Place des fêtes, qui le fait remarquer dans le paysage littéraire francophone, notamment pour son traitement des questions de sexualité. Il voyage ensuite en Amérique latine, un continent qui inspire certains de ses romans. Parmi ses nombreuses œuvres, on peut citer: Al Capone le Malien, La couleur de l’écrivain, Les Fables du Moineau, et un récit écrit à quatre mains avec Annie Ferret, Profaner Ananda.
Global Voices (GV): Votre chemin de vie est-il celui d’un exilé? D’un voyageur transcontinental ? D’un esprit curieux qui refuse le regard vertical et cherche l’horizontalité? 
Sami Tchak (SM): Ma situation ne répond à aucune des situations qui sont suggérées dans vos questions. Je ne suis pas un exilé, je suis arrivé en France avec une bourse d'études que mon pays m'a octroyée, j'ai choisi de faire ma vie en France après mes études, je retourne dans mon pays autant de fois que je peux et veux chaque année, je fais partie là-bas des écrivains dont le nom est associé, par une partie des Togolais, à l'idée de fierté nationale. Je suis donc, pas un exilé, mais un homme vivant librement hors de son pays. Ce n'est pas la même chose. Et je ne me définis pas comme un voyageur, je suis juste, comme beaucoup d'autres femmes et hommes du monde littéraire, un écrivain ayant la chance de participer en tant qu'invité à des colloques. Je n'ai pas les moyens de mener une vie de voyageur, je ne voyage que quand je suis invité et pris en charge, et partout où je me rends, j'ai à peine la possibilité de découvrir autre chose que les espaces où se déroulent les activités littéraires. Voyager pour le travail, cela n'est pas une vie de voyageur.
Je suis un homme curieux, comme beaucoup de personnes sur la terre, et aussi parce qu'écrire exige de nous une attention particulière au monde, un appétit d'apprendre, de découvrir, d'enrichir son imaginaire. Mais cette curiosité n'est sur aucun plan au service d'une recherche de l'horizontalité contre la verticalité. Dans tous les livres où je parle de la verticalité, je le fais comme un constat et tente de comprendre ce qu'elle implique dans nos vies et surtout dans nos modes de pensée.
GV: Votre exploration du corps, de la sexualité ont permis d’explorer l'expérience africaine autrement. En quoi ce passage par le corps est révélateur et essentiel? 
ST: Je ne sais pas ce que signifie l'expérience africaine, et je ne crois pas qu'il existe sur la terre quelqu'un qui pourrait nous dire ce que signifierait l'expérience africaine. Sur quel plan? Historique? Religieux? Politique? Expérience africaine me semble une essentialisation abusive, que je mets en scène dans mon roman Le continent du Tout et du presque Rien, cette essentialisation qui permet de ramener la complexité d'un continent et la diversité de ses peuples, cultures, expériences, à un élément général à partir des destins similaires créés par la colonisation.
Aussi, le corps est un élément essentiel dans toute littérature, mais ce qui est important, je pense, c'est la manière dont chaque écrivain le met en scène, l'explore. Le corps chez moi, la sexualité surtout, sert de support à la mise en scène des relations humaines et à la tentative de donner chair à des réflexions philosophiques, à une vision du monde. Cela renvoie à une démarche personnelle que les autres peuvent interpréter librement, comme le font les personnes qui me consacrent des thèses
GV: Une littérature peut-elle se définir par sa langue? Par sa géographie? Êtes-vous un auteur francophone? Togolais? D’Afrique francophone? Sans frontières?
ST: J'ai consacré un livre à ces questions, “La couleur de l'écrivain”. Je pense que notre situation particulière d'écrivains issus de peuples colonisés et écrivant dans la langue du colonisateur explique ce genre de questions qu'on pose depuis un siècle. Je suis un Togolais vivant en France, j'écris en français. Je ne me définis ni comme un auteur francophone, ni comme un auteur sans frontières, mais comme un écrivain togolais écrivant en français.
Une fois que j'ai dit ça, je n'ai pas contribué à mettre fin à ces questions récurrentes qui n'ont strictement rien à voir avec la littérature, ni avec ma démarche d'écrivain, je le sais, mais, je pense qu'il est plus utile de lire les écrivains quand cela est possible et de les interroger à partir de leurs livres. Les questions assez générales ne permettent pas de parler de littérature ni de faire connaître un écrivain en particulier.
GV: Qui sont les auteurs et autrices d'Afrique francophone qui d'après vous ont le plus contribué ou contribuent aujourd’hui à la visibilité et à l'originalité des littératures d'Afrique francophone?
ST: Les spécialistes de la littérature pourraient répondre avec intelligence à cette question. Quant à moi, je sais que la visibilité de certains écrivains africains, écrivant en français, en anglais, en portugais…, dépend des instances de légitimation européennes et américaines.

Dans cette vidéo sur YouTube, Tchak explique les liens qu'il entretient avec ses éditeurs:

Lire aussi: Pour une critique littéraire africaine: Interview avec le créateur de Chroniques littéraires africaines. 

 


L'entrepreneur togolais et panafricain Gervais Koffi Djondo: un modèle pour l'intégration économique en Afrique

Thu, 26 Jun 2025 09:56:34 +0000 - (source)

Un Togolais crée une banque et une compagnie aérienne panafricaines

Initialement publié le Global Voices en Français

Gervais Koffi Djondo, capture d'écran de la chaîne YouTube au nom de Gervais Koffi Djondo

L'intégration économique en Afrique est un sujet courant au programme de conférences et ateliers, mais il existe un gouffre entres ces discussions et la pratique. Pourtant, certains entrepreneurs démontrent que cela est possible et profitable. C'est le cas du Togolais Gervais Koffi Djondo qui a fait de l'intégration africaine sa mission.

Cette thématique est aussi l'un des principaux objectifs de l'Union Africaine (UA), annoncé dès sa création le 9 juillet 2002 et ainsi défini:

…accélérer l’intégration politique et socio-économique du continent ;

…promouvoir le développement durable aux plans économique, social et culturel, ainsi que l’intégration des économies africaines ;

Mais cette intégration africaine reste, en 2025, plus un mythe qu'une réalité. En dépit de nombreuses politiques d'intégration, les Africains vivent rarement dans le cadre d'une intégration régionale. Pourtant, des exceptions viennent contredire ce constat. C'est le cas du Togolais Gervais Koffi Djondo, qui à travers son audace a offert au continent africain deux institutions panafricaines durables.

Une vision panafricaine de l‘entrepreneuriat

En Afrique, le système bancaire est gouverné par des institutions financières détenues ou dirigées par des occidentaux, des années 60 au milieu des années 80. Mais en 1985, la donne change quand Gervais Koffi Djondo, entrepreneur togolais à la pensée panafricaine co-fonde avec Adeyemi Lawson, à cette époque, homme d'affaire et président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nigeria, Ecobank, une institution financière présente aujourd'hui dans plus de 30 pays sur le continent.

Loin de satisfaire des besoins financiers propre aux Togolais, l'entrepreneur pense large, et à l'avenir de tout un continent en terme de couverture financière. Djondo se souvient de ses débuts difficiles :

« Toutes ont décliné notre offre. Nous nous sommes alors tournés vers Citibank, qui nous a proposé une équipe, et en moins d’un an, en 1985, nous avons monté la banque. Nous avons installé le siège à Lomé, non pas parce que je suis Togolais, mais parce que le Togo est le seul pays qui ait accepté de nous accorder un statut fiscal de société offshore. »

Cette prouesse continentale donne des ailes à Gervais Koffi Djondo: après Ecobank, il se lance dans la mise en place d'une compagnie aérienne, après la faillite en août 2001 d’Air Afrique. Cette ancienne compagnie aérienne ne fonctionnait que dans l'espace africain francophone, et était largement contrôlée par la France.

Sur sollicitation de présidents africains, d'hommes politiques et diverses personnalités influentes du continent, Djondo entame alors un projet qui finit par voir le jour le 15 janvier 2010, date de lancement de la compagnie Asky Airlines.

Interviewé par le média Agence Ecofin en juillet 2019 après la sortie de son livre « L’Afrique d’abord », Djondo déclare :

Il nous appartient de faire avancer les choses. Je pense en premier lieu à l'intégration africaine. C'est pour cela qu'Ecobank est une banque panafricaine et qu'Asky est une compagnie aérienne panafricaine. Tant que l'Afrique ne comprendra pas l'importance de son union, elle ne fera que reproduire le schéma colonial des États dont les économies sont peu développées et qui se contentent de faibles échanges commerciaux entre eux.

Djondo se rappelle des moments cruciaux de la mise en place de ses deux joyaux. Au média Agence Ecofin, il indique :

C’était après la rencontre des présidents Laurent Gbagbo et Abdoulaye Wade avec le PDG d’Air France au siège de la compagnie. Charles Konan Banny avait été chargé de suivre le dossier de la compagnie par les deux présidents. (…) Je me suis plongé dans les détails et j’ai vu qu’ils voulaient refaire Air Afrique, c’est-à-dire une compagnie francophone. J’ai décidé de tout revoir et d’élargir le projet aux anglophones », explique le fondateur d’Ecobank.

Un modèle pour la jeunesse

De jeunes entrepreneurs trouvent aujourd'hui en la personne de Gervais Koffi Djondo, une boussole entrepreneuriale. Sa volonté de contribuer au développement économique du continent et sa vision d'une Afrique intégrée font de lui un modèle hors norme pour toute une génération, comme l'explique cette vidéo de Afrik'Expert lors de la présentation de son livre:

Adamas Koudou, jeune entrepreneur togolais et co-fondateur de la marque Natuthé Kinkéliba partage avec Global Voices son admiration pour Djondo :

Gervais Koffi Djondo est une figure emblématique dont l'impact sur le monde entrepreneurial africain et l'intégration du continent est indéniable.

Cofondateur d'Ecobank et d'Asky Airlines, il a démontré une vision audacieuse en créant des institutions panafricaines majeures qui ont, non seulement stimulé le commerce et l'investissement à travers l'Afrique, mais ont aussi concrètement fait progresser l'intégration régionale.

Son œuvre témoigne d'un engagement profond envers le développement économique endogène et l'unité africaine.

Sur X, Mustapha Njie – TAF, entrepreneur et philanthrope gambien témoigne de la vision de Djondo pour l'Afrique:

(…)Grâce à la vision et au travail acharné de M. Djondo, Ecobank est devenue l'une des plus grandes banques d'Afrique, avec une présence panafricaine. Cela a également permis à #Ecobank et à Asky d'établir leurs sièges sociaux à Lomé, apportant d'énormes avantages socio-économiques au Togo. Cela témoigne de l'importance du soutien aux entrepreneurs locaux en Afrique.

M. Djondo aura 90 ans l’année prochaine et ses contributions au paysage commercial africain doivent être célébrées au plus haut niveau.

En tant que jeunes #African #entrepreneurs et leaders, imitons le leadership et aspirons à l'excellence, comme M. Djondo. Son histoire de réussite est une source d'inspiration pour nous tous, en Afrique de l'Ouest et au-delà.

pic.twitter.com/FTJ2JV65ts

— Mustapha Njie – TAF (@TafNjie) August 10, 2023

Intégration continentale, otage de la souveraineté nationale

La principale entrave à l’intégration économique de l'Afrique est l'argument de la souveraineté nationale. Au nom d'une politique protectionniste de l'économie nationale, chaque pays établit des règles qui ne favorisent pas la libre circulation des personnes, des biens et des services, mais au contraire, encouragent l'installation de barrières douanières. Cet état de fait est également un blocage qui limite la mise en place et l'application d'une autorité régionale et continentale nécessaire à l'intégration, contraignant ainsi les populations des autres pays à payer de lourd tribu avant  d'accéder à leur territoire.

Il existe tout de même des organisations régionales comme la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), et le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA). Toutefois des différends frontaliers et des tensions politiques divisent certains pays et freiner toute velléité d’intégration du marché. Alors que les projections économiques sur le développement de l'Afrique indiquent un fort potentiel de croissance. 

Lire notre cahier spécial : 


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