Un héros ne s'arrête jamais en cours de quête pour changer ses protections hygiéniques
Initialement publié le Global Voices en Français
Capture d'écran de la chaîne YouTube Větrné Mlýny associée qufestival littéraire MAČ, avec Touhfat Mouhtare sur la gauche.
Dans les échanges entre l'Afrique et l'Asie, la littérature est rarement mentionnée comme un vecteur de découverte de l'autre. Pourtant, certains auteurs africains et asiatiques trouvent une part de leur inspiration dans les cultures, les traditions, les personnages, les événements historiques du continent opposé. Certains écrivent aussi sur la présence d'Africains en Asie et d'Asiatiques en Afrique, et les traductions littéraires se multiplient dans les deux sens.
Situé dans l'Océan Indien entre le Mozambique et Madagascar, l'archipel des Comores est un lieu privilégié de rencontres entre l'Afrique et l'Asie. La culture comorienne est rattachée à l'aire swahilie par la proximité linguistique et de nombreuses traditions en commun. De son côté, la culture persane a fortement marqué l'aire swahilie et est présente jusqu'à nos jours dans des domaines aussi divers que l'architecture, la nourriture, ou la religion.
Touhfat Mouhtare, photo de Wissat Daoud utilisée avec permission.
Touhfat Mouhtare est une autrice comorienne qui a vécu dans plusieurs pays d'Afrique australe avant de s'installer en France. Elle est l'autrice de quatre ouvrages : Âmes suspendues, Vert cru, Le feu du milieu, et tout récemment, Choses qui arrivent.
Global Voices a réalisé une interview avec elle pour évoquer les ponts littéraires entre son pays et l'Asie Centrale. L'entretien s'est déroulé par e-mail après une rencontre en juillet lors du festival littéraire d'Europe centrale MAČ à Ostrava en République tchèque.
Filip Noubel (FN) La culture comorienne est hybride par excellence: où et comment se rencontrent les éléments africains et asiatiques aux Comores?
Touhfat Mouhtare (TM): Des spécialistes mènent encore des études pour déterminer qui est arrivé avant. Le plus probable est que des boutres commerciaux en provenance de la Perse, de l'Inde et du Yémen ont accosté les îles à partir du 7eme siècle, et que leurs occupants ont rencontré les habitants déjà présents, organisés en clans, originaires du Mozambique ou du bassin du Congo. Plus tard, il se peut que le pouvoir ait été cédé à des sultans et que les îles soient devenues, avec Zanzibar, une plaque tournante de l'esclavage arabe.
Photo de 1906 représentant Kurmanjan Data (deuxième personne assise à gauche), photo de Wikipedia dans le domaine public
FN: Dans votre dernier livre, Le Feu du Milieu, vous faites référence à une héroïne historique kirguize, Kurmanjan Datka, – une femme indépendante et leader politique de la fin du 19e siècle – fait rare dans un roman francophone. Comment est venue cette rencontre transcontinentale?
TM: C'est ma passion pour l'astronomie à l'ère de l'âge d'or musulman qui m'a conduite à celle qu'on appelle la Reine des montagnes. Après avoir lu la biographie d'Ulugh Beg [sultan timouride du 14eme siècle, mort à Samarkand et connu pour avoir créé un catalogue astronomique] par Jean-Pierre Luminet, je me suis demandé où étaient les femmes de cette région. Le film sur Kurmanjan Datka, La reine des montagnes, qui relate le sacrifice de cette femme afin de préserver sa culture, m'a bouleversée.
Le film évoqué par Touhat Mouhtare est disponible sur YouTube avec des sous-titres en anglais:
FN: L’Asie Centrale et les Comores sont relativement éloignées, pourtant vous trouvez de nombreux points communs entre ces deux parties du monde. En quoi l’Asie Centrale vous inspire dans votre écriture?
TM: L'influence de l‘Empire perse a disséminé, en effet, des mots dans les deux régions, mais aussi une certaine vision de la poésie, de la geste poétique et de la spiritualité. Je ressens une grande familiarité avec l'Asie Centrale, j'y retrouve comme une « version d'origine » de mes repères culturels personnels, dont je me sers comme matière première pour écrire.
FN: Le soufisme est une tradition spirituelle qui relie l’Asie à l'Afrique. Comment se manifeste cette pratique aux Comores?
TM: Elle régit la pratique de l'islam, à travers des rituels dont nous ne connaissons pas toujours l'origine. Elle infuse les échanges, la manière de se saluer : on salue les aînés, par exemple, comme les disciples saluent leurs maîtres, en accueillant leur main au-dessus des deux siennes et en prononçant la formule de respect « kwezi ». Et même si certains courants tentent de la discréditer, elle est profondément ancrée dans la langue.
TM: Je parlerais d'action des femmes plutôt que de place, puisque la notion de place renvoie à celle qu'on veut bien nous laisser, tandis que l'action dépasse cette assignation. L'action des femmes aux Comores et dans les pays d'Asie centrale que j'ai visités dans le cadre de mes recherches (Ouzbékistan, Turquie) semble converger vers une tendance séculaire : trouver, dans les espaces dans lesquels sont souvent confinées les femmes, des moyens d'expression, des manières de se moquer de l'ordre établi pour en reprendre un peu le pouvoir, et des bulles de liberté, bien que fragile mais bien présentes, en vivant dans les grandes villes. Les femmes de Tachkent, dans la variété des expériences personnelles, professionnelles et familiales qu'elles vivent, me font beaucoup penser aux femmes comoriennes. Et même si la place de l'épouse n'est pas aussi autonome en Ouzbékistan qu'aux Comores, par exemple, les récits tournent tous autour de l'acharnement masculin à ne pas lâcher certains privilèges, et de l'obstination féminine à exister. Entre les deux, les genres dits « fluides » semblent se faufiler avec la même discrétion d'un côté comme de l'autre…
TM: Il y a dans les romans d'aventure des éléments complètement absents, et pourtant bien présents dans une vie de femme : le cycle menstruel, par exemple, l'héritage émotionnel d'une lignée de femmes, la matrilinéarité. Écrire du point de vue du féminin permet, à mon sens, d'insérer une réalité qui, avec le temps, a fini par devenir invisible par nature. Un héros ne s'arrête jamais en cours de quête pour changer ses protections hygiéniques ou laisser passer une crampe abdominale, par exemple, ce qui est indispensable pour une héroïne. Le corps est très peu souvent une contrainte en soi, sans intervention extérieure. Or du point de vue féminin, le corps est lui-même un personnage par défaut, avec lequel il faut composer ; le regard qui est constamment porté sur lui finit également par en faire partie. L'ardeur de la tâche est ensuite d'arriver à transcender le sentiment d'une injustice millénaire à cet égard pour produire quelque chose de vrai.
Pour en savoir plus, cette vidéo du festival MAČ bilingue, en français et en tchèque, donne la parole à Touhfat Mouhtare:
Des pesanteurs comme la pauvreté, des mariages précoces limitent la scolarisation des jeunes filles
Initialement publié le Global Voices en Français
Koumbel B. a bénéficié du soutien du comité protection communautaire de Diondiori dans la région de Mopti. Photo de Mohamed Ag RHISSA, utilisée avec autorisation.
Par Job Tiguem Poudiougo
Au Mali, un pays qui compte plus de 25 millions d’habitants, les jeunes femmes, qui représentent 24 % de la population, sont majoritairement mariées avant l’âge de 18 ans, particulièrement en milieu rural. Face à ce constat alarmant, des communautés locales se mobilisent pour protéger les filles et promouvoir leur maintien à l’école.
En Afrique, le mariage précoce est relativement répandue. Selon les données de l’ONG britannique Filles, pas épouses, en 2018, le taux de prévalence des mariages des enfants âgés de 15 ans était de 16% et de 54% pour ceux atteignant 18 ans. Un rapport d'étude sur le mariage d'enfants en Afrique effectué par Centre for Human Rights dans dix pays du continent dont le Mali confirme ces statistiques.
La situation au Mali: selon l’UNICEF, près de 55 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Dans les zones rurales, le taux est encore plus élevé et s'explique par plusieurs facteurs: traditions familiales, difficultés économiques, accès limité à l’éducation qui font que de nombreuses jeunes filles doivent quitter l’école et sont mariées à des hommes bien plus âgés.
De plus, au Mali, la scolarisation des jeunes filles reste limitée en raison de l’insécurité dans les zones rurales: le pays fait face aux conflits armés orchestrés par des groupes terroristes depuis plus d'une décennie.
Toujours selon l'UNICEF, le taux de scolarisation chez les filles à l'école primaire est de 73,8 % contre 85,8 % des garçons. Au niveau secondaire, ce taux chute considérablement: 15 % chez les filles contre 21 % chez les garçons. Ce grand fossé illustre le retrait de la majorité des jeunes filles dans le système éducatif. Derrière ces chiffres se cachent des destins brisés comme celle d'Aïda D, mariée de force à 15 ans. Elle raconte à Global Voices:
J’étais au lycée de Sévaré, une ville du centre du Mali dans la région de Mopti situé à 621 km de Bamako. Je voulais devenir professeur. Un jour, mon oncle est venu nous chercher pour aller au village. Là-bas, ma tante m’a dit que j’allais être mariée à un homme de 48 ans. Je n’ai rien dit, je pleurais. Personne ne m’a écoutée. Une semaine après, j’ai été mariée. Je ne suis jamais retournée à l’école.
Son histoire est loin d’être isolée. Elle incarne le poids des traditions et le silence forcé des jeunes filles dans les décisions qui bouleversent leurs vies et leurs rêves.
Mais des dynamiques communautaires émergent pour faire face à ce défi, comme à Mopti. En 2023, l’ONG World Vision publie un message sur Facebook contre le mariage d’enfants, suscitant plus de 2 800 réactions. Des femmes du village et certains leaders se sont alors réunies pour créer des fonds de solidarité afin de maintenir les filles à l’école.
Grâce à cette mobilisation à Diondiori (un village) situé dans la commune de Socoura qui se trouve dans la région de Mopti, le comité a pu empêcher 38 mariages précoces en 2024. Cette initiative locale s’inscrit dans un mouvement croissant de villages maliens qui prennent en main la lutte contre le mariage des enfants. Mariam Camara, présidente du comité de protection communautaire de Diondiori, témoigne:
Nous soutenons quatre filles du village actuellement avec des kits scolaires. Nous faisons de la médiation lorsque nous apprenons qu’une famille veut marier leur fille. Garder les filles à l’école peut les préserver de beaucoup de problèmes.
Koumbel B, une jeune élève de 14 ans qui était promise en mariage, fait partie des jeunes filles protégées par cette mobilisation. Son témoignage met en lumière l’impact concret de ces actions locales. Elle dit :
Il y a quelques mois, on voulait me marier de force. J'avais peur, car cela signifiait abandonner l’école et mes rêves. Mais le comité est intervenu. Ils ont parlé avec ma famille, expliqué l’importance de mon éducation, et ils m’aident encore avec les fournitures scolaires. Aujourd’hui, je suis toujours à l’école. Je rêve de devenir infirmière. Je veux dire à toutes les filles comme moi : ne perdez jamais espoir. L’école peut changer nos vies.
Pour beaucoup d'autres jeunes filles, le combat reste difficile et l’issue bien moins favorable. Mariam Camara poursuit:
On souhaite que nos filles puissent aller à l’école, qu’elles deviennent médecins, avocates ou encore institutrices. Les femmes ont commencé à échanger entre elles lors des tontines. Ensuite, elles ont impliqué leurs époux. Aujourd’hui, certains leaders religieux nous soutiennent.
Le comité est régulièrement à pied d’œuvre pour sensibiliser contre le mariage des enfants lors des cérémonies socio-culturelles.
Au-delà des initiatives locales, Le Mali a signé de nombreux textes protégeant les droits de l'enfant, mais le Code du mariage malien, dans son article 4, autorise encore les unions avant 18 ans avec l’accord des parents ou du juge. Ces dérogations, contraires aux normes internationales, sont souvent renforcées par les traditions locales.
Des organisations comme Wildaf Mali, l’AJM et l’UNICEF appellent à une réforme pour supprimer toute exception à l’âge légal du mariage, le fixant strictement à 18 ans.
Aux côtés de la société civile, les autorités maliennes réaffirment leur soutien contre le phénomène du mariage précoce. La ministre Diarra Djeneba Sanogo de la promotion de la femme de l’enfant et de la famille lors de sa prise de fonction a réitéré, le 27 novembre 2024, son engagement pour la protection des droits des enfants.
La mobilisation dépasse désormais les villages avec des mouvements embrassant des villes comme Mopti avec plus de 330 000 habitants (2024) ; Bandiagara (situé à 679 km à l'est de Bamako avec plus 26 000 habitants) ; et Koro ( 25 000 habitants).
Sur Facebook, Wildaf Mali a publié, le 4 décembre 2024, un message dénonçant le mariage des enfants:
Le commentaire d'un internaute sous la publication indique à quel point le sujet est si sensible. Il écrit:
Il est temps de dénoncer cette pratique, mais plusieurs couches de la société doit être impliqué dans ce processus ( les religieux, les coutumiers etc) . Si je parle trop mon compte risque d'être restreint
Younoussa Dama, responsable local du service de la promotion de la femme de l’enfant et de la famille de Koro qui observe une évolution au niveau de l’engagement communautaire explique :
Ce sont les populations elles-mêmes qui doivent être porteuses du combat. Les gens commencent à comprendre. Le discours communautaire est souvent plus influent que les lois elles-mêmes.
L’exemple de la jeune fille Koumbel, soutenu par le comité de Diondiori ou encore la voix de jeunes activistes comme Bambi Keita, prouve que le changement vient des premiers concernés et qu’il est déjà en marche, porté par celles et ceux qui refusent de rester silencieux.
Cet article est écrit dans le cadre du Programme Impact West Africa Fellowship de Aspen Global Innovators
Au Sahel, l’art et l’entrepreneuriat culturel sont des outils de résistance et de transformation sociale
Initialement publié le Global Voices en Français
En image, artistes, créateurs et entrepreneurs culturels au Sahel ; capture d'écran du film documentaire
Le Sahel, qui s'étend de l’Atlantique sur la côte ouest à la Mer rouge sur la côte est de l’Afrique est souvent réduit dans les médias à une région marquée par des conflits armés et une crise sécuritaire.
Pourtant c'est aussi une aire culturelle immense et variée mais qui reste méconnue au-delà de ses frontières. Une communauté d'artistes, de créateurs et d'entrepreneurs culturels tente de donner une image plus nuancée et variée de la région, comme en témoigne un documentaire intitulé ” The Other Sahel – Résilience des Artistes au Mali, Niger & Burkina Faso” tourné par Joël Hevi, journaliste et entrepreneur culturel togolais engagé dans l'industrie créative.
Dans ce film réalisé dans le cadre de la Bourse Média de l'Union Africaine (African Union Media Fellowship), Joël Hevi raconte les parcours d'artistes qui allient résilience et créativité pour faire face aux défis dans trois pays du Sahel: Mali, Niger et Burkina Faso. Interviewé par Global Voices en personne, l'auteur explique les raisons qui sous-tendent la réalisation de son projet.
Jean Sovon (JS): Comment vous est venue cette idée de privilégier la culture au Sahel?
Joël Hevi (JH): Le Sahel est trop souvent réduit à une carte de crises, de conflits et de catastrophes dans les récits dominants. Cette représentation simpliste occulte la richesse des histoires humaines qui s’y déroulent chaque jour. Les artistes et créateurs que j’ai rencontrés sont des bâtisseurs, des visionnaires qui transforment la contrainte en opportunité. Pour moi, raconter leurs parcours, c’est montrer une autre facette de la région, où résilience, créativité et sens de la communauté sont les moteurs d’un changement durable.
Mon objectif avec The Other Sahel était de donner la voix à ces acteurs trop souvent marginalisés, de montrer que derrière les défis, il y a des initiatives qui réinventent la culture et la société. En donnant de l’espace à ces histoires, le documentaire invite le spectateur à déconstruire les clichés et à percevoir le Sahel comme une région dynamique et créative, où les habitants sont eux-mêmes les auteurs de leur récit.
JS: Comment l’art devient-il un moyen de communication pour les artistes sahéliens?
JH: Ces créateurs du Mali, Burkina et du Niger utilisent l’art comme un langage universel capable de transcender les frontières, de fédérer les communautés et de créer des espaces d’expression et de dialogue.
Au-delà, l’art est aussi un outil concret de transformation sociale. Les initiatives culturelles stimulent l’économie locale, renforcent la solidarité communautaire et permettent aux jeunes et aux femmes de trouver un espace pour leur voix et leur créativité. À travers les initiatives que j'ai vues par exemple à l’espace Boul Yam à Ouagadougou, capitale politique du Burkina Faso, l’art devient un levier puissant pour faire entendre les aspirations et les réalités des plus jeunes et des populations locales. C'est l'exemple du festival Les Récréâtrales, tenu du 24 octobre au 2 novembre à Ouagadougou.
Ce festival a été une opportunité pour les artistes de faire valoir leur résistance face aux crises.
JS: En quoi ce documentaire dépasse les clichés qu’on retrouve dans les médias internationaux ?
JH: Les récits dominants ont souvent tendance à représenter le Sahel uniquement à travers le prisme de la violence et de l’instabilité. The Other Sahel propose un regard inverse, qui met en lumière la vitalité culturelle et la créativité des habitants. On y voit des artistes et entrepreneurs culturels qui innovent, organisent des projets collectifs et préservent leur patrimoine malgré les crises. Cette représentation démontre que le Sahel est un espace de vie, d’ingéniosité et d’opportunités, loin de l’image unique de fragilité.
Le documentaire casse également l’idée selon laquelle la culture ne peut pas coexister avec les difficultés économiques et sécuritaires. Il montre que l’art et l’entrepreneuriat culturel sont des outils de résistance, de réappropriation et de transformation sociale. En donnant une voix aux acteurs locaux, le film rééquilibre le récit international et invite le spectateur à voir le Sahel comme une région riche de talents, d’initiatives et de récits humains inspirants.
Dans le film (3:56), Zabda, artiste burkinabé et promoteur de l'espace Boul Yam à Ouagadougou, parle des Pratiques Artistiques et Découvertes Culturelles qui sont des initiatives réunies au sein de cet espace.
Un autre exemple d'initiative est celle de Zerbo Siaka connu sous le nom Fasky, un artiste photographe qui met en évidence son projet d'exposition photo à travers lequel il attire l'attention de tous sur des questions sociales et de droits humains, notamment celui des femmes.
JS : Quels obstacles avez-vous dû surmonté dans le cadre de la réalisation de ce film documentaire ?
JH: Je voulais raconter un autre Sahel, celui des créateurs, mais la réalité du terrain a rapidement rattrapé mon intention. J'ai compris que documenter la résilience exigeait d'abord de naviguer à travers l'insécurité, car des voyages par la route entre villes, autrefois possibles, étaient devenus trop risqués.
Le niveau de vigilance des autorités a aussi créé une forme de censure subtile. J'ai essuyé des refus et des hésitations de la part de deux artistes au parcours aussi atypique. Chaque interview a nécessité de gagner la confiance des gens, pour qu'ils s'ouvrent sans crainte. Dans certains cas, il a fallu s'appuyer sur des amis journalistes pour atteindre ces voix authentiques.
Ces difficultés ont paradoxalement renforcé le message du film. Elles prouvent que la créativité et la résilience sont des forces qui persistent même dans les conditions les plus difficiles.
JS: Quel est le principal message que vos spectateurs devraient retenir? ?
JH: Le message central est que la résilience et la créativité sont profondément ancrées dans les sociétés sahéliennes. Chaque projet artistique, chaque initiative culturelle aujourd'hui est une réponse directe aux défis quotidiens et un acte de transformation sociale. Les spectateurs devraient comprendre que le Sahel au-delà des crises qu'il traverse, c'est ce que ses habitants en font avec courage, imagination et solidarité.
Je souhaite que le public retienne aussi l’importance de donner une voix aux acteurs locaux et de valoriser leurs initiatives. Derrière les difficultés, il existe des histoires d’espoir et de créativité qui méritent d’être racontées. Le documentaire incite à regarder le Sahel autrement, à célébrer ses voix et à comprendre que la culture est un véritable levier de changement, capable de transformer des vies et des communautés.
Mzia Amaghlobeli, fondatrice du média indépendant Batumelebi, a été condamnée le 6 août
Initialement publié le Global Voices en Français
Capture d'écran du procès de Mzia Amaglobeli, reportage de TV Pirveli.
Une célèbre journaliste d'investigation a été condamnée à deux ans de prison pour avoir frappé un chef de la police lors d'une protestation anti-gouvernementale. Un verdict qui a suscité une condamnation généralisée de la société civile nationale et de diplomates internationaux.
Mzia Amaghlobeli, fondatrice de l’organe de presse Batumelebi, a été condamnée par le Tribunal municipal de Batumi le 6 août, pour avoir prétendument résisté et fait usage de la violence contre les forces de l’ordre pendant une manifestation de masse en janvier. Des images de la scène circulant dans les médias géorgiens, montrent Amaghlobeli frappant Irakli Dgebuadze, le chef de la police lors d’une manifestation.
Au tribunal pendant sa défense, Amaghlobeli a déclaré avoir agi sous le coup de l’émotion, après avoir été témoin de la détention violente de ses collègues et était piétiné dans une débandade. Elle a également accusé Dgebuadze de cracher sur elle et de tentative d’agression physique pendant qu’elle était en détention. Le tribunal était rempli de journalistes et des partisans, beaucoup d’entre eux brandissant des pancartes et réclament la liberté de la presse et accusant le gouvernement de faire taire la dissidence.
Elle avait initialement été inculpée pour avoir infligé des blessures corporelles- crime passible de jusqu’à sept ans de prison- mais a finalement été condamnée pour des chefs d’accusation moins graves. Son équipe de défense a critiqué le procès comme étant politiquement partial et a soutenu qu’Amaghlobeli n’avait pas reçu un procès équitable.
Dans les heures qui ont suivi le verdict, 24 missions diplomatiques – dont l’Union européenne (EU), le Royaume -Uni, l’Allemagne, la France, le Canada, et l’Ukriane – ont publié une déclaration conjointe condamnant la sentence comme étant « disproportionnée et motivée par la politique, » et demandant la libération immédiate d’Amaghlobeli.
« Nous sommes profondément préoccupés par la condamnation de Mzia Amaghlobeli, » indique la déclaration avertissant que sa détention et la répression plus large contre les médias indépendants représentent « une érosion inquiétante de la liberté de presse en Géorgie. »
Les diplomates ont aussi souligné la détention provisoire prolongée d’Amaghlobeli – elle a été arrêtée à Batumi le 11 janvier 2025- qui selon eux a considérablement empiré sa santé et sa vue.
La déclaration publiée au nom de la coalition pour la liberté de presse (MFC), un partenariat de plus de 50 pays à travers six continents, dévoués à défendre la liberté de la presse dans le monde, a accentué la pression croissante sur les organisations médiatiques d’Amaghlobeli. C’est la fondatrice de deux papiers – Batumlebi et Netgazeti – tous deux considérés comme les principaux organes de presse de Géorgie. Le MFC considère son arrestation comme faisant partie d’une campagne d’intimidation plus large contre les journalistes et la société civile de Géorgie.
Amaghlobeli est largement respecté pour ses comptes rendus sur des questions en rapport avec la corruption, les abus de pouvoir, et la violation des droits humains dans la région politiquement turbulente d’Adjara, une région demi-autonome située sur la côte de la mer noire de Géorgie.
En partie à cause de leur position stratégique, Il existe une histoire de luttes de pouvoir entre les autorités locales et centrales. Parmi les allégations de corruption, la partie au pouvoir a récemment pris des mesures pour écarter l'opposition et renforcer le contrôle sur la gouvernance régionale.
Depuis le début de l’année 2024, la Géorgie a connu des multitudes manifestations à répétition contre le partie au pouvoir, le Rêve géorgien, que les critiques accusent de s’éloigner de l’UE et de se rapprocher de la Russie. Malgré son fort soutien public en faveur de l'adhésion à l'UE, le gouvernement géorgien a interrompu les efforts d'adhésion l'année dernière, provoquant de nouvelles tensions. De plus, les élections parlementaires de 2024 dans le pays ont été entachées par des allégations d'intimidation des électeurs, d'irrégularités et de suppression des médias.
Dans ce climat, les journalistes, les figures de l'opposition et les activistes ont fait face à une répression croissante – allant de la surveillance et des campagnes de diffamation à des accusations criminelles et à l'emprisonnement.
Le cas d'Amaghlobeli est désormais perçu comme un symbole de cette répression et un avertissement frappant sur le rétrécissement de l'espace démocratique dans un pays autrefois considéré comme un leader régional de l'intégration européenne.
Un programme national d’éducation électorale a permis de recruter 2,2 millions d’électeurs supplémentaires par rapport à l’élection de 2018
Initialement publié le Global Voices en Français
Le drapeau camerounais avec des mentions « J'aime », symbolisant l'engagement civique sur les réseaux sociaux. Image de Canva.
En 2025, l'Internet est devenu plus qu'un outil des affaires. En Afrique, Les jeunes l'utilisent également pour amplifier leurs voix et s'impliquer dans la politique. Tel est le cas au Cameroun.
L'accès à ‘Internet au Cameroun a connu une augmentation considérable au fil des années grâce aux avancées technologiques dans le pays. Selon DataReportal, le pays comptait 12,4 millions d'utilisateurs d'Internet en janvier 2025 avec un taux de pénétration d'environ 41,9 pour cent. Il s'agit d'une amélioration de 18 pour cent depuis 2025. Des coûts élevés restent une barrière importante, du fait que plusieurs forfaits d'Internet coûtent cher et ont des périodes de validité courtes.
Certains jeunes camerounais utilisent l'Internet pour sensibiliser les autres sur le besoin de prendre part au processus électoral, alors que le pays se prépare à élire son prochain président le 12 octobre 2025.
Election présidentielle de 2025 :
Un décret du Président de la République a convoqué les électeurs au urnes pour la prochaine élection présidentielle
#ÉlectionPrésidentielle#ElectionsCameroon#Elecam #Cameroun #election #Elections #Cameroon pic.twitter.com/u9U2JRQKSi
— ELECAM Elections Cameroon (@elecamofficiel) 11 juin 2o25
À moins de trois mois de l'élection présidentielle de 2025 au Cameroun, les citoyens se préparent également à voter, d'autant plus qu'une liste de 14 candidats éligibles briguant la direction du pays pour les sept prochaines années a déjà été rendue publique, comme l'a indiqué ELECAM (Elections Cameroon), l'institution en charge de l'organisation des élections dans le pays.
Présidentielles 2025 : #2025PresidentialElection#Présidentielle2025#ElectionsCameroon#Elecam #Cameroun #Elections #Cameroon pic.twitter.com/6ERtRjE1tb
— ELECAM (Elections Cameroon) (@elecamofficiel) 18 juillet 2025
Les jeunes sont captivés par leurs écrans, s'engagent activement dans les dernières campagnes sur les réseaux sociaux. Photo de Sandra Tuombouh, utilisée avec permission.
Parmi ces citoyens figurent des jeunes personnes qui utilisent les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter (X), TikTok, LinkedIn et Instagram pour informer et sensibiliser leur audience sur l'importance d'avoir une carte d'électeur et de prendre part au processus électoral. A travers des vidéos et des contenus écrits, ces jeunes incitent tous les électeurs éligibles à être le changement qu'ils souhaitent voir, en particulier avec Paul Biya, 92ans qui dirige le pays depuis plus de quatre décennies et qui a annoncé son intention de briguer un huitième mandat.
Il est presque impossible de parcourir ces plateformes de réseaux sociaux sans tomber sur le hashtag « #ElectionPrésidentielle2025. ». Cette vaste mobilisation en ligne a conduit à l'inscription de 373,588 nouveaux électeurs entre janvier et juin de cette année, comme l'indique ce compte X :
ELECAM affirme que plus de 8,2 millions de Camerounais se sont inscrits sur les listes électorales en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2025. Selon Dr. Enow Abrams Egbe, Président du Conseil Electoral, 373,588 nouveaux électeurs ont été enregistrés entre le 2 janvier et le 26 juin 2025.
— Mimi Mefo Info (@MimiMefoInfo) 30 juin 2025
Lors des dernières élections présidentielles de 2018, plus de 6,667,700 de Camerounais étaient inscrits pour voter selon le corps électoral, ELECAM. Au total, 8,2 millions sur 27 millions de Camerounais sont des électeurs éligibles pour la prochaine élection présidentielle.
Au Cameroun diverses initiatives liées à l'élection se déroulent en ligne afin de renforcer l'engagement civique et la transparence. Ces initiatives incluent l'utilisation des plateformes de réseaux sociaux pour des campagnes de sensibilisation des électeurs, où les individus et les organisations partagent des informations sur le processus électoral, les profils des candidats et les droits de vote. Ces initiatives via des plateformes en ligne facilite l'inscription des électeurs tout en promouvant un électorat informé, contribuant ainsi à un processus plus démocratique.
Un jeune camerounais, Hanson Miysh, un militant en faveur des jeunes et de l'engagement civique, publie des mises à jour régulières sur sa page Facebook, appelant ses paires à rejoindre le mouvement. Ses efforts en ligne ont encouragé environ 500 jeunes à s'inscrire. De même, une organisation de la société civile Network for Solidarity Empowerment and Transformation for All (NEWSETA), gagne du terrain en ligne avec leur campagne « Vote First ».
Aujourd'hui à sa 12e semaine, cette initiative a prouvé son efficacité en générant des milliers de vues et d'interactions sur Instagram, Facebook et LinkedIn. Leur objectif est de former une société informée et d'augmenter la participation électorale. Derick Ndzi, Directeur Exécutif de NEWSET, souligne :
L'information guide les choix et les actions que nous prenons. Si vous n'êtes pas informé, vous ne pouvez pas participer à la prise de décision. Ainsi, plus vous êtes informé, plus vos contributions seront significatives.
Les vidéos animées et les dépliants présentent un personnage nommé « Ballot Buddy », un lion fictif qui éduque le public sur le processus électoral. Cette situation aborde des questions cruciales liées aux processus pré-électoraux et post-électoraux en anglais, en français et en fulfulde, une langue ouest africaine, pour convenir à un public diversifié. Ils déclarent que leur portée s'étend au-delà de l'Internet, car ils emploient des individus pour s'assurer que l'information parvienne au plus grand nombre de personnes possible dans les dix régions du Cameroun.
Alors que plusieurs considèrent cette mobilisation en ligne comme une initiative positive pour augmenter les électeurs, d'autres restent sceptiques vis-à-vis de son efficacité. Un observateur a déclaré à Global Voices :
Plusieurs jeunes sont indifférents, il feront simplement défiler la publication sans y prêter d'attention.
Un autre jeune a déclaré :
Etant donné la domination du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), je ne peux pas imaginer qu'une autre personne puisse gagner.
Malgré la diversité des opinions, plusieurs s'accordent à dire que sans action, rien ne changera. Le moment est venu pour les jeunes de décider qui sera leur prochain dirigeant.
Les conséquences des changements climatiques ont un effet néfaste sur la reproduction de l’espèce.
Initialement publié le Global Voices en Français
Photo de Hoplosternum littorale (cascadu) via Canva Pro.
Cet article de Jenissa Lawrence, qui fait partie de la troisième cohorte du Projet de journalisme jeunesse de Cari-Bois, a été publié pour la première fois dans le Réseau d'information environnementale de Cari-Bois le 25 avril 2025. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu.
Il existe une légende locale au sujet du cascadu, transmise de génération en génération : si vous mangez ce poisson d’eau douce à la chair généreuse, vous finirez vos jours à Trinité, où que vous alliez. Toutefois, avec le déclin des populations locales de cascadu, de moins en moins de personnes peuvent désormais avoir cette assurance.
Le guide en ligne des animaux de Trinité-et-Tobago de l’Université des Antilles (UWI) décrit le cascadu comme possédant « un corps recouvert d’une carapace robuste formée de longues rangées d’écailles osseuses, soigneusement disposées le long de ses flancs, comme si elles s’emboîtaient les unes dans les autres pour assurer sa protection […] d’où le nom de poissons-chats cuirassés qui lui est également attribué. »
Bien qu’il appartienne bien à la famille des poissons-chats, « avec une large tête et deux paires de barbillons projetés vers l’extérieur depuis la région du menton », son nom scientifique est Hoplosternum littorale et il est originaire de Trinité et des Amériques tropicales. On le trouve le plus souvent dans les eaux douces et boueuses du sud et du centre du pays. Espèce nocturne, il est de couleur brun foncé à entièrement noir, ce qui lui permet de se camoufler face aux prédateurs.
Pourtant, les prédateurs naturels et la pêche ne sont pas les principales causes du déclin du cascadu. Il y a quatre ans, en août 2021, le Trinidad and Tobago Newsday rapportait que les changements climatiques ont un effet néfaste sur la reproduction de l’espèce. L’écologue aquatique Ryan S. Mohammed expliquait qu’au moment de la reproduction, au début de la saison des pluies de Trinité (généralement de juin à décembre), les mâles construisent un nid flottant dans lequel la femelle peut pondre ses œufs. Cette stratégie est nécessaire, car les cours d’eau où vit le cascadu présentent souvent une faible concentration en oxygène dissous.
« L’oxygène étant essentiel à la survie des œufs, expliquait-il, le nid flottant est constitué d’air, de mucus et de végétation. Les œufs restent juste sous la surface de l’eau, où ils sont correctement oxygénés. Toutefois, le nid les protège aussi des températures élevées et de l’ensoleillement direct qui règnent juste au-dessus de la surface. »
Comme le succès de la reproduction dépend d’une distinction nette entre la saison sèche et la saison des pluies, les changements récents et souvent imprévisibles des conditions météorologiques locales contribuent au déclin du cascadu.
Dans un entretien téléphonique accordé le 10 avril 2025, Nirmal Ramoutar, un éleveur local de cascadu, a indiqué que les variations de température ont également un impact négatif sur l’espèce, qui s’épanouit dans les eaux fraîches. Le cascadu présente une respiration bimodale : le poisson doit remonter périodiquement à la surface pour respirer, mais lorsque la température est trop élevée, il ne le fait pas.
L’oxygène est aussi essentiel à la survie des œufs. Selon les observations de Ramoutar, le nid est construit par le mâle et la femelle : sa partie supérieure est composée d’herbe ou de paille, tandis que sa partie inférieure, riche en oxygène, prend l’aspect d’une écume. Il a remarqué que jusqu’à 15 femelles peuvent pondre dans un même nid ; après la ponte, toutefois, seul le mâle reste pour veiller sur les milliers d’œufs.
Un article paru en 2021 dans le Trinidad and Tobago Express, signé par l’environnementaliste Heather-Dawn Herrera, signalait un déclin du cascadu dû non seulement aux changements climatiques, mais aussi aux impacts humains tels que les rejets chimiques issus de l’agriculture. Malgré ces effets néfastes, Ramoutar garde l’espoir que l’élevage de ce poisson dans des bassins privés (offrant un environnement favorable à son développement) puisse contribuer à reconstituer sa population.
Afin d’atténuer les effets de la hausse des températures, Ramoutar cultive des nénuphars et de la jacinthe d’eau pour aider à maintenir l’eau fraîche. Il doit toutefois veiller à ce que ces plantes n’envahissent pas trop l’étang et n’empêchent pas le cascadu de remonter à la surface pour respirer.
Un autre effet de la crise climatique que connaît Trinité-et-Tobago est l’augmentation significative des précipitations, qui affecte également le cascadu, selon Ramoutar. Les inondations, par exemple, peuvent emporter les nids, gêner la capacité du poisson à remonter à la surface pour prendre de l’air et réduire la teneur en oxygène de l’eau, rendant sa respiration plus difficile.
Si ces effets néfastes ne sont pas maîtrisés, ils pourraient conduire à terme à l’extinction de ce poisson d’eau douce unique et, par extension, à la disparition d’un riche pan du patrimoine culturel du pays. Mais en protégeant son habitat, en surveillant la qualité de l’eau et en promouvant des pratiques durables, les générations futures pourront continuer à profiter du cascadu et à faire vivre sa légende.
Une génération qui a longtemps été surnommée « apathique » découvre son levier
Initialement publié le Global Voices en Français
Passage aux urnes du candidat camerounais de l'opposition Cabral Libii à l'école publique d'Efoulan, district de Yaoundé III, en 2018. Image de Wikipedia. Domaine public.
Lors des campagnes électorales, les jeunes sont souvent mobilisés par les partis politiques en raison de leurs grands effectifs et de leur capacité à influencer les votes de leurs entourages. Au Cameroun, plus de 60% de la population est âgée de 35 ans, et la moyenne d'âge est seulement de 18ans. Ces jeunes ne veulent plus occuper le rôle de simples figurants, mais ils aspirent à être des agents du changement.
Nchang Cho Clinton, acteur jeune de la société civile a déclaré :
Arrêtez de considérer la jeunesse comme des personnes à utiliser lors des campagnes et ignorées par la suite.
Le Président du Cameroun en exercice, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a annoncé le 12 octobre 2025 comme la date des prochaines élections présidentielles. Avec cette annonce, le paysage politique de la nation de l'Afrique Centrale commence à se dessiner à l'approche des élections.
Les aspirants ont soumis leurs candidatures, les soutiens des parties affluent, et les alliances se forment. Cependant hors des cercles élitistes, dans les amphis des universités, les groupes de réseaux sociaux, et dans les rues, beaucoup de jeunes camerounais interviewés par Global Voices ont tous une même question : « Sommes-nous finalement les leaders de demains? » ou « Sommes-nous seulement de simples figurants dans un énième spectacle électoral ? »
Lors d'un rassemblement organisé le 13 juin 2025 par l'Association de jeunes patriotes pour Paul Biya (JAPABI), plus de 150 jeunes se sont réunies à l'esplanade du stade Omnisport de Yaoundé sous le thème : « ENGAGEMENTS DES JEUNES POUR LA PAIX ». Il y avait des discours qui vantaient le leadership du président Biya. Plusieurs l'ont présenté comme un père et un champion de l'unité.
Cependant une controverse autour de la participation des jeunes aux prochaines élections présidentielles a surgi lorsqu'il a été rapporté que certains jeunes camerounais ont collecté une somme de 40 millions de francs CFA (plus de 65000 dollars américains) pour le dépôt de la candidature du Président Paul Biya et pour couvrir les dépenses liées à sa campagne électorale. Cependant, Paul Biya n'est plus que l'ombre de lui-même et ses discours ne font plus l'unanimité.
Ce don collecté par les jeunes a été officiellement réceptionné au Palais de l'unité le 4 juillet 2025, par le Secrétaire Général à la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh, représentant personnel du chef de l'Etat. Ce montant et ce geste a suscité une dose d'incrédulité à travers le pays en considérant le taux élevé du chômage au sein de la Jeunesse ; ce qui rend la collecte de ce montant quasi impossible. Beaucoup de jeunes se sont insurgés dans les réseaux sociaux en remettant en cause la légitimité de ce don, car à la fois la plupart des jeunes n'ont pas les ressources nécessaires pour contribuer et Paul Biya n'a pas de côte chez les jeunes électeurs. Selon un rapport de la Cameroon Radio Television, les représentants des jeunes présents à la cérémonie sont venus de tout le pays. En 2025, le salaire mensuel minimum au Cameroun s'élèverait à 43,969 francs CFA (78,11 USD).
D'après Ferdinand Ngoh Ngoh, les représentants de la jeunesse, ayant pris part à cette cérémonie de remise de don, venaient des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, zones qui depuis un long moment sont affectées par de violents conflits au Cameroun. Ces régions anglophones ont été assiégées par des conflits séparatistes depuis 2016, découlant de longs griefs existants déplorant les marginalisations au sein du gouvernement central majoritairement francophone ; ce qui a conduit à des conflits armés entre les forces gouvernementales et les groupes séparatistes.
Tout comme les satires et les mèmes inondent les plateformes médiatiques traditionnelles telles que Facebook, Whatsapp, TikTok, et X, de nombreux jeunes s'interrogent sur les motivations et les sources de ces financements. « C'est injuste », d'après un élève qui choisit de rester anonyme en ajoutant que:
Les jeunes font face à de sérieux problèmes et ont plus besoin de cet argent que lui. Et franchement, les gens qui ont donné de l'argent ont plus de 35 ans. Au Cameroun l'âge de la jeunesse est apparemment flexible.
Selon les textes, la jeunesse camerounaise devrait être une force politique majeure, avec sa population estimée à environ 30 millions d'habitants. Cependant, dans la réalité, les jeunes restent peu représentés sur la scène politique. Selon un rapport de la banque mondiale, la jeunesse du pays fait face à un taux de chômage au-delà de 30 pour cent et plus de 70 pour cent des jeunes employés sont sous-employés travaillant dans des conditions informelles et instables.
Un jeune acteur de la société civile, Nchange Cho Clinton, qui dirige les services d'appui aux jeunes de la diaspora africaine, des Caraïbes et du Pacifique, a déclaré lors d'une interview avec Global Voices :
Le chômage et l'exclusion politique sont les plus grands défis de la jeunesse. Bien qu'ayant des potentialités beaucoup ne peuvent pas trouver des opportunités ou des plateformes où ils peuvent être écoutés. C'est déconcertant.
Ces frustrations alimentent un désintérêt grandissant pour les politiques électorales mais pas un rejet total. Clinton continue :
C'est l'un des droits que nous avons abandonnés. Même si le système est truqué, s'abstenir de voter prouve que nous sommes mis à l'écart. Nous devons voter et demander les comptes après.
En revanche, le scepticisme est profond. La contribution de 40 millions semble confirmer les craintes de plusieurs : la jeunesse est considérée plus comme des partisans que des acteurs du changement.
Entre le 12 et le 21 juillet 2025, le corps électoral du Cameroun a enregistré plus de 80 candidatures en lice pour la Présidence. Le nombre le plus élevé dans l'histoire du pays en particulier et du monde en général. Cet enregistrement surpasse de loin les 28 candidatures enregistrées lors des élections de 2018, et ceci en dépit des exigences légales et procédurales plus strictes établies en 2012.
Le 26 juillet 2025, Elections Cameroon (ELECAM) a publié la liste provisoire de 13 candidats sélectionnés sur 83 postulants pour les prochaines élections présidentielles prévues pour le 12 octobre. La lecture a été faite à Yaoundé par Enow Abrams Egbe, Président du conseil électoral d'ELECAM. Parmi les candidats retenus, nous avons le Président sortant Paul Biya, le Leader de l'opposition Joshua Osih, des anciens ministres Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maigari, tous les deux anciens alliés de Biya. Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya se démarque en tant que la seule femme candidate sur la liste. La candidature de Maurice Kamto, figure emblématique de l'opposition a été rejetée. Selon le code électoral, les candidats disqualifiés ont 48h pour faire appel à la Cours constitutionnelle.
Un ingénieur prometteur de 37 ans, Hiram Iyodi qui se présente sous les couleurs du Front des Démocrates Camerounais (FDC) gagne également du terrain dans cette course pour la présidence en utilisant son compte TikTok et X pour rallier les jeunes camerounais au vote.
Chaque candidat apporte une vision différente, mais l'enjeu demeure le même : diriger une nation fracturée, jeune et impatiente. Le Cameroun aborde ces élections accablé par des crises non résolues, en particulier la crise anglophone, des tensions économiques persistantes, une pauvreté croissante et des demandes de compte-rendu de plus en plus nombreuses de l'opinion publique.
La corruption demeure omniprésente. L'indice de perception de la corruption de Transparency International en 2024 attribua au Cameroun une note de 26 sur 100, le plaçant au 140e rang sur 180 pays, soit une baisse d'un point par rapport à l'année précédente. Néanmoins quelques jeunes pensent que la classe politique actuelle comprend véritablement ses défis. Un jeune élève médecin à Yaoundé a déclaré à Global Voices :
Je suis très intéressé et plein d'espoir. Il y a un vent qui souffle sur l'Afrique. Je crois que le Cameroun va enfin le respirer.
Dans le présent contexte, les ONG jeunes telles que Local Youth Corner (LOYOC) et Actions pour le développement et l'autonomisation (ADA) se mobilisent pas seulement pour battre campagne mais pour informer. Des Ateliers sur l'éducation civique ; les droits au travail et l'implication politique se sont multipliés de Douala à Maroua. Alors que JAPABI milite en faveur de Biya d'autres réseaux incitent à un large réveil : une politique des enjeux pas seulement de loyauté.
Actuellement le Cameroun compte plus de 8 millions d'électeurs enregistrés et les jeunes constituent un nombre important de l'électorat ; l'on peut dire qu'il tienne la clé de ces élections. Mais sur le plan historique, la participation électorale des jeunes est très basse et la confiance dans les institutions politiques reste fragile.
Cependant, on a le sentiment que quelque chose pourra changer. Les médias amplifient les voix des jeunes en temps réel. Les groupes WhatsApp tout comme les fora civils se multiplient. Les influenceurs parlent de politique. Les étudiants parlent de réforme autour des repas. Tout doucement, une génération qui était qualifiée d'apathique découvre son importance. Un étudiant activiste déclare :
Si nos leaders continuent à nous considérer comme des instruments de campagne au lieu de nous voir comme des citoyens actifs, alors le changement dont nous avons besoin ne viendra pas d'eux mais il doit venir de nous.
Octobre pointe à l'horizon, mais une chose est certaine : que ce soit par le vote ou par le silence, la jeunesse camerounaise modèlera l'avenir de cette nation. Le challenge à présent est de s'assurer qu'ils ne sont pas seulement présents aux rassemblements mais qu'ils soient au cœur du renouveau politique du pays, qui n'a que trop tardé.
All 24 KMT lawmakers survived the public recall voting
Initialement publié le Global Voices en Français
Le panneau d'affichage du législateur du KMT Hung Mong-kai contre la campaign de rappel. Le panneau dit :
« Soutenez ceux qui font un travail solide ». Capure d'écran de la chaine YouTube BBC News’
La tentative de Taiwan d'évincer les législateurs pro-Pekin Kuomintang (KMT) a connu un échec au premier tour, les 24 cibles ayant survécu aux motions de rappel lors du vote public du 26 jullet 2025. Un autre tour d’élections de rappel impliquant sept législateurs du KMT aura lieu le 23 août 2025.
Les résultats sont décevants pour les milliers de bénévoles de la campagne qui ont passé des mois à collecter des signatures pour faire avancer les motions de rappel dans plus de 30 régions. La campagne a été lancée au départ à cause de l'impasse politique entre l'administration menée par William Lai Ching-Te du Parti démocratique progressiste (DPP), le parti au pouvoir et le législateur Yuan, l'organe législatif suprême de Taiwan, qui est dominé par la coalition pro-Pekin du KMT et des membres du Parti populaire taïwanais. Depuis l'inauguration présidentielle de Lai en mai 2024, les législateurs de l'opposition ont passé une loi pour étendre le pouvoir du législateur et réduire les dépenses publiques de manière significative, notamment le budget de l'armée. De tels actes étaient perçus comme une trahison envers l'intérêt national de Taiwan, en marge de l'escalade des menaces militaires de la Chine et l'objectif du Président chinois Xi Jinping de « restaurer une seule Chine » en annexant Taiwan.
Taiwan est un État indépendant de facto depuis 1949, après que le KMT de la République de Chine (ROC) ait été vaincu par le Parti communiste chinois (CPC ou PCC) lors de la guerre civile chinoise et ait établi le gouvernement en exil sur l'île voisine. La Chine revendique la souveraineté sur Taïwan selon le principe d'une seule Chine, que le KMT accepte dans le Consensus de 1992.
Bien que le résultat de la campagne de rappel ne puisse pas être généralisé comme la perte de soutien populaire du DPP, car les élections n'ont eu lieu que dans 24 circonscriptions pan-bleues où le KMT a un fort soutien de base, le taux de participation relativement faible des électeurs de l'opposition marque cependant l'échec de la campagne de mobilisation des partisans du DPP et des électeurs indécis.
Les résultats ont surpris de nombreux observateurs, les organisateurs ayant apparemment mobilisé un large soutien à travers Taïwan. Nombreux sont ceux qui ont tenté d'expliquer ce résultat choquant sur les réseaux sociaux ces derniers jours.
Lai Cheng- Wai influenceur des réseaux sociaux, qui a prédit avec succès les résultats de la campagne de rappel, a souligné que le mécanisme de rappel est un processus ascendant permettant aux résidents d'une circonscription de révoquer leurs représentants lorsque les législateurs trahissent les intérêts locaux. Bien que les citoyens lancent la campagne de rappel de masse, son agenda politique n'est pas attrayant pour les conservateurs et les personnes apolitiques, qui se préoccupent davantage de l'économie et de leur vie quotidienne.
Clarence Wu, un commentateur d’actualités politique, a aussi souligné l'échec stratégique de la campagne de rappel. Puisqu'il suffit de six sièges pour que le DPP devienne le parti majoritaire au Parlement, au lieu de cibler plus de 30 législateurs du KMT pour un rappel de masse, Wu a soutenu que la campagne aurait dû concentrer ses ressources sur l'élimination des législateurs les moins populaires. De plus, bien que la campagne initiée par les citoyens ait réussi à collecter suffisamment de signatures pour faire passer les motions de rappel, lors de la phase finale de vote, il a fallu une machine de campagne électorale pour mobiliser les électeurs, et le DPP n'a pas réussi à jouer ce rôle.
Même au sein du DPP, beaucoup ont critiqué la direction du parti au pouvoir. Lin Cho-shui, un membre de longue date du DPP, a critiqué le parti dans un post Facebook adressé aux bénévoles de la campagne :
民進黨因為傲慢、背離民主初衷、私心,以致於不只連側翼都沒有當好,而且不斷因爲令社會側目的言行而削弱了你們創造出來的動能。
Le DPP est devenu arrogant, s'est éloigné de l'esprit original de la démocratie et a agi par intérêt personnel, au point de ne pas seulement échoué à jouer un rôle de soutien, mais aussi continuellement affaiblir l'élan de la campagne que vous avez créée par ses actions et déclarations qui ont attiré l'attention du public.
Le secrétaire général du DPP, Lin Yu-chang, a déposé sa démission en réponse aux critiques. Cependant, la plupart des critiques ont pointé du doigt Ker Chien-ming, le commissaire en chef du DPP à la législative Yuan, qui avait activement coordonné avec la campagne citoyenne pour mobiliser les partisans de son parti. Pendant la campagne de rappel, ses déclarations antagonistes, telles que le fait de surnommer ceux qui refusent de voter pour le rappel de ‘non-Taïwanais‘, ont déclenché un contre-courant , divisé les partisans et semer le doute parmi les électeurs indécis.
Clair Wang, présidente du Parti du Nouveau Pouvoir, a appelé à la démission de Ker et à un décalage de la stratégie politique du parti au pouvoir pour résoudre le conflit entre la législature et l’administration de William Lai.
En plus des tactiques politiques, beaucoup ont également critiqué l'extrême rhétorique politique diffusée en ligne au cours de la campagne de rappel.
Au début de la campagne, l'objectif principal était de rétablir l'ordre aux législatives Yuan et de protéger l'institution démocratique. Cependant, à la fin, le message était devenu plus inflammatoire, avec des slogans comme ‘résister à la Chine pour protéger Taïwan’ (抗中保台).
Le slogan anti-Chine était utilisé comme une arme pour la peur et la haine plutôt que pour l'espoir, comme Clarence Wu a souligné, entraînant un sentiment antagoniste largement répandu qui a divisé la société taïwanaise, comme décrit un post viral écrit par un développeur de jeux vidéo sur Facebook :
大家回想一下過去一年,氣氛是多麼恐怖,那些極端支持者整天貼人標籤──「不反共就是舔共、你不分藍綠就是賣台」「不關心政治就是不愛台灣」[⋯⋯]「講交通、講民生,那肯定是中共同路人」「去中國旅遊?100%大外宣」
這些人跟小粉紅有什麼差別?整天寫嘲諷文,嘴同樣生活在這塊土地上的人,努力把淺綠、中間選民推走.
Réfléchissons à l'atmosphère intimidante de l'année dernière, avec ces partisans extrêmes qui humiliaient les autres constamment. ‘'Si vous ne vous opposez pas au Parti communiste chinois, vous êtes un lèche-bottes du PCC. Si vous ne voyez pas la ligne entre les camps bleu et vert, vous êtes un traître ?’ ‘Si la politique ne vous intéresse pas, vous n'aimez pas Taïwan.’ […] ‘Si vous parlez de transport ou de problèmes de subsistance, vous êtes définitivement un collaborateur avec le Parti communiste.’ ‘Voyager en Chine ? Vous êtes définitivement un influenceur pro-Chine.’
Quelle est la différence entre ces personnes et les Petits Roses [nationalistes en ligne de la Chine continentale]. Ils passent leur journée à écrire des satires politiques, moquer et insulter ceux qui vivent sur la même terre, [par conséquent ] éloigne les verts clairs et les modérés politique.
Pire encore, comme Ker Chien-ming, le Président William Lai a quelque peu alimenté cet antagonisme dans ses discours politiques. Dans un discours vers la fin de juin, il a souligné que Taïwan doit ‘éliminer les impuretés’ par des élections et des rappels.
La rhétorique des dirigeants du DDP a alimenté la théorie du complot pro-Chine surnommée ‘Terreur verte‘, qui prétend que la campagne de rappel était un moyen de consolider le pouvoir du parti au pouvoir et de réprimer la dissidence politique.
Une politique modérée, Susan Yeh, a donc soutenu que la leçon la plus importante tirée de l'échec de la campagne de rappel est de mettre en garde Taïwan contre les politiques de peur et la haine. La blogueuse encourage une action politique basée sur la compréhension mutuelle:
反對罷免的人不一定是護航者,而是另一種制度焦慮者。他們在意的,不是那幾個立委的面子,而是「罷免制度是否變成鬥爭工具」的可能性。他們不想失控,他們害怕我們會變成互相獵巫的社會。這不是敵人,而是我們應該認真傾聽、對話的對象。[⋯⋯]
我們要的不是嘴贏,而是真正把人找回來。找到那些還相信制度的人、那些希望台灣更好的中間力量⋯⋯
Ceux qui s'opposent au rappel ne sont pas nécessairement des défenseurs du KMT, mais plutôt un autre groupe de personnes anxieuses à propos du système. Ce qui les inquiète n'est pas la réputation de quelques législateurs, mais la possibilité que le mécanisme de rappel devienne un outil de lutte politique. Ils ne veulent pas que les choses deviennent hors contrôle ; ils craignent que [Taïwan] ne se transforme en une société de chasse aux sorcières. Ce ne sont pas des ennemis, mais des personnes que nous devrions écouter et avec qui nous devons dialoguer. […]
Ce que nous voulons, ce n'est pas seulement une victoire en paroles, mais véritablement ramener les gens. Nous devons trouver ceux qui croient encore au système, ces forces modérées qui souhaitent un meilleur Taïwan.
Lorsque cela est devenu clair que la campagne de rappel avait échoué, William Lai a tenté de réduire la fracture sociale en encourageant les Taïwanais à respecter le résultat et à rester fidèles au système démocratique :
選舉和罷免都會有結果,但台灣的民主,只會因為一次次的公民參與,而更加堅韌。
Les élections et les rappels auront toujours des résultats, mais la démocratie de Taïwan deviendra plus résiliente qu'avec chaque acte successif de participation civique.
Pourtant, le dommage à été fait. Il y a plus de remarques de colère et de sarcasme sous la déclaration du président. Lai a présenté des excuses publiques au nom du DPP le 30 juillet.
Mais pour les organisateurs, l’espoir subsiste. Bien que la campagne de rappel ne puisse pas aider le DPP au pouvoir à obtenir une majorité de sièges à la législature, un nouveau groupe d'activistes composé de femmes, de travailleurs indépendants et de retraités a émergé. Ce sont eux qui s'engagent dans l'activisme de base et qui ont collecté plus d'un million de signatures pour faire adopter les motions de rappel.
Alors que le conflit entre l'administration de Lai et le parlement dominé par le KMT devrait persister jusqu'aux prochaines élections générales en 2028, les bénévoles de la campagne de rappel qui ont quitté leur zone de confort, motivés par leur amour pour Taïwan, seront probablement les acteurs clés pour trouver les politiques modérés et la majorité silencieuse, et pour réparer la fracture sociale politique.
La femme Wahaya n’a pas le même statut juridique que les épouses légitimes.
Initialement publié le Global Voices en Français
Un groupe de femmes Wahaya bénéficiaires d'un Projet Bridge de l'OIT dans les régions de Tahoua et Agadez au Niger ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de International Labour Organization
Au Niger, certaines communautés connaissent une véritable discrimination qui les rend invisibles socialement et économiquement. C'est le cas des femmes Wahaya qui sont souvent achetées très jeunes à leurs parents et intègrent des foyers comme cinquième épouse.
Ibrahim Oumarou Yacouba, activiste nigérien et expert en droit pour les communautés discriminées a fait de cette problématique un combat personnel pour le respect des droits humains. Depuis 2021, il collabore avec le Global Forum of Communities Discriminated on Work and Descent (GFoD), une plateforme internationale fondée en 2019 à New York, qui défend les droits des communautés victimes de discriminations fondées sur le travail et l’ascendance partout dans le monde.
Dans un entretien via e-mail avec Global Voices, il explique pourquoi un débat public est nécessaire pour faire évoluer les droits de ces femmes.
Joel Hevi (JH): Comment ces formes d’inégalités sociales se manifestent-elles concrètement dans la vie quotidienne des communautés concernées ?
Ibrahim Oumarou Yacouba (IOY) : Au Niger, le système de castes, bien que variable selon les groupes ethniques, demeure une réalité sociale dans certaines communautés où les rôles sociaux sont hiérarchisés et prédéfinis.
Chez les Touaregs, les Peuls et dans d’autres groupes, certaines personnes subissent des discriminations proches de la servitude moderne, sans accès à la terre, ni au mariage avec les castes dites “nobles”. Ces hiérarchies fixées à la naissance reposent souvent sur l’activité traditionnelle de différentes classes, comme les Imajaghan (nobles), les Ineslemen (guerriers), les Imrad (artisans) et les Iklan (esclaves).
Les esclaves, considérés comme inférieurs, ont très peu de droits. Leur travail est par ailleurs stigmatisé. Ils exercent souvent dans des secteurs dévalorisés, comme la préparation des peaux ou la forge, des métiers considérés comme de “basse caste”. Cette exclusion se traduit également par une marginalisation politique.
JH: Qui sont les Wahaya et pourquoi leur réalité est invisibilisée ?
IOY : Le système Wahaya occupe une place très particulière dans la société nigérienne. Du point de vue de l’Islam, un homme peut avoir jusqu’à quatre épouses légalement reconnues. Au Niger, certaines pratiques contournent cette règle et tolèrent la présence d’une « cinquième épouse », appelée “Wahaya“. Certains n'hésitent pas à se procurer un sixième ou septième femme.
La femmes Wahaya a un statut spécifique: elle n'est pas considérée comme une épouse au sens légal du terme. Elle est souvent perçue comme un « cadeau »; elle arrive dans la famille pour s’occuper des besoins du mari, des enfants, voire des autres épouses, sans pour autant bénéficier des droits et protections liés au mariage officiel.
Il n’existe pas d’âge fixe pour devenir Wahaya. Nous avons rencontré des femmes âgées comme des mineures, âgées parfois seulement de 12 ou 13 ans. Ces femmes travaillent souvent toute la journée pour subvenir aux besoins du foyer. Certaines ont des enfants avec le mari. Pourtant, ces enfants ne bénéficient pas des mêmes droits que ceux issus du mariage légal. Ils sont eux aussi victimes de discrimination sociale et juridique, héritant de la marginalisation subie par leur mère
JH: Quels sont les obstacles qui empêchent de faire entendre ces voix marginalisées ?
IOY: À la première Conférence internationale sur les communautés discriminées sur le travail et l’ascendance (CDWD) en Afrique, tenue début avril à Accra, nous avons été mobilisés autour des Objectifs de Développement Durable (ODD) avec une centaine de participants, universitaires et activistes venus de plusieurs pays qui ont dénoncé la persistance des discriminations liées à l’ascendance.
Dans mon pays, les personnes que nous défendons, victimes de discriminations profondes, n’ont pas un accès suffisant aux soins de santé. Les infrastructures médicales sont rares ou éloignées de leurs lieux de vie, les traitements sont coûteux. Ces populations ne disposent souvent pas d’un emploi stable leur permettant de couvrir ces dépenses.
Par ailleurs, la question de l’égalité des genres est au cœur des discussions. Beaucoup revendiquent un traitement égalitaire entre hommes et femmes, mais certains résistent encore à cette idée, jugeant inacceptable que les femmes bénéficient des mêmes droits et opportunités que les hommes. Nous défendons fermement le droit au travail décent et inclusif, accessible à toutes et tous.
Historiquement au Niger, il faut reconnaître que ces populations marginalisées n’ont jamais réellement eu la chance d’accéder à l’éducation ou à la formation, conditions indispensables pour s’épanouir. Le véritable enjeu est donc de garantir des opportunités équitables de formation et d’emploi, afin que chaque individu puisse pleinement participer à la société.
JH : Y a-t-il un témoignage particulièrement marquant dans vos recherches?
IOY : Quand j’écoute les récits des femmes Wahaya, ce qui me frappe, c’est leur résilience. Ces histoires bouleversent.
Je documente quelques-unes de ces histoires, notamment celle d’une femme qui m’a confié qu’elle avait été vendue à l’âge de 12 ans à un commerçant par son propre oncle. Elle ne voulait pas que cela se sache, car parler, c’est risquer les représailles. Elle n’a jamais été mariée mais “offerte” comme une marchandise, sans dot, sans cérémonie, sans droits. Depuis, elle vit dans une servitude déguisée. Elle travaille jour et nuit, s’occupe de la maison, des enfants du maître, des autres femmes, et n’a pas le droit de dire non. Elle a eu des enfants, mais eux aussi sont privés de tout statut légal. Aujourd’hui, cette femme a environ 25 ans. Elle continue de vivre dans un système où la parole des femmes comme elle reste encore largement étouffée.
J’ai aussi rencontré lors d’une exposition sur les séquelles de l’esclavage, Moussa, fils d’une Wahaya, qui a perdu un œil suite à une punition. Il avait perdu une bête en conduisant le troupeau de son maître, et a été battu si violemment qu’il a perdu un œil. Son témoignage montre la cruauté systémique à laquelle ces personnes font face.
Il y a aussi Hadizatou Mani-Karoau, une Wahaya dont le parcours est aujourd’hui un symbole de lutte pour de nombreuses femmes nigériennes voire africaines. Elle s’est battue pour sa liberté et elle y est parvenue, grâce notamment au soutien de l’association Timidria, qui l’a aidée à retrouver ses droits.
Ces histoires sont douloureuses, mais elles montrent que malgré les violences et l’oppression, il y a des lueurs d’espoir. Grâce au travail d’activistes, d’associations, notamment l'Étude sur l’esclavage au Niger : témoignages, manifestations et causes, et d’initiatives comme le GFOD Inclusivity Project, le combat pour l’égalité et pour les droits humains continue.
JH : La collecte de données reflète-t-elle le vécu des groupes discriminés ?
IOY : En tant que chercheur au sein du GFOD Inclusivity Project, j’ai été confronté à des obstacles, mais je m’efforce de les surmonter.
Il faut dire que le sujet que je porte reste un tabou profond. Dans bien des communautés, on refuse d’en parler. Pas par ignorance, mais parce que ceux qui s’y opposent sont souvent ceux qui en tirent profit.
Je crois profondément que mener un combat juste nous accorde une forme de protection spirituelle. C’est une conviction intime. Lorsque tu défends la dignité humaine, il y a quelque chose de plus grand qui te soutient. Alors, malgré les menaces, je continue.
Mon combat se mène sur plusieurs fronts en utilisant la musique, la médiation culturelle et le droit international comme leviers pour faire entendre les voix réduites au silence et sensibiliser sur les injustices. Mais mon message ne s’arrête pas aux frontières de mon pays. Car cette réalité de l’esclavage par ascendance, on la retrouve aussi ailleurs.
Je m’investis aussi sur le plan académique en écrivant et compilan les témoignages. Sur le plan politique, nous appelons à des mécanismes de protection plus inclusifs.
Nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice pour que demain, plus personne ne soit réduit au silence à cause de ses origines. Pour que plus aucun enfant ne naisse esclave d’un système qu’il n’a pas choisi.
« Nos pays ont obtenu leur indépendance en 1960. Mais avec la COVID-19, nous avons vu que l’Afrique n’est pas indépendante ».
Initialement publié le Global Voices en Français
Une infirmière du centre de santé III de Bukakata, dans le district de Masaka, dans le sud de l’Ouganda, administrant un vaccin oral à un bébé. Photo du bureau de pays de l’OMS en Ouganda, utilisée avec permission.
Par Ronald Musoke
L’Union africaine (AU) lance l’une de ses missions de sécurité sanitaire les plus ambitieuses à ce jour : faire en sorte que le continent fabrique 60 % de ses propres vaccins d’ici 2040. A présent l'Afrique ne produit qu'à peine 1% de ses vaccins. Cependant, depuis avril 2021, lorsque l’UA a chargé l'organisation le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) d’initier une structure, les technocrates se sont engagés à réaliser ce rêve. Dans le premier volet d’une série de quatre, Ronald Musoke de The Independent révèle le plan du continent, examinant à la fois les opportunités et les obstacles.
Depuis son siège dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, la Africa CDC s’emploie à transformer le paysage vaccinal de l’Afrique en collaboration avec des partenaires internationaux tels que l’Union européenne, la Global Alliance for Vaccines and Immunization (GAVI), et des institutions financières internationales telles que la Banque africaine de développement et la Banque mondiale.
Une réalisation majeure, jusqu’à présent, a été la mise en place du Partenariat pour la fabrication de vaccins en Afrique (PAVM) afin d’élaborer le « cadre d’action » de la mission. C’était en 2022. Une autre étape importante a eu lieu en février 2024, lorsque la PAVM a été renommée « Plateforme pour la fabrication harmonisée de produits de santé en Afrique » (PHAHM) afin de démontrer son mandat élargi qui inclut désormais l’élaboration de « contre-mesures médicales ».
Alors que l’Union africaine (UA) a 15 ans pour atteindre son objectif de fabriquer 60 % de ses propres vaccins d’ici 2040, le directeur général de l'Africa CDC, Dr Jean Kaseya, dirige la mission avec un sentiment d’urgence. Il affirme :
Nous avons vu pendant la COVID-19 que tous les autres pays peuvent fermer leurs portes et que nous (l’Afrique) sommes laissés à nous-mêmes ; nous avons vu avec la COVID-19 que les Africains ne pourraient jamais survivre s’ils ne recevaient pas ce que d’autres appelaient des vaccins appropriés. Qui peut accepter cela ?
Fin novembre 2023, lors de l’ouverture de la Conférence internationale sur la santé publique dans la capitale zambienne, Lusaka, l’expert en épidémiologie et santé communautaire d’origine congolaise a déclaré aux journalistes :
« Je le répète, la fabrication domestique des vaccins est la deuxième indépendance de l’Afrique », ajoutant : « Nos pays ont obtenu leur indépendance en 1960. Mais nous avons vu avec la COVID-19 que l’Afrique n’est pas indépendante.
Dr Abebe Genetu Bayih, directeur de PHAHM, affirme que l'Union africaine souhaite que les gouvernements, les fabricants, les autorités nationales de réglementation et les bailleurs de fonds travaillent de manière cordonnée cette année afin de surmonter les contraintes et d'attendre l'Independence vaccinale.
Il affirme que l'aventure de la fabrication des vaccins en Afrique est difficile à financer par les institutions traditionnelles car, « c'est une entreprise à haut risque. » Il a également mentionné la nécessité d'obtenir une règlementation robuste qui garantira que les fabricants africains répondent aux normes de qualité, de sécurité et d'efficacité des vaccins.
Le CDC Afrique et ses partenaires ont mené une étude sur la production actuelle des vaccins, l'approvisionnement et la nature de la demande en Afrique. Les résultats de cette étude démontrent que le Continent dispose de 25 projets de fabrication de vaccins actifs à trois niveaux de développement.
Le Dr Bayih a déclaré à The Independent que cinq de ces projets possèdent des installations de fabrication à l’échelle commerciale avec des transferts de technologie signés ou en cours ; cinq disposent des installations de fabrication à l’échelle commerciale mais n’ont pas encore signé les transferts de technologie, et 15 fabricants sont encore dans les premiers stades de développement.
Selon l'enquête sur le paysage de la fabrication en Afrique, actuellement il existe 574 fabricants de produits de santé dans le Continent. Parmi les fabricants de vaccins existant, environ 40% se consacrent uniquement a l'emballage et à l'étiquetage, 40% s'occupent de « remplissage et de finitions », tandis que cinq entreprises locales se consacrent à un certain niveau, à la fabrication de substances médicamenteuses, mais avec une activité de recherche et de développement (R&D) continue limitée dans les installations.
Les experts affirment que cette situation est principalement due à un manque de capacité scientifique domestique accompagné par une chaine d'approvisionnement faible, des régimes réglementaires contraignants, des blocs commerciaux puissants, la rareté des acheteurs potentiels de vaccins, la concurrence avec des marchés subventionnés, l'instabilité politique, des défis géographiques et logistiques, le manque de mécanisme de financement durable et le faible pouvoir d'achat économique du continent.
Selon le CDC Afrique, au cours des cinq prochaines années, trois fabricants africains de vaccins devraient produire et obtenir la préqualification de l'organisation de l'OMS pour neuf vaccins différents et approvisionner le marché continental. Quelques fabricants supplémentaires produiront également des vaccins à grande échelle pour approvisionner leurs pays respectifs.
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Il existe une augmentation significative dans la demande de vaccins et des médicaments fabriqués en Afrique. La population du continent constitue environ 16 pour cent de la population mondiale et supporte 25 pour cent de la charge mondiale de morbidité, avec plus de 50 pour cent de maladies infectieuses mondiales.
Pourtant, malgré le taux de mortalité causé pas des maladies infectieuses, le plus élevé au monde, un peu moins de 1% de vaccins nécessaires aux africaines sont produits en Afrique. Autrement dit l'Afrique importe 99% de ses vaccins, dont sept sur dix actuellement utilisés proviennent de dons via GAVI. Selon les experts, cela représente un risque sanitaire majeur pour le continent. La population africaine en forte croissance devrait passer de 1,4 milliard à 2 milliards d'ici 2040. cela garantira une demande multipliée par trois.
Selon Natasha Kofoworola Quist, spécialiste en communication chez VaxSen, la filiale commerciale de l'institut sénégalais Pasteur de Dakar, la demande de vaccins devrait plus que doubler passant de 1 milliard de doses aujourd'hui à plus de 2,7 milliards de doses au cours des 15 prochaines années.
En produisant des vaccins localement, l'Afrique garantira à sa population un accès rapide et équitable aux vaccins essentiels tout en réduisant sa dépendance aux fournisseurs externes et atténuant les vulnérabilités de la chaine d'approvisionnement. Dr Bayih a également déclaré à the Independent qu'investir dans une entreprise locale de fabrication de vaccins en Afrique entrainera des avantages considérables à long terme notamment : un renforcement de la sécurité sanitaire souveraine, une harmonisation des politiques réglementaires régionales et commerciales, un essor de compétences technologiques, un PIB plus élevé, plus d'emplois et des économies liées à la réduction des importations.
L’Union africaine a déjà priorisé la fabrication de vaccins d'environ 22 maladies y compris, les maladies historiques (Diphtérie, Coqueluche, Tétanos, Hépatite B, Fièvre jaune, Tuberculose, Rougeole, fièvre typhoïde, Cholera, Méningite). D'ici peu, l'UA prévoit d'élargir la production de vaccins contre le VPH (virus du papillome humain), le VIH, le Pneumocoque, la COVID 19 et le Rotavirus. Elle surveille aussi la production de vaccins contre l'Ebola, Chikungunya, la fièvre de la vallée du Rift, la Grippe et la Fièvre du Lassa entre autres.
Dans le but de soutenir la fabrication locale de vaccins en Afrique, plusieurs partenaires internationaux notamment : des institutions de financement du développement telles que la Banque africaine de développement [BAD], la Banque européenne d'investissement et la Banque africaine AfreximBank, ont engagé des milliards de dollars d'investissement dans la production de vaccins de même que dans la chaîne d'approvisionnement en Afrique. GAVI, l'un des principaux acheteurs de vaccins administrés sur le continent a également exprimé son engagement à soutenir le programme de vaccination en Afrique.
Grâce à ces assurances, au cours des trois dernières années, des projets d'investissements de plusieurs milliards de dollars visant a créer 23 usines de production de vaccins ont été proposés. Le 20 juin 2024, l‘Union européenne a lancé un projet de 1,1 milliard de dollars pour accélérer la production de vaccins en Afrique.
l'Union européenne a déclaré que le programme permettrait d'alléger les couts de démarrage et d'assurer la demande de vaccins en Afrique.
Tout cela, réalisé en étroite collaboration avec des partenaires africaines aux niveaux national, régional et continental (Africa CDC et AUDA-NEPAD), selon Javier Niño Pérez, l'ambassadeur de l'Union européenne auprès de l'Union africaine.
Cependant, Jane Nalunga, directrice exécutive de l'institut d'informations et de négociations commerciales en Afrique de l'est et australe (SEATINI-Uganda), un groupe de réflexion basé a Kampala, constate un nombre de défis que doit surmonter l'Afrique pour obtenir l'indépendance vaccinale. Parmi ces défis se trouve la propriété intellectuelle, des brevets spécifiques, a – t – elle déclaré. « les brevets sont supervisés par des entreprises privées et ils ne font pas dans la charité ; les brevets concernent l'argent et le fait d'en gagner plus ».
Dr Bayih poursuit :
La fabrication des vaccins en Afrique exige un schéma optimal de transfert de technologie qui bénéficie à la fois à l'innovateur et aux bénéficiaires des technologies. Toutefois les fabricants africains devraient toujours se préparer au transfert de technologie.
Dr Adrian Ddungu Kivumbi, secrétaire général de l'association des fabricants pharmaceutique (UPMA) en Ouganda, a confié à the Independent que « le délai de 15ans pour atteindre l'objectif de l'année 2040 est très long ».
Selon lui, l'agenda établi par l'Union africaine peut être atteint mais également il anticipe des limitations par rapport au financement, au cadre réglementaire et un manque de volonté politique.
Je ne dirai même pas que nous manquons de main-d'œuvre, car nous avons des scientifiques hautement qualifiés qui finissent pas partir ailleurs parce que nous ne les payons pas suffisamment. Si les salaires et l'environnement de travail étaient plus favorables, nous pourrions retenir beaucoup de personnes ici en Afrique. Donc, nous devons remettre de l'ordre chez nous.
Et peut-être, plus important, la fabrication durable de vaccins à grande échelle doit offrir une demande prévisible et une garantie d'achat. Les états membres de l'Union africaine doivent s'engager à acheter des vaccins fabriqués en Afrique afin d'éviter les duplications, un gaspillage potentiel des ressources, une fragmentation du marché et un mécanisme de coordination continental.
Dr Bayih déclare que le succès des vaccins fabriqués en Afrique sera fondé sur la capacité à tirer parti de la libre circulation des produits de la ZLECAF de même que l'harmonisation des politiques commerciales en Afrique.