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Russie : des amendes prévues pour l'utilisation d'Internet

Tue, 12 Aug 2025 15:33:54 +0000 - (source)

En ce moment, le concept d'« activité extrémiste » a une grande portée dans la législation russe,

Initialement publié le Global Voices en Français

Ce 22 juillet, le siège du Parlement russe, la Douma d'État, a introduit une nouvelle loi qui impose des amendes pour des recherches sur Internet de contenus dits « extrémistes ». De plus, une autre loi qui a été récemment adoptée classifie l'usage des réseaux privés virtuels, les VPNs (Virtual Private Network) comme une circonstance aggravante des crimes. L'usage de ces réseaux peut entraîner des punitions plus fortes et rendre les offenses plus sérieuses aux yeux du gouvernement.

Anton Gorelkin, un représentant de la Douma d'État, a écrit sur sa chaîne Telegram que « Les citoyens pourront utiliser librement des VPN à toutes fins légales. Mais si quelqu’un utilise de tels services pour commettre un crime, cela sera considéré comme une circonstance aggravante. »

Le nouvel amendement prévoit l'imposition des amendes entre 3 000 et 5 000 roubles (environ 33 à 55 dollars américains) aux personnes qui cherchent ou accèdent (ainsi qu'avec un VPN) aux « informations ou matériels extrémistes », même si les sites ont déjà été officiellement interdits. La loi introduit aussi des amendes concernant la promotion, également par les publicités, des outils qui peuvent être utilisés pour contourner les restrictions mises en place sur l'Internet, comme les VPNs. Ces amendes sont entre 555 dollars américains pour les individus et 5 550 dollars pour les entités morales.

Selon l'article de Meduza, la définition des « matériels extrémistes » référencés dans les amendements est prise au sens large. Le nouvel article dans la loi enclave deux approches pour déterminer si l'information est classifiée comme « extrémiste ». La première, qui est plus claire, inclut tout ce qui est regroupé dans la liste fédérale de matériels extrémistes. C'est à noter que la liste, qui est disponible au public, compte actuellement plus que cinq mille sites.

Pour la deuxième approche, les auteurs de l'amendement font référence à la définition de « matériels extrémistes » donnée par « La loi fédérale sur la lutte contre l'extrémisme ». Cette approche laisse la porte ouverte à des interprétations larges du terme et à un potentiel d'abus. Selon la loi, tous les documents et toute information qui encouragent des activités extrémistes, ou bien qui justifient ou valident leur nécessité, peuvent être classifiés comme relevant de l'extrémisme.

En ce moment, le sens d'« activité extrémiste » a une grande portée dans la législation russe, il comprend à la fois des activités terroristes ainsi que l'usage des symboles des organisations présumés « extrémistes » en Russie. Par exemple, cette étiquette a été appliquée à la Fondation anticorruption d'Alexeï Navalny et également au « mouvement international LGBT et ses filiales. »

À présent, cette étiquette n'a pas encore été appliquée à des organes de presse libres en Russie. Par contre, Meduza suggère que sans législation qui empêche les autorités de leur appliquer cette étiquette, ces amendements, comme ils existent maintenant, avancent vers une criminalisation de la lecture, puisque le jugement d'extrémiste aurait pour effet d'interdire entièrement la lecture de ces sources.


Des militants grecs bloquent un cargo militaire à destination d'Israël

Thu, 07 Aug 2025 00:10:56 +0000 - (source)

La manifestation représente une lutte multidimensionnelle : économique, géopolitique et éthique.

Initialement publié le Global Voices en Français

Les manifestants se rassemblent au Port du Pirée afin d'empêcher une livraison militaire supposément destinée à Israël.

Les manifestants se rassemblent au Port du Pirée afin d'empêcher une livraison militaire prétendument destinée à Israël. Photo par Sotiria Georgiadou. Utilisée avec permission.

Malgré la chaleur estivale incessante à Athènes, les manifestants grecs se sont rassemblés au port du Pirée dans la soirée du 16 juillet afin d'empêcher le chargement d'un cargo militaire prétendument à destination d'Israël, un blocus faisant partie d'une vague de plus en plus importante de manifestations similaires. La manifestation a ciblé le cargo « Ever Golden », que les manifestants accusaient de transporter de l'acier destiné à l'armée israélienne afin qu'ils en fassent usage. Organisée par les syndicats d'échanges grecs, les groupes de gauche, les anarchistes et les collectifs communistes, la manifestation reflétait la colère croissante publique envers ce qui a été perçu comme une complicité de la Grèce dans l'attaque en cours de Gaza par Israël.

Dans un puissant acte de solidarité, les manifestants ont essayé de retarder les manœuvres portuaires, afin d'empêcher un soutien matériel à la violence et de sensibiliser au rôle de la Grèce dans le conflit. Les manifestants ont envahi les jetées, portant des drapeaux palestiniens, des keffiehs et des t-shirts « Free Palestine » [« Libérez la Palestine »], en scandant, en autres, le slogan « Pas de coopération avec Israël, pas de port complice au génocide ».

Un internaute grec, probablement lié au groupe visible dans la vidéo, exprime sa solidarité avec les manifestants du Pirée :

Ce qu'il se passe ACTUELLEMENT au port du Pirée

Les dockers assurent qu'ils ne se tachent pas les mains avec le sang du peuple

Nous ne serons jamais complices du génocide ! #Palestine #FreePalestine https://t.co/Xh0JZK4KWe

— Red Andreou (@RedAndreou), 16 juillet 2025

Pendant la manifestation, une large coalition de citoyens grecs s'est rassemblée contre le soutien qu'ils qualifient d'inacceptable aux actions entreprises par Israël à Gaza. Les activistes ont encerclé le port, allumé des fusées éclairantes et ont scandé des slogans de solidarité avec la Palestine, demandant l'arrêt de l'implication de la Grèce dans la prise en charge des exports militaires.

Le syndicat des dockers (l'ENEDEP) du terminal des conteneurs du Pirée, propriété de l'État Grec et régi par l'Autorité du Port du Pirée (PPA), appartenant majoritairement à COSCO Shipping Chine [une entreprise de fret chinoise], a joué un rôle majeur dans l'organisation de la manifestation. Dans un communiqué public, le syndicat a déclaré ne pas laisser décharger du bateau toujours amarré les cinq conteneurs, suspectés de contenir de l'acier militaire. Selon le président du syndicat Markos Bekris, le cargo est censé partir pour Israël. Il a averti que si la livraison continuait, le syndicat n'hésiterait pas à intensifier les manifestations.

Markos Bekris proclame un discours aux manifestants rassemblés au port du Pirée. Photo par Sotiria Georgiadou.

Markos Bekris proclame un discours aux manifestants rassemblés au port du Pirée. Photo de Sotiria Georgiadou. Utilisée avec permission.

La position anti-guerre grandissante du peuple grec

Pendant la manifestation, des banderoles condamnant non seulement le gouvernement israélien mais aussi le gouvernement grec étaient en l'air. Les organisateurs ont proclamé leurs actions comme étant non seulement anti-sionistes, mais aussi comme un rejet du rôle de plus en plus important de la Grèce dans l'aide logistique aux guerres à l'étranger.

Le message des manifestants était clair : les Grecs ne veulent plus être complices de ce qui est largement considéré comme un génocide à Gaza. Les manifestants ont condamné le gouvernement de Nouvelle Démocratie, mené par le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis, à cause de leur aide aux exports militaires vers Israël et d'avoir gardé un lien proche avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, alors même que les rapports de bombardements à l'aveugle de civils à Gaza se multiplient.

La coalition Mitsotákis-Netanyahou

De nombreux activistes ont qualifié les liens renforcés entre la Grèce et Israël de sources de frustration et d'indignation. Même si le Premier ministre Mitsotákis avait qualifié publiquement les actions d'Israël à Gaza d'« injustifiables » en mai dernier, son gouvernement a tout de même continué à entreprendre une coopération militaire et stratégique avec l'Etat d'Israël.

Selon certains rapports, la Grèce aurait considérablement intensifié ses achats de technologie militaire israélienne, avec notamment des systèmes de drones, des missiles comme équipement de défense et des outils de cyber-surveillance. Des entraînements militaires communs entre les deux pays sont devenus de plus en plus fréquents, notamment dans la partie Est de la Méditerranée, où l'exploration énergétique et les tensions régionales ont rendu de telles alliances de plus en plus stratégiques.

Ces développements sont plus que de la diplomatie pragmatique et avertissent plutôt d'un alignement idéologique. Aux yeux des manifestants, Mitsotákis ne coopère pas simplement avec B. Netanyahou, il en est un soutien actif.

En plus du problème de soutien militaire direct, le silence de la Grèce vis-à-vis de la crise humanitaire à Gaza est devenu l'une des raisons principales du mécontentement des citoyens. Le gouvernement Nouvelle Démocratie n'a offert aucune aide humanitaire importante aux Gazaouis, n'a créé aucune voie sécurisée sûre pour les réfugiés palestiniens et n'a pas fait imposer de pression diplomatique sur Israël afin de stopper son offensive.

Pendant que la plupart des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont soutenu la proposition des Pays-Bas consistant à revoir les liens du bloc avec Israël suite à leurs actions à Gaza, la Grèce et Chypre n'ont pas rejoint l'initiative. La Grèce n'a d'ailleurs pas signé le communiqué (en commun avec 22 autres pays) condamnant la création d'une famine à Gaza par Israël.

Cela fut perçu par les activistes comme de l'irrespect pour l'humain et plus précisément pour les vies palestiniennes. Alors que Gaza fait face à un délogement de masse, à des destructions d'infrastructures, une famine forcée et à ce que de nombreux observateurs, notamment des membres des Nations Unies, ont qualifié de génocide, le gouvernement grec n'entreprend rien.

Pour beaucoup, cette indifférence reflète les politiques plus larges du gouvernement vis-à-vis des populations vulnérables. Quelques semaines seulement avant les manifestations de juillet, le gouvernement grec avait annoncé la suspension des processus de demande d'asile de la part de Nord-Africains, en mentionnant une augmentation récente d'arrivées dans les îles de la Mer Égée, au Sud du pays.

Cette décision s'intègre dans une position anti-migratoire plus large ayant caractérisé le gouvernement de la Nouvelle Démocratie : des frontières renforcées, la criminalisation de la migration et des retours en arrière systématiques. On pourrait se dire que ce traitement des peuples délogés par le gouvernement est un parallèle de son délaissement des Palestiniens, tous vus comme des populations à disposition au service d'intérêts géopolitiques.

Le militarisme, la logique empirique et la résistance locale

Pour beaucoup de manifestants, l'opposition aux livraisons militaires fait partie d'une position politique plus large. Les manifestations au Pirée n'étaient pas que pour Gaza, c'était aussi un rejet des agendas impérialistes de la Grèce et de son alignement avec l'OTAN, l'Union européenne et Israël.

Le lieu de la manifestation était aussi très chargé symboliquement. Le terminal de containers privatisé par COSCO, participant grandement aux intérêts de l'état chinois,
souligne le mécontentement grandissant vis-à-vis du contrôle étranger des infrastructures en Grèce. Dans ce sens, la manifestation représente une lutte à différentes échelles : économique, géopolitique et éthique.

Au 20 juillet, l'« Ever Golden » était toujours amarré au Pirée. L'ENEDEP tient sa position anti-coopération. Même s'il est symbolique, cet acte de résistance est aussi pratique et stratégique. En ciblant la logistique d'un conflit militaire, notamment dans les ports et les terminaux de fret, les manifestants grecs adoptent des méthodes d'action directes, certes classiques, mais efficaces.

Leur appel à agir sert à rappeler que la résistance n'est pas seulement exprimée par des marches mais aussi par de la solidarité et des blocus organisés.


Cameroun : la nouvelle génération prête à relever les défis technologiques du pays

Wed, 06 Aug 2025 23:59:53 +0000 - (source)

La langue de demain ne sera ni l’anglais ni le français, ce sera la technologie.

Initialement publié le Global Voices en Français

Children in the technology laboratory in Cameroon.

Des enfants dans le laboratoire de technologie. Image de Cynthia Ebot Takang, utilisée avec permission.

A travers le Cameroun, et surtout pendant les vacances d’été (de fin juillet à début septembre), de plus en plus de parents inscrivent leurs enfants à des programmes de formation en codage, robotique et intelligence artificielle. Ce qui n’était autrefois qu’un intérêt marginal est en train de devenir une véritable tendance nationale : la maîtrise du numérique n’est plus perçue comme un luxe, mais comme une nécessité.

Alors que l’intelligence artificielle et les technologies avancées commencent à transformer le monde en profondeur, l’Afrique court une fois de plus le risque d’être laissée pour compte. De nombreux enfants africains n’ont toujours pas accès à une initiation précoce aux technologies, ce qui accentue les inégalités éducatives et économiques déjà existantes. Mais un changement est en cours. Au Cameroun, de plus en plus de parents prennent les choses en main en inscrivant leurs enfants à des programmes d’intelligence artificielle et de codage, afin de leur garantir une place dans le monde de demain.

L’an dernier, à Yaoundé, capitale du Cameroun, un enfant de quatre ans s’est présenté devant une salle remplie de parents, de mentors et d’amis. Beaucoup ne s’attendaient qu’à quelques sourires timides. À la surprise générale, il a pourtant présenté avec assurance un projet collectif : un jeu interactif qui aide les utilisateurs à choisir des repas sains selon leur âge, leur état de santé et leur genre. Ce projet était organisé dans le cadre d’un boot camp de cinq semaines consacré à l’intelligence artificielle pour les enfants. Organisé par le boot camp Kitadis, l’événement s’est poursuivi cette année avec une édition 2025.

L’outil a été inspiré par la propre mère du chef d’équipe, étant enceinte, qui avait des difficultés à planifier ses repas. Le projet a remporté le « Demo Day » (l’événement final de présentation du bootcamp d’intelligence artificielle de cinq semaines destiné aux enfants) au cours duquel les participants exposaient leurs idées devant leurs camarades et leurs enseignants.

Dans un pays où l’accès à la technologie demeure inéquitable et où l’innovation est souvent considérée comme le domaine des adultes, ce moment a démontré que même les plus jeunes Camerounais sont capables d’identifier des problèmes concrets et de créer des solutions pour les résoudre.

Le point de départ du changement

À Yaoundé, à Ngoa-Ekelle (un quartier situé au cœur de la capitale), le Centre Kitadis est l’un des pôles qui vit ce changement. Dès 9 heures, une salle de classe se remplit d’enfants âgés de 4 à 13 ans, les doigts tapant rapidement sur les claviers, guidés par deux jeunes formateurs. L’objectif ne se limite pas à l’apprentissage de la dactylographie ou de PowerPoint : il s’agit d’éveiller la créativité grâce à la technologie.

Le fondateur de l’entreprise Star Light Inc., Mabu Celeb Njienyo, qui dirige le camp, est convaincu que l’éducation numérique est essentielle pour former une génération capable de résoudre les problèmes. Il a déclaré :

Tout le monde se plaint, mais peu de gens utilisent la technologie pour résoudre les problèmes.

Le programme coûte 10 000 FCFA (17 USD) pour l’inscription et 20 000 FCFA (33 USD) pour les frais de scolarité, dans un pays où le salaire minimum mensuel est de 43 969 FCFA (79 USD) pour la plupart des travailleurs du secteur formel hormis l'agriculture.

Le programme s’achève par une journée de démonstration, au cours de laquelle les participants exposent leurs créations devant leurs parents et un panel d’évaluateurs. Les enfants collaborent en groupe, et le contenu pédagogique est élaboré de façon à permettre même aux novices absolus de réaliser un projet concret et fonctionnel après cinq semaines. « Nous poursuivons l’accompagnement après le camp en créant des clubs technologiques dans leurs établissements scolaires », a précisé Njienyo.

Juste à l’autre bout de la ville, dans un autre centre de formation — le BLIS Global Center, situé à Biyem-Assi Lac (un quartier du centre de Yaoundé) — l’organisation est plus soutenue. Les enfants y arrivent dès 8 heures du matin, enfilent des blouses blanches de laboratoire et se lancent dans diverses activités : programmation de robots, conception d’objets avec des imprimantes 3D, ou encore assemblage de systèmes mécaniques simples. Leur espace de travail ressemble à un mini-laboratoire, avec des câbles, des simulateurs, des roues et des ordinateurs éparpillés autour de leurs postes de travail.

Le directeur technique en charge de la programmation et de la robotique au centre, Che Emmanuel Anye, estime qu’enseigner les technologies aujourd’hui n’est plus une option. Il a déclaré à Global Voices :

La langue de demain ne sera ni l’anglais ni le français, ce sera la technologie.

Le programme de trois ans de BLIS Global commence dès l’âge de six ans et initie progressivement les enfants aux technologies pratiques : conception de poubelles automatiques, simulation de systèmes électroniques, et même création de premiers prototypes destinés à un usage commercial. Les frais annuels s’élèvent à 100 000 FCFA (167 USD) et couvrent des formations en codage, robotique et développement de talents. Mais ce qui rend le programme encore plus marquant, c’est son engagement en faveur de l’inclusion, en accueillant des enfants issus de milieux divers. Cette année, grâce à différents sponsors, Sœur Balbine Lemana, fondatrice et directrice de l’orphelinat Sainte Rita, a pu inscrire dix enfants au centre.

Cette formation leur a fait comprendre l’importance de l’éducation technique, qu’ils négligeaient auparavant. Aujourd’hui, ils adorent créer beaucoup de choses.

Pour elle, des programmes comme celui proposé par BLIS Global montrent que l’accès aux opportunités ne devrait pas dépendre de la richesse. Dans les deux centres, la transformation est palpable. Les enfants n’apprennent pas seulement à utiliser des ordinateurs ; ils commencent à imaginer comment ils peuvent façonner le monde grâce à cela. Des circuits électriques aux interfaces de jeux, ils passent du simple jeu à un véritable projet.

Beaucoup d’enfants inscrits dans ces centres et ailleurs dans le pays choisissent de s’orienter vers une formation plus technique. Ils affirment connaître à la fois les avantages et les risques de la technologie, mais se disent prêts à exploiter pleinement ses bienfaits pour soutenir leur communauté.

Parmi les projets sur lesquels ils ont travaillé, on compte : un prototype de vélo électrique, une canne électronique pour les personnes malvoyantes, et une poubelle autonome.

L’inspecteur pédagogique national du Cameroun pour l’informatique, Godson Muluh, soutient ce mouvement. Lauréat en 2024 du concours Google Gemini AI, il est convaincu que l’éducation technologique doit commencer le plus tôt possible.

Les vacances sont l’occasion d’apprendre d’autres compétences, comme l’utilisation de la technologie. La plupart des écoles ne peuvent pas enseigner en profondeur les compétences numériques pendant l’année scolaire. Commencer cela tôt aide à choisir un métier et à gagner confiance avec la technologie, ce qui est important aujourd’hui dans tous les domaines de la vie.

Il a raconté que commencer à apprendre l’informatique tôt lui a donné une avance au lycée, ce qui l’a distingué des autres élèves.

Tu peux faire le strict minimum avec l’IA, et elle fera le travail difficile à ta place. Plus les enfants comprennent cela tôt, mieux cela est.

Dans des classes autrefois pleines de craie et de poussière, les enfants au Cameroun apprennent aujourd'hui à coder, programmer des robots et créer des outils qui répondent à de vrais besoins. Pour certains, comme ce garçon qui a développé un jeu sur la nutrition pour sa mère, c’est une expérience très personnelle. Pour d’autres, c’est le début d’un parcours dans un monde où les solutions sont faciles à trouver, juste en quelques clics.


Le Golem : un protecteur mythique inspirant les bandes dessinées américaines, mais également une métaphore de l'IA

Wed, 06 Aug 2025 23:45:14 +0000 - (source)

Le Golem est souvent considéré comme le premier superhéros

Initialement publié le Global Voices en Français

Représentation de rabbi Loew et du Golem au musée de cire de Madame Tussaud à Washington DC. Image tirée de Wikipedia. CC BY-SA 4.0.

Le Golem, figure séculaire de force, de masse et de puissance brute, trouve son origine dans le folklore juif. Selon la légende la plus répandue, c’est au XVIe siècle qu’un rabbin de Prague aurait créé cet être mythique – ou « monstre » – à partir d'argile, en utilisant des incantations mystiques, pour protéger sa communauté opprimée des pogroms. Au fil des siècles, le Golem a transcendé ses origines, inspirant des personnages comme le monstre Frankenstein de Mary Shelley, devenant un thème central des films muets et façonnant les superhéros du monde de la bande dessinée, de DC Comics à Marvel Comics.

Le mot hébreu « Golem » (גּוֹלֶם ) apparaît pour la première fois dans les Psaumes, signifiant une « masse informe ». Aujourd'hui, le Golem est une puissante métaphore de l'intelligence artificielle (IA), incarnant à la fois la promesse d'un serviteur loyal et la crainte d'une création incontrôlable. Cette capacité d'adaptation souligne la pertinence durable de l'histoire du Golem, qui s'accorde aux nouvelles angoisses et aspirations culturelles.

De Hulk à Superman

La légende juive du Golem est souvent considérée comme le prototype du superhéros moderne. Ce protecteur mythique, capable de pouvoirs immenses, mais souvent incompris ou craint, est à l'image de nombreux héros emblématiques de bandes dessinées. Le double rôle du Golem – à la fois protecteur et étranger – résonne profondément dans le genre des superhéros, où les personnages sont souvent confrontés à des capacités extraordinaires et à l'aliénation sociale.

L‘influence du Golem sur les créateurs de superhéros est profonde, d'autant plus que de nombreux créateurs de personnages universellement appréciés comme Superman, Batman, Green Lantern, Iron Man, Thor, Black Panther, Captain America et les X-Men étaient des immigrés juifs ou des descendants d'immigrés juifs d'Europe centrale et de l'Est. Pour ces créateurs, le Golem – un héros juif né de la nécessité – symbolisait leurs propres luttes en tant qu'étrangers s'efforçant de protéger les personnes vulnérables dans un monde souvent hostile.

Parmi les superhéros, Hulk est peut-être celui qui incarne le plus directement l'essence du Golem. Le légendaire créateur de bandes dessinées Stan Lee, qui a co-créé Hulk aux côtés de Jack Kirby, a déclaré un jour : « Quand on y pense, l'Incroyable Hulk est un Golem » L'oscillation de Hulk entre protecteur et destructeur reflète les deux aspects du Golem – un être créé pour servir et défendre, mais capable d'immenses ravages lorsqu'il est hors de contrôle. Dans ses premières apparitions, la peau grise de Hulk le rapproche du Golem, sculpté dans l'argile et imprégné d'une puissance brute et indomptée.

Robert G. Weiner, bibliothécaire spécialisé dans la culture populaire et expert en bandes dessinées, a répondu à Global Voices par courriel :

Le lien avec Hulk est solide, puisque Stan Lee a dit que Hulk était une sorte de Golem (tout comme Frankenstein et Jekyll et Hyde). Hulk oscille entre le rôle de protecteur et celui de destructeur. De nombreuses histoires de Golem présentent les deux aspects : celui d’un saint, qui sert Dieu en servant les Juifs, et celui d’une menace qui fait des ravages. Les adaptations cinématographiques du Golem montrent souvent le personnage comme monstrueux et incontrôlable.

Arie Kaplan, dans son livre primé « From Krakow to Krypton : Jews and Comic Books »; (De Krakov à Krypton, les Juifs et la bande dessinée), explore le lien entre Superman et le Golem. Superman, créé en 1933 par Jerry Siegel et Joe Shuster, est un autre superhéros profondément inspiré par le Golem. Siegel et Shuster, fils d'immigrés juifs ayant fui les pogroms, ont donné à Superman des traits rappelant le rôle protecteur du Golem. Les premières histoires de Superman le présentent comme un champion de la justice sociale, luttant contre la corruption et défendant les impuissants. Kaplan, qui a écrit « Man of Snow » (L’homme des neiges) de DC Comics, où Superman se retrouve soudainement attaqué par un golem fait de neige, explique que « le nom hébreu de Superman, Kal-El (« Tout ce qui est Dieu »), renforce son lien avec la tradition juive. » L'historien Ralph Nurnberger a également observé que le Golem et Superman ont tous deux été « créés pour venger le mal au nom des faibles et des impuissants. »

Iron Man s'inspire aussi subtilement du Golem. Son réacteur Arc, indispensable à sa survie, fait écho à l'étoile qui orne la poitrine du Golem dans l'adaptation du film muet de Paul Wegener (1915). Il est intéressant de noter qu'Iron Man, comme Hulk, était initialement représenté avec des couleurs grises, ce qui renforce l'influence du Golem sur sa conception.

Le Golem lui-même a fait des apparitions dans Marvel Comics au cours des années 1970, notamment dans la série « Strange Tales ». Il s'est parfois joint à des superhéros pour combattre les nazis et, à d'autres moments, il est apparu comme un monstre incompris. Ces représentations variées mettent en évidence la flexibilité narrative du Golem, qui sert tour à tour de héros et d'antagoniste – une caractéristique de son héritage durable dans les récits. Weiner l'explique dans un entretien avec Global Voices:

Il s'agit plutôt d'une souplesse narrative d'un folklore. Les personnages folkloriques sont souvent transformables et peuvent changer au service de l'histoire qu'ils racontent. Le Golem a de nombreuses variantes. Le Golem est à la fois un héros et un méchant/monstre, selon les contes utilisés comme source (ou simplement les nouvelles versions du personnage).

Le Golem : des robots à l'IA

L'influence du Golem dépasse le folklore et la bande dessinée pour s'étendre au domaine de la technologie et de l'intelligence artificielle. En tant que création née de l'ingéniosité humaine, le Golem est un précurseur du concept moderne de robots et d'IA. Le terme « robot », inventé au début du 20ème siècle par le dramaturge tchèque Karel Čapek dans sa pièce « R.U.R. », (Rossumovi univerzální roboti), a probablement été influencé par la légende du Golem. Dans l'œuvre de Čapek, les robots sont des êtres artificiels qui, à l'instar du Golem, servent d'abord l'humanité, mais deviennent ensuite incontrôlables.

Les pionniers de l'IA et les commentateurs culturels ont établi des parallèles entre le Golem et les systèmes d'IA contemporains. Geoffrey Hinton, souvent appelé « le parrain de l'IA », a mis en garde contre les complexités et les mystères des réseaux neuronaux modernes en déclarant : « Nous ne comprenons pas exactement comment ils font ces choses ». Cela fait écho à l'incertitude mystique qui entoure la création et le comportement du Golem.

Roland Hendel, professeur émérite de Bible hébraïque et d'études juives à l'université de Californie à Berekley, établit une comparaison poignante, dans un courriel adressé à Global Voices :

Le Golem ne peut pas parler parce qu'il s'agit d'une création imparfaite, faite par des humains. Il contraste avec Adam (également fait de terre), que Dieu crée et à qui il donne le pouvoir de la parole. L'analogie avec l'IA pourrait être similaire : l'absence d'âme ou de conscience de soi.

L'historien Yuval Harari souligne la puissance croissante des systèmes d'intelligence artificielle, en notant leur remarquable capacité à manipuler et à générer du langage. Cela contraste fortement avec le silence du Golem, symbole de son imperfection en tant que création humaine. Les observations de M. Harari nous rappellent que la réalité dépasse souvent la fiction, les systèmes d'IA continuant à redéfinir les limites de l'innovation et du contrôle humains.


Construire des modèles résilients pour le système éducatif ougandais

Wed, 06 Aug 2025 23:38:51 +0000 - (source)

De nouveaux modèles et institutions tentent de relever les défis éducatifs auxquels l'Ouganda est confronté.

Initialement publié le Global Voices en Français

Des écoliers ougandais se préparent pour une procession. Image de NSAMBA HERMAN sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 Deed) (CC BY-SA 4.0 Deed)

Le paysage éducatif en Ouganda est dominé par des défis enracinés qui continuent de freiner le pays dans ses aspirations de développement. Des problèmes tels que l'éducation de mauvaise qualité, la faiblesse des infrastructures, l'insuffisance de personnel, et les défis financiers restent majoritaires. Malgré ces défis, il y a des modèles qui ont connu des succès dans le pays composé de 48 millions d'habitants, et à travers ces derniers, l'Ouganda a fait un énorme progrès dans l'élargissement de son accès à l'éducation.

Dans cet article, nous examinons le contexte spécifique du système éducatif en Ouganda et considérons comment les nouveaux modèles et les institutions progressent, ce qui crée une résilience et encourage le développement.

 Les défis omniprésents

Une des barrières éducatives en Uganda est l'accès inégal à l'éducation dans la société. L'Ouganda a l'un des plus hauts taux d'exclusion à l'éducation dans le monde. Environ 20 pour cent des élèves de l'école primaire ne sont pas scolarisés, et 12.5 pour cent de ceux qui étaient scolarisés ne sont pas en cours. Les frais de scolarité, les infrastructures inadaptées, et les disparités socio-économiques sont certains des facteurs qui contribuent à ces barrières.

Un autre problème est que même pour ceux à l'école, la qualité de l'éducation est généralement faible. Des programmes obsolètes, l'absence de matériel et des enseignants non formés sont les causes des faibles résultats d'apprentissage. Dans les zones rurales, c'est plus prononcé, ce qui accentue encore le fossé entre les zones urbaines et rurales.

Finalement, les restrictions financières et le coût de l'éducation sont des barrières majeures qui empêchent les enfants d'accéder à l'éducation. La majorité des foyers font face à des frais de scolarités imprévisibles et en augmentation, ce qui conduit les élèves à quitter l'école.

Modèles pour la résilience et la croissance

En dépit de tous ces problèmes, plusieurs modèles ont été créés pour promouvoir la résilience et la croissance et ce sont révélés efficaces dans le paysage éducatif de l'Ouganda.

L'approche holistique de UniHouse : UniHouse est une éducation mondiale, des stages et des solutions pour les développements de carrières ont été fondés en 1999. UniHouse collabore avec les gouvernements et les organismes pour offrir des programmes autour des paramètres économiques et culturels divers, en responsabilisant les entreprises et les individus.

BRAC Ouganda : BRAC a développé les interventions éducatives parmi les enfants marginalisés, en particulier les filles, en passant par des écoles communautaires et du mentorat. Les centres liés au  développement de l'enfance précoce et le soutien parmi les adolescentes ont montré des gains mesurables notamment dans les résultats d'apprentissage.

« Eduquons » : Cette entreprise sociale responsabilise les étudiants ougandais dans le secondaire via des compétences liées à  l'entrepreneuriat et au leadership via une éducation expérimentale. En intégrant des compétences pratiques liées au business dans le curriculum, « Éduquons ! » réduit l'écart entre l'éducation et l'emploi.

La fondation Ecole pour la vie : insiste sur les communautés rurales et pauvres, « école pour la vie » fournit une éducation primaire de haute qualité avec un accent particulier sur la participation communautaire, la formation des enseignants, et l'amélioration des infrastructures.

War Child Holland : Basée dans les zones de conflit en Ouganda, War Child met en place des programmes d'apprentissage accéléré et offre un soutien psychosocial aux enfants non scolarisés ou ayant manqué une année scolaire en raison d'un traumatisme ou d'un déplacement.

STiR Education : En collaboration avec les ministères de l'Éducation, STiR soutient la motivation et l'innovation des enseignants. En Ouganda, l'organisation gère des réseaux de développement professionnel dirigés par des pairs qui encouragent la réflexion sur les pratiques et l'amélioration continue parmi les éducateurs.

Services de conseils stratégiques

Les services de conseils stratégiques sont essentiels afin de résoudre les problèmes éducatifs en Ouganda et pour faciliter un développement durable.

Les responsables doivent être stratégiques concernant la politique de formulation et son implémentation, comme la politique efficace est la clé pour améliorer le système éducatif de l'Ouganda. Cela comprend la mise à jour du recrutement des professeurs et la politique de formation, les programmes d'études inclusifs sont sensibles aux contextes locaux et aux langages, ils éliminent les taxes scolaires qui dissuadent les adhérents.

D'autres pistes éventuelles visant à augmenter le secteur éducatif de l'Ouganda sont les partenariats publics et privés. Les gouvernements et le secteur privé peuvent travailler ensemble pour combler le fossé dans les ressources, en particulier concernant les infrastructures scolaires, le e-learning et les formations professionnelles. Les partenariats peuvent également faciliter la création de programmes d'études alignés avec les besoins du marché de l'emploi, améliorant l'employabilité parmi les jeunes en leur donnant également des compétences correspondant aux besoins du marché professionnel.

Finalement, l'Ouganda devrait investir dans des initiatives de renforcement des capacités. Le développement professionnel en service pour les enseignants et les administrateurs scolaires est essentiel. Les programmes qui supportent le leadership instructif, la gouvernance scolaire, et le management des classes peuvent affecter de façon positive les environnements d'apprentissage.

Alors qu'il existe des défis considérables pour le système éducatif de l'Ouganda, il existe également des solutions claires pour aller vers l'avant. Les entreprises et les organisations comme UniHouse et Shimizu Corporation et des programmes locaux comme BRAC Ouganda, Éduquons, et STiR éducation fournissent des modèles évolutifs afin de renforcer les systèmes éducatifs. Avec des réformes politiques stratégiques, des coordinations intra-secteurs, et des investissements dans le renforcement des capacités, l'Ouganda peut créer un système plus résilient et  un système éducatif équitable. Cela, à son tour, instaure une fondation solide pour une croissance socio-économique plus large et un développement national sur du long terme.


Les mots ont la parole: Épisode #29

Tue, 05 Aug 2025 09:05:26 +0000 - (source)

Popurrí fait référence à plusieurs concepts comme une série de chansons rassemblées

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran de la chaîne YouTube de Matyáš Peterka

Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels, ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots français qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas, mais prennent parfois un nouveau sens.

Tous nos épisodes précédents sont à retrouver ici: Les mots ont la parole.

Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes et expressions:

Kvapík: Ce mot tchèque décrit une danse rapide dansée en couple et pratiquée principalement au 19e siècle dans les bals urbains. Il est dérivé du mot français galop qui décrit non seulement la marche des chevaux mais aussi certaines formes de danses.

Cette vidéo illustre le rythme rapide de la danse kvapík:

 

Popurrí: ce mot espagnol vient du terme français ‘pot pourri’ qui renvoie à l’origine à un mélange. Le mot est attesté en français au 16e siècle dans un texte de Rabelais et désigne:

un ragoût, comprenant plusieurs sortes de viandes et de légumes mélangés. Notez qu'il y avait déjà la notion de mélange hétérogène. On comprend bien la présence de pot, puisque le mot désignait déjà ce grand récipient suspendu dans la cheminée où l'on préparait la tambouille familiale. Mais pourquoi pourri ? Cela vient simplement du fait qu'au XVIe siècle, étaient « pourris » les aliments très ramollis et éclatés à la suite d'un excès de cuisson.

En espagnol ‘popurrí’ fait référence à plusieurs concepts comme une bouteille en verre remplie d’herbes aromatiques pour rafraîchir le contenu des armoires, mais aussi à une série de chansons rassemblées dans un morceau comme dans cette vidéo mexicaine:

 

Fete: Ce mot anglais vient directement du mot français “fête”. En anglais “officiel”  il signifie “honorer” ou “acclamer” dans un contexte de langage assez formel. Aux Antilles anglophones le terme est plus informel et signifie plutôt « faire la fête », en particulier en référence au célèbre carnaval, comme on peut le voir dans ces clips “Feting Family”, “Mr Fete”, et “Feting and Brass”.

Cette utilisation du mot et sa popularité s’expliquent par l’influence des îles francophones de la région et les échanges culturels entre elles. Les carnavals reflètent les influences très diverses de la région – africaines, européennes, asiatiques, indigènes dans tous les aspects allant de la musique à la gastronomie.

Si vous avez des mots ou expressions à partager pour les faire figurer dans notre rubrique “Les mots ont la parole” contactez-nous: filip.noubel@globalvoices.org ou jean.dedieusovon@globalvoices.org


L'économie bleue: une ressource encore sous-exploitée en Afrique

Tue, 05 Aug 2025 07:05:27 +0000 - (source)

Plus de 90% du commerce africain passe par voie maritime. 

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran du film documentaire ” La fierté bleue de l'Afrique : L'essor de l'Océan Indien

La valorisation des activités économiques liées aux ressources des océans, des mers et des lacs en Afrique peut contribuer au développement du continent et augmenter les opportunités d'emploi.

Disposant de 38 États côtiers et insulaires et un littoral de plus de 47 000 km, l'Afrique possède un fort potentiel en économie bleue, une véritable bouée de sauvetage qui reste peu exploitée. Cyrus Rustomjee, expert en économie bleue et chargé de recherche au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale, cité dans un article d’Africa News en 2023, indique :

(…)plus de 12 millions de personnes sont employées dans le seul secteur de la pêche, le plus important des secteurs de l'économie bleue africaine, assurant la sécurité alimentaire et la nutrition de plus de 200 millions d'Africains et générant une valeur ajoutée estimée à plus de 24 milliards de dollars, soit 1,26 % du PIB de l'ensemble des pays africains.

C'est cette thématique que met en exergue le film documentaire intitulé ” La Fierté Bleue de l'Afrique : L'essor de l'Océan Indien” de David Casimir, journaliste environnementaliste mauricien, et reporter d’Images à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Dans une interview, via e-mail, il explique à Global Voices les raisons qui motivent ce projet réalisé dans le cadre de la Bourse Média de l'Union Africaine dont il a été bénéficiaire en 2023. Dans son documentaire réalisé en très grande partie sur portable, il expose les opportunités qu'offre l'économie bleue à l'Ile Maurice et à Madagascar.

Je voudrais signaler que ce documentaire a été réalisé à plus de 70 pourcents en mode « Mobile Journalism ». Toutes les interviews ont été réalisées sur des téléphones mobiles ainsi qu’une grande partie des images.

Jean Sovon (JS): Quelles sont les raisons qui sous-tendent la réalisation de ce film sur l’économie bleue en Afrique ?

David Casimir (DC): Ce projet est né d’une urgence : celle de raconter une autre histoire de l’Afrique, une histoire maritime mais surtout une version bien africaine de cette histoire. Trop souvent, l’océan est absent dans les récits dominants sur le développement du continent. Or, il est au cœur de la vie de millions d’Africains. L’économie bleue représente une réponse concrète à des enjeux cruciaux comme la sécurité alimentaire, le changement climatique, la jeunesse et la souveraineté économique. On a parfois tendance à oublier qu’environ 90% du commerce Africain se passe par voie maritime. D’ailleurs l’Union Africaine à travers son « Africa’s Integrated Maritime Strategy 2050 (Stratégie maritime intégrée de l'Afrique 2050)» parle clairement de « l’impératif urgent de développer une initiative ‘Économie Bleue’ durable qui serait une version marine de l’économie verte, une initiative qui améliore le bien-être des citoyens Africains tout en réduisant de façon significative les risques environnementaux marins de même que les déficiences écologiques et à la biodiversité. »

J’ai voulu donner la parole aux communautés côtières, aux scientifiques, aux décideurs, aux jeunes. Ce documentaire est un plaidoyer visuel, une passerelle entre les réalités du terrain et les ambitions continentales. C’est une invitation à regarder l’Afrique depuis la mer, avec espoir et lucidité.

A travers ce documentaire j’ai voulu également mettre en évidence l’existence même des îles de l’Océan Indien et leur appartenance profonde au continent Africain. J’ai réalisé que beaucoup d’Africains ignorent que les petits états insulaires de l’Océan Indien font partie de l’Afrique, et surtout qu’ils contribuent également au développement du continent. Lors des discussions avec un haut responsable de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), il a été dit que les îles peuvent aider l’Afrique à être autosuffisante en termes de fruits de mer .

Lire : Une zone de libre-échange en Afrique: l'ambition de l'initiative d'intégration économique ZLECAF 

JS: L’économie bleue contribue-t-elle au développement économique de l’Afrique ? Est-elle créatrice d’emplois ? 

DC: Oui, clairement. L’économie bleue est un moteur de développement pour l’Afrique. Elle représente un potentiel économique estimé à plus de 300 milliards de dollars par an, et pourrait créer jusqu’à 57 millions d’emplois d’ici 2030 si elle est pleinement exploitée. Aujourd’hui, des millions de personnes travaillent déjà dans des secteurs liés à l’économie bleue : la pêche artisanale, l’aquaculture, le transport maritime, le tourisme côtier, la biotechnologie marine ou encore les énergies renouvelables marines.

A l’île Maurice environ 7 000 personnes travaillent dans le secteur de l’économie bleue, représentant environ 10% du PIB de l'île. Il y a notamment des secteurs comme la pêche, l’aquaculture, le tourisme ou encore le transport maritime. L'île dispose d’ailleurs, entre autres institutions, de son institut océanographique qui a développé et patenté une installation pour la production d’électricité en mer.

A Madagascar, rien que dans le secteur qu’ils appellent la petite pêche, environ 250 000 personnes sont engagées et répertoriés au niveau des autorités. De son côté, la petite île autonome de Rodrigues est un exemple en matière d’écotourisme et de développement durable. Ils ont mis en place des aires marines protégées ainsi que des périodes de fermeture de la pêche au poulpe et de certaines techniques de pêche comme la pêche à la senne qui sont très communes dans l'île.

Ce secteur crée donc de l’emploi et des richesses vitales pour ces îles. C’est un vivier d’emplois pour les jeunes, notamment dans les zones insulaires et côtières où les autres formes d’activités économiques sont souvent limitées. Ce secteur permet non seulement de créer des revenus, mais aussi de redonner aux communautés un rôle actif dans la gestion durable de leurs ressources.

Mais lors d’une journée en mer avec des pêcheurs à Ifaty, un petit village de pêcheurs situé au sud de Madagascar, j’ai pu aussi constater toute la difficulté de ces derniers à survivre grâce à leurs activités surtout avec une diminution considérable des ressources.

Voir ici le film documentaire:

JS: Ces activités menées autour de cette économie sont-elles soumises au respect des politiques environnementales, de la préservation des espèces océaniques et du développement durable ?

DC: En théorie, oui. Dans la pratique, cela dépend des pays et du niveau d’engagement politique. Beaucoup d’États africains ont intégré des cadres législatifs pour protéger les écosystèmes marins et encadrer les activités économiques. Des aires marines protégées, des règlements sur la pêche, et des protocoles environnementaux sont en place dans de nombreuses zones. Mais il reste encore des défis importants : la pêche illégale, la pollution, la dégradation des récifs, ou encore la faiblesse des mécanismes de contrôle et de suivi.

Cela dit, la tendance est clairement positive. Des initiatives comme le label Smilo (preuve de l'engagement durable) dans les petites îles, les programmes d’observation scientifique, ou encore les formations communautaires montrent que les choses avancent. Le défi est de rendre cette gouvernance environnementale réellement inclusive, locale, et fondée sur des données scientifiques solides. Les îles de l’Océan Indien essaient avec peu de moyens de baser leur développement sur les pratiques durables.

Lire : What has become of Mauritania's fishermen fifteen years after the authorities signed an agreement with China?

JS: Quelle est la valeur ajoutée de l’économie bleue à la politique d’intégration régionale de l’Union africaine ?

DC: L’économie bleue dépasse les frontières terrestres et oblige les pays africains à coopérer. Elle renforce les dynamiques régionales autour de défis communs : la sécurité maritime, la lutte contre la pêche illégale, la conservation des écosystèmes, le commerce maritime ou encore la recherche scientifique.

L'île Maurice et les Seychelles ont accepté de cogérer une zone maritime d’environ 400 mille kilomètres carrés. Ceci représente une avancée considérable en matière de gestion car deux États souverains s’accordent pour gérer un espace maritime.

L’Union africaine, à travers son Agenda 2063 et sa Stratégie africaine de l’économie bleue, place cette coopération au cœur de ses priorités. L’économie bleue agit donc comme un levier d’intégration, en harmonisant les politiques, en partageant les ressources et en construisant une vision continentale. Pour ce faire, la région Océan indien bénéficie du soutien de plusieurs partenaires, dont l’Union Européenne à travers des projets comme Ecofish (ECOFISH), une aide aux renforcements des capacités des acteurs comme les pêcheurs artisanaux.


Réinventer l'aide humanitaire en Afrique : l'importance de l'engagement citoyen

Mon, 04 Aug 2025 10:27:39 +0000 - (source)

Il s'agit de remettre en question la logique même du système

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran de la chaîne YouTube d’UNICEF en français

L'Afrique comme le reste du monde est touchée par une baisse des financements humanitaires alors que les crises s'intensifient.

Les multiples crises couplées aux coupes de l'aide américaine poussent le secteur humanitaire à réimaginer le concept d'aide. Ainsi « Humanitarian Reset » (réadaptation humanitaire) représente une nouvelle approche que proposent les principaux acteurs de premier plan de l'humanitaire.

Global Voices s'est entretenu, via Whatsapp, avec Marcelin Ridja un leader humanitaire africain d'origine congolaise (RDC) qui a plus de 20 ans d'expérience dans le domaine de l'aide internationale, et qui est l'auteur du livre La solidarité sur un fil, paru en avril 2025. Il partage sa vision d'une « réadaptation humanitaire » audacieuse, ancrée dans la solidarité et l'équité.

Jean Sovon (JS): ⁠Pourquoi une « réadaptation humanitaire » dans le contexte des crises mondiales actuelles?

Marcelin Ridja (MR): Le « Humanitarian Reset » implique une réinvention radicale de notre approche de l'aide. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer ce qui existe, mais de remettre en question la logique même du système. Face aux crises, le modèle traditionnel de l'aide, souvent centralisé, montre ses limites depuis plusieurs années. Ce tournant est indispensable car les besoins explosent tandis que les ressources s'amenuisent. Nous devons passer d'une logique d'assistance descendante à une approche collaborative, où les communautés locales sont au cœur des solutions. C'est une question de justice et d'efficacité : sans une réadaptation, nous risquons de perpétuer des systèmes qui marginalisent ceux qu'ils prétendent aider.

Lire : Au Togo, la suspension de l'aide américaine va impacter négativement la santé publique et l'éducation

JS : Quels facteurs alimentent la crise actuelle du secteur humanitaire?

MR: La suppression des financements de l’USAID en 2025, représentant 42,8 milliards de dollars (42 % de l’aide mondiale en 2024), a secoué le secteur humanitaire. Les Pays-Bas ont aussi réduit leur contribution ainsi que d’autres pays donateurs. La crise humanitaire actuelle est alimentée par l'épuisement des budgets face à des crises multiples, la politisation de l'aide, la méfiance envers les institutions humanitaires, perçues comme déconnectées par certains leaders politiques des pays donateurs, et l'instabilité économique. L’explosion des besoins, due à des crises prolongées, s’accompagne d’une fatigue des donateurs. La rigidité institutionnelle aggrave la situation. Ces coupes sont difficilement justifiables à mon avis : la hausse de la faim, des déplacements et de la pauvreté exige des réponses robustes. Réduire l’aide risque d’aggraver des crises critiques et de limiter l’adaptation locale, compromettant des progrès humanitaires majeurs.

JS: Quels sont les impacts tangibles des restrictions de l'aide sur les communautés vulnérables?

MR: Les coupes budgétaires entraînent des réductions de rations alimentaires, la fermeture de centres de santé et la suspension de services essentiels (éducation, abris, protection). Les populations vulnérables, notamment femmes, enfants et déplacés, dans les pays et régions comme le Soudan, la RD Congo, le Sahel, Gaza et l’Afghanistan, subissent des impacts graves. Une étude de la revue The Lancet (2025) estime 14 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans (700 000/an). Malgré cela, les communautés font preuve de résilience via des réseaux d’entraide, des initiatives économiques locales, des stratégies d’autoprotection et des plaidoyers. Cette capacité, bien que remarquable, ne compense pas le retrait de l’aide internationale. Les acteurs mondiaux doivent soutenir ces efforts pour éviter une aggravation des crises et préserver la dignité des populations.

JS : Comment les acteurs locaux peuvent-ils devenir des moteurs de cette approche ?

MR: Les acteurs locaux sont les mieux placés pour comprendre les besoins et les dynamiques culturelles de leurs communautés. Ils ne sont pas seulement des exécutants, mais des innovateurs. Leur rôle est crucial car ils garantissent que l'aide est pertinente et durable. La « Réadaptation Humanitaire » doit faire d'eux des partenaires égaux, pas des sous-traitants. Cela implique de rediriger les fonds directement vers ces acteurs et de les inclure dans les processus de décision. Ignorer leur place dans la refonte du système reviendrait à répéter les erreurs du passé et à perpétuer une aide trop paternaliste.

Marcelin Ridja, photo utilisée avec permission

JS : Pouvez-vous nous donner un exemple?

MR: En Ouganda, j’ai été témoin de l’initiative Youth Empowerment for Sustainable Development, qui a mis en place un modèle où des jeunes réfugiés et locaux collaborent pour cultiver des terres communautaires, réduisant ainsi la dépendance aux distributions alimentaires. Ce projet, partiellement financé par des micro-dons via une plateforme numérique, démontre comment l'aide peut être participative et durable. En intégrant agriculture, formation et inclusion sociale, il renforce l'autonomie tout en créant des liens entre les communautés. C'est une illustration puissante du potentiel de la « Réadaptation Humanitaire » lorsqu'elle mise sur l'innovation locale.

JS : Comment relancer une solidarité mondiale dans un contexte de méfiance croissante envers les institutions humanitaires ?

MR : La méfiance découle souvent d’un sentiment d’opacité et d’inégalités dans la distribution de l’aide, tandis que le citoyen moderne est sollicité par de nombreux autres enjeux, favorisant une tendance à l’individualisme. Pour raviver la confiance, nous devons raconter des histoires authentiques, comme celles des communautés qui transforment leurs réalités malgré les obstacles, et montrer des résultats concrets. Les citoyens veulent constater l’impact de leur contribution. Par exemple, des campagnes de financement participatif transparentes, où chaque don est traçable, peuvent redonner espoir. La solidarité mondiale renaîtra si nous plaçons l’humain au centre. Dans mon livre, j’interpelle sur la responsabilité collective, offrant une autre manière de raviver la flamme à travers la littérature.

JS : Les réseaux sociaux ou les plateformes participatives peuvent-ils transformer la mobilisation et la solidarité transnationale ?

MR : Les réseaux sociaux boostent la solidarité via des campagnes virales (#GivingTuesday, #SolidarityWithRefugees) et la collecte participative, créant des communautés transfrontalières. Les plateformes participatives démocratisent l’aide en permettant aux communautés de proposer leurs projets, renforçant la redevabilité et les alliances Nord-Sud. Cependant, la fracture numérique peut creuser les inégalités, et les questions éthiques doivent être mieux encadrées.

JS : Quel message adressez-vous aux bailleurs de fonds pour repenser leur approche et soutenir un système humanitaire plus équitable ?

MR : Aux bailleurs de fonds et acteurs internationaux, je dirai : écoutez et investissez dans les acteurs locaux. Trop souvent, les fonds sont bloqués dans des bureaucraties ou des priorités imposées de l’extérieur. Redirigez plus de 60 % des budgets vers des organisations communautaires et donnez-leur une place à la table des décisions. Simplifiez les procédures et osez la flexibilité pour soutenir les innovations des communautés. Enfin, prenez des risques sur des solutions innovantes, même si elles sortent des cadres traditionnels. Soutenir un système plus équitable, c’est accepter de renoncer à une partie du contrôle pour miser sur la confiance, la collaboration et la diversité des solutions.

JS : Comment l’aide humanitaire peut-elle briser les dynamiques de pouvoir entre donateurs et bénéficiaires pour favoriser une véritable égalité ?

Les dynamiques de pouvoir persistent car l’aide est souvent conçue comme une charité, et non comme un partenariat. Pour changer cela, nous devons co-construire davantage les programmes avec les communautés, en les impliquant dès la conception. Il faut également décoloniser les récits humanitaires : cessons de présenter les bénéficiaires comme des victimes passives. Ce sont des acteurs de leur propre résilience, et l’aide doit refléter cette réalité.

JS: ⁠Quel appel à l’action adresseriez-vous aux lecteurs et lectrices de Global Voices pour inspirer une solidarité plus durable ?  

MR: Continuez à être des acteurs du changement, car le monde a besoin de ses citoyens engagés. Restez informés sur les initiatives locales dans les pays en crise et soutenez-les par des dons si possible, en partageant sur les réseaux sociaux ou en vous engageant dans le plaidoyer. Participez à des forums citoyens lorsque cela est possible. Diffusez les histoires de résilience que vous découvrez, car elles inspirent les autres à passer à l'action. Enfin, exigez de vos gouvernements, organisations et leaders qu’ils favorisent une aide équitable et transparente. Ensemble, nous pouvons construire une solidarité qui ne laisse personne de côté. L'avenir doit être façonné par les communautés et les citoyens qui nourrissent la solidarité, et non par une élite.


Gaza : comment deux récits choquants ont à peine fait la une de l'actualité dans le monde

Sun, 03 Aug 2025 00:37:40 +0000 - (source)

Quand l'aide humanitaire devient une arme et la famine une tactique

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran d'une vidéo intitulée « Les forces israéliennes bombardent par dizaines pendant que les tueries sur les sites d'aides humanitaires se multiplient », publiée sur YouTube par Al Jazeera English. Utilisation dans le cadre du « Fair Use ».

Capture d'écran d'une vidéo intitulée « Les forces israéliennes bombardent par dizaines pendant que les tueries sur les sites d'aides humanitaires se multiplient », publiée sur YouTube par Al Jazeera English. Utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais.]

Deux histoires rapportées la semaine dernière révèlent l'un des crimes de guerre les plus atroces de notre époque, mais qui n'a presque pas été relevé dans le cycle de l'information à l'échelle internationale.  Dans un monde rendu insensible par la banalisation de la souffrance et de l'impunité à Gaza, même les révélations qui devraient provoquer un choc et lancer des appels à rendre des comptes finissent par être globalement accueillies par de l'indifférence.

Nous avions « l'ordre » de tirer sur des personnes mourant de faim qui ne cherchaient qu'à se nourrir

Le 24 juin, Haaretz a publié un rapport rassemblant les témoignages de soldats israéliens avouant avoir reçu l'ordre explicite d'ouvrir le feu sur des Palestiniens essayant désespérément d'atteindre les camions d'aide humanitaire à Gaza, décrivant un « massacre ».

Selon l’investigation, des soldats de plusieurs brigades ont expliqué avoir reçu l'ordre de tirer sur quiconque s'approchant des convois d'aide humanitaire même s'ils ne constituaient pas une menace réelle.

Un réserviste ayant servi dans l'armée à Gaza a décrit l'endroit comme un espace de non-droit, confirmant ce dont ont averti les associations de défense des droits de l'homme : « Gaza n'intéresse plus personne maintenant, la perte de vies humaines n'a plus d'importance ».

Un autre officier a confirmé : « Ça ne servait à rien, ils ont été tués pour rien. Ce que l'on appelle tuer des gens innocents a été banalisé ».

Un autre soldat explique : « Ce sont des zones où les Palestiniens ont le droit de vivre, c'est nous qui nous sommes rapprochés et qui avons décidé qu'ils constituaient un danger pour nous »

« Donc, pour qu'un contractuel gagne 5 000 shekels [monnaie en Israël] de plus et détruise une maison, c'est considéré comme acceptable de tuer des gens qui ne font que chercher de la nourriture », a-t-il ajouté.

Ces confessions glaçantes interviennent au milieu d'attaques répétées sur des foules s'attroupant autour des rares aides humanitaires présentes. Depuis qu'Israël a imposé un nouveau système lourdement militarisé de distribution humanitaire très tôt cette année, avec la soi-disant Gaza Humanitarian Foundation, avec des convois d'aide pénétrant dans la zone sous escorte de l'armée israélienne et souvent envoyés dans des endroits aléatoires, le phénomène des « massacres de demandeurs d'aide » est devenu une sombre circonstance quotidienne.

Plus de 743 Palestiniens ont été tués par Israël et 4 891 ont été blessés dans ces massacres depuis le début du mois de juin, avec plus de 170 ONG appelant au démantèlement de cette combine mortelle.

Des antidouleurs addictifs trouvés dans la farine distribuée aux Gazaouis affamés

Le second récit est tout aussi déroutant. Le 27 juin, le Bureau des Médias du Gouvernement de Gaza a annoncé que des tests en laboratoire sur des sacs de farine livrés par des cargaisons humanitaires avec la GHF ont révélé la présence de traces d’oxycodone [fr], un opioïde puissant et addictif.

Les autorités de santé locales ont averti des conséquences de la découverte de ce type de substance dans des denrées de première nécessité sur la santé publique d'une population déjà touchée par la malnutrition et les traumatismes. Les autorités ont déclaré que des tests plus poussés étaient en cours afin de déterminer si la contamination est accidentelle ou volontaire. Bien que ces vérifications approfondies restent à faire, cette simple allégation souligne le climat de profonde méfiance et de peur qui réside autour de l'aide humanitaire.

Aucun média majeur n'a mené d'investigation sur ces accusations, et les agences humanitaires n'ont pas encore fait de déclaration concluante. Cet incident rajoute tout de même à la souffrance imposée à une population assiégée qui peine déjà à survivre à un blocus aérien, terrestre et maritime.

Une famine occasionnée

Le 24 juin, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a qualifié la « militarisation de la nourriture à Gaza » de crime de guerre et à appelé à une « investigation impartiale et immédiate » de ces tueries et aux responsables de celles-ci de « rendre des comptes ».

Gaza est sous le blocus d'Israël (avec l'aide de l'Égypte) depuis 2007, soumettant ses 2,3 millions d'habitants à des contrôles stricts sur les marchandises, la nourriture, l'essence et les aides médicales. La guerre génocidaire actuelle, ayant démarré en octobre 2023, a mené cette situation déjà très tendue à une catastrophe.

Les agences des Nations Unies et les associations de défense des Droits de l'Homme ont averti à maintes reprises que Gaza est sur le point, si ce n'est pas déjà le cas, de subir une famine.

L'Integrated Food Security Phase Classification [Classification Intégrée des Phases de la Sécurité Alimentaire] a averti que « la population entière devrait bientôt subir une crise, ou même pire, une insécurité alimentaire aiguë. Cela ferait 470 000 personnes (22% de la population) en situation catastrophique, plus d'un million (54%) en situation d'urgence et les 500 000 personnes restantes (24%) seraient en situation de crise. »

Selon Amnesty International, au début de mois de juillet, au moins 66 enfants sont morts de faim dans ce que l'association décrit comme « l'utilisation permanente de la famine pour perpétrer un génocide », même si l'on craint que le bilan réel soit bien plus lourd, étant donné l'effondrement du système de santé et le manque de suivi détaillé. 

Le silence, l'impunité et la disparition de l'indignation

Le fait que des soldats israéliens ont avoué avoir reçu l'ordre de tirer sur des personnes mourant de faim cherchant de la nourriture, ou que de la farine donnée à des familles désespérées contient possiblement un narcotique addictif devrait être à la une des médias à travers le monde. Mais la couverture médiatique mondiale a été peu enthousiaste envers ces dures illustrations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, et il y eut peu (voire pas) d'initiatives mises en place pour investiguer ou responsabiliser.

Cette réaction internationale silencieuse montre à quel point la souffrance des Palestiniens à Gaza a été profondément banalisée. Alors que le blocus s'intensifie, que les bombes continuent de tomber (avec des rapports récents montrant que les pilotes de l'armée israélienne ont lâché des bombes en surplus des attaques envers l'Iran sur Gaza en rentrant à leur base) et que la famine s'étend, le seuil de choc moral du monde entier semble devenir de plus en plus haut.


Dans les plaines orientales de la Colombie, la séduction reste une autre arme de guerre

Sun, 03 Aug 2025 00:22:17 +0000 - (source)

Je pensais avoir trouvé l'amour, mais j'étais en réalité prise au piège d'un réseau de manipulation

Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration de Global Voices en utilisant Canva Pro.

Par Lorena Andrade, membre du projet de journalisme Mi Historia

En 2018, ma vie a basculé d'une manière que je n'aurais jamais pu imaginer. J'ai grandi dans la région du Meta, en Colombie, un endroit où la loi n'est qu'une suggestion et où la pauvreté semble inévitable. Là-bas, les enfants et les adolescents, filles comme garçons, sont des proies faciles pour les groupes armés, en particulier les factions dissidentes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Le football a toujours été mon refuge. Chaque soir, après l'école, je courais sur le terrain avec mes amis et nous nous entraînions jusqu'à ce que la nuit nous empêche de voir. C'est lors de l'un de ces entraînements que j'ai rencontré David. Il venait d'intégrer notre école, un garçon de 17 ans arrivé pour terminer sa troisième. Je l'ai tout de suite apprécié ; on parlait beaucoup, et il m'attendait toujours à la fin de l'entraînement. Petit à petit, il a gagné ma confiance, puis finalement mon cœur. Nous avons commencé à sortir ensemble, et pendant six mois, j'ai cru avoir trouvé mon âme sœur. 

Mais un jour, après l'entraînement, la réalité m'a frappée de plein fouet, comme un ballon en plein visage. Nous étions seuls, et soudain son comportement a complètement changé. Après m'avoir attrapée violemment, il m'a dit que je devais le suivre. Mon cœur s'est arrêté une seconde. J'ai essayé de comprendre ce qui se passait, mais j'étais paralysée par la peur. Je lui ai dit non, que je ne pouvais pas partir avec lui. C'est alors qu'il m'a avoué que, si je ne le suivais pas pour rejoindre la guérilla, ils le tueraient. À cet instant, j'ai compris que tout cela n'avait été qu'un piège. Depuis le début de notre relation, les véritables intentions de David étaient de me recruter comme membre de la guérilla. Il avait utilisé la séduction et la manipulation affective comme armes. 

En Colombie, les groupes armés ont toujours utilisé la séduction comme moyen de recrutement. Mais forcer de jeunes garçons à séduire et recruter des filles encore plus jeunes est une nouvelle pratique dans les plaines orientales de la Colombie.

Alors que des factions dissidentes des FARC et d'autres groupes armés cherchent à s'étendre et à combler le vide laissé par les récentes démobilisations, ils profitent de notre vulnérabilité. Ils nous promettent protection, sécurité et un sentiment d'appartenance que beaucoup d'entre nous ne trouvent pas chez eux. Nos enseignants nous mettent en garde contre leurs méthodes, et j'avais déjà entendu des histoires de jeunes tombés dans ce piège. Mais jamais je n'aurais pensé que cela pourrait m'arriver. 

J'ai eu de la chance. Ce jour-là, mon frère nous a vus nous disputer dans la rue et il a accouru pour me sauver. Je ne sais pas ce qui se serait passé s'il n'avait pas été là. Peut-être que je ne serais pas ici pour raconter mon histoire. Aujourd'hui encore, je continue à jouer au football, mais ce n'est plus pareil. Ce jour-là, quelque chose s'est brisé en moi. C'était peut-être la perte de mon innocence, le sentiment de ne plus être en sécurité, ou simplement l'impossibilité de retrouver cette joie pure de courir après un ballon.

Selon la Commission de la vérité (Comisión para el Esclarecimiento de la Verdad) et l'Étude de caractérisation des mineurs anciennement associés à des groupes armés (Estudio de caracterización de la niñez desvinculada, 2013–2022), publiée conjointement par l'UNICEF et l'Institut colombien pour le bien-être familial (Instituto Colombiano de Bienestar Familiar), les victimes de recrutement forcé proviennent généralement de milieux défavorisés et ruraux. La manipulation affective est une technique de recrutement bien établie et systématique, utilisée par les groupes armés contre ces jeunes. Ce sont souvent des adolescents, notamment des filles, et en particulier celles et ceux ayant subi de la maltraitance ou des abus familiaux, qui sont les plus vulnérables face à ce chantage affectif. 

Mon histoire n'est qu'une parmi tant d'autres. Ici, dans les plaines orientales, la promesse d'une vie meilleure, ou simplement d'un repas chaud, suffit parfois à convaincre certains jeunes de rejoindre les groupes armés. Certains sont enlevés, d'autres menacés, d'autres encore reçoivent des pots-de-vin. Les méthodes varient, mais le résultat est toujours le même : nous perdons notre enfance et notre avenir.

Aujourd'hui, je continue à me battre, sur le terrain de football comme dans la vie. Chaque jour, j'essaie de retrouver un peu de ce que j'ai perdu, tout en devenant la voix de celles et ceux qui ne peuvent pas raconter leur histoire. Dans toute cette obscurité, il faut se rappeler qu'il reste de l'espoir, et qu'ensemble, nous pouvons changer notre destin. 


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