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Et si vos comptes disparaissaient demain ?

Thu, 20 Sep 2018 12:33:28 +0000 - (source)

Petit rappel sur le danger des plateformes centralisées

On a tendance à l’oublier mais, aujourd’hui, la plupart de nos interactions sur le net ont lieu à travers des plateformes centralisées. Cela signifie qu’une seule entité possède le pouvoir absolu sur ce qui se passe sur sa plateforme.

C’est fort théorique jusqu’au jour où, sans raison apparente, votre compte est suspendu. Du jour au lendemain, tous vos contenus sont inaccessibles. Tous vos contacts sont injoignables (et vous êtes injoignables pour eux).

C’est insupportable lorsque ça vous arrive à titre privé. Cela peut être tout bonnement la ruine si cela vous arrive à titre professionnel. Et ce n’est pas réservé qu’aux autres.

Un ami s’est ainsi un jour réveillé pour constater que son compte Google était complètement suspendu. Il n’avait plus accès à ses emails personnels et semi-professionnels. Il n’avait plus accès à ses documents Google Drive, à son calendrier. Il n’avait plus accès à tous les services qui utilisent votre adresse Google pour se connecter. La plupart des apps de son téléphone ne fonctionnaient plus. Il était numériquement anéanti et n’avait absolument aucun recours. De plus, il était en voyage à l’autre bout du monde. Cela pourrait limite faire le scenario d’un film.

Par chance, un de ses contacts travaillait chez Google et a réussi à débloquer la situation après quelques semaines mais sans aucune explication. Cela pourrait lui arriver encore demain. Cela pourrait vous arriver à vous. Faites l’expérience de vivre une semaine sans votre compte Google et vous comprendrez.

Personnellement, je ne me sentais pas trop concerné car, si je suis encore partiellement chez Google, j’ai un compte payant avec mon propre nom de domaine. Celui-là, me disais-je, ne devrait jamais avoir de problème. Après tout, je suis un client payant.

Mais voilà que je découvre que mon profil Google+ a été suspendu. Si je peux toujours utiliser mes mails et mon calendrier, tous mes posts Google+ sont désormais inaccessibles. Heureusement que, depuis des années, je n’y postais plus activement et que j’avais copié sur mon blog tout ce que je trouvais important pour moi. Néanmoins, pour les 3000 personnes qui me suivent sur Google+, j’ai tout simplement cessé d’exister et ils ne le savent pas (merci de leur envoyer ce billet). Lorsque je collabore à un document sur Google Drive, ce n’est plus ma photo et le nom que j’ai choisi qui s’affichent. Je ne peux plus non plus commenter sur Youtube (pas que ça m’arrive).

Bref, si cette suppression de profil n’est pas dramatique pour moi, elle sert quand même de piqûre de rappel. Sur Twitter, j’ai vécu un incident similaire lorsque j’ai décidé de tester le modèle publicitaire en payant pour promouvoir les aventures d’Aristide, mon livre pour enfant (que vous pouvez encore commander durant quelques jours). Après quelques impressions, ma campagne a été bloquée et j’ai été averti que ma publicité ne respectait pas les règles de Twitter (un livre pour enfants, imaginez un peu le scandale !). Chance, mon compte n’a pas été affecté par cette décision (cela m’aurait bien plus ennuyé que la suspension Google+) mais, encore une fois, on n’est pas passé loin.

Même histoire sur Reddit où, là, mon compte a été “shadow banned”. Cela veut dire que je ne m’en rendais pas compte mais tout ce que je postais était invisible. Je m’étonnais de n’avoir aucune réponse à mes commentaires et c’est plusieurs contacts qui m’ont confirmé ne pas voir ce que je postais. Un modérateur anonyme a décidé, de manière irrévocable, que je ne convenais pas à Reddit et je n’en savais rien.

Sur Facebook, les histoires de ce genre sont nombreuses même si je n’en ai pas fait l’expérience personnellement. Sur Medium, le projet Liberapay a également connu ce genre d’aventure car, comme toute plateforme centralisée, Medium s’arroge le droit de décider ce qui est publiable ou non sur sa plateforme.

Dans chacun des cas, vous remarquez qu’il n’y a aucune infraction clairement identifiée et qu’il n’y a aucun recours. Parfois il est possible de demander de réexaminer la situation mais la discussion n’est généralement pas possible, tout est automatique.

Mais alors, que faire ?

Et bien c’est la raison pour laquelle je vous recommande chaudement de me suivre également sur Mastodon, un réseau social décentralisé. Je ne possède pas ma propre instance mais j’ai choisi de créer mon compte sur mamot.fr qui est mis en place par La Quadrature du Net. J’ai la conviction qu’en cas de problème ou de litige, j’aurai face à moi un interlocuteur humain qui partage plus ou moins ma sensibilité.

Bien sûr, la solution n’est pas parfaite. Si votre instance Mastodon disparait, vous perdrez également tout. C’est la raison pour laquelle beaucoup de mastonautes ont désormais plusieurs comptes. J’avoue que, dans ce cas-ci, je fais une confiance aveugle aux capacités techniques de La Quadrature du Net. Mais, à choisir, je préfère perdre un compte suite à un problème technique que suite à une décision politique inique et indiscutable.

En attendant une solution parfaite, il est important de se rappeler constamment que nous offrons du contenu aux plateformes et qu’elles en font ce qu’elles veulent ou peuvent. Ne perdez donc pas trop d’énergie à faire de grandes tartines, à travailler vos textes là-bas. Gardez à l’esprit que tous vos comptes, vos écrits, vos données, vos contacts peuvent disparaitre demain. Prévoyez des solutions de rechange, soyez résilients.

C’est la raison pour laquelle ce blog reste, depuis 14 ans, une constante de ma présence en ligne, mon seul historique officiel et unique. Il a déjà une longévité plus grande que la plupart des services web et j’espère même qu’il me survivra. 

PS: Sans explication, mon compte Google+ semble être de nouveau actif. Mais jusqu’à quand ?

Photo by Kev Seto on Unsplash

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Facebook vous écoute-t-il ?

Mon, 17 Sep 2018 13:30:38 +0000 - (source)

Ou bien écoutez-vous Facebook ?

Vous avez probablement entendu parler de cette rumeur : Facebook écouterait toutes nos conversations à travers le micro de nos téléphones et ses algorithmes de reconnaissance en profiteraient pour nous afficher des publicités liées à nos récentes discussions.

Plusieurs témoignages abondent en ce sens, toujours selon la même structure : un utilisateur de Facebook voit apparaitre une publicité qui lui semble en rapport avec une discussion qu’il vient d’avoir. Ce qui le frappe c’est qu’à aucun moment il n’a eu un comportement en ligne susceptible d’informer les publicitaires (visite de sites sur le sujet, recherches, like de posts, etc).

Facebook a formellement nié utiliser le micro des téléphones pour enregistrer les conversations. La plupart des spécialistes considèrent d’ailleurs que le faire à une telle échelle n’est pas encore technologiquement réalisable ni rentable. Google, de son côté, reconnait enregistrer l’environnement de ses utilisateurs mais sans utiliser ces données de manière publicitaire (vous pouvez consulter les enregistrements faits par votre compte Google sur ce lien, c’est assez saisissant d’entendre des moments aléatoires de votre vie quotidienne).

Ce qui frappe dans ce débat, c’est tout d’abord la facilité avec laquelle le problème pourrait être résolu : désinstaller l’application Facebook du téléphone (et accéder à Facebook via son navigateur).

Ensuite, s’il n’est pas complètement impossible que Facebook enregistre nos conversations, il est amusant de constater que des millions de personnes paient pour installer chez eux un engin qui fait exactement cela : Amazon Alexa, Google Echo ou Apple Homepod enregistrent nos conversations et les transmettent à Amazon, Google et Apple. Ouf, comme ce n’est pas Facebook, alors ça va. Et votre position ? Les personnes avec qui vous êtes dans un endroit ? Les personnes dont vous regardez les photos ? Les personnes avec qui vous avez des échanges épistolaires ? Bon, ça, ça va, Facebook peut le savoir. De toutes façons Facebook saura tout même si vous faites attention. La développeuse Laura Kalbag s’est ainsi vu proposer des publicités pour un service de funérailles à la mort de sa mère malgré un blocage Facebook complet. La faille ? Une de ses sœurs aurait informé une amie via Messenger.

Cependant, la rumeur des micros de téléphone persiste. L’hypothèse qui semble la plus probable est celle de la simple coïncidence. Nous sommes frappés par la similitude d’une publicité avec une conversation que nous avons eue plus tôt mais, lorsque ce n’est pas le cas, nous ne remarquons pas consciemment la publicité et n’enregistrons pas l’événement.

Mais il existe une autre hypothèse. Encore plus effrayante. Effrayante de simplicité et de perversité. L’hypothèse toute simple que si nous avons une conversation sur un sujet particulier, c’est parce que l’un ou plusieurs d’entre nous avons vu une publicité sur ce sujet. Parfois sans nous en souvenir. Souvent sans le réaliser.

Du coup, la publicité nous paraitrait bien plus voyante par après. Nous refuserions d’admettre l’hypothèse que notre libre-arbitre soit à ce point manipulable. Et nous imaginerions que Facebook contrôle nos téléphones, contrôle nos micros.

Pour ne pas avouer qu’il contrôle déjà nos esprits. Qu’ils contrôlent nos sujets de conversation car c’est son business model. Même si nous ne sommes pas sur Facebook : il suffit que nos amis y soient, eux.

Facebook n’a pas besoin d’écouter nos conversations. Il décide déjà de quoi nous parlons, ce que nous pensons et pour qui nous allons voter.

Mais c’est plus facile de s’indigner à l’idée que Facebook puisse contrôler un simple microphone que de remettre en question ce qui fonde nos croyances et notre identité…

Photo by Nathaniel dahan on Unsplash

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La difficulté de créer un livre sur arbres morts

Sun, 09 Sep 2018 10:41:19 +0000 - (source)

Petit exercice de transparence comptable pour l’impression des aventures d’Aristide.

Grâce à votre soutien, notre projet Ulule pour soutenir les aventures d’Aristide est un franc succès avec plus de 200 livres commandés alors que nous sommes tout juste à la moitié de la campagne !

Je suis un fervent partisan de la transparence, que ce soit en politique ou dans une démarche qui est, il faut l’avouer, commerciale. J’avais donc envie de vous détailler pourquoi ce cap de 200 exemplaires est un soulagement financier : c’est à partir de 200 exemplaires que nous commençons à rentrer dans nos frais !

Pour imprimer 200 exemplaires, quantité minimale d’impression, l’imprimeur demande 12€ par exemplaire. Ajoutez à cela les frais d’envoi (entre 1€ et 2€ pour l’emballage plus 5€/6€ d’envoi en Belgique et près de 10€ pour l’envoi en France), cela fait que chaque exemplaire nous coûte un minimum de 18€. C’est pour cette raison que j’ai décidé de livrer une partie en vélo : c’est à la fois un beau challenge mais cela permet aussi de faire de sérieuses économies pour financer l’envoi à des lecteurs de l’hexagone !

Rien que l’emballage nous coûtait 2€ pièce si nous commandions 150 cartons mais passe à 1€ pièce si nous en commandons 450. 450 cartons ou un mètre cube à stocker à la maison en attendant les livres !

À cela ajoutez les 8% de commission Ulule et différents frais fixes (comptable, frais administratifs uniques, etc). Il apparait du coup qu’avec 100 exemplaires, nous aurions du mettre de notre poche. Mais Vinch et moi avions tellement envie de voir Aristide exister entre les mains des lecteurs !

Au-dessus de 200 exemplaires, nous passons chez l’imprimeur dans la tranche supérieure (500 exemplaires). Et là, miracle, chaque exemplaire ne nous coûte plus que 7€ (les autres frais étant identiques). Au total, cela revient à dire que quelque part entre 200 et 300 exemplaires, la campagne s’équilibre financièrement et finance un excès de livres. Nous ne gagnerons pas d’argent directement mais nous pourrons peut-être nous rémunérer en vendant le trop plein d’exemplaires après la campagne (ce qui, après un bref calcul, ne paiera jamais le centième du temps passé sur ce projet mais c’est mieux que d’y aller de notre poche).

À partir de 1000 exemplaires, le livre ne couterait plus que 4€ à fabriquer. Là ça deviendrait vraiment intéressant. Mais encore faut-il les vendre…

C’est peut-être pour ça que j’aime tant publier mes textes sur mon blog en vous encourageant à me soutenir à prix libre sur Tipeee, Patreon ou Liberapay. Vendre, c’est un métier pour lequel je ne suis pas vraiment taillé.

Mais Aristide avait tellement envie de connaître le papier, de se faire caresser par les petites mains pleines de terre et de nourriture, de se faire déchirer dans un excès d’enthousiasme, d’exister dans un moment complice d’où les écrans sont bannis.

Merci de lui permettre cela ! La magie d’Internet, c’est aussi de permettre à deux auteurs d’exister sans avoir le moindre contact dans le monde de l’édition, de permettre à tout le monde de devenir auteur et créateur.

PS: comme nous sommes désormais sûr de le produire 500 exemplaires, n’hésitez pas à recommander Aristide à vos amis. Cela me ferait trop de peine de voir quelques centaines d’exemplaires pourrir dans des cartons ou, pire, être envoyés au pilon ! Plus que 20 jours de campagne !

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L’état expliqué à mon extra-terrestre

Wed, 05 Sep 2018 07:48:22 +0000 - (source)

Lorsque j’ai rencontré XyglZ (de la 3ème nébuleuse), nos conversations nous ont vite menés sur nos modes de vie respectifs. Et l’un des concepts qui l’étonnait le plus était celui d’état. Quoi que je fasse, le principe d’un état levant des impôts lui semblait inintelligible.

— C’est pourtant simple, tentai-je de lui expliquer pour la énième fois. L’état est une somme d’argent mise en commun pour financer les services publics. Chacun verse un pourcentage de ce qu’il gagne à l’état, c’est l’impôt. Plus tu gagnes, plus ton pourcentage est élevé. De cette manière, les riches paient plus.

Expliqué comme cela, rien ne me semblait plus beau, plus simple et plus juste. Jusqu’au moment ou XyglZ (de la 3ème nébuleuse) me demanda comment on calculait ce que chacun gagnait.

— Et bien pour ceux qui reçoivent un salaire fixe d’une seule personne, la question est triviale. Par contre, pour les autres, il s’agit de l’argent gagné moins l’argent dépensé à caractère professionnel.

Disant cela, je réalisai combien définir l’argent gagné en fonction de comment il serait dépensé était absurde.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) releva très vite que cela divisait arbitrairement la société en deux castes : ceux qui touchaient une somme fixe d’une seule autre personne et ceux qui avait des revenus variés. La deuxième caste pouvait grandement diminuer ses impôts en s’arrangeant de dépenser l’argent gagné de manière « professionnelle », cette notion étant arbitrairement floue.

— Mais, tentai-je de justifier, les deux castes peuvent diminuer leurs impôts en dépensant leur argent de certaines manières que le gouvernement souhaite encourager. C’est l’abattement d’impôts.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) remarqua que c’était injuste. Car ceux qui gagnaient moins payaient moins d’impôts. Ils avaient donc moins le loisir de bénéficier de réductions fiscales. La réduction d’impôt bénéficiait donc toujours d’une manière ou d’une autre aux plus riches. Sans compter la complexité que tout cela engendrait.

– En effet, arguais-je. C’est pour cela qu’il me semble juste que l’impôt soit plus important pour ceux qui gagnent plus d’argent.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) n’était pas convaincu. Selon lui, il suffisait de dépenser l’argent de manière professionnelle pour que ces impôts soient inutiles. En fait, ce système encourageait très fortement à gagner le moins d’argent donc à le dépenser professionnellement le plus vite possible. Des comportements économiquement irrationnels devenaient soudainement plus avantageux.

– Et tu ne connais pas la meilleure, ne pus-je m’empêcher d’ajouter. Notre planète est divisée en pays. Chaque pays a des règles complètement différentes. Les riches ont le loisir de s’installer où c’est le plus rentable pour eux, voire de créer des sociétés dans différents pays. Ce n’est pas le cas des plus pauvres.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) émit un son qui, sur sa planète, correspondait à un rire moqueur. Entre deux hoquets, il me demanda comment nous pouvions gérer une telle complexité. Avions-nous des supers ordinateurs gérant toutes nos vies ?

— Non, fis-je. Chaque pays possède une administration importante qui ne sert qu’à appliquer les règles de l’impôt, les calculer et s’assurer que chacun paie. Un pourcentage non-négligeable des habitants d’un pays est employé par cette administration.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) fut visiblement surpris. Il me demanda comment étaient payés ces fonctionnaires si nombreux et capables d’appliquer des procédures si complexes.

– Ils sont payés par l’impôt, fis-je.

XyglZ (de la 3ème nébuleuse) se frappa le front de son tentacule, grimpa dans sa soucoupe et s’envola prestement.

Photo by Jonas Verstuyft on Unsplash

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Le rêve en bocal du jeune apprenti

Tue, 04 Sep 2018 11:53:04 +0000 - (source)

Consciencieusement, le jeune apprenti rangeait les bocaux sur les étagères qui s’entremêlaient à perte de vue.
— Vérifie qu’ils soient bien fermés ! bougonna un vieil homme qui s’affairait dans un grand livre de comptes.
— Bien sûr Monsieur Joutche, je fais toujours attention.
— Tu fais toujours attention mais sais-tu ce qui se passe lorsqu’un pot reste ouvert ?
— euh… Le contenu s’échappe ?
— Et qu’en penses-tu ?
— Je ne vois pas trop le mal Monsieur Joutche. En fait…
— Quoi ?

Le vieillard bondit de sa chaise, renversant l’encrier sur le grand livre. Ses narines palpitaient et il ne parut pas prêter attention au liquide noir qui s’étalait, formant un minuscule lac d’abîmes.

— Ces pots contiennent des rêves, petit imprudent. Rien moins que des rêves. S’ils s’échappent, ils ont alors la possibilité de se réaliser.
Blême et bégayant, l’apprenti tenta de rétorquer.
— Mais c’est bien de réaliser des rêves, non ?
— Tu sais combien ça me coûte de stocker tout ces rêves ? Tu sais combien de rêves sont dans ce magasin ? Et l’anarchie que cela représenterait s’ils se réalisaient tous en même temps ?

Fulminant, il attrapa le jeune homme par la manche et le traina dans une allée. Après quelques détours, ils se plantèrent face à une étagère particulière.
— Regarde ces bocaux ! Ce sont tes rêves à toi.
L’apprenti en était bouche-bée.
— Imagine ce qu’il adviendrait si tout tes rêves pouvaient soudainement se réaliser ?
— Ce serait…
— Non, ce serait terrible ! Crois-moi, il est important de garder les rêves enfermés. Lorsqu’une personne souhaite réaliser l’un de ses rêves, elle vient au magasin. J’analyse alors les conséquences du rêve et je fixe un prix pour le réaliser. De cette manière, tout est sous contrôle.
— Il suffit donc de payer pour voir son rêve se réaliser ?
— Pas vraiment. Une fois le bocal ouvert, le rêve a la possibilité de se réaliser. Mais le sujet doit encore agir pour concrétiser cette réalisation. Nous ne faisons que rendre un rêve possible.
— Et si la personne n’a pas d’argent ?
— Alors on en reste aux petits rêves sans impacts. Tiens, vu que nous sommes la veille de Noël, je fais une réduction et j’offrirai un rêve sans envergure à chaque client qui viendra aujourd’hui.

Le vieillard s’était adouci. Ses yeux pétillaient alors qu’il couvait du regard les rangées de bocaux.

— Mais il est indispensable de contrôler les rêves, de limiter les possibles. Sans cela, nous tomberions dans l’anarchie. C’est pour cela que notre métier est si important. Allez, c’est la veille de Noël, tu as bien travaillé, tu peux rentrer chez toi. Car demain sera une grosse journée. Nous ne pouvons pas fermer le jour de Noël ! Les gens sont enclins à dépenser beaucoup plus pour leurs rêves !

D’un pas lent, l’apprenti laissa ses pas le guider jusqu’à sa petite maison. Il contempla l’âtre éteint de sa petite cheminée et, comme tous les noëls, il déposa ses souliers en adressant une prière muette.

— Père Noël, je ne veux pas de cadeaux, je veux juste que les choses deviennent un peu différentes.

Il se réveilla au petit matin avec un étrange pressentiment. Père Noël l’avait entendu ! Il en était sûr ! Sautant hors de son lit, il se rua dans son petit salon.

Hélas, ses chaussures étaient vides.

Tristement, il s’habilla et les enfila avant de se rendre au magasin. Les allées lui semblèrent bien sombres et silencieuses.
— Monsieur Joutche ?

Intrigué, il se mit à parcourir les rayonnages. Il trouva son patron le visage blême, la bouche grande ouverte juste en face des rêves qu’il lui avait montré, ses propres rêves.
— Tout va bien monsieur Joutche ?

Le vieillard se retourna d’un bond.

— Quoi ? Tu oses remettre les pieds ici ? Dehors ! Je ne veux plus te voir ! Employé indigne ! Jamais je n’ai vu ça en quarante ans de carrière ! Tu m’entends ? Jamais ! Je te flanque à la porte !
— Mais…
— Dehors !

L’apprenti n’osa pas insister mais, avant de s’en retourner, il aperçut les flacons qui contenaient ses rêves. Tous étaient ouverts. Les couvercles avaient disparu ! Il n’y avait pas prêté attention mais cela lui sautait désormais aux yeux : tous les rêves de l’entrepôt s’étaient échappés.
— Dehors ! hurla monsieur Joutche.

Sans demander son reste, l’apprenti se mit à courir. Il sortit du magasin, déboucha sur la rue. Des flocons de neige tournoyait doucement dans le petit matin de Noël.

L’apprenti se mit à sourire.
— Merci Père Noël ! Quel beau cadeau ! murmura-t-il.

Puis, sans se départir de son sourire, il se mit à courir dans la neige en poussant des petits cris de liberté…

Photo by Javardh on Unsplash.

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De notre responsabilité d’individu…

Tue, 28 Aug 2018 12:00:01 +0000 - (source)

Lorsqu’ils collaborent, les individus peuvent accomplir des prouesses. Des prouesses dont personne n’a envie…

La sauvegarde de la planète semble un objectif louable mais devant lequel les individus ne peuvent rien faire d’autre que trier leurs poubelles et acheter du muesli bio en vrac. Une forme d’attentisme se met en place, espérant que les “politiciens” prennent “des décisions”.

Pourtant, les individus sont capables d’accomplir de grandes choses grâce à la coopération. Ils sont par exemple capables de se synchroniser pour déplacer chacun plusieurs tonnes de matériaux excessivement chers (valant parfois plusieurs années de leur travail) afin de bloquer complètement tous les accès à de gigantesques espaces de vie.

Et tout ça deux fois par jour tous les jours de l’année ! Alors qu’aucun individu n’en a pourtant envie et que les fameux politiciens font tout pour l’éviter !

Vu comme cela, les embouteillages quotidiens que nous créons devant les métropoles (car nous ne sommes pas “dans” les embouteillages, nous sommes les embouteillages) sont incroyables de volonté, de coopération et de révolte contre le pouvoir en place.

Imaginez l’énergie nécessaire pour arriver à faire un embouteillage contre la volonté des autorités ! Si des extra-terrestres observent notre planète, ils doivent se demander comment notre espèce arrive à reproduire chaque jour cet incroyable effort en tellement d’endroits du globe.

Par contre, effectivement, même parmi les pseudos écolos qui crient contre le gouvernement, ça continue de fumer, de jeter les mégots par terre (“oups, mais moi, promis, je le fais presque jamais”) et à pester sur Facebook, entre deux publicités ultra ciblées, contre le fait que les politiques ne font rien “pour créer de l’emploi”.

Le changement ne vient jamais d’une quelconque autorité. Les individus doivent apprendre à être critiques, à ouvrir les yeux sur leurs propres actions et à refuser en masse toute autorité, qu’elle soit politique, religieuse, idéologique voire économique. Qu’elle s’impose par la force, comme l’état, par la crédulité, comme la religion ou en s’appuyant sur les neurosciences comme les médias, l’autorité n’a qu’un seul objectif : contrôler vos pensées pour diriger vos actions. Vous faire “dé-penser” pour mieux dépenser et obéir.

En ce sens, tout tentative de “remplacer l’autorité par le même mais en moins pire” ne peut être que vouée à l’échec. Il est temps pour l’humanité d’entrer dans l’ère de l’indépendance intellectuelle. Il est temps de se remettre à re-penser alors que, par une ironie absurde, certains individus mettent leur énergie à lutter contre “l’autorité de la science” (la science n’est pas une autorité mais une méthode) en acceptant sans discuter l’autorité d’un guru sectaire en ouverture de chakras, d’une morale religieuse décatie, d’un politicien local qui paie des bières et du marketing permanent qui nous pousse à consommer.

Au fond, la seule question importante est de savoir à quoi vous voulez contribuer. Dans quoi voulez-vous mettre votre énergie ? Est-ce que vous voulez vraiment dire un jour à vos descendants que “pendant 30 ans, j’ai dépensé mon temps et mon argent pour participer anonymement à la création des plus gros embouteillages de la décennie” ?

Quelles sont les autorités qui vous contrôlent ? À quoi contribuez-vous votre énergie aujourd’hui ? Et à quoi aimeriez-vous plutôt contribuer ?

La réponse ne doit pas être immédiate. C’est justement pour cela qu’il est urgent de commencer à se regarder dans un miroir afin d’observer la seule autorité réellement légitime, la seule à laquelle on devrait obéir : soi-même !

Photo par McKylan Mullins.

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Campagne Ulule : les aventures d’Aristide, le lapin cosmonaute

Thu, 09 Aug 2018 14:04:22 +0000 - (source)

Le problème d’Aristide, c’est qu’il passe un peu trop de temps sur Internet. Et que passer du temps sur Internet, ça donne des idées. Du genre des idées d’aller dans l’espace, d’explorer les planètes et de faire un petit pas pour un lapin mais un grand pas pour la lapinité.

C’est dit, Aristide ne sera pas commercial dans l’entreprise d’exportation de carotte familiale. Il sera cosmonaute !

Pour y arriver, il a besoin de votre aide sur notre campagne de financement participatif.

Né dans l’imagination de votre serviteur et mis en image par le talent graphique de Vinch, les aventures d’Aristide a été conçu pour un livre pour enfant à destination des adultes : texte dense, vocabulaire fouillé, humour absurde et second degré.

Mais n’infantilise-t-on pas un peu trop les enfants ? Eux aussi sont capables de se passionner pour une histoire plus longue, d’apprécier la naïveté colorée d’une conquête spatiale pas comme les autres. Aristide est donc un livre pour enfants pour adultes pour enfants. Avec en filigrane une problématique actuelle : faut-il croire tout ce qu’on lit sur Internet ? Parfois oui, parfois non, parfois cela donne des idées…

Bien que ce projet aie nécessité énormément de travail et d’efforts, nous avons choisi la voie de l’auto-édition afin de réaliser un véritable livre pour enfants (mais pour adultes pour enfants, vous suivez ?) de l’époque Internet. Plutôt que d’optimiser les coûts, nous cherchons avant tout à produire un livre de qualité sur tous les aspects (impression, papier recyclé). Le choix définitif de l’imprimeur n’est d’ailleurs pas arrêté, si jamais vous avez des filons, faites nous signe !

Bref, je pourrais vous parler de ce projet pendant des heures mais, aujourd’hui, on a surtout besoin de votre soutien à la fois financier et à la fois pour diffuser le projet sur les réseaux sociaux (surtout ceux hors-internet, genre les amis, la famille, les parents de l’école, toussa).

De la part d’Aristide, un tout grand merci d’avance !

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SiguéPloum, apprenons et partageons ensemble !

Fri, 06 Apr 2018 07:58:55 +0000 - (source)

J’ai le plaisir de vous annoncer la création de la société SiguéPloum, société co-fondée avec ma partenaire de vie.

Ces 12 derniers mois auront été pour moi une profonde mutation, tant personnelle, que professionnelle. Mon nouveau rôle de père me rappelle sans cesse l’importance de l’éducation, quel que soit l’âge. Au fil des années, les spectateurs de mes conférences et, plus récemment, mes étudiants à l’université m’ont fait prendre conscience de l’importance de partager mes connaissances. Non pas comme une vérité absolue ou une connaissance infaillible mais plutôt comme un instantané de ce que j’ai appris, de ce que je suis aujourd’hui.

Je ne cherche plus à expliquer ce que je connais mais plutôt à partager l’état de mes réflexions sur un sujet avec pour objectif de faire gagner du temps à mon public. Si j’ai mis 5, 10 ou 15 ans pour arriver aux conclusions que je vous partage, vous pouvez vous en emparer pour aller plus vite, les dépasser, aller plus loin.

À travers la société SiguéPloum, ce goût pour le partage de la connaissance et l’éducation devient une profession, un métier.

Vous vous en doutez, parmi mes sujets de prédilection se trouveront toujours la blockchain, les logiciels libres, l’innovation, la futurologie et l’impact des technologies sur la société. C’est donc avec grand plaisir que je continuerai à donner des conférences et des formations sur le sujet.

Mais, grâce à la complicité de ma partenaire, conseiller en prévention des risques psychosociaux de formation, la mission de SiguéPloum s’étend pour permettre aux entreprises comme aux individus de se questionner sur leur organisation, leur impact et l’influence des outils utilisés. À l’heure des questionnements complexes et pluridisciplinaires comme le respect de la vie privée en ligne ou la dépendance numérique et le burn-out, la complémentarité de notre couple nous est apparue comme une force que nous souhaitions partager.

Nous aimerions également partager ces sujets avec les plus jeunes, qui sont souvent la source d’un éclairage nouveau ou de pensées particulièrement originales.

Si SiguéPloum représente une casquette de plus pour le Ploum blogueur, maître de conférence à l’École Polytechnique de Louvain, chercheur et conférencier, j’ai la fierté de dire que toutes ces casquettes ont une mission commune : “Apprendre et partager”.

Apprendre et partager ensemble.

Mon plaisir, ma vocation et, désormais, ma profession.

 

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Pour l’abolition du Like

Sat, 10 Mar 2018 14:06:02 +0000 - (source)

Le like est lâche, inutile, paresseux. Il ne sert à rien, il nous entretient dans un état d’hébétude.

Je ne suis pas assez courageux pour assumer, pour repartager à mon audience. Je ne suis pas assez volontaire pour répondre à l’auteur. Alors je like. Et je cherche à augmenter mon nombre de like. Ou de followers qui, subtilement, sont d’ailleurs représentés par des likes sur les pages Facebook.

Je ne cherche plus qu’à flatter mon égo et, grand prince, j’octroie parfois un peu d’ego bon marché à d’autres. Tenez, manants ! Voici un like, vous m’avez amusé, ému ou touché ! Votre cause est importante et mérite mon misérable et inutile like.

Je veux aller vite. Je consomme sans réfléchir. Je like une photo pour l’émotion qu’elle suscite immédiatement mais sans jamais creuser vraiment, sans réfléchir à ce que cela veut dire réellement.

Mon esprit critique fond, disparait, enfoui sous les likes, ce qui est une aubaine pour les publicitaires. Et puis, j’en viens à acheter des likes. Des likes qui ne veulent plus rien dire, des followers qui n’existent pas.

Forcément, à partir du moment où une observable (le nombre de likes) est censée représenter un concept beaucoup plus ardu (la popularité, le succès), le système va tout faire pour maximiser l’observable en le décorellant de ce qu’elle représente.

Les followers et les likes sont désormais tous faux. Ils n’ont que la signification religieuse que nous leur accordons. Nous sommes dans notre petite bulle, à interagir avec quelques idées qui nous flattent, qui nous brossent dans le sens du poil, qui nous rendent addicts. Peut-être pas encore assez addicts selon certains qui se font une fierté de rendre cette addiction encore plus importante.

Il faut sortir de cette spirale infernale.

Le prochain réseau social, le réseau enfin social sera anti-like. Il n’y aura pas de likes. Juste un repartage, une réponse ou un micropaiement libre. Pas de statistiques, pas de compteur de repartarges, pas de nombre de “personnes atteintes”.

Je vais même plus loin : il n’y aura pas de compteurs de followers ! Certains followers pourraient même vous suivre de manière invisible (vous ne savez pas qu’ils vous suivent). Finie la course à l’audience artificielle. Notre valeur viendra de notre contenu, pas de notre pseudo popularité.

Lorsque ce réseau verra le jour, l’utiliser paraîtra angoissant, vide de sens. Nous aurons l’impression que nos écrits, nos paroles s’enfoncent dans un puit sans fond. Suis-je lu ? Suis-je dans le vide ? Paradoxalement, ce vide pourrait peut-être nous permettre de reconquérir la parole que nous avons laissée aux publicitaires en échange d’un peu d’égo, nous libérer de nos prisons de populisme en 140 caractères. Et, parfois, miraculeusement, quelques centimes d’une quelconque cryptomonnaie viendront nous remercier pour nos partages. Anonymes, anodins. Mais tellement signifiants.

La première version d’un réseau de ce type existe depuis des siècles. On l’appelle “le livre”. Initialement, il a été réservé à une élite minoritaire. En se popularisant, il a été corrompu, transformé en machine commerciale pleine de statistiques qui tentent d’imprimer des millions de fois les quelques mêmes livres appelés “best-sellers”. Mais le vrai libre, le livre anti-like existe toujours, indépendant, auto-édité, attendant son heure pour renaître sur nos réseaux, sur nos liseuses.

Le livre du 21ème siècle est là, dans nos imaginations, sous nos claviers, attendant un réseau qui conjuguerait la simplicité d’un Twitter et la profondeur d’un fichier epub, qui mélangerait l’esprit d’un Mastodon et d’un Liberapay. Qui serait libre, décentralisé, incensurable, incontrôlable. Et qui bannirait à jamais l’effroyable, l’antisocial bouton “like”, celui qui a transformé nos velléités de communiquer en pleutres interactions monétisées par les publicitaires.

Photo by Alessio Lin on Unsplash

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Le Bitcoin va-t-il détruire la planète ?

Mon, 05 Mar 2018 07:16:25 +0000 - (source)

Article co-rédigé avec Mathieu Jamar.

Vous n’avez pas pu manquer les nombreux articles qui comparent la consommation énergétique du réseau Bitcoin à celui de différents pays. Et tous d’insister sur la catastrophe écologique qu’est le Bitcoin.

Bitcoin consomme plus que tous les pays en orange ! Horreur !

Si le Bitcoin consomme autant d’électricité que le Maroc, c’est une catastrophe, non ?

Non.

« Bitcoin pollue énormément et va détruire la planète » est au Bitcoin ce que « Les étrangers piquent notre boulot » est à l’immigration. Une croyance facile à instiller mais fausse sur tellement de niveaux que ça en devient difficile d’énumérer les différentes erreurs. Ce que je vais pourtant tenter de faire.

Pour simplifier, je vais diviser les erreurs de raisonnement en quatre parties :
1. La fausse simplification consommation équivaut à pollution
2. On ne compare que ce qui est comparable
3. Non, l’énergie du Bitcoin n’est pas gaspillée
4. L’optimisation en ingénierie

Consommation électrique n’est pas pollution

En tout premier lieu, consommer de l’électricité ne pollue pas. Ce qui pollue, ce sont certains moyens de production d’électricité.

C’est pareil, me direz-vous. Et bien pas du tout !

Vous êtes certainement convaincu que les voitures électriques, qui consomment de l’électricité, sont un atout dans la préservation de l’environnement. Or, selon les conditions, une Tesla consommerait entre entre 5000 et 10.000kWh pour 20/30.000 km par an.

Cela veut dire que si la moitié des automobilistes d’un petit pays comme la Belgique achetait une Tesla, cette moitié consommerait à elle seule plus que toute la consommation du Bitcoin ! Et je ne parle que de la moitié d’un tout petit pays ! Vous imaginez la catastrophe si il y’avait plus de Tesla ?

Mais trêve de comparaison foireuse, pourquoi est-ce que la consommation électrique n’est pas nécessairement polluante ? Et pourquoi les voitures électriques sont écologiquement intéressantes ?

Premièrement parce que parfois l’électricité est là et inutilisée. C’est le cas des panneaux solaires, des barrages hydro-électriques ou des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité, quoi qu’il arrive. On ne peut pas faire ON/OFF. Et l’électricité est pour le moment difficilement transportable.

Selon une étude de Bitmex, une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau. Je répète : le Bitcoin a bénéficié d’une grande quantité d’électricité non-utilisée et donc très bon marché, écologiquement comme économiquement.

Dans certains cas, diminuer la consommation électrique peut même être problématique. Lors de mes études, on m’a raconté que l’éclairage outrancier des autoroutes belges a été conçu pour absorber l’excédent électrique des centrales nucléaires durant la nuit. Je ne sais pas si c’est vrai mais cela était affirmé comme tel par des professeurs d’université.

En deuxième lieu, si on se concentre uniquement sur la pollution de CO2 (qui est loin d’être la seule pollution mais la plus médiatique actuellement), il est tout simplement impossible de faire une équivalence: autant d’électricité produite équivaut à autant de CO2 produit. En effet, le CO2 produit dépend complètement du moyen de production utilisé. Pire, chaque atome de CO2 n’est pas équivalent ! Comme je l’expliquais, le seul CO2 problématique est celui qui provient du carbone fossile (charbon, pétrole, gaz). Le reste est du carbone est déjà présent dans le cycle naturel du carbone (le CO2 de votre respiration ou celui produit par une centrale à cogénération par exemple).

Alors je sais qu’on nous lave le cerveau depuis des années avec “consommer de l’électricité, c’est mal, il faut éteindre les lumières” mais c’est un raccourci très très très raccourci qui peut parfois être faux. Dans son livre “Sapiens”, Harari affirme que tenter de consommer moins d’électricité n’a aucun sens. Ce qu’il faut améliorer, ce sont les moyens de production. Il ajoute que quelques kilomètres carrés de panneaux solaires dans le Sahara suffirait à alimenter toute la planète. Cette solution n’est malheureusement pas réalisable en l’état car l’électricité reste difficile à déplacer sur de grandes distances mais cela illustre bien que le challenge est dans l’amélioration de la production et du transport, pas dans une hypothétique réduction de la consommation.

Bref, pour résumer, il est tout simplement faux de dire que consommer de l’électricité pollue. Cela peut être parfois (ou souvent) le cas mais c’est très loin d’être une vérité générale.

Et oui, c’est très difficile à admettre quand ça fait 10 ans qu’on met des ampoules écolos et qu’on mesure chaque kilowattheure de sa maison pour se sentir l’âme d’un sauveur de planète. Mais ces actions n’ont qu’un impact infime par rapport à d’autres actions individuelles (par exemple réduire l’utilisation d’une voiture à essence).

Comparons ce qui est comparable

Les comparaisons que j’ai vue sont toutes plus absurdes que les autres. Bitcoin consommerait autant que le Maroc. La consommation du Bitcoin aurait annulé les bénéfices de l’obligation des ampoules économiques en Europe. Voire “Bitcoin consommerait plus que 159 pays” (en oubliant de préciser qu’il s’agit d’un classement, pas de la somme de ces pays).

Dit comme ça, ça paraît catastrophique.

Mais vous savez combien consomme le Maroc, vous ? Vous savez que le Maroc a 33 millions d’habitants et qu’on estime entre 13 et 30 millions le nombre d’utilisateurs de Bitcoin ? Bref que l’ordre de grandeur est tout à fait comparable !

Quand aux ampoules, cela ne veut-il pas dire tout simplement que cette mesure d’obligation des ampoules économiques est tout simplement une mesurette qui n’a pas servi à grand chose en termes d’économie ? Je ne dis pas que c’est une éventualité tout à fait plausible.

Bref, il faut comparer ce qui est comparable.

Aujourd’hui, Bitcoin est avant tout un système d’échange de valeur. Il se compare donc aux monnaies, au banque et à l’or.

Surprise, le Bitcoin consomme à peine plus que la production des pièces de monnaies et des billets de banque ! Or, rappelons que les pièces et billets ne représentent que 8% de la masse monétaire totale et plus spécifiquement 6,2% pour la zone euro.

Il consomme également près de 8 fois moins que l’extraction de l’or ou 50 fois moins que la production de l’aluminium. Or, outre la consommation énergétique, l’extraction de l’or est extrêmement contaminante (notamment en termes de métaux lourds comme le mercure).

Source : @beetcoin

La pollution liée à l’or semble d’autant plus inutile quand on sait que 17% de tout l’or extrait dans l’histoire de l’humanité est entreposé dans les coffres des états et ne bougent pas. Comme le disait Warren Buffet, l’or est extrait d’un trou en Afrique pour être mis dans un trou gardé jour et nuit dans un autre pays. Si on ajoute à cela l’or acheté par des particuliers (pour garder dans un coffre ou planquer sous un matelas) ou utilisé dans la joaillerie (dont l’utilité est donc uniquement esthétique), il ne reste que 10% de la production annuelle d’or qui est utilisé dans l’industrie !

Si Bitcoin remplaçait l’or stocké dans des coffres, même partiellement, ce serait donc une merveille d’écologie, comparable au remplacement de toutes les voitures à essence du monde par des voitures électriques.

Et s’il fallait comparer Bitcoin au système bancaire, avec ses milliers d’immeubles refroidis à l’air conditionnés, ses millions d’employés qui viennent bosser en voiture (ou en jets privés), je pense que le Bitcoin ne paraîtrait plus écologique mais tout simplement miraculeux.

Sans compter que nous n’en somme qu’au début ! Bitcoin a le potentiel pour devenir une véritable plateforme décentralisée qui pourrait remplacer complètement le web tel que nous le connaissons et modifier notre interactions sociales et politiques : votes, communications, échanges sans possibilité de contrôle d’une autorité centralisée.

Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la consommation énergétique d’un Youtube qui sert essentiellement à vous afficher des pubs entre deux vidéos rigolotes (et donc de vous faire consommer et polluer plus) ? Et bien la consommation des data-centers de Google en 2015 était supérieure à la consommation du Bitcoin en 2017 ! Cela n’inclut pas les consommations des routeurs intermédiaires, de vos ordinateurs/téléphones/tablettes ni de tous les bureaux de Google autres que les data centers !

Face à ces nombres, quelle est selon vous la consommation acceptable pour une plateforme décentralisée mondiale capable de remplacer l’extraction hyper polluante de l’or, les banques, l’Internet centralisés voire même les états ? Ou, tout simplement, de protéger certaines de nos libertés fondamentales ? Avant de critiquer la consommation de Bitcoin, il est donc nécessaire de quantifier à combien nous estimons une consommation « normale » pour un tel système.

Un gaspillage d’énergie ?

Une autre incompréhension, plus subtile celle-là, est que l’énergie du Bitcoin est gaspillée. Il est vrai que les mineurs cherchent tous à résoudre un problème mathématique compliqué et consomment tous de l’électricité mais que seul le premier à trouver la solution gagne et il faut à chaque fois tout reprendre à zéro.

Vu comme ça, cela parait du gaspillage.

Mais la compétition entre mineurs est un élément essentiel qui garantit la décentralisation du Bitcoin. Si les mineurs se mettaient d’accord pour coopérer, ils auraient le contrôle sur le réseau qui ne serait plus décentralisé.

Ce “gaspillage”, appelé “Proof of Work”, est donc un élément fondamental. Chaque watt utilisé l’est afin de garantir la décentralisation du système Bitcoin.

Ce serait comme dire que les policiers doivent rester enfermés dans leur commissariat et n’en sortir qu’après un appel. Les rondes en voiture sont en effet polluantes et essentiellement inutiles (seules un pourcentage infime des rondes en voitures aboutit à une intervention policière). Pourtant, nous acceptons que les rondes de police « inutiles » sont un élément essentiel de la sécurité d’une ville ou d’un quartier (moyennant que vous ayez confiance envers les forces de police).

Pour Bitcoin, c’est pareil : les calculs inutiles garantissent la sécurité et la décentralisation. Des alternatives au Proof of Work sont étudiées mais aucune n’a encore été démontrée comme fonctionnelle. Il n’est même pas encore certain que ces alternatives soient possibles !

L’optimisation, une étape nécessairement tardive

Une des règles majeurs d’ingénierie c’est qu’avant d’optimiser quoi que ce soit dans un projet, il faut garantir que le projet est correct.

On n’essaie pas de rendre plus rapide un programme informatique qui renvoie des valeurs erronnées. On ne rend pas plus aérodynamique un avion qui ne vole pas. On n’essaie pas de limiter la consommation d’un moteur qui ne démarre pas.

Lors de la phase expérimentale, la consommation de ressources est maximale.

Elon Musk a utilisé toute une fusée juste pour envoyer une voiture dans l’espace. Non pas par gaspillage mais parce que concevoir une fusée nécessite des tests “à vide”.

Bitcoin est encore dans cette phase expérimentale. Le système est tellement complexe et se doit de garantir une telle sécurité qu’il doit d’abord prouver qu’il fonctionne avant qu’on envisage d’optimiser sa consommation en électricité. Comme le disait Antonopoulos, dire “En 2020, le Bitcoin consommera plus que tout la consommation actuelle mondiale” revient à dire à une femme enceinte “Madame, à ce rythme, dans 5 ans, votre ventre aura la taille de la pièce”.

Donc oui, comme tout système humain, le Bitcoin pourrait sans doute polluer moins. Et je suis certains que, dans les prochaines années, des propositions en ce sens vont voir le jour. C’est d’ailleurs déjà le cas si on considère la consommation liée au nombre de transactions car l’amélioration “Lightning Network” va permettre de réaliser des milliers de transactions Bitcoin pour un coût quasi nul, y compris en termes de consommation électrique. Mais les comparaisons coût par transaction sont de toutes façons pour la plupart malhonnêtes car elles ne prennent généralement pas en compte toute l’infrastructure bancaire sur laquelle s’appuient les solutions comme VISA ou MasterCard.

Une autre règle de l’optimisation est qu’avant toute optimisation, il faut mesurer pour tenter d’optimiser les points les plus critiques. En effet, rien ne sert de diminuer de même 90% la consommation électrique des ampoules si les ampoules ne représentent que 0,01% de la consommation globale mais que l’air conditionné, par exemple, représente 30% de la consommation globale. J’invente les chiffres mais ça vous donne une idée. C’est un principe bien connu des développeurs informatiques qui, après des jours à diviser par deux le temps d’une fonction, se rendent compte que cette fonction ne prend qu’un millième du temps total d’exécution. Il s’ensuit qu’avant de chercher à optimiser Bitcoin à tout prix, il est nécessaire de voir quelle sera sa consommation lors des utilisations futures et mesurer si c’est bien lui qui consomme le plus. Cela pourrait être nos smartphones. Ou ces écrans publicitaires lumineux qui nous aveuglent la nuit.

Pourquoi un tel acharnement ?

J’espère qu’à ce point de la lecture, vous avez compris le nombre d’erreurs de logique nécessaires pour arriver à la conclusion “Bitcoin est un monstre de pollution qui va détruire le monde et les bébés phoques”.

Mais du coup, pourquoi un tel acharnement ?

Pour deux raisons.

Premièrement, c’est du sensationnalisme et ça se vend. Dire “Le Bitcoin consomme autant que le Maroc” ne veut rien dire rationnellement mais ça fait réagir, ça pousse les gens à s’indigner, à partager l’article et à faire vivre les publicitaires qui financent les médias. Avez-vous une idée de la consommation électrique qu’engendre la publicité sur le net ?

Le deuxième point c’est que les médias sont financés par les publicitaires et par les états. Tout ce petit monde pressent bien que le Bitcoin peut bouleverser les choses. Nulle théorie du complot nécessaire ici, mais il va sans dire qu’un sujet qui décrédibilise une technologie dangereuse pour la souveraineté des états et qui verse dans le sensationnalisme est du pain béni. La peur et l’ignorance sont devenus les deux moteurs de la presse qui n’est plus qu’une machine à manipuler nos émotions.

Vous lirez rarement des articles dont le titre est “Le Bitcoin a consommé moins en 2017 que les datacenters Google en 2015” ou “Si la moitié du parc automobile belge était des Tesla, elles consommeraient plus que le réseau Bitcoin”. Ces titres ne sont pourtant pas moins faux que ceux que vous lisez habituellement. Mais écrire un article comme celui que vous êtes en train de lire en ce moment demande à la fois de la compétence et du temps. Le temps est un luxe que les journalistes, acculés par la rentabilité publicitaire, ne peuvent plus se permettre. Si nous devions facturer notre travail, aucun média financé par la publicité ne pourrait nous rétribuer le temps passé à un tarif raisonnable.

Moralité

De manière étonnante, les personnes les plus convaincues que le Bitcoin est une catastrophe écologique sont celles qui ne connaissent absolument rien au domaine.

Dans la littérature académique, on peut même lire que, potentiellement, le Bitcoin pourrait devenir la manière la plus efficace de transformer de l’électricité en argent, empêchant les états de subsidier l’électricité afin de maintenir un prix artificiellement bas et d’attirer les grosses usines. À terme, le Bitcoin pourrait donc forcer une optimisation du réseau électrique mondial et favoriser le développement des productions d’électricité plus locales, moins centralisées (voir par exemple “Bitcoin and Cryptocurrency Technologies”, p. 122-123, par Narayanan, Bonneau, Felten, Miller et Goldfeder).

Il n’est pas impossible que le Bitcoin signe la fin des centrales à charbon et des méga centrales nucléaires. Mais ce genre de possibilité n’est tout simplement jamais évoquée dans les feuilles de chou sponsorisée par l’état et les vendeurs de voitures.

Ce simple exemple devrait vous alerter sur la facilité avec laquelle nous sommes manipulés, avec laquelle on nous fait avaler n’importe quoi, surtout sur des domaines que nous ne connaissons pas.

Et si vous avez investi dans un « concurrent à Bitcoin qui est écologique et qui va dépasser Bitcoin », et bien, aussi dur à admettre que cela puisse être, vous vous êtes probablement fait avoir (ce qui ne vous empêchera peut-être pas de faire des bénéfices sur le dos d’autres investisseurs arrivés après vous).

Alors, oui, le Bitcoin consomme de l’électricité. Mais c’est normal, c’est un système très complexe qui offre énormément de choses. Il consomme cependant moins d’électricité que bien d’autres systèmes que nous acceptons et qui sont certainement moins utiles ou qui n’ont pas été sélectionnés comme tête de turc par les médias. Vous avez souvent lu des articles sur la consommation électrique de l’industrie de l’or, de l’aluminium ou de l’industrie du surgelé ? Et si, en fait, pour ce qu’il propose le Bitcoin était extrêmement écologique ?

Ce n’est pas une raison pour ne pas encourager les améliorations visant à ce que Bitcoin consomme moins. Mais peut-être qu’on peut arrêter de ne se tourner que sur cet aspect et se concentrer sur des questions certainement plus intéressantes. Par exemple : qu’est-ce que le Bitcoin (ou ses successeurs) va changer dans nos vies et nos sociétés ?

 

UPDATE 10 avril 2018 : suppression d’un paragraphe qui disait de manière erronée qu’un moteur à essence est plus efficace qu’un moteur électrique. C’est bien entendu faux.

 

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