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SiguéPloum, apprenons et partageons ensemble !

Fri, 06 Apr 2018 07:58:55 +0000 - (source)

J’ai le plaisir de vous annoncer la création de la société SiguéPloum, société co-fondée avec ma partenaire de vie.

Ces 12 derniers mois auront été pour moi une profonde mutation, tant personnelle, que professionnelle. Mon nouveau rôle de père me rappelle sans cesse l’importance de l’éducation, quel que soit l’âge. Au fil des années, les spectateurs de mes conférences et, plus récemment, mes étudiants à l’université m’ont fait prendre conscience de l’importance de partager mes connaissances. Non pas comme une vérité absolue ou une connaissance infaillible mais plutôt comme un instantané de ce que j’ai appris, de ce que je suis aujourd’hui.

Je ne cherche plus à expliquer ce que je connais mais plutôt à partager l’état de mes réflexions sur un sujet avec pour objectif de faire gagner du temps à mon public. Si j’ai mis 5, 10 ou 15 ans pour arriver aux conclusions que je vous partage, vous pouvez vous en emparer pour aller plus vite, les dépasser, aller plus loin.

À travers la société SiguéPloum, ce goût pour le partage de la connaissance et l’éducation devient une profession, un métier.

Vous vous en doutez, parmi mes sujets de prédilection se trouveront toujours la blockchain, les logiciels libres, l’innovation, la futurologie et l’impact des technologies sur la société. C’est donc avec grand plaisir que je continuerai à donner des conférences et des formations sur le sujet.

Mais, grâce à la complicité de ma partenaire, conseiller en prévention des risques psychosociaux de formation, la mission de SiguéPloum s’étend pour permettre aux entreprises comme aux individus de se questionner sur leur organisation, leur impact et l’influence des outils utilisés. À l’heure des questionnements complexes et pluridisciplinaires comme le respect de la vie privée en ligne ou la dépendance numérique et le burn-out, la complémentarité de notre couple nous est apparue comme une force que nous souhaitions partager.

Nous aimerions également partager ces sujets avec les plus jeunes, qui sont souvent la source d’un éclairage nouveau ou de pensées particulièrement originales.

Si SiguéPloum représente une casquette de plus pour le Ploum blogueur, maître de conférence à l’École Polytechnique de Louvain, chercheur et conférencier, j’ai la fierté de dire que toutes ces casquettes ont une mission commune : “Apprendre et partager”.

Apprendre et partager ensemble.

Mon plaisir, ma vocation et, désormais, ma profession.

 

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.


Pour l’abolition du Like

Sat, 10 Mar 2018 14:06:02 +0000 - (source)

Le like est lâche, inutile, paresseux. Il ne sert à rien, il nous entretient dans un état d’hébétude.

Je ne suis pas assez courageux pour assumer, pour repartager à mon audience. Je ne suis pas assez volontaire pour répondre à l’auteur. Alors je like. Et je cherche à augmenter mon nombre de like. Ou de followers qui, subtilement, sont d’ailleurs représentés par des likes sur les pages Facebook.

Je ne cherche plus qu’à flatter mon égo et, grand prince, j’octroie parfois un peu d’ego bon marché à d’autres. Tenez, manants ! Voici un like, vous m’avez amusé, ému ou touché ! Votre cause est importante et mérite mon misérable et inutile like.

Je veux aller vite. Je consomme sans réfléchir. Je like une photo pour l’émotion qu’elle suscite immédiatement mais sans jamais creuser vraiment, sans réfléchir à ce que cela veut dire réellement.

Mon esprit critique fond, disparait, enfoui sous les likes, ce qui est une aubaine pour les publicitaires. Et puis, j’en viens à acheter des likes. Des likes qui ne veulent plus rien dire, des followers qui n’existent pas.

Forcément, à partir du moment où une observable (le nombre de likes) est censé représenté un concept beaucoup plus ardu (la popularité, le succès), le système va tout faire pour maximiser l’observable en le décorellant de ce qu’elle représente.

Les followers et les likes sont désormais tous faux. Ils n’ont que la signification religieuse que nous leur accordons. Nous sommes dans notre petite bulle, à interagir avec quelques idées qui nous flattent, qui nous brossent dans le sens du poil, qui nous rendent addicts. Peut-être pas encore assez addicts selon certains qui se font une fierté de rendre cette addiction encore plus importante.

Il faut sortir de cette spirale infernale.

Le prochain réseau social, le réseau enfin social sera anti-like. Il n’y aura pas de likes. Juste un repartage, une réponse ou un micropaiement libre. Pas de statistiques, pas de compteur de repartarges, pas de nombre de “personnes atteintes”.

Je vais même plus loin : il n’y aura pas de compteurs de followers ! Certains followers pourraient même vous suivre de manière invisible (vous ne savez pas qu’ils vous suivent). Finie la course à l’audience artificielle. Notre valeur viendra de notre contenu, pas de notre pseudo popularité.

Lorsque ce réseau verra le jour, l’utiliser paraitra angoissant, vide de sens. Nous aurons l’impression que nos écrits, nos paroles s’enfoncent dans un puit sans fond. Suis-je lu ? Suis-je dans le vide ? Paradoxalement, ce vide pourrait peut-être nous permettre de reconquérir la parole que nous avons laissée aux publicitaires en échange d’un peu d’égo, nous libérer de nos prisons de populisme en 140 caractères. Et, parfois, miraculeusement, quelques centimes d’une quelconque cryptomonnaie viendront nous remercier pour nos partages. Anonymes, anodins. Mais tellement signifiants.

La première version d’un réseau de ce type existe depuis des siècles. On l’appelle “le livre”. Initialement, il a été réservé à une élite minoritaire. En se popularisant, il a été corrompu, transformé en machine commerciale pleine de statistiques qui tente d’imprimer des millions de fois les quelques mêmes livres appelés “best-sellers”. Mais le vrai libre, le livre anti-like existe toujours, indépendant, auto-édité, attendant son heure pour renaître sur nos réseaux, sur nos liseuses.

Le livre du 21ème siècle est là, dans nos imaginations, sous nos claviers, attendant un réseau qui conjuguerait la simplicité d’un Twitter et la profondeur d’un fichier epub, qui mélangerait l’esprit d’un Mastodon et d’un Liberapay. Qui serait libre, décentralisé, incensurable, incontrôlable. Et qui bannirait à jamais l’effroyable, l’antisocial bouton “like”, celui qui a transformé nos véléités de communiquer en pleutres interactions monétisées par les publicitaires.

 

Photo by Alessio Lin on Unsplash

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Le Bitcoin va-t-il détruire la planète ?

Mon, 05 Mar 2018 07:16:25 +0000 - (source)

Article co-rédigé avec Mathieu Jamar.

Vous n’avez pas pu manquer les nombreux articles qui comparent la consommation énergétique du réseau Bitcoin à celui de différents pays. Et tous d’insister sur la catastrophe écologique qu’est le Bitcoin.

Bitcoin consomme plus que tous les pays en orange ! Horreur !

Si le Bitcoin consomme autant d’électricité que le Maroc, c’est une catastrophe, non ?

Non.

« Bitcoin pollue énormément et va détruire la planète » est au Bitcoin ce que « Les étrangers piquent notre boulot » est à l’immigration. Une croyance facile à instiller mais fausse sur tellement de niveaux que ça en devient difficile d’énumérer les différentes erreurs. Ce que je vais pourtant tenter de faire.

Pour simplifier, je vais diviser les erreurs de raisonnement en quatre parties :
1. La fausse simplification consommation équivaut à pollution
2. On ne compare que ce qui est comparable
3. Non, l’énergie du Bitcoin n’est pas gaspillée
4. L’optimisation en ingénierie

Consommation électrique n’est pas pollution

En tout premier lieu, consommer de l’électricité ne pollue pas. Ce qui pollue, ce sont certains moyens de production d’électricité.

C’est pareil, me direz-vous. Et bien pas du tout !

Vous êtes certainement convaincu que les voitures électriques, qui consomment de l’électricité, sont un atout dans la préservation de l’environnement. Or, selon les conditions, une Tesla consommerait entre entre 5000 et 10.000kWh pour 20/30.000 km par an.

Cela veut dire que si la moitié des automobilistes d’un petit pays comme la Belgique achetait une Tesla, cette moitié consommerait à elle seule plus que toute la consommation du Bitcoin ! Et je ne parle que de la moitié d’un tout petit pays ! Vous imaginez la catastrophe si il y’avait plus de Tesla ?

Mais trêve de comparaison foireuse, pourquoi est-ce que la consommation électrique n’est pas nécessairement polluante ? Et pourquoi les voitures électriques sont écologiquement intéressantes ?

Premièrement parce que parfois l’électricité est là et inutilisée. C’est le cas des panneaux solaires, des barrages hydro-électriques ou des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité, quoi qu’il arrive. On ne peut pas faire ON/OFF. Et l’électricité est pour le moment difficilement transportable.

Selon une étude de Bitmex, une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau. Je répète : le Bitcoin a bénéficié d’une grande quantité d’électricité non-utilisée et donc très bon marché, écologiquement comme économiquement.

Dans certains cas, diminuer la consommation électrique peut même être problématique. Lors de mes études, on m’a raconté que l’éclairage outrancier des autoroutes belges a été conçu pour absorber l’excédent électrique des centrales nucléaires durant la nuit. Je ne sais pas si c’est vrai mais cela était affirmé comme tel par des professeurs d’université.

En deuxième lieu, si on se concentre uniquement sur la pollution de CO2 (qui est loin d’être la seule pollution mais la plus médiatique actuellement), il est tout simplement impossible de faire une équivalence: autant d’électricité produite équivaut à autant de CO2 produit. En effet, le CO2 produit dépend complètement du moyen de production utilisé. Pire, chaque atome de CO2 n’est pas équivalent ! Comme je l’expliquais, le seul CO2 problématique est celui qui provient du carbone fossile (charbon, pétrole, gaz). Le reste est du carbone est déjà présent dans le cycle naturel du carbone (le CO2 de votre respiration ou celui produit par une centrale à cogénération par exemple).

Alors je sais qu’on nous lave le cerveau depuis des années avec “consommer de l’électricité, c’est mal, il faut éteindre les lumières” mais c’est un raccourci très très très raccourci qui peut parfois être faux. Dans son livre “Sapiens”, Harari affirme que tenter de consommer moins d’électricité n’a aucun sens. Ce qu’il faut améliorer, ce sont les moyens de production. Il ajoute que quelques kilomètres carrés de panneaux solaires dans le Sahara suffirait à alimenter toute la planète. Cette solution n’est malheureusement pas réalisable en l’état car l’électricité reste difficile à déplacer sur de grandes distances mais cela illustre bien que le challenge est dans l’amélioration de la production et du transport, pas dans une hypothétique réduction de la consommation.

Bref, pour résumer, il est tout simplement faux de dire que consommer de l’électricité pollue. Cela peut être parfois (ou souvent) le cas mais c’est très loin d’être une vérité générale.

Et oui, c’est très difficile à admettre quand ça fait 10 ans qu’on met des ampoules écolos et qu’on mesure chaque kilowattheure de sa maison pour se sentir l’âme d’un sauveur de planète. Mais ces actions n’ont qu’un impact infime par rapport à d’autres actions individuelles (par exemple réduire l’utilisation d’une voiture à essence).

Comparons ce qui est comparable

Les comparaisons que j’ai vue sont toutes plus absurdes que les autres. Bitcoin consommerait autant que le Maroc. La consommation du Bitcoin aurait annulé les bénéfices de l’obligation des ampoules économiques en Europe. Voire “Bitcoin consommerait plus que 159 pays” (en oubliant de préciser qu’il s’agit d’un classement, pas de la somme de ces pays).

Dit comme ça, ça paraît catastrophique.

Mais vous savez combien consomme le Maroc, vous ? Vous savez que le Maroc a 33 millions d’habitants et qu’on estime entre 13 et 30 millions le nombre d’utilisateurs de Bitcoin ? Bref que l’ordre de grandeur est tout à fait comparable !

Quand aux ampoules, cela ne veut-il pas dire tout simplement que cette mesure d’obligation des ampoules économiques est tout simplement une mesurette qui n’a pas servi à grand chose en termes d’économie ? Je ne dis pas que c’est une éventualité tout à fait plausible.

Bref, il faut comparer ce qui est comparable.

Aujourd’hui, Bitcoin est avant tout un système d’échange de valeur. Il se compare donc aux monnaies, au banque et à l’or.

Surprise, le Bitcoin consomme à peine plus que la production des pièces de monnaies et des billets de banque ! Or, rappelons que les pièces et billets ne représentent que 8% de la masse monétaire totale et plus spécifiquement 6,2% pour la zone euro.

Il consomme également près de 8 fois moins que l’extraction de l’or ou 50 fois moins que la production de l’aluminium. Or, outre la consommation énergétique, l’extraction de l’or est extrêmement contaminante (notamment en termes de métaux lourds comme le mercure).

Source : @beetcoin

La pollution liée à l’or semble d’autant plus inutile quand on sait que 17% de tout l’or extrait dans l’histoire de l’humanité est entreposé dans les coffres des états et ne bougent pas. Comme le disait Warren Buffet, l’or est extrait d’un trou en Afrique pour être mis dans un trou gardé jour et nuit dans un autre pays. Si on ajoute à cela l’or acheté par des particuliers (pour garder dans un coffre ou planquer sous un matelas) ou utilisé dans la joaillerie (dont l’utilité est donc uniquement esthétique), il ne reste que 10% de la production annuelle d’or qui est utilisé dans l’industrie !

Si Bitcoin remplaçait l’or stocké dans des coffres, même partiellement, ce serait donc une merveille d’écologie, comparable au remplacement de toutes les voitures à essence du monde par des voitures électriques.

Et s’il fallait comparer Bitcoin au système bancaire, avec ses milliers d’immeubles refroidis à l’air conditionnés, ses millions d’employés qui viennent bosser en voiture (ou en jets privés), je pense que le Bitcoin ne paraîtrait plus écologique mais tout simplement miraculeux.

Sans compter que nous n’en somme qu’au début ! Bitcoin a le potentiel pour devenir une véritable plateforme décentralisée qui pourrait remplacer complètement le web tel que nous le connaissons et modifier notre interactions sociales et politiques : votes, communications, échanges sans possibilité de contrôle d’une autorité centralisée.

Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la consommation énergétique d’un Youtube qui sert essentiellement à vous afficher des pubs entre deux vidéos rigolotes (et donc de vous faire consommer et polluer plus) ? Et bien la consommation des data-centers de Google en 2015 était supérieure à la consommation du Bitcoin en 2017 ! Cela n’inclut pas les consommations des routeurs intermédiaires, de vos ordinateurs/téléphones/tablettes ni de tous les bureaux de Google autres que les data centers !

Face à ces nombres, quelle est selon vous la consommation acceptable pour une plateforme décentralisée mondiale capable de remplacer l’extraction hyper polluante de l’or, les banques, l’Internet centralisés voire même les états ? Ou, tout simplement, de protéger certaines de nos libertés fondamentales ? Avant de critiquer la consommation de Bitcoin, il est donc nécessaire de quantifier à combien nous estimons une consommation « normale » pour un tel système.

Un gaspillage d’énergie ?

Une autre incompréhension, plus subtile celle-là, est que l’énergie du Bitcoin est gaspillée. Il est vrai que les mineurs cherchent tous à résoudre un problème mathématique compliqué et consomment tous de l’électricité mais que seul le premier à trouver la solution gagne et il faut à chaque fois tout reprendre à zéro.

Vu comme ça, cela parait du gaspillage.

Mais la compétition entre mineurs est un élément essentiel qui garantit la décentralisation du Bitcoin. Si les mineurs se mettaient d’accord pour coopérer, ils auraient le contrôle sur le réseau qui ne serait plus décentralisé.

Ce “gaspillage”, appelé “Proof of Work”, est donc un élément fondamental. Chaque watt utilisé l’est afin de garantir la décentralisation du système Bitcoin.

Ce serait comme dire que les policiers doivent rester enfermés dans leur commissariat et n’en sortir qu’après un appel. Les rondes en voiture sont en effet polluantes et essentiellement inutiles (seules un pourcentage infime des rondes en voitures aboutit à une intervention policière). Pourtant, nous acceptons que les rondes de police « inutiles » sont un élément essentiel de la sécurité d’une ville ou d’un quartier (moyennant que vous ayez confiance envers les forces de police).

Pour Bitcoin, c’est pareil : les calculs inutiles garantissent la sécurité et la décentralisation. Des alternatives au Proof of Work sont étudiées mais aucune n’a encore été démontrée comme fonctionnelle. Il n’est même pas encore certain que ces alternatives soient possibles !

L’optimisation, une étape nécessairement tardive

Une des règles majeurs d’ingénierie c’est qu’avant d’optimiser quoi que ce soit dans un projet, il faut garantir que le projet est correct.

On n’essaie pas de rendre plus rapide un programme informatique qui renvoie des valeurs erronnées. On ne rend pas plus aérodynamique un avion qui ne vole pas. On n’essaie pas de limiter la consommation d’un moteur qui ne démarre pas.

Lors de la phase expérimentale, la consommation de ressources est maximale.

Elon Musk a utilisé toute une fusée juste pour envoyer une voiture dans l’espace. Non pas par gaspillage mais parce que concevoir une fusée nécessite des tests “à vide”.

Bitcoin est encore dans cette phase expérimentale. Le système est tellement complexe et se doit de garantir une telle sécurité qu’il doit d’abord prouver qu’il fonctionne avant qu’on envisage d’optimiser sa consommation en électricité. Comme le disait Antonopoulos, dire “En 2020, le Bitcoin consommera plus que tout la consommation actuelle mondiale” revient à dire à une femme enceinte “Madame, à ce rythme, dans 5 ans, votre ventre aura la taille de la pièce”.

Donc oui, comme tout système humain, le Bitcoin pourrait sans doute polluer moins. Et je suis certains que, dans les prochaines années, des propositions en ce sens vont voir le jour. C’est d’ailleurs déjà le cas si on considère la consommation liée au nombre de transactions car l’amélioration “Lightning Network” va permettre de réaliser des milliers de transactions Bitcoin pour un coût quasi nul, y compris en termes de consommation électrique. Mais les comparaisons coût par transaction sont de toutes façons pour la plupart malhonnêtes car elles ne prennent généralement pas en compte toute l’infrastructure bancaire sur laquelle s’appuient les solutions comme VISA ou MasterCard.

Une autre règle de l’optimisation est qu’avant toute optimisation, il faut mesurer pour tenter d’optimiser les points les plus critiques. En effet, rien ne sert de diminuer de même 90% la consommation électrique des ampoules si les ampoules ne représentent que 0,01% de la consommation globale mais que l’air conditionné, par exemple, représente 30% de la consommation globale. J’invente les chiffres mais ça vous donne une idée. C’est un principe bien connu des développeurs informatiques qui, après des jours à diviser par deux le temps d’une fonction, se rendent compte que cette fonction ne prend qu’un millième du temps total d’exécution. Il s’ensuit qu’avant de chercher à optimiser Bitcoin à tout prix, il est nécessaire de voir quelle sera sa consommation lors des utilisations futures et mesurer si c’est bien lui qui consomme le plus. Cela pourrait être nos smartphones. Ou ces écrans publicitaires lumineux qui nous aveuglent la nuit.

Pourquoi un tel acharnement ?

J’espère qu’à ce point de la lecture, vous avez compris le nombre d’erreurs de logique nécessaires pour arriver à la conclusion “Bitcoin est un monstre de pollution qui va détruire le monde et les bébés phoques”.

Mais du coup, pourquoi un tel acharnement ?

Pour deux raisons.

Premièrement, c’est du sensationnalisme et ça se vend. Dire “Le Bitcoin consomme autant que le Maroc” ne veut rien dire rationnellement mais ça fait réagir, ça pousse les gens à s’indigner, à partager l’article et à faire vivre les publicitaires qui financent les médias. Avez-vous une idée de la consommation électrique qu’engendre la publicité sur le net ?

Le deuxième point c’est que les médias sont financés par les publicitaires et par les états. Tout ce petit monde pressent bien que le Bitcoin peut bouleverser les choses. Nulle théorie du complot nécessaire ici, mais il va sans dire qu’un sujet qui décrédibilise une technologie dangereuse pour la souveraineté des états et qui verse dans le sensationnalisme est du pain béni. La peur et l’ignorance sont devenus les deux moteurs de la presse qui n’est plus qu’une machine à manipuler nos émotions.

Vous lirez rarement des articles dont le titre est “Le Bitcoin a consommé moins en 2017 que les datacenters Google en 2015” ou “Si la moitié du parc automobile belge était des Tesla, elles consommeraient plus que le réseau Bitcoin”. Ces titres ne sont pourtant pas moins faux que ceux que vous lisez habituellement. Mais écrire un article comme celui que vous êtes en train de lire en ce moment demande à la fois de la compétence et du temps. Le temps est un luxe que les journalistes, acculés par la rentabilité publicitaire, ne peuvent plus se permettre. Si nous devions facturer notre travail, aucun média financé par la publicité ne pourrait nous rétribuer le temps passé à un tarif raisonnable.

Moralité

De manière étonnante, les personnes les plus convaincues que le Bitcoin est une catastrophe écologique sont celles qui ne connaissent absolument rien au domaine.

Dans la littérature académique, on peut même lire que, potentiellement, le Bitcoin pourrait devenir la manière la plus efficace de transformer de l’électricité en argent, empêchant les états de subsidier l’électricité afin de maintenir un prix artificiellement bas et d’attirer les grosses usines. À terme, le Bitcoin pourrait donc forcer une optimisation du réseau électrique mondial et favoriser le développement des productions d’électricité plus locales, moins centralisées (voir par exemple “Bitcoin and Cryptocurrency Technologies”, p. 122-123, par Narayanan, Bonneau, Felten, Miller et Goldfeder).

Il n’est pas impossible que le Bitcoin signe la fin des centrales à charbon et des méga centrales nucléaires. Mais ce genre de possibilité n’est tout simplement jamais évoquée dans les feuilles de chou sponsorisée par l’état et les vendeurs de voitures.

Ce simple exemple devrait vous alerter sur la facilité avec laquelle nous sommes manipulés, avec laquelle on nous fait avaler n’importe quoi, surtout sur des domaines que nous ne connaissons pas.

Et si vous avez investi dans un « concurrent à Bitcoin qui est écologique et qui va dépasser Bitcoin », et bien, aussi dur à admettre que cela puisse être, vous vous êtes probablement fait avoir (ce qui ne vous empêchera peut-être pas de faire des bénéfices sur le dos d’autres investisseurs arrivés après vous).

Alors, oui, le Bitcoin consomme de l’électricité. Mais c’est normal, c’est un système très complexe qui offre énormément de choses. Il consomme cependant moins d’électricité que bien d’autres systèmes que nous acceptons et qui sont certainement moins utiles ou qui n’ont pas été sélectionnés comme tête de turc par les médias. Vous avez souvent lu des articles sur la consommation électrique de l’industrie de l’or, de l’aluminium ou de l’industrie du surgelé ? Et si, en fait, pour ce qu’il propose le Bitcoin était extrêmement écologique ?

Ce n’est pas une raison pour ne pas encourager les améliorations visant à ce que Bitcoin consomme moins. Mais peut-être qu’on peut arrêter de ne se tourner que sur cet aspect et se concentrer sur des questions certainement plus intéressantes. Par exemple : qu’est-ce que le Bitcoin (ou ses successeurs) va changer dans nos vies et nos sociétés ?

 

UPDATE 10 avril 2018 : suppression d’un paragraphe qui disait de manière erronée qu’un moteur à essence est plus efficace qu’un moteur électrique. C’est bien entendu faux.

 

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Comment Facebook gagne de l’argent

Wed, 28 Feb 2018 12:41:26 +0000 - (source)

Savez-vous comment Facebook gagne de l’argent ? Par la publicité, bien entendu. Mais quel est le mécanisme exact ? Qui paie et pour quoi en échange ? Et quelles en sont les conséquences de ce modèle ?

Les pages Facebook

Sur Facebook, les utilisateurs comme vous et moi sont limités à 5000 amis maximum. Devenir ami nécessite l’acceptation des deux parties.

Les pages, au contraire, ne sont pas limitée à des personnes physiques et peuvent être « aimées » par un nombre illimité de personnes.Les contenus d’une page sont toujours publics et leur but est de toucher un maximum de personnes. Pour cette raison, Facebook permet aux administrateurs d’une page d’avoir des statistiques complètes sur le nombre d’utilisateurs qui ont interagi avec une publication.

Il semble donc logique pour tout business, même local, de se créer une page. Cela vaut pour les associations, les artistes, les politiciens, les groupes citoyens ou les blogueurs. La page Facebook semble être un outil idéal pour faire entendre sa voix.

Il y’a cependant une petite subtilité. Si un individu aime cent pages qui publient chacune dix contenus par jour, il est impossible pour cet individu de consulter mille contenus, sans compter ceux de ses amis.

La mise en avant des contenus

Pour résoudre ce problème, Facebook décide des contenus « les plus intéressants » en se basant sur ce qui a déjà été aimé par d’autres utilisateurs. Les contenus nouveaux et originaux ont donc très peu de chance de se propager car pour être aimé, il faut être diffusé et pour être diffusé, il faut être aimé.

L’administrateur de la page sera tout triste et déçu en consultant ses statistiques. 1000 personnes aiment sa page et, pourtant, son contenu n’a été lu qu’une dizaine de fois !

À ce moment, Facebook propose à notre administrateur de payer pour être vu plus de fois. Après tout, qu’est-ce que 10€ pour obtenir 1000 vues supplémentaires ?

Lorsque j’ai créé mon premier site web, au 20ème siècle, il était courant d’avoir un compteur du nombre de visites reçues. Au plus le chiffre de ce compteur était important, au plus le site paraissait avoir du succès. Il n’était pas rare de rafraichir les pages pour incrémenter son compteur.

Facebook a littéralement réussi à faire payer les créateurs de contenus pour incrémenter leur compteur. Tout en fournissant le compteur en question !

Les conséquences de ce modèle

Ce système, très rentable, a plusieurs conséquences.

Premièrement, cela signifie Facebook a tout intérêt à ce que les contenus des pages ne payant pas soient très peu consultés. Si vous avez une page Facebook et que vous ne payez pas, comme moi, vos contenus seront très peu diffusés, même chez ceux qui aiment votre page. Sauf cas exceptionnel où un contenu se révèle très populaire, les gens qui aiment votre page… ne verront pas votre contenu car Facebook n’a pas intérêt à les diffuser.

Malgré 50 « J’aime » et 17 partages (ce qui est pour moi un véritable succès), le nombre de « personnes atteintes » est à peine le nombre de personne qui aime ma page. Et, par « personne atteinte », Facebook veut dire « personne pour laquelle ma publication s’est affichée dans le flux ». Cela ne signifie pas que la personne a vraiment vu ma publication et encore moins qu’elle l’aie lu.

Si vous payez, ce que j’ai testé, Facebook va vous montrer que les chiffres augmentent mais qu’il faudrait payer un poil plus pour vraiment toucher un large public. À l’exception des publications qui visent un public très local et donc limité (un cas particulier pour lequel Facebook fonctionne très bien grâce au ciblage géographique), il est tentant de payer un peu plus chaque fois.

Deuxième conséquence de ce modèle, le système va automatiquement favoriser des contenus commerciaux pour lequel il est rentable de payer de la publicité : essentiellement des sites de vente ou des événements commerciaux. Pire : le nombre de lecteurs potentiels étant limité, au plus les gestionnaires de pages paieront, au moins ils toucheront de personnes ! Mais un auteur comme moi n’a aucun intérêt à payer car il n’a rien à gagner directement. Pareil pour les mouvements citoyens ou les événements non-commerciaux. Les contenus non-commerciaux sont donc moins importants pour Facebook ! Facebook transforme notre monde en gigantesque centre commercial où les voix non commerciales sont étouffées !

À partir d’un certain niveau de paiement, Facebook doit quand même se montrer rentable. Ils vont donc permettre de cibler aussi précisément que possible votre public. Vous voulez toucher des hommes de 35-40 ans dans la région parisienne qui aiment une page liée au vélo ? C’est possible. Vous voulez cibler des jeunes qui se sentent mal dans leur peau pour accroitre l’impact de votre marque ? C’est possible.

Enfin, la dernière conséquence de ce système c’est que tout message que vous postez sur Facebook sert à attirer vos amis afin de pouvoir leur afficher des contenus qui ont été payés. C’est la raison pour laquelle les contenus non-commerciaux existent encore : ils servent à vous faire revenir sans cesse sur Facebook. Et ils permettent de mieux vous étudier afin d’affiner le ciblage publicitaire.

Les producteurs de télévision disent produire des émissions afin de pouvoir glisser des publicités, d’offrir du temps de cerveau aux annonceurs. Facebook n’a même plus à se donner cette peine : nous sommes les producteurs et nous vendons le cerveau de nos amis aux publicitaires. En faisant cela, nous mettons nous-mêmes notre cerveau à disposition. C’est évidemment génial.

Réagir

Si abandonner Facebook n’est pas souhaitable pour tout le monde, il me semble important d’au moins prendre conscience du fonctionnement de ce réseau social et de ce que nous lui offrons à chaque fois que nous postons un message ou consultons notre fil. Il est également primordial que de comprendre qu’un tel réseau social renforce des interactions purement commerciales au détriment de tout le reste du spectre des échanges humains.

Facebook reste malheureusement un outil difficilement contournable et j’expliquais comment nous pouvions l’utiliser à notre avantage. Mais je vous encourage également à me suivre sur des réseaux sans publicités comme Mastodon et Diaspora afin de casser l’hégémonie du tout commercial. Et à me contacter sur Signal ou sur Wire (@ploum) afin que le fait que nous soyons en interaction ne soit pas une donnée de plus dans notre profilage publicitaire (pour rappel, Whatsapp appartient à Facebook).

 

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Est-ce le bon moment pour investir dans les crypto-monnaies ?

Mon, 05 Feb 2018 23:11:44 +0000 - (source)

Cette question, vous êtes nombreux à vous la poser. Aussi, j’ai décidé de prendre le temps d’y réponde sérieusement. Promis, à la fin de l’article, vous aurez une réponse claire. Mais ce n’est peut-être pas celle que vous attendiez…

Tous les amateurs de crypto-monnaie ne sont pas millionnaires

Personnellement, grâce au Bitcoin et à la blockchain, je suis devenu milliardaire.

Si si, je vous jure !

Bon, c’est en dollars zimbabwéens mais, malgré tout, milliardaire. Et ce grâce à un billet gracieusement offert par Jean-Luc Verhelst lors d’une conférence sur la blockchain que nous avons donnée ensemble.

En euros, évidemment, je suis très loin du compte. Malgré le fait que j’ai commencé à jouer avec des bitcoins alors qu’ils valaient 0,07€.

Vous êtes frustré de ne découvrir le bitcoin que récemment et ne pas être multi-millionnaire ? Dîtes-vous que pour certains, c’est pire encore : ils ont joué avec des bitcoins, ils les ont perdus dans des crashs de disque-durs, oubliés sur d’anciens ordinateurs partis au rebut, re-perdus dans les crashs de plateformes comme TradeHill, MtGox et bien d’autres voire, comme ce fut mon cas pendant longtemps, les ont distribués pour aider les gens à mieux comprendre la technologie. Enfin il y’a également les “technologistes”, dont votre serviteur fait partie, qui se sont passionné pour la technologie du Bitcoin sans jamais s’intéresser à l’aspect financier. Rétrospectivement, une erreur…

D’autres enfin ont gardés leurs bitcoins puis les ont vendus à 30$ ou 100$ ou 1200$ car, à ce moment là, ils avaient besoin d’argent, cela leur permettait de rembourser tout juste leur crédit. Ils en ont bien profité mais, ils ne sont pas multi-millionnaires pour autant.

C’était le cas, par exemple, d’Andreas Antonopoulos, qui a fait beaucoup pour la communauté du Bitcoin depuis 2012 mais qui a avoué être fauché. Certains s’en sont moqués, d’autres, émus, lui ont envoyé un total de… 100 bitcoins ! Mais c’était amplement mérité, beaucoup d’actuels millionnaires ayant découvert le Bitcoin grâce à lui.

Le chiffre symbolique du million d’euros est tout simplement énorme. Il correspond à 40 ans de salaire à 2000€/mois. La plupart d’entre-nous ne gagneront, sur toute leur vie, qu’entre 1 et 2 millions d’euros. Alors, devenir millionnaire nécessite plus que juste acheter des bitcoins au bon moment.

Les 3 facteurs du succès financier

Oui, certains deviennent millionnaires. Mais que ce soit dans les crypto-monnaies ou dans n’importe quel domaine, il s’agit d’une combinaison de 3 facteurs : la clairvoyance, le travail et la chance

Je pense qu’il faut une juste proportion des 3 pour réussir. Le manque d’un des éléments peu être compensé par les deux autres mais c’est très difficile. La chance pure peut permettre de gagner des millions : c’est la loterie. Il faut beaucoup de chance pour gagner au loto ! Par contre, la clairvoyance et le travail acharnés ne sont rien sans une part de chance : être au bon endroit au bon moment. Un peu plus tôt ou peu plus tard et c’est raté.

Dans le cas du Bitcoin, il s’agissait de comprendre très vite l’intérêt des crypto-monnaies. La clairvoyance, je l’ai eue partiellement : l’historique de ce blog est la preuve que j’avais compris l’importance du phénomène. Mais j’ai complètement sous-estimé l’aspect économique et je ne pensais pas voir le Bitcoin au-dessus de 1000$. Et alors même que j’imaginais le Bitcoin à 1000$, il ne m’est jamais venu à l’idée de concrétiser cette vision en investissant 1000€ ou 2000€ de mon compte d’épargne. Le risque me semblait disproportionné. J’ai par contre la satisfaction intellectuelle de savoir que quelques uns ont découvert le Bitcoin à travers mon blog et ont fait fortune.

Le travail acharné, c’est se maintenir à jour, conserver ses bitcoins pendant des années, savoir ce qu’il faut en faire. Personnellement, j’ai eu des passages à vide où je ne me suis pas occupé de crypto-monnaies. En revenant sur les forums j’ai par exemple découvert que l’échange TradeHill avait fait faillite quelques mois avant, emportant une grande partie de mes bitcoins… Je n’étais même pas au courant ! Et je ne me suis pas inquiété car, à l’époque, ça ne valait finalement pas grand chose.

La chance ne se provoque pas, ne s’explique pas. Mais elle est indispensable.

Et vous ? Quel est votre facteur de prédilection ?

Mais toutes ces histoires ne vous intéressent sans doute pas. Tout ce que vous voulez c’est devenir millionnaire. Et si possible en 3 semaines et sans effort. C’est possible, votre tabloïd préféré vous a parlé d’une gamine de 7 ans devenue millionnaire avec des crypto-monnaies.

La réalité c’est qu’un tel plan n’existe pas. Tout plan qui prétend vous faire gagner de l’argent sans effort est une arnaque. Car j’ai un scoop pour vous : vous n’êtes pas le seul à vouloir devenir millionnaire.

Il faut donc compter avec la clairvoyance, le travail et la chance. Alors oui, il est possible qu’une crypto-monnaie sortie de nulle part fasse x100 demain et vous rende millionnaire. Mais je n’y crois pas plus que de gagner à la loterie. Ce serait de la chance pure. Et à la loterie, il y’a par définition plus de perdants que de gagnants… Si vous misez sur le facteur chance, allez plutôt au casino.

Il vous reste donc la clairvoyance ou le travail.

La solution du travail acharné

Il y’a plein d’opportunités de travail dans le domaine des crypto-monnaies. Moi-même, je gagne ma vie grâce à elles : je fais de la recherche sur la blockchain, donne des conférences et fais du conseil auprès des entreprises et des startups. D’autres font du développement. Je vous encourage, c’est un domaine qui me passionne et que j’estime plein d’avenir.

Plus prosaïquement, une autre solution est le trading. Grâce à leur grande volatilité et des commissions très petites, les crypto-monnaies se prêtent admirablement au trading.

D’ailleurs, la plupart des amateurs qui ont acheté un ou deux bitcoins à 5000$ et l’on revendu à 10.000$ se prétendent désormais traders.

La réalité c’est que le trading est une science/un art/un travail extrêmement difficile. Si vous voulez vous y mettre, il faut vous préparer à y passer des heures, à lire des dizaines de livres, à perdre beaucoup d’argent. Car perdre de l’argent est l’une des seules manières de réellement apprendre le trading. Après quelques gains favorisés par la chance du débutant, le trader amateur gagnera en confiance, misera gros et se verra soudain confronté aux pertes. C’est là qu’il se forgera ses premières expériences réelles de trader.

Si vous choisissez l’option du trading pour gagner de l’argent avec les crypto-monnaies, je pense que votre question “Est-ce le bon moment pour investir” n’a plus de sens. Vous êtes le trader, vous êtes le seul à même à répondre à cette question.

La solution de la vision long terme.

Si vous ne souhaitez pas trader ni travailler activement dans le domaine, il vous reste la solution d’investir. Mais, dans ce cas, il est important de faire preuve de discernement et d’investir à long terme dans des projets dans lesquels vous avez confiance.

On dit toujours de ne pas investir plus que ce que l’on peu perdre. C’est vrai en crypto-monnaies plus qu’ailleurs ou un simple piratage peut vider votre compte en banque.

Mais j’ajouterais un conseil de mon cru : si votre objectif est sur le long terme, n’investissez pas une grosse somme d’un coup. Faites un versement mensuel de 20, 100 ou 200€. Convertissez directement en crypto-monnaie. De cette manière, votre portefeuille augmentera petit à petit. Les hausses seront des bonnes nouvelles (car votre capital augmentera) et les baisses le seront également (car ce mois-là, vous pourrez acheter plus). Vous serez beaucoup moins nerveux, beaucoup moins à guetter les hausses et les baisses. Rappelez-vous que vous misez sur le long terme, que vous êtes prêt à tout perdre mais que vous ne voulez retirer l’argent que dans 5 ou 10 ans.

J’ajoute un autre conseil de mon cru : plus un projet à un historique fort, plus il me semble pertinent sur le long terme. Bitcoin et Ethereum me semblent les deux projets qui offrent le plus de garanties de pérennité.

Mais, ici on parle de vision, de clairvoyance. Donc à vous de faire fonctionner là vôtre. Comme le dit Warren Buffet : n’investissez que dans ce que vous comprenez.

Les erreurs à éviter à tout prix

Premièrement, si vous voulez vous faire de l’argent facile, passez votre chemin. Cela n’existe pas, par définition.

Solution 1: vous voulez faire un travail de trader et vous deviendrez capable de faire du profit sans même avoir besoin de savoir si la crypto-monnaie que vous venez de tradez à un potentiel à long terme.

Solution 2: vous croyez en un projet et vous le comprenez. Vous avez la foi que ce projet à de l’avenir et vous investissez dans ce projet en acceptant les risques encourus.

Si votre seul objectif est le gain, alors votre argent ira inéluctablement gonfler les poches des traders professionnels voire, pire, des arnaqueurs qui vous auront promis n’importe quoi. Faites fonctionner votre cerveau : tout le monde n’est pas millionnaire. Qu’est-ce que j’ai de particulier qui me donne une chance de gagner de l’argent ?

En deuxième lieu, agissez en gestionnaire. Transformer 200€ chaque mois en bitcoins vous semble énorme ? Vous ne pouvez pas vous le permettre sans rogner sur votre budget mensuel ? Par contre, vous avez 5000€ d’épargne que vous souhaitez investir ? Prenez une calculette et rendez-vous compte que 5000€, c’est plus de 2 années de 200€ par mois ! L’avantage des 200€ par mois, c’est que vous pouvez le moduler voire l’arrêter à votre convenance. Si vous videz votre épargne, elle est potentiellement perdue à jamais.

Enfin, prenez du plaisir. Un investissement doit vous procurer un intérêt intellectuel, une fierté, du plaisir. Si l’investissement devient stressant, s’il vous prend du temps de vie, alors arrêtez. La vie est trop courte.

Alors, dois-je investir dans les crypto-monnaies ?

Rappelez-vous qu’il n’y a pas de gains faciles sans une énorme part de chance. Que, sur les marchés, les petits amateurs sont appelés “dumb money” (l’argent stupide, facile à gagner car venant de gens inexpérimentés qui font des erreurs). Et que les multi-millionnaires sont les exceptions rarissimes qui nous font rêver mais ne représentent pas la réalité.

Si votre objectif est de gagner de l’argent en quelques semaines ou mois, alors il n’y a pas de bons moments pour investir. Vous n’investissez pas, vous jouez à la roulette. Et si certains auront de la chance, la plupart perdront.

Si votre objectif est d’investir dans un projet qui vous semble réellement prometteur, qui peut potentiellement changer le monde, alors il n’y a pas de mauvais moment pour investir.

Je suis personnellement persuadé que le Bitcoin est durable et que sa valeur dans 5 ans sera nettement supérieure à la valeur actuelle. Je pense qu’il en sera de même pour Ethereum même si j’en suis un peu moins certain.

Pour d’autres crypto-monnaies majeures (Litecoin, Dash, Monero,…), j’avoue ne pas savoir. C’est un pari qui me semble risqué.

Enfin, je suis convaincu que l’immense majorité des cryptomonnaies ne vaudront plus rien dans 5 ans, même si leur site web est super chouette et leur concept génial sur papier. Des nouvelles feront leur apparition, disparaitront.

Je suis bien conscient qu’il s’agit d’une pure conviction personnelle, d’un acte de foi irrationnel et que je peux complètement me tromper. Du coup, je n’investis pas plus que ce que je peux perdre.

Car, même avec une vision claire, même avec un travail acharné, un investissement nécessite une bonne part de chance.

Soyez prudents ! Ne jouez pas vos économies et souvenez-vous qu’on n’a pas besoin de millions pour profiter de la vie.

 

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Le meilleur ou le pire PapaPloum du monde ?

Fri, 15 Dec 2017 22:37:33 +0000 - (source)

Comme tous les enfants, mes enfants adorent recevoir des bonbons. Et les occasions ne manquent pas en fin d’année : Halloween, Saint-Nicolas, Noël, …  Le tout à multiplier par le nombre de parents, grand-parents, école, clubs, etc. C’est bien simple : il devient parfois difficile de justifier que Saint-Nicolas se déplace aussi vite d’un endroit à un autre. Et d’expliquer pourquoi il semble tellement tenir à engraisser une génération de futurs diabétiques…

Mais la particularité de mes enfants est que, s’ils adorent recevoir, ils consomment finalement très peu de sucreries. Nous les sensibilisons à la surconsommation et aux méfaits de la publicité depuis peut-être un peu trop jeune.

Les bonbons s’entassent donc dans un véritable tiroir au trésor qui déborderait à longueur d’année si PapaPloum n’allait pas de temps en temps assouvir son addiction au sucre.

Pour Saint-Nicolas cette année, j’ai franchi une étape de plus : au lieu d’aller acheter des chocolats, j’ai tout simplement été puisé dans le susdit tiroir et j’ai mis dans les souliers des friandises qu’ils avaient déjà reçues.

Ils ne se sont aperçu de rien et ont été enchantés.

Mais, malgré tout, ma conscience me tiraille…

Ai-je été le meilleur et le plus écolo PapaPloum-Nicolas ? Ou le pire radin qui aie jamais enfanté ?

Photo par Jessica S.

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Pourquoi le réchauffement climatique est indiscutable

Tue, 31 Oct 2017 09:36:48 +0000 - (source)

Le réchauffement climatique est-il l’œuvre de l’homme ou est-ce un phénomène naturel ?

Le discours climato-sceptique est tellement nocif qu’il a réussi à créer un débat là où, si vous réfléchissez un petit peu, il ne devrait pas y avoir l’ombre d’un hésitation.

Nul besoin de recourir à des dizaines d’études, à des consensus de scientifiques ou à un quelconque argument d’autorité. Branchez votre cerveau et laissez-moi 5 minutes pour vous expliquer.

La quantité totale de carbone

Si on considère l’apport des météorites et l’évaporation de l’atmosphère dans l’espace comme négligeables, ce qu’ils sont, on peut considérer que le nombre d’atomes de carbone présents sur terre est fixe.

Il y a donc un nombre déterminé d’atomes de carbones sur la planète terre. Pendant des milliards d’années, ces atomes existaient essentiellement sous forme minérale (graphite, diamant), sous forme organique (tous les êtres vivants) et sous forme de CO2 dans l’atmosphère.

Le carbone sous forme minérale est stable et sa quantité n’a jamais vraiment évolué depuis la création de la planète. On peut donc sans scrupule se concentrer sur les atomes de carbones qui sont soit dans les êtres vivants (vous êtes essentiellement composés d’atomes de carbones), soit dans l’atmosphère sous forme de CO2.

Le cycle de la vie

Les plantes se nourrissent du CO2 de l’atmosphère pour capter le carbone qui leur permet de vivre. Elles rejettent ensuite l’oxygène excédentaire qui est pour elles un déchet. Séparer le CO2 en carbone et oxygène est une réaction endothermique qui demande de l’énergie. Cette énergie est fournie par le soleil grâce à la photosynthèse.

Les êtres vivants aérobiques, dont nous faisons partie, se nourrissent d’autres êtres vivants (plantes, animaux) afin de capter les atomes de carbone dont ils ont besoin. Ces atomes de carbones sont stockés et brûlés avec de l’oxygène afin de produire de l’énergie. Le déchet produit est le CO2. La combustion du carbone est une réaction exothermique, qui produit de l’énergie.

En résumé, vous mangez du carbone issu de plantes ou d’autres animaux, vous le stockez sous forme de sucre et de graisse et, lorsque votre corps a besoin d’énergie, ces atomes sont mis en réaction avec l’oxygène apporté par la respiration et le système sanguin. La réaction produit du CO2, qui est expiré, et de l’énergie dont une partie se dissipe sous forme de chaleur. C’est la raison pour laquelle vous avez chaud et êtes essoufflé pendant un effort : votre corps brûle plus de carbone qu’habituellement, il surchauffe et doit se débarrasser de beaucoup plus de CO2.

Un subtil équilibre

Comme on le voit, plus l’atmosphère va être riche en CO2, plus les plantes vont avoir de carbone à disposition et vont croître. C’est d’ailleurs une expérience simple : dans un environnement à haute teneur en CO2, les plantes sont bien plus florissantes.

Mais s’il y’a plus de carbone dans les plantes, il y’en a forcément moins dans l’atmosphère. Il s’ensuit donc une situation d’équilibre où le carbone capté par les plantes correspond à celui relâché par la respiration des animaux (ou par les plantes en décomposition).

Comme le CO2 est un gaz à effet de serre, cet équilibre carbone va avoir un impact direct sur le climat de la planète. Et, il y’a quelques milliards d’années, cet équilibre entraînait un climat bien plus chaud qu’aujourd’hui.

La fossilisation du carbone et le climat

Cependant, un processus a rompu cet équilibre. À leur mort, une partie des êtres vivants (cellules, plantes ou animaux) se sont enfoncés dans le sol. Le carbone qui les composaient n’a donc pas pu regagner l’atmosphère, que ce soit en se décomposant ou en servant de nourriture à d’autres animaux.

Sous le sol, la pression et le temps a fini par transformé ces cadavres en pétrole, charbon ou gaz naturel.

Toute cette quantité de carbone n’étant plus disponibles en surface, un nouvel équilibre s’est créé avec de moins en moins de CO2 dans l’atmosphère, ce qui entraina un refroidissement général de la planète. Cette ère glacière vit l’apparition d’Homo Sapiens.

L’évidence de la “défossilisation”

Si brûler du bois ou respirer sont des activités qui produisent du CO2, elles ne perturbent pas l’équilibre carbone de la planète. En effet, l’atome de carbone de la molécule de CO2 produite fait partie de l’équilibre actuel. Cet atome était très récemment dans l’atmosphère, a été capté par un être vivant avant d’y retourner.

Par contre, il parait évident que si on creuse pour aller chercher du carbone fossile (pétrole, gaz, charbon) pour le rejeter dans l’atmosphère en le brûlant, on va forcément augmenter augmenter la quantité totale de carbone dans le cycle de la planète et, de là, augmenter la quantité de CO2 dans l’atmosphère et donc la température. C’est la raison pour laquelle il est absurde de comparer les émissions de CO2 d’un cycliste et d’une voiture. Seule la voiture « défossilise » du carbone et a un impact sur le climat.

Un tel chamboulement pourrait être en théorie contrebalancé par une augmentation de la végétation pour absorber le CO2 en excédent. Malheureusement, ce changement est trop rapide pour permettre à la végétation de s’adapter. Pire : nous réduisons cette végétation, principalement via la déforestation en Amazonie.

Brûler des combustibles fossiles a donc un effet direct sur le réchauffement climatique. Si l’on brûlait toutes les réserves de combustible fossile de la planète, l’Antarctique fondrait complètement, la glace et la neige n’existerait plus sur la planète et le niveau des océans serait 30 à 40 mètres au dessus de l’actuel.

Mais alors, pourquoi un débat ?

Si les scientifiques sont absolument unanimes sur le fait que brûler des combustibles fossiles accentue le réchauffement climatique, cette vérité est particulièrement dérangeante pour le monde économique, qui vit littéralement en brûlant des combustibles fossiles.

Pendant un temps, l’idée a donc été émise que la planète était dans la phase de réchauffement d’un cycle naturel de variation du climat. Différents modèles se sont alors affrontés pour tenter de savoir quelle était la part de responsabilité humaine dans le réchauffement.

Mais force est de constater que ce débat est absurde. C’est comme si deux personnes au premier étage d’une maison en feu débattaient de l’origine de l’incendie : court-circuit accidentel ou acte criminel ? Il doit à présent vous sembler clair que brûler des combustibles fossiles accentue le réchauffement climatique, rendant la responsabilité humaine indiscutable.

Cependant, ces débats ont été exploités par le monde économique : « Regardez, les scientifiques ne sont pas d’accords sur certains détails du réchauffement climatiques. Donc le réchauffement climatique n’existe pas. »

Cette stratégie anti-scientifique est souvent utilisée : l’industrie du tabac, le scandale du Roundup, les créationistes. Tous prétendent que si les scientifiques sont en désaccord sur certains détails, on ne peut être certain et si on n’est pas certain, il faut continuer à faire comme avant. Au besoin, il suffit de graisser la patte à quelques scientifiques pour introduire le doute là où le consensus était parfait.

Contrairement aux créationistes ou à l’industrie du tabac, dont l’impact sur la planète reste relativement limité, l’ignorance dangereuse des climato-sceptiques sert les intérêts économiques du monde entier ! Ce faux débat permet à toute personne utilisant une voiture, à tout industriel brûlant des combustibles fossiles, à tout employé vivant indirectement de notre économie de se déresponsabiliser.

En résumé

Brûler des combustibles fossiles rejette dans l’atmosphère du carbone qui était auparavant inerte (d’où le terme fossile). Plus de carbone dans l’atmosphère entraîne un effet de serre et donc une augmentation de la température. C’est imparable et absolument indiscutable. Mais le climatosceptisme nous parle car il nous permet de nous déresponsabiliser, de ne pas questionner notre mode de vie.

Nous sommes dans une maison en feu mais comme certains pensent que le pyromane n’a fait qu’activer un feu qui couvait déjà, nous pouvons déclarer : c’est que l’incendie n’existe pas !

 

Photos par Lukas Schlagenhauf, US Department of Agriculture, Cameron Strandberg.

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Printeurs 45

Sun, 27 Aug 2017 13:08:59 +0000 - (source)

Il s’est écoulé une seconde et une éternité. Un silence infini s’est installé mais dans ma tête rugit la fureur et le bruit. Les émotions semblent poliment se céder le passage. Dois-je hurler de colère ? Trembler de peur ? Tomber à genoux de tristesse ?

Qu’ai-je vu ? Que s’est-il exactement passé ? Junior est-il vraiment mort ? Qui était Junior ? Que connaissais-je de lui ? Ai-je le droit à la tristesse ? Dois-je d’abord me préoccuper de sauvegarder ma propre vie ?

Peut-être qu’on s’habitue à la violence et la mort. Ou bien le corps est-il merveilleusement programmé pour se mettre en état de choc lorsque c’est nécessaire. J’ai du mal à déglutir mais c’est les yeux parfaitement secs que je me tourne vers Eva et Max. Aucun des deux n’a esquissé le moindre mouvement. Aucun ne semble exprimer la moindre émotion bien que, dans le cas de Max, le contraire aurait été particulièrement étonnant.

Aucun de nous n’a envie de prendre la parole. Nous respectons ce moment silencieux, en dehors du temps, cette unique et minimale cérémonie de dernier adieu. Intuitivement, nous savons que Junior cessera définitivement d’exister lorsque nous commencerons à continuer nos vies sans lui, lorsque nous accepterons son absence, sa métamorphose depuis un être vivant vers un simple souvenir. Et puis, inexorablement, une ultime transformation déjà commencée en oubli. De quelle couleur étaient ses yeux encore ? Avait-il un léger accent trainant ?

Le souvenir et le recueillement sont des conforts dont on ne reconnait la valeur que lorsqu’on en est privé.

Un claquement sec a retentit. La paroi dans mon dos s’est brusquement escamotée, révélant une formidable architecture de métal et de verre. Machinalement, nous suivons les balises lumineuses qui parcourent le plancher comme d’agiles vipères luminiscentes. Est-ce à dessein ? Les créatures de lumière nous emmènent sur une passerelle de verre suspendue par des câbles d’acier. Sous nos pieds plongent les entrailles du batiment, les poutres, les chemins, les câbles de toutes les épaisseurs, les myriades d’étincelles.

— On dirait un ordinateur, souligne Max de sa voix neutre pré-programmée.
— Chaque gadget, chaque accessoire est aujourd’hui un ordinateur, murmuré-je. Les bâtiments sont traditionnellement des ensembles de milliers d’ordinateurs. Mais des ordinateurs interconnectés ne forment-ils pas finalement un seul et unique ordinateur ?
— Un ordinateur capable de se débarrasser des corps étrangers. Un véritable être vivant, souligne Eva !

Un panneau lumineux semble clignoter devant nos yeux.

“Attention ! Vous accédez à une zone protégée. Vos implants et accessoires vont être rendus inopérants.”

Autour de la passerelle sur laquelle nous progressons, un tore métallique flotte silencieusement dans une danse aux apparences surnaturelles.

Machinalement, je tâte mes tempes, à la recherche de mes lunettes inexistantes. J’ai entendu parler de cette désactivation par choc électromagnétique. Cela ne m’inquiète pas, je n’ai plus rien d’électronique. Je veux faire un sourire à Eva mais son visage est déformé par la panique. Elle semble lutter contre un violent instinct de répulsion. Lorsque la voix de Max retentit.

— Merde, fait-il !

Je réalise seulement qu’il va être affecté.

— Max, fais demi-tour ! Attends-nous dehors !

Immobile, Max se tient debout. Avançant d’un pas, je lui tape sur l’épaule.

— Allez Max, ne…

Raide comme un piquet, le corps subtilement composé de chair et de métal s’écroule dans un fracas indescriptible.

— Max ?

Se mordant les poings, les yeux étrangement remplis de larmes de colère, Eva me regarde :

— Laisse tomber Nellio ! Tout… tout s’est arrêté. Son corps ne pouvait plus vivre sans assistance, il était plus robot qu’humain…
— Était ? Tu veux dire qu’il…
— Oui. Une décharge électromagnétique contrôlée du portique. Nous devons notre survie au simple fait d’être…

Elle tousse violemment.

— D’être complètement biologiques! hurle-t-elle.
– Mais… Qui peut bien prendre de telles mesures de sécurité ? Quel est l’intérêt d’une défense aussi impénétrable contre la vie biologique et électronique ?
— C’est peut-être la seule possibilité lorsque tu as des choses à cacher.
— C’est tout de même extrême, non ?
— Nellio, ouvre tes yeux biologiques ! Il n’existe plus un endroit sur terre où un drone microscopique ou un apprenti journaliste ne puisse s’insérer. Tes pensées les plus intimes sont connues par les publicitaires avant même que ton cerveau ne soit entré en action. Vous, les humains, êtes des machines prévisibles et déterministes. Une fois le mode de fonctionnement analysé et découvert, rien n’est plus facile que de faire faire à un humain une série d’actions aléatoires. En fait, il est plus facile de manipuler les humains que les atomes ! Vous êtes tellement simples !
— Nous ? Mais les humains sont tellement différents ! La variété, la richesse…
— Arrête, on dirait que tu récites un mantra. Pour un cerveau humain, les humains sont complexes, c’est vrai. Mais pour un ordinateur, il n’y a pas plus de différences entre deux humains qu’entre deux fourmis. Ils obéissent aux mêmes lois.

Je m’arrête un instant, le souffle coupé. Les images de l’agonie de Junior, de la mort subite de Max dansent devant mes yeux. Je me sens étrangement calme.

— Eva, s’il-te-plait, réponds à deux questions sans m’interrompre.

Elle me fixe d’un regard froid mais garde les lèvres serrées.

— Premièrement, en quoi ton histoire de fourmis explique-t-elle ces mesures de sécurité ?
— Ces mesures, comme tu dis, sont la seule solution pour permettre aux occupants de cet immeuble ne pas devenir une fourmi parmi les autres. Aucune information non-contrôlée ne peut sortir. Aucune influence ne peut pénétrer.
— Donc aucun être vivant, fut-il biologique, électronique ou un mélange des deux ne peut arriver jusqu’ici sans autorisation préalable. C’est d’une logique implacable. Et nous ne devons la vie qu’à une simple erreur de programmation, une faille dans le système de sécurité.

Les lèvres serrées, elle acquiesce tout en soutenant mon regard. Je ferme un instant les yeux, je réfléchis aux implications. Tout cela me dépasse, je suis un être terrorisé, en état de choc. Mon corps biologique est empli de molécules qui agissent en tout sens, activant différents signaux électriques que mon cerveau interprète machinalement : dors, protège-toi, fuis, découvre la vérité, cache-toi, sois-immobile, prépare-toi à combattre, réfléchis et comprends, pleure et appelle maman.

Mais ai-je encore seulement un choix à faire ? Mon destin n’est-il pas définitivement tracé ? Puis-je changer de direction ? Je me sens comme un automate, fatigué, épuisé, prêt à mourir pour retrouver le sommeil et l’apaisement.

Eva n’a pas bougé. Je lui murmure :
— Il nous reste à découvrir si cette faille était intentionnelle ou non…

 

Photo par DS.

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Le meal engineering, le futur de la nutrition

Sun, 13 Aug 2017 11:26:06 +0000 - (source)

Dans ce billet, j’explore le futur de la nutrition en testant différents repas en poudre, comme je l’avais déjà fait il y’a deux ans.

Update : ce billet a été mis à jour le 11 septembre 2017 pour ajouter le test de Saturo, préciser la compatibilité avec les régimes végans et pour ajouter des liens de parrainage.

Pour produire l’énergie nécessaire à la vie, nous n’avons besoin que de deux choses : du carburant et du comburant. Vu sous cet angle, tout notre système digestif ne sert qu’à une seule et unique chose : extraire du carburant de notre environnement en rejetant l’immense majorité qui n’est pas utilisable. Le comburant, lui, est fourni par le système respiratoire.

Toute cette complexité organique, toute cette énergie, toutes ces sources potentielles de maladies et de complications pour une seule et unique chose : extraire de tout ce qui nous entoure du carbone (et quelques autres composants) que l’on pourra ensuite combiner à de l’oxygène pour produire de l’énergie.

Entre parenthèse, cela signifie aussi que si nous sommes trop gros, la seule et unique manière de nous débarrasser du carbone excédentaire est de… respirer. En effet, le CO2 que nous expirons est la seule porte de sortie pour le carbone de notre corps, avec l’urine qui en contient également une toute petite quantité.

Le système digestif étant extrêmement énergivore, un comble vu que son rôle est d’obtenir de l’énergie, l’être humain inventa la cuisine. Les recettes permirent de sélectionner les aliments les plus nourrissants tandis que la cuisson, rendue possible par le feu, facilita la digestion.

Depuis, si les recettes de cuisine sont brandies comme un étendard culturel, force est de constater que nous mangeons majoritairement des ersatz industriels des recettes originelles. Les industriels ont compris comment tromper nos réflexes pour nous faire ingérer de la nourriture bon marché. Le sucre, initialement un indicateur naturel d’un fruit mûr contenant de bonnes vitamines, a été isolé pour être saupoudré dans à peu près tout, nous rendant accros à des produits peu nourrissants voire franchement nocifs.

Quelle sera donc la prochaine évolution en termes de nutrition ? S’il n’est pas question de gaspiller une occasion de manger un bon repas, je suis persuadé que la malbouffe industrielle et le sandwich de midi peuvent avantageusement être remplacés par de la nourriture spécialement conçue pour apporter ce dont le corps à besoin le plus efficacement possible. C’est exactement l’objectif du Soylent, qui a donné naissance à de nombreux clones européens dont je vous avais parlé il y’a deux ans en vous posant la question « Est-il encore nécessaire de manger ? ».

Or, en deux ans, les choses ont bien changé. Des alternatives françaises ont vu le jour et les produits ont gagné en qualité. Je vous propose un petit tour d’horizon des différents repas en poudre que j’ai testé.

Vitaline

Vitaline, c’est le produit santé de cette comparaison. Composé d’ingrédients essentiellement bio, Vitaline cherche avant tout la qualité. D’ailleurs, les premières versions étaient peu nourrissantes et au goût assez fade. La dernière version a grandement amélioré ces aspects même si on est encore limité à 3 goûts (pour moi 2 car je n’aime pas du tout le goût amande alors que je raffole pourtant du massepain).

Autre particularité : Vitaline est le seul des produits testés qui périme assez vite. La poudre devient immangeable après quelques semaines de stockage là où les autres restent identiques durant plusieurs mois, voire années. Peut-être est-ce le prix à payer pour avoir des composants bio et moins de conservateurs mais ce n’est pas très pratique.

À 4€ le repas, je conseille Vitaline à ceux pour qui la santé et le bio passent avant le goût, ce dernier pouvant être un peu amer. J’apprécie aussi énormément les sachets individuels, bien plus pratiques que les gros sachets de 3 repas. Avec mon lien de parrainage, vous aurez 20% de réduction sur le pack découverte et je recevrai 10€ sur ma prochaine commande.

Note : Vitaline m’a spontanément offert deux coffrets de test suite à la lecture de mon article d’il y’a deux ans.

Smeal

Autre alternative française, Smeal ne se démarque pas spécialement. Les goûts sont bons (parfois de manière surprenante, comme Speculoos) mais fort sucrés et fort écœurants. À 3€ le repas, je l’ai plutôt perçu comme une alternative bon marché qui remplit son office : on n’a plus faim pendant plusieurs heures après un Smeal.

Soulignons la poudre goût « légumes du jardin ». Une véritable innovation qui permet de sortir de l’aspect essentiellement sucré de ces repas.

Note : suite à ma demande, j’ai reçu un pack de test gratuit de Smeal.

Feed

Toujours en France, Feed se démarque par son aspect design et pratique. Plutôt que les traditionnels sachets, Feed propose des bouteilles en plastique pré-remplies de poudre. Une innovation d’ailleurs reprise par Vitaline.

Dans une première version, la poudre formait de tels grumeaux que je n’ai jamais réussi à la mélanger correctement dans les bouteilles. C’est de plus particulièrement peu écologique.  Feed a amélioré sa recette pour en plus avoir de problème de grumeaux. Je n’ai cependant pas été complètement convaincu par l’expérience ni par le goût, même si c’est fort pratique de pouvoir se passer d’un shaker à nettoyer lors de journées nomades.

Notons que, comme Smeal, Feed se diversifie dans les goûts salés. Feed propose également des barres repas. Ces barres sont nourrissantes sans être écœurantes et proposent des goûts salés. Bref, de Feed, je retiens essentiellement les barres qui sont particulièrement bonnes et nourrissantes.

Notons que Feed ne contient pas de lactose et est donc adapté à un régime vegan. Si vous commandez pour 50€ chez Feed en utilisant ce lien, je recevrai une ristourne de 10€.

Note : suite à ma demande, j’ai reçu un pack de test gratuit de Feed. Un deuxième pack m’a été envoyé suite à ma critique concernant les grumeaux et, effectivement, ce problème avait disparu.

Queal

Déjà testé il y’a deux ans, Queal, produit hollandais, oriente désormais son marketing sur la performance, physique et intellectuelle. Pour le gag, il faut noter que leur nouveau shaker est le moins performant du marché, à la limite de l’inutilisable avec un bouchon qui se détache et qui est inlavable.

Mais force est de constater que leur poudre reste pour moi la plus digeste, avec une pléthore de goûts dont certains sont délicieux. À 2,5€ le repas, Queal reste un maître achat.

Queal tente de se diversifier avec des barres repas, les Wundrbars, qui sont absolument infectes mais nourrissantes (elles gardent toutes une trace d’amertume très prononcées).

Autre innovation, Queal propose la poudre « boost », un supplément nootropique permettant d’améliorer la mémoire et la concentration. L’effet sur la mémoire de certains composants du Boost serait démontré scientifiquement.

Est-ce que ça fonctionne ? J’ai l’impression que les matins où je rajoute du Boost à mon Queal, je suis plus apaisé et légèrement plus concentré que d’habitude. Je me sens moins grognon et moins enclin à procrastiner. Effet placebo ? C’est fort probable. À 60€ le pot de boost, je n’ai pas envie de gâcher l’effet en glandant sur Facebook !

Note : Queal m’a spontanément contacté pour m’offrir un coffret de test suite à mon article d’il y’a deux ans.

Ambronite

Produit d’ultra luxe, à plus de 8€ le repas, Ambronite se démarque grandement par sa composition.

Là où tous les autres produits sont essentiellement de la protéine de lait avec des suppléments et des arômes, Ambronite est un réel mélange de fruits et légumes secs réduits en poudre. Toutes les vitamines et les minéraux sont issues de produits naturels, les protéines étant essentiellement fournies par de l’avoine.

Il en résulte une espèce de soupe verte avec des arrières goûts sucrés de fruits. Le fait qu’il n’y aie pas de protéine de lait rend Ambronite beaucoup plus digeste et moins écœurant. Ambronite se diversifie désormais avec des goûts mais aucun ne m’a convaincu. Tant qu’à choisir Ambronite, je conseille nettement l’original.

Le problème d’Ambronite reste avant tout son prix. Cela nous confronte à une question intéressante. Si payer 3/4€ pour être nourri en sautant en repas semble « rentable », suis-je prêt à payer plus du double pour un repas qui ne m’apportera aucun plaisir gustatif et qui sera ingéré en quelques secondes ?

Grâce à ce lien, vous pouvez recevoir un paquet de test Ambronite gratuit contenant 4 petits paquets de goût différent. Chaque paquet est l’équivalent d’une collation ou d’un tiers de repas. Vous devez néanmoins payer les frais de port (5,90€).

Note : Je n’ai aucun avantage si vous utilisez ce lien. Tout au plus ai-je reçu ce paquet de test sans payer les frais de port.

Saturo

Saturo pousse le concept du repas en bouteille jusqu’à déjà remplir et mélanger. Il ne reste donc plus qu’à ouvrir et boire.

Et, de manière surprenante, ça fonctionne très bien. Saturo a bon goût et est idéal avant le sport. À 3€ la bouteille, c’est un excellent rapport qualité-prix même si une bouteille n’est pas exactement un repas. Au niveau petit-déjeuner efficace, je recommande Saturo. Notons également que Saturo est particulièrement digeste, ne contient pas de lactose et est vegan friendly !

Je pense qu’en commandant du Saturo via ce lien, vous pouvez obtenir une réduction et moi-aussi (mais je ne suis pas sûr, j’ai pas bien compris le parrainage).

Note : Saturo m’a proposé spontanément un paquet de test suite à la lecture de cet article.

Conclusion du test

Au niveau des marques, si ce n’était son prix prohibitif, je pense que je consommerais essentiellement de l’Ambronite, à la fois bon, efficace et excellent pour la santé. C’est également celui que je recommande sans aucune hésitation à mes enfants. Pour plus de facilité, je garde également toujours du Saturo au frigo et quelques barres de Feed.

Dans une gamme de prix correcte, j’apprécie la démarche de Vitaline, qui fait passer la santé et les aspects scientifiques de son produit avant le goût et le marketing. Malgré la composition essentiellement basée sur la protéine de lait, l’attention portée à l’utilisation d’ingrédients bio me rendent également confortable avec le fait d’offrir Vitaline à mes enfants même si le goût ne le rend pas très attractif.

Mais pour l’usage quotidien, Queal reste une valeur sûre, au goût « facile » qui plaira à tout le monde. Pour les enfants, je me rassure en me disant que ça ne peut pas être pire qu’un hamburger mais je ne pousse pas à l’utilisation trop fréquente de Queal. Je reste également partagé sur le supplément Boost. C’est soit absolument génial, soit une arnaque complète. Je n’arrive pas à me décider.

Une évolution rapide et souhaitable

En deux ans, la qualité des repas en poudre a monté de plusieurs crans. De nombreux produits sont apparus et, parfois, ont disparu aussitôt. C’est d’ailleurs un peu difficile pour le consommateur de s’y retrouver.

Mais force est de constater que ce genre de produits s’installe durablement. En deux ans, il m’est arrivé de manger essentiellement des repas en poudre pendant plusieurs jours et je me sentais particulièrement plein d’énergie. Les selles se font également plus légères. Je ne sais personnellement plus me passer d’un repas en poudre avant une longue randonnée à vélo. Même au niveau du travail intellectuel, je sais qu’un repas en poudre favorise ma concentration par rapport à tout autre repas.

Je pense que l’innovation principale sera dans l’abandon progressif de la protéine de lait et la démocratisation des produits de très haute qualité, comme Ambronite. Une attention particulière sera de plus en plus portée au bilan carbone du repas, à l’absence de produits indésirables (pesticides, sucres raffinés). En parallèle, je prédis l’apparition de produits très bon marché (moins de 1€ le repas) mais à la qualité bien moindre.

Loin de rester des alternatives aux repas, ces poudres en deviendront des composants, avec la popularisation de recettes utilisant les poudres pour les mélanger à d’autres ingrédients. Il deviendra socialement acceptable voire normal de consommer des repas en poudre là où, aujourd’hui, on me regarde encore souvent comme un extra-terrestre.

Et après ?

À plus long terme, je suis convaincu que l’on considérera la manière dont nous nous alimentons aujourd’hui comme préhistorique et morbide. Sans aucune considération pour la valeur nutritive, nous avons en effet tendance à nous laisser diriger par notre goût, notre odorat et notre vue, sens facilement abusés par la publicité, le marketing et les additifs chimiques. Si l’idée d’un repas en poudre en choque certains, il faut peut-être rappeler que nous avons tous passé les premiers mois de notre vie nourris par une source de nourriture unique (que ce soit en poudre ou à travers l’allaitement maternel).

Sur le principe de l’imprimante 3D, nous aurons alors dans notre cuisine un shaker qui mélangera en direct les ingrédients en se basant sur notre envie du moment pour le goût et sur les données de bio-capteurs pour la valeur nutritive nécessaire à notre organisme.

Les imprimantes 3D les plus sophistiquées pourront reproduire le goût et la consistance de la plupart des aliments connus, y compris la viande. Le prix et l’encombrement réserveront néanmoins dans un premier temps ces appareils aux restaurants. Il sera possible de commander un steak saignant vegan, riche en vitamines et pauvre en graisse.

L’époque où nous ingérions des graisses saturées issues d’animaux morts en buvant des sodas nous semblera probablement particulièrement barbare. Tout comme il ne nous viendrait pas à l’esprit aujourd’hui de tuer un animal et d’en arracher la chair encore chaude avec les dents, le visage barbouillé de sang.

Remarque importante : ce blog est financé par ceux d’entre vous qui m’offrent un prix libre pour chaque série de 5 billets. Cela se passe sur Tipeee ou Patreon et je ne vous remercierai jamais assez pour votre contribution. Je considère ce billet comme ayant été financé par la réception d’échantillons Vitaline, Smeal et Feed. Il n’est pas payant et ne compte pas dans la prochaine série de 5.

Photo par Brian Brodeur.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.


L’appareil qui nous délivrera des smartphones

Mon, 07 Aug 2017 20:53:29 +0000 - (source)

La plupart d’entre-nous avons désormais toujours un smartphone en poche. Lorsque nous devons patienter, ne fût-ce que quelques secondes, il est socialement admis de sortir son téléphone et d’y consacrer son attention. Pire, il est de plus en plus fréquent de voir des gens en pleines conversations être en même temps sur leur téléphone. Des familles entières se promènent, chacun sur son smartphone.

Selon moi, on ne sortira pas de cette dynamique en se forçant à moins utiliser les téléphones ou en se culpabilisant. Il est déjà trop tard. Mais un nouveau type d’appareil pourrait changer la donne. Je l’appelle le « Zen Device ». Et je pense que l’innovation viendra des fabricants de liseuses, pas des fabricants de téléphones.

Le téléphone, roi des micro-tâches

Faire des choses plutôt que s’ennuyer, pourquoi pas ? Surtout que nos téléphones nous permettent de nous connecter à une quantité impressionnante de culture, de réflexions, de contenus, de nous mettre en contact avec nos amis.

Le problème, c’est que lorsque nous avons quelques minutes voire quelques secondes d’ennui, nous ne savons pas combien de temps cet ennui va durer. Nous ne pouvons pas nous lancer dans une tâche qui demande un petit peu de concentration comme répondre à un email ou lire un article de plusieurs centaines de mots sur un sujet intéressant.

Pour éviter d’être interrompu dans une de ces tâches, nous nous cantonnons à des micro-tâches, des tâches qui nous apportent une brève satisfaction même après quelques secondes : consulter Facebook, liker un tweet, poster une photo, envoyer un smiley dans une conversation, parcourir un flux d’images rigolotes, etc. Même les jeux vidéos, riches et profonds sur consoles ou PC, se jouent en quelques secondes sur smartphones.

Inutile de dire que, même mises bout à bout, ces micro-tâches n’apportent absolument rien. Pire, elles rendent accro à ces petits shoots hormonaux. Même avec du temps devant nous, nous avons désormais souvent tendance à favoriser ces micro-tâches et parcourir le flux Facebook au lieu de terminer la lecture de cet excellent article.

Les liseuses, un nouveau type de compagnon électronique

C’est peut-être la raison pour laquelle ma liseuse électronique est rapidement devenue l’objet le plus important pour moi, celui que j’emporte toujours avec moi. Car avec une liseuse, je sais qu’il n’est pas possible de réaliser des micro-tâches, seulement des tâches profondes. Bien sûr, ce n’est qu’un seul type de tâche profonde, la lecture, mais c’est déjà énorme.

Véritable talisman, mon livre électronique contient toute ma bibliothèque. Lorsque je suis en voyage, je caresse parfois d’un geste de la main la couverture de cuir qui me rappelle que j’ai avec moi toutes la connaissance dont je pourrais rêver, quand bien même j’échouerai pour plusieurs années sur une île déserte (avec une prise de courant pour recharger, faut pas déconner).

Sans notifications, sans connexion permanente, sans écran lumineux, sans mouvement rapide, les liseuses apportent un côté zen particulièrement bienvenu dans notre monde trépidant.

Mais ne pourrait-on pas les améliorer pour en faire le compagnon idéal de ma thébaïde ? Et si les liseuses devenaient des objets haut-de-gamme favorisant la concentration, nous permettant d’acheter des téléphones bon-marché qu’on se plairait à oublier complètement en partant en balade ?

Faisons l’exercice de construire ce Zen Device.

Une machine pour favoriser la lecture

Contrairement à ce qu’essayent de nous vendre les plus grands fabricants de liseuses comme Amazon et Kobo, lire ce n’est pas « acheter des livres ». Le Zen Device ne met donc pas en permanence en avant une librairie ou des formules d’abonnement.

Un service web permet de charger n’importe quel fichier Epub. Ceux-ci peuvent être lu sur le Zen Device mais également en ligne, la position de lecture étant synchronisée. L’utilisateur pourra ajouter des catalogues ou des librairies selon ses goûts, le projet Gutenberg étant un bon catalogue par défaut.

À l’heure du web, réduire la lecture aux seuls livres me semble criminel. Le Zen Device (et toute liseuse digne de ce nom) se doit de permettre la lecture d’articles sauvegardés sur Pocket ou Wallabag. La nouvelle littérature émerge sur des plateformes comme Wattpad, Scribay voire Medium. Comment se fait-il qu’aucune liseuse n’y donne à ma connaissance accès ?

Le Zen Device facilite également l’usage du Wiktionnaire et de Wikipédia. Son rétroéclairage peut être réduit fortement afin de ne pas être comme un phare lors des séances de lecture nocturne.

Un remplaçant au carnet de note

La seule et unique raison pour laquelle je ne peux pas me passer de mon smartphone, même la nuit, c’est qu’il a remplacé mon carnet de note, que ce soit manuscrites avec le stylet ou audio avec la fonction dictaphone.

Mais noter des rêves ou des nouvelles idées n’aurait-il pas plus de sens sur un Zen Device que sur un Micro-Task-Hyper-Distracting-Phone ?

C’est pourquoi le Zen Device de mes rêves dispose d’un stylet, permettant des notes manuscrites sur une page blanche et d’une fonction dictaphone. Cela me permettrait enfin de me défaire de ma dépendance à Samsung et ses Galaxy Note, seuls téléphones offrant une expérience stylet suffisamment qualitative pour l’écriture manuscrite.

Les notes peuvent être soit complètement indépendantes, soit liées à la lecture en cours si un extrait a été surligné. Ces notes seraient synchronisées avec un service en ligne, Evernote, Dropbox ou autre. De cette manière, il serait particulièrement aisé de savoir que lorsque j’ai eu telle idée, j’étais à la page 184 de tel bouquin, d’assembler des notes et de faire émerger de vraies idées. Un outil absolument révolutionnaire !

Outre les notes manuscrites et audio, il pourrait être possible d’utiliser un clavier. Mais toute personne ayant utilisé une liseuse sait à quel point l’expérience de clavier virtuel est frustrante sur écran e-ink. Le Zen Device permettra donc de brancher un clavier Bluetooth. Et supporter la disposition BÉPO.

Fonctionnel sans notifications

En évoluant, un Zen Device pourrait même avoir de plus en plus de fonctionnalités mais avec une contrainte majeur : pas de haut-parleur ni de notification.

On pourrait imaginer un accès à son calendrier afin de voir le plan de la journée, écouter de la musique ou des audio livres avec des écouteurs (jack ou bluetooth), un appareil photo permettant de scanner du texte avec reconnaissance de caractère, un accès à Open Street Map permettant de s’orienter (mais peut-être sans avoir besoin d’un calcul d’itinéraire).

On peut imaginer tout un écosystème d’apps qui seraient soumises à plusieurs contraintes : ne pas pouvoir tourner en arrière-plan, en pas envoyer de notifications, fonctionner sur un écran e-ink.

Zen mais sans oublier le côté social et le prix libre

Non, le Zen Device ne permettra pas d’aller sur Facebook. Mais il y’aurait du sens à intégrer certains types de réseaux sociaux comme SensCritique ou Babelio. De cette manière, le Zen Device aurait la liste de mes envies de lecture pour me suggérer mon prochain livre et me permettrait de garder un journal de mes lectures, potentiellement public.

En fait, on pourrait même imaginer un tout nouveau type de réseau social qui ne serait pas uniquement basé sur le « J’aime » mais sur des interactions plus fines comme « Je valide et recommande », « Cela m’interpelle, est-ce sérieux ? » ou « Cette lecture est inintéressante ».

Lorsqu’un lecteur recommande une lecture, une toute petite somme est versée à l’auteur mais un pourcentage va aux recommandeurs grâce à qui le lecteur a découvert cet article.

Mais là on s’éloigne un peu du Zen Device en lui-même…

Le Zen Device existe-t-il ?

Tout cela parait un bien beau rêve mais, techniquement, rien de ce que je décris n’est impossible.

Kobo offre une intégration avec Pocket sur ses liseuses, Bookeen envisagerait sérieusement d’offrir une intégration Wallabag et Tolino permet de gérer en ligne sa bibliothèque de fichiers Epub avec synchronisation de la position de lecture. Tolino embarque une excellente intégration au Wiktionnaire.

De son côté, la liseuse PocketBook Ultra offre un appareil photo et une prise audio pour écouter des audio-books. Il ne devrait pas être sorcier de rajouter un micro pour avoir une fonction dictaphone.

Au niveau du stylet, Sony offre une feuille A4 virtuelle permettant d’annoter des PDF. Mais le plus intéressant est la tablette Remarkable. Malheureusement, la partie « lecture » est peu développée sur le site web et l’engin ne dispose pas du moindre éclairage, le rendant parfaitement inadapté pour la prise de note de nuit ou l’écriture de rêves. De plus, sa grande taille le rend peu pratique à emporter.

Le projet NoteSlate aurait quand à lui pu être une première version du Zen Device, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi de l’utiliser comme illustration à ce post. Mais le site annonçant un lancement en Mars 2017 n’a plus été mis à jour depuis janvier. De nombreuses pré-commandes ont été placées et, depuis, silence radio si ce ne sont quelques tweets de marketing. Ce n’est pas de très bonne augure pour la suite.

Un changement de paradigme pour les concepteurs de liseuses.

Bref, comme vous pouvez le constater, le Zen Device ne relève pas de la pure science-fiction. Technologiquement, rien d’impossible. Alors, y’a-t-il un marché ? Personnellement je suis près à payer le prix d’un téléphone très haut de gamme pour un tel engin car je trouve dommage de payer une fortune pour mes micro-tâches/distractions et 150€ pour mon outil le plus important, ma liseuse…

Mais je constate que, tôt ou tard, tous les fabricants de liseuses finissent par vouloir reproduire Amazon. Vendre des livres virtuels selon l’idée très 20ème siècle de « librairie » est plus rentable que de vendre des appareils. Du coup, au fil des mises à jours et des partenariats, les liseuses se transforment en « appareil vous encourageant à acheter des livres ». Tout le contraire d’un Zen Device…

Oui, je pense qu’il est possible de concevoir un nouveau type d’appareil qui nous délivrera de notre dépendance à Facebook/Twitter/Snapshat/WhatsApp. Qui nous permettra de profiter du moment présent tout en nous permettant d’enrichir nos connaissances et notre patrimoine intellectuel.

Mais pour cela, il faudra soit un nouvel acteur, soit un fabricant de liseuses qui prendra le risque de ne pas vouloir être un énième sous-Amazon. Alors, si vous êtes dans la conception de liseuses, que l’idée du Zen Device vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

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