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Demain, la conquête de la galaxie !

Tue, 09 Feb 2016 15:07:00 +0000 - (source)
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Nous parlons beaucoup des voitures sans conducteurs mais il est un autre domaine où l’intelligence artificielle va certainement bientôt jouer un rôle disruptif : la conquête spatiale.

Si les humains sont encore cantonnés à la proche banlieue de la terre, il n’en est pas de même pour les robots : ils ont déjà été sur Mars, sur Vénus, sur une comète, sur Titan. Ils ont photographié Jupiter, Saturne et Pluton et ils sont en train de quitter le système solaire.

Bien entendu, ces robots sont extrêmement rudimentaires. Ils n’ont peu ou prou d’intelligence et se contentent d’obéir aux ordres directement donnés par la terre. Avec le gros défaut que, plus la distance est grande, plus l’ordre met du temps à parvenir.

Pour un rover roulant sur Mars et apercevant un rocher barrant sa route, il faut 20 minutes pour envoyer l’information jusqu’à la terre puis, en admettant une réponse immédiate de l’opérateur, 20 minutes pour transmettre l’ordre d’éviter le rocher.

Rendre les sondes exploratrices plus intelligentes et plus autonomes est donc particulièrement approprié. Elles seraient en mesure de prendre les décisions les plus pertinentes et n’envoyer sur terre que les clichés et les résultats scientifiques les plus intéressants.

L’énergie et les réparations

Le principal problème d’une sonde spatiale est celui de l’énergie. Le soleil s’éloignant, il devient de plus en plus difficile d’obtenir de l’énergie. Il faut donc le stocker et l’économiser. En étant plus intelligent, les sondes pourraient développer des stratégies inédites propres à leurs environnements.

En étant plus intelligentes, les sondes devraient également être capables de réparer les problèmes qu’elles pourraient rencontrer en exploitant, si possible, les ressources du milieu où elles se trouvent. Ce qui nécessite la capacité d’extraire des matériaux.

Si vous mettez ensemble une intelligence de préservation de l’énergie et une intelligence réparatrice, il est vraisemblable que les sondes se mettront à construire de nouveaux moyens de capter l’énergie. Par exemple, une sonde pourrait fabriquer une éolienne sur Mars.

Tout cela est bien entendu encore très théorique. Est-ce complètement fou ? Au vu des progrès actuels, il est vraisemblable que ce genre de sondes soit lancé dans le système solaire d’ici vingt ou trente ans. Peut-être cinquante.

La collaboration

Sur une planète comme Mars, imaginons que les sondes se mettent à coopérer entre elles. Ou, pourquoi pas, qu’elles se mettent à communiquer entre elles à travers tout le système solaire. Elles seraient également capables de communiquer avec les anciennes sondes et d’apprendre de leurs observations, comme le font les opérateurs humains aujourd’hui. Après tout, pourquoi pas ?

Nous aurions donc un véritable réseau de robots spatiaux lancés dans le cosmos, apprenant, communiquant, s’auto-réparant, s’entraidant. Certes, la plupart des sondes finiraient par mourir jusqu’au jour où…

La singularité

Tout ceci n’est pas foncièrement excitant. Des sondes qui se réparent toutes seules et qui communiquent, c’est joli mais ça ne change pas la vie. Vraiment ? Pourtant, une conséquence immédiate serait l’adaptation progressive des sondes, devenant à chaque réparation un engin de moins en moins reconnaissable par ses concepteurs. Certaines sondes pourraient devenir microscopiques ! D’autre sondes ayant trouvé une abondance de ressources auront une tendance naturelle à construire leurs propres robots autonomes qui les aideront à se réparer, à obtenir de l’énergie et à explorer.

En construisant des sondes qui se réparent et cherchent à obtenir de l’énergie, nous aurons insufflé l’instinct de survie !

Dans ces nouvelles sondes de seconde génération, certaines seront elles-mêmes lancées pour explorer le cosmos et contribuer au réseau de sondes ou à leur sonde mère. La conquête de la galaxie aura commencé !

Le temps

Lorsqu’on parle d’exploration spatiale, l’ennemi numéro un est le temps. Selon les théories actuelles, il serait strictement impossible de voyager plus vite que la lumière (ce que j’explique ici). L’espace étant immense, voyager d’étoile en étoile prendrait des décennies voire des siècles, une durée bien trop grande pour des humains.

Mais pas pour des robots. Les robots, eux, ont tout leur temps.

Si un robot met cent ans pour gagner une nouvelle étoile et que les informations qu’il envoie mettent dix ans ou vingt ans à parvenir aux autres robots, ce n’est pas un problème. De plus, si chaque robot donne naissance à plus d’un autre robot, la conquête sera exponentielle. En quelques centaines de millénaires, la galaxie pourra être conquise par les sondes spatiales humaines. Chaque étoile, chaque planète de la galaxie sera explorée, exploitée et les robots pourraient se mettre à coopérer afin de gagner une autre galaxie.

La race humaine aura probablement disparu d’ici là mais ses descendants, les robots, continueront son œuvre.

L’inquiétude

Cette singularité spatiale, ce moment clé où nous aurons enclenché irrémédiablement la conquête de la galaxie n’est pas si loin. Il est vraisemblable que certains d’entre nous connaîtront ce moment de leur vivant, même si personne ne s’en rendra forcément compte.

Mais du coup, une question existentielle se pose : pourquoi n’avons-nous pas encore détecté le moindre signe d’une intelligence extra-terrestre qui aurait suivi le même chemin ? Où sont les sondes spatiales issus d’autres planètes ? Doit-on s’inquiéter ou se réjouir d’être, a priori, les premiers dans notre zone du cosmos ?

Dans un prochain billet, je tenterai d’apporter des réponses à ces questions, mais, autant vous le dire, ce ne sont pas des réponses rassurantes quant à notre avenir immédiat.

 

Photo Nasa.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 38

Sat, 23 Jan 2016 11:13:50 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 38 sur 38 dans la série Printeurs

Nellio et Junior sont arrivés dans une usine de mannequins sexuels à l’effigie d’Eva. La voix d’Eva retentit derrière eux.

— Qu’est-ce qui me prouve que tu es la vraie Eva ?
— Nellio, je suis l’Eva que tu as toujours connue, que tu as rencontrée à la conférence de CrazyDog.
— Tu n’as pas répondu à ma question ! D’ailleurs, pourquoi m’as-tu envoyé les coordonnées de cette usine ?
— Mais je n’ai pas…
— C’est moi !

La voix est douce, chaude. Elle jaillit dans mon dos comme celle d’un commentateur d’une vidéo animalière. Je me retourne et tombe face à face avec un amas de chairs, de métal et de plastiques.
— Max !
— Et oui, poursuit-il de son timbre incroyablement chaleureux. Comme tu peux l’entendre, j’ai même réparé mon générateur vocal.

Les deux employés s’approchent de nous. Je constate qu’aucun ne semble manifester de curiosité excessive ni même d’étonnement. Le plus grand des deux s’adresse familièrement à Max.
— Max, bordel, ce sont tes amis ? C’est toi qui les a amenés ici ? Tu risques de nous attirer des emmerdes !
– Relax, poursuit la voix chaude et envoutante du générateur. C’était le seul endroit auquel je faisais suffisamment confiance pour pouvoir rencontrer Nellio en toute sécurité. C’était également nécessaire en vue de son édification.
— Hein ? Je pige rien Max. Tout ce que je sais c’est que vous êtes quatre personnes non autorisées et que nous risquons de perdre notre boulot.
— Votre boulot ?

Max éclate de rire. Son corps hybride se tord et se dandine mais, étrangement, seul un rire calme et sympathique se fait entendre.

— Tu parles d’un boulot ! Vous passez votre temps à consulter des sites pornos et à baiser des mannequins désarticulés. Vous êtes les deux seuls humains de toute l’usine car le contrat d’exploitation exigeait la création d’emplois locaux !
— Ça, ce n’est pas ton problème Max ! L’important c’est que nous évitons le statut de télé-pass. Et c’est un avantage que je tiens à garder, même si cela nécessite que j’appelle une milice.
— Et qui te filerait tes shoots si j’étais arrêté par les flics ?
— Tu n’es pas le seul dealer, Max !
— Non, mais je suis le meilleur. Allez, je te taquine. Je comprends votre inquiétude. Merci pour votre aide et votre accueil ! Allez, je vous offre une dose, c’est ma tournée.

Un large sourire illumine le visage des deux employés. D’un geste incroyablement rapide, Max leur tend deux petites gélules noires. Ils se l’insèrent immédiatement dans l’oreille gauche avant de s’écrouler instantanément sur le sol, pantins désarticulés, la bouche déformée par un rictus baveux.

Je pousse un cri :
— Max, tu ne les as pas…
— Non, je te rassure. Ils sont juste endormi pour un quart d’heure. Après, ils auront droit à leur shoot normal et n’auront pas conscience d’avoir été dans le coma. Ils se souviendront à peine de notre entrevue.

Junior s’exclame :
— Nom d’un clavier ! Tout mon service est à la recherche des trafiquants de neuro-logiciels.
— Trafiquant est un bien grand mot. Je suis le seul réel fournisseur.

Max appuie sa phrase d’un mouvement du visage qui s’apparente à un clin d’œil. Mais, entre les vis, les muscles luisants mis à nus et les pièces imprimées, j’avoue ne pas être à même de lire ses émotions.

— Les neuro-logiciels ? Mais n’est-ce pas une belle saloperie ? Tu me déçois beaucoup Max ! fais-je d’un ton outré.
— C’est ce que la propagande essaie de nous faire croire. Mais les neuro-logiciels sont, au contraire, la drogue idéale ! Il suffit d’un implant dans le tympan qui va se connecter à ton réseau neuronal. Ensuite, pour peu que tu t’y connaisses, tu peux programmer absolument n’importe quel trip. Je me suis spécialisé dans les micro-doses. La puce électronique fond avec la chaleur du corps humain et se dissout totalement. Sans cela, les trips seraient illimités, ce qui n’est pas très bon pour mon business ! Un petit trip bien cinglant, c’est parfait, mes clients en redemandent !
— Mais… c’est répugnant ! Tu manipules le cerveau des gens !
— Oui. Mais sans tous les effets secondaires que peuvent induire les drogues chimiques. Mes trips sont complètement safes. J’ai même en magasin des trips compatibles avec une activité sociale normale. Ton conjoint t’emmerde ? J’ai un trip qui te fait vivre l’extase intérieure pendant que tu passes la soirée avec un air attentif à répondre aux questions.
— Dis, murmure Junior, tu n’aurais pas un truc à me filer pour supporter la douleur le temps qu’on me rafistole ?

Max se penche sur l’oreille de Junior. Je l’interromps d’un air solennel.
— Max, pourquoi m’as-tu amené ici ?

Il hésite une fraction de seconde.
— Parce que je ne pense pas qu’on vienne te chercher ici.
— Qui “on” ?
— Les flics, Georges Farreck, les industriels, … J’avoue que je ne sais pas trop qui tire les ficelles. Tu es traqué, recherché mais je n’arrive pas à mettre la main sur la personne qui chapeaute tout.
— Georges Farreck, fais—je, mais je ne comprends pas son acharnement.
— Georges Farreck n’est qu’un pion, assène Max. Il n’a été qu’un instrument, un catalyseur pour faire naitre le printeur. Tout comme toi et…

D’un geste ample, il désigne le hangar remplit de mannequins immobiles.

— … Eva !

Je me tourne vers Eva, la vraie. Elle n’a pas bougé, son regard est éteint et son visage trahit l’angoisse.

Je réalise que Max ne l’a pas pointée elle mais a bel et bien désigné l’ensemble du hangar.

— Eva ? Quel est ton rôle exactement !

Une larme perle le long de sa joue.

— Nellio ! Je te supplie de me faire confiance. Je suis de ton côté !
— Réponds à ma question : es-tu, oui ou non, la vraie Eva ? L’originale ?
— Je croyais que tu avais compris, nous interrompt Max d’une voix douce. Les vraies Eva sont là, dans ce hangar. Tu n’as jamais connu que la copie.
— Hein ?
— C’est pas que j’ai envie de jouer les troubles-fête mais je continue à pisser du sang et les deux zozos vont bientôt se réveiller. Est-ce que ça vous arracherait la gueule de vous occuper un peu de moi ? Bordel, j’ai mal !

En regardant Junior se tordre de douleur, j’ai soudain une illumination.
— Max, occupe-toi de Junior et arrange-toi pour que les deux employés restent endormis.
— Mais je ne peux modifier leur shoot sans…
— Écoute Max, tu te démerdes. J’ai besoin de deux heures. Et puis on se casse d’ici.

De la main, j’empoigne le bras d’Eva.
— Viens avec moi !
— Que fais-tu Nellio ?
— Ils veulent le printeur ? Et bien on va leur donner le printeur !

 

Photo par 7-how-7.

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Échappez à la manipulation de vos émotions !

Wed, 13 Jan 2016 16:40:51 +0000 - (source)
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Cela fait déjà deux ans et demi que j’ai écrit Le blog d’un condamné (republié sur Wattpad pour ceux qui veulent le redécouvrir).

Anecdote intéressante : deux ans après, je reçois encore régulièrement des insultes. Le motif ? Ce que j’ai écrit serait scandaleux car « je joue avec l’émotion des gens ». J’ai écrit une fiction sans panneaux clignotants affirmant qu’il s’agissait d’une fiction. Cela ferait de moi un manipulateur d’émotions.

Ces critiques font preuve d’une désarmante naïveté face aux dures réalités du monde.

Car nous sommes avides d’émotions

Utiliser la raison est difficile, fatiguant. Les émotions, elles, s’assimilent facilement. La littérature à l’eau de rose, les films d’horreur, les blockbusters, les publicités ont tous pour volonté de nous donner des émotions brutes, sans aucune réflexion, en jouant sur la manipulation de nos sens au travers couleurs, musiques, bruitages, montages étudiés, etc.

On nous montre des gens en proie à des émotions extrêmes, on nous sature d’émotions pour qu’elles débordent un peu sur nous. Les séries télés, dont les histoires sont souvent sans intérêt et truffées de contradictions, tiennent le public en haleine en nous “attachant à un personnage”.

La télé-réalité et les potins de stars sont encore plus efficaces. Il n’y même plus de tentative de construction, vous êtes simplement exposé au fait que d’autres personnes dans le monde ont une vie et des émotions. Vous pouvez alors vivre ces émotions par procuration.

Sur Internet, le marché des émotions low-cost est devenu une véritable caricature avec les titres accrocheurs : « Vous ne croirez pas ce que ce petit chien va faire » ou « Une maman a pleuré en voyant cette vidéo ».

Le contenu est toujours inutile et absolument sans intérêts. Mais il contient une émotion simpliste.

Car nous vivons dans une fiction

Prenez les buzz sur Internet ou dans les médias. Peu importe que l’histoire soit vraie ou pas : la plupart sont soit complètement fausses, soit très vieilles, soit tellement déformées qu’elles n’ont plus aucun sens.

Le « journalisme » et les « médias », si généreusement aidé par des subventions publiques, sont devenus tout entier des participants à ce grand marché de l’émotion. Ils ne cherchent pas à informer, même s’ils en sont convaincus, mais uniquement à fournir de l’émotion, versions locales à petit budget de Hollywood ou Endemol.

La mauvaise foi ou l’incompétence de la plupart des rédacteurs transforme d’ailleurs toutes les histoires que nous lisons. Le journal parlé n’est plus qu’un concentré de flash émotionnels qui vous vend de la bonne conscience ( « J’aime être informé » ) tout en préparant votre cerveau pour la page de publicité.

Car c’est un business dont nous sommes les pigeons

Une conséquence intéressante des émotions, spécialement les plus vives, c’est qu’elles ouvrent toutes grandes les portes du cerveau et de la mémoire.

La raison est simple : pour un homme vivant dans la savane, se souvenir à la perfection des événements marquants (la rencontre d’un prédateur) permet d’obtenir un avantage évolutif non-négligeable (se rappeler comment on s’en est sorti).

Cette particularité de notre cerveau est exploitée à merveille par les publicitaires qui peuvent ainsi inscrire leurs messages dans notre cerveau comme dans un livre blanc.

Nous avons besoin de notre dose d’émotion et, en échange, nous fournissons notre personnalité à modeler.

À votre avis, quand vous allumez la télé ou que vous cliquez sur un lien Facebook inattendu, le deal est-il à votre avantage ? L’émotion reçue a-t-elle une valeur plus importante que la parcelle de votre personnalité que vous avez cédée à un annonceur quelconque ?

Car nous abandonnons trop facilement notre libre arbitre

Lors de certains événements, ce fonctionnement médiatique de marchandisation des émotions s’emballe. Les médias entrent dans la surenchère et il devient virtuellement impossible de ne pas être informé en temps réel du-dit événement. Tout le monde se rue, tient à “être informé”, regarde en boucle les mêmes images. Il est même socialement inacceptable de ne pas participer à l’émotion collective !

Une aubaine pour les publicitaires et les sites de “presse” vivant de la publicité qui, en véritables charognards des drames, voient leurs revenus exploser. Les algorithmes publicitaires se greffent d’ailleurs automatiquement sur les événements les plus juteux.

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Ce terrorisme émotionnel n’a pas que des retombées économiques, il est également extrêmement profitable pour tous ceux qui profitent de l’irrationnel et de la peur. Quoi de mieux pour faire passer des mesures politiques absurdes, sécuritaires et dangereusement rétrogrades qu’une population abrutie par la peur ?

Car nous devons apprendre à nous protéger

Pour lutter contre cet incessant flot d’émotions manipulatrices, je vous ai déjà expliqué que je fuyais les sites de presse et que je séparais la “cueillette d’informations” de la lecture proprement dîtes.

Lors d’un événement particulièrement médiatisé et marquant, j’applique dorénavant les préceptes suivants :

Avec une semaine de recul, je me rends compte que les dizaines d’articles dans Pocket sont déjà obsolètes, qu’ils disent tous la même chose et que j’aurais vraiment perdu mon temps. De temps en temps, un article écrit avec un peu plus de recul et d’analyse résume très bien tout l’événement. Je n’ai alors plus besoin d’en savoir plus.

Car vos émotions sont ce que vous avez de plus précieux

Notre cerveau est le bien le plus précieux. Et, malgré tout les comités d’éthique, personne ne le protégera à notre place. C’est pour cette raison que j’encourage fortement l’installation de logiciels bloqueurs de pub.

Mais la publicité n’est pas la seule forme de manipulation et de contrôle des émotions. Dans un monde hyper connecté, nous devons individuellement apprendre à nous responsabiliser et à mettre en place des stratégies pour garder notre individualité et notre libre arbitre.

Nos émotions sont si belles, si personnelles qu’il serait dommage de les brader au premier média ou publicitaire venu…

 

Photo par Alexis.

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Comment j’ai étendu les capacités de mon cerveau

Tue, 05 Jan 2016 13:32:27 +0000 - (source)
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Notre cerveau est formidable mais il a ses limites. Surtout le mien.

J’ai remarqué que l’utiliser comme une mémoire induisait un stress, celui d’oublier, et empiétait sur ma créativité et mon humeur. Sans compter que j’oubliais malgré tout certaines choses. J’ai donc graduellement confié tout ce qui concernait le fait de “se rappeler” à un outil externe. Mon cerveau est donc entièrement consacré à la créativité. Une véritable source de bonheur et d’apaisement !

Du coup, j’ai eu envie de partager la manière dont j’outsource une partie de mon cerveau vers des outils informatiques.

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Inbox

Tout nouvel input arrive dans une de mes inbox. La première inbox historique étant mon mail, traité avec Google Inbox. Cependant, grâce à une stratégie Inbox 0 très efficace, le mail devient de moins en moins prépondérant. Je peux me permettre de le regarder une ou deux fois par jour.

En fait, mon inbox principale est un dossier Evernote appelé Inbox. Toute nouvelle note Evernote va dans ce dossier par défaut et je le vide une fois par semaine.

Pour arriver dans mon inbox, il y a :

– La saisie d’une note manuscrite avec mon stylet. La reconnaissance d’écriture d’Evernote est absolument stupéfiante et je ne pourrai plus vivre sans.
– La saisie d’une note depuis mon ordinateur via l’icône de notification Evernote sur mon desktop.
– La capture d’un document via le scan Evernote de mon smartphone (toute facture ou document papier que je reçois et qui part ensuite directement à la poubelle).
– Quand je reçois un mail contenant des actions à faire ou des documents à archiver, je le forwarde à Evernote.
– Quand je marque un article comme favorite dans Pocket, il est automatiquement ajouté à Evernote via une règle IFTTT.
– Quand je tombe sur un contenu web que je souhaite utiliser d’une manière ou d’une autre, je l’ajoute via le web clipper Evernote.

Ce qui est primordial, c’est de séparer complètement l’acte de saisie et celui de trier/traiter. Par définition, je ne réfléchis pas et toutes mes idées, mes notes, mes actions à faire plus tard va dans mon inbox Evernote sans que j’ai besoin de réfléchir.

Todo

J’utilise depuis peu Todoist pour gérer mes todos. Je rajoute mes tâches directement dans Todoist ou en marquant une note evernote du tag “todo”, auquel cas une règle IFTTT crée la tâche pour moi.

Dans Todoist, j’utilise le concept de date limite comme la date à laquelle je vais travailler à la tâche. Chaque matin, je reporte donc au lendemain un maximum de tâches afin de n’avoir que 3 ou 4 tâches qui sont celles sur lesquelles je vais me concentrer aujourd’hui.

Notons que, du coup, lorsque j’ai terminé une tâche qui est aussi dans Evernote, je dois penser à aller retirer le tag “todo”. Ce qui est un peu embêtant.

Auparavant, j’utilisais Swipes, qui possède nativement l’intégration Evernote et une meilleur gestion du “report de tâches à demain” mais la synchronisation entre les appareils est plus que capricieuse, l’application est encore fort buguée et n’est plus activement développée, l’équipe se concentrant sur Swipes for Slack.

Agenda

J’utilise Sunrise et j’en suis extrêmement satisfait. Je n’utilise pas les fonctionnalités de rappel d’Evernote ou très rarement car les rappels restent affichés, même après qu’ils aient eu lieu.

Je trouverais génial d’avoir un agenda où chaque événement est une note Evernote car j’ai une confiance totale envers mon agenda. Pour moi, ce qui n’est pas dans mon agenda n’existe tout simplement pas.

Malheureusement, Sunrise n’est plus maintenu et Google Agenda est encore loin derrière en termes d’ergonomie sur mobile et de jonglage entre les différents calendriers, sans parler de client inexistant pour le desktop.

Veille

Histoire d’alimenter mon cerveau, j’utilise Feedly avec un nombre restreint de flux afin de les vider rapidement. Si je long-click sur un item, il est automatiquement ajouté dans Pocket. Mon feedly est donc vidé en quelques minutes.

En sérendipité sur les réseaux sociaux ou sur le web, je ne lis jamais rien directement. Si ça a l’air intéressant, je rajoute à Pocket (via le bookmarklet). Twitter est mon principal fournisseur de liens pertinents, suivi de près par G+. Facebook l’est moins mais est beaucoup plus addictif à cause de son fourmillement d’interactions.

Depuis peu, Pocket permet également de suggérer des articles et je suis un adepte de cette fonctionnalité. Je vous invite d’ailleurs à vous abonner à mes suggestions.

Lecture

Je suis complètement accro à Pocket, que je consulte depuis mon téléphone, ma tablette ou mon Kobo. Quand un article mérite selon moi d’être réutilisé ou d’être partagé ou quoi que ce soit, je le marque comme favori et il est envoyé dans Evernote via une règle IFTTT.

Lorsque je lis sur le Kobo, j’utilise énormément la fonctionnalité “surlignage” pour repérer les citations, les mots ou les phrases que j’aime bien. Malheureusement, ce surlignage ne fonctionne pas dans les articles Pocket et, surtout, je n’ai pas trouvé de manière simple d’accéder à tous les passages surlignés (j’ai réussi une fois la manip via Calibre mais c’était compliqué). Dans mon monde idéal, les passages surlignés devraient automatiquement être ajouté à mon Inbox Evernote.

À noter que j’ai étendu le principe de liste de lecture à toute ma consommation culturelle. Dès qu’on me parle d’un film, d’un livre ou d’une BD, je le note dans mon Inbox Evernote puis, lorsque je traite cette note, je rajoute le titre dans ma liste d’envie SensCritique.

Gestion de la connaissance

J’ai un dossier Evernote « Notes » qui contient à peu près tout ce dont je veux me souvenir ou que je pourrai potentiellement utiliser. Ce dossier est véritablement une annexe à mon cerveau. Régulièrement, il m’arrive de fusionner des notes afin de les grouper sur un thème similaire et de préparer un billet de blog ou d’ébaucher une idée. La fonctionnalité de merge d’Evernote est malheureusement à la limite de l’utilisable et a parfois des effets inattendus.

J’ai également un dossier « Administratif » qui contient ce dont je ne veux pas me souvenir mais qui pourrait m’être demandé (factures, déclaration d’impôts, etc).

J’utilise également beaucoup les tags et les smart searches mais Evernote n’est pas top : les nested tags n’ont aucun effet, il n’est pas possible de trouver les documents sans aucun tag, il est impossible de rechercher dans la Trash mais il est également impossible de marquer un dossier comme étant archivé et n’apparaissant pas dans la recherche.

Il m’arrive également de rechercher un article dans Pocket mais c’est relativement rare.

Une fonctionnalité que j’adore est la géolocalisation des notes : je peux voir une carte de toutes les notes en fonction de l’endroit où je les ai créée. Ce n’est pas vraiment utile, juste agréable à regarder.

Partage professionnel

Lorsqu’une information ou une idée doit être partagée au niveau professionnel, j’utilise Knowledge Plaza, l’outil de Knowledge Management que nous développons et utilisons en interne.

S’il s’agit d’un lien que je veux partager, je le fais directement depuis mon navigateur via un bookmarklet. Mais la plupart du temps, il s’agit d’une idée, d’un lien ou d’une information qui est arrivée d’une manière ou d’une autre dans mon Inbox Evernote. Ce que je poste va de l’ébauche d’idée, de la question à mes collègues, de la vidéo de chats rigolote à une analyse fouillée ou une information cruciale.

Comme pour le reste, il est primordial d’avoir confiance en l’outil. Je sais que si j’ai posté sur Knowledge Plaza, je pourrai retrouver ce contenu avec une simple recherche. À la différence d’Evernote, il s’agit ici d’une véritable mémoire partagée entre collègues, enrichies des interactions sociales.

Écriture

La frontière entre le moment où j’ai rassemblé des idées et où je me mets à rédiger sur le sujet est assez floue. C’est encore un point d’accroche. J’écris dans Ulysses mais parfois directement dans Evernote (j’ai également tenté le client alternatif Alternote mais sa synchronisation avec Evernote est encore trop bugguée).

Il m’arrive donc parfois d’écrire dans Ulysses des choses qui sont déjà dans une note Evernote. Parfois, je ne me rappelle même plus dans quel éditeur j’ai commencé la rédaction d’un texte particulier.

Quand j’écris dans Evernote, la fonctionnalité pro me suggère des notes corrélées et, souvent, c’est justement très utile pour voir que j’ai déjà un brouillon en préparation sur un sujet.

Pour publier, je copie-coller le texte dans mon blog et parfois dans Wattpad ou Medium. Ce qui entraine que le texte existe à la fois dans Evernote, dans Ulysses sous forme d’un fichier txt, sur WordPress et sur Wattpad. Situation assez insupportable quand il faut faire des corrections post-publication.

Un autre problème d’Ulysses est qu’il est centré sur l’univers Mac. Si je veux pouvoir éditer mes textes depuis un ordinateur ou un smartphone non-apple, je dois le configurer pour sauver les documents dans Dropbox, au prix de la perte de certaines fonctionnalités. Sur Android, j’utilise Jotterpad pour éditer ces textes.

Idéalement, j’aimerais que Ulysses me permette d’éditer mes notes Evernote afin d’avoir une seule copie de travail. Mes notes Evernote pourraient être directement publiées sur mon blog. C’est exactement ce que propose Postach.io. Malheureusement, je n’ai aucune confiance envers la pérennité de postach.io qui n’a guère évolué dernièrement.

À noter qu’il est possible de publier sur WordPress et Medium depuis Ulysses mais ces automatismes ne règlent pas mon problème de base : avoir plusieurs versions du texte à différents endroits.

Il est intéressant de remarquer que j’ai beaucoup écrit ces derniers mois mais très peu publié à cause de ces deux barrières : je dois faire l’effort de me dire qu’une note peut à présent passer de Evernote à Ulysses puis de Ulysses à WordPress. Je procrastine à chaque fois ces deux étapes. Si elles étaient automatiques, je pense que vous auriez plus de lecture !

Pour finir

Comme vous avez pu le lire, ce workflow a encore de nombreux points de frictions mais force est de constater qu’il m’a permis d’étendre les capacités de mon cerveau. Une autre app essentielle à mon cerveau est Headspace, app de méditation guidée qui m’a rendu accro à cette pratique.

Et si je perds mon smartphone, me demanderiez-vous ? Et bien oui, je serais fortement handicapé. Tout comme vous l’êtes probablement dans vos déplacements quand votre voiture tombe en panne.

Le transhumanisme n’est donc pour moi pas de l’anticipation mais bel et bien une réalité que nous vivons tous au quotidien, à des niveaux différents.

 

Photo par Enki22.

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Le magasin de mots

Fri, 01 Jan 2016 10:41:10 +0000 - (source)
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Au détours des pavés glissants d’une rue obscure dans laquelle je m’étais engouffré, une enseigne m’est apparue. En lettres dorées mais épuisées, un mot résonnait en se cognant sur la brique trempée : « Dictionnaire ».

Le grincement de la porte fit tousser une clochette asthmatique. Derrière un nuage de poussières apparu une barbe souriante et une paire de verres fêlés.

— Bonjour, en quoi puis-je vous aider ?

— Bonjour, fis-je. Je… je cherche un mot !

— Un mot ! Alors vous êtes à la bonne adresse ! Quel genre de mot ?

— Et bien… un mot d’amour. Un mot de passion. Un mot empli d’émotions.

— Aha ! Je vois que monsieur est un connaisseur ! Voyons ce que je peux vous proposer…

Fouillant parmi son stock, virevoltant entre les armoires, mon curieux vendeur sautillait et me faisait milles propositions. Mais, à chaque fois, ma réponse était invariable.

— Non, mon amour est bien plus fort !

— Oh non, je le souhaite bien plus doux.

— Celui-ci est trop plat, trop banal. Ma passion est tellement hors du commun.

— Il est trop petit. Mon cœur explose d’amour ! Ce mot là ne le fait pas comprendre.

— …

Un silence s’installa soudainement entre nous. Plissant les yeux, le boutiquier me tourna le dos et appela :

— Germaine ! Peux-tu descendre un moment ? Nous avons un client difficile !

Sous un vieux châle de laine, une vieille dame apparu et m’offrit un sourire de lèvres ridées.

— Que cherchez-vous, jeune homme ?

— Et bien un mot qui exprime l’amour que j’ai dans le cœur, l’amour de toute une vie, l’amour de toute la vie. Un mot emplit de palpitations, un mot qui jouit du présent, un mot qui fourmille de milles futurs, un mots qui transpire de bonheur…

— Et pourquoi souhaitez-vous ce mot en particulier ?

— Parce que j’aimerais communiquer mon amour à la femme de ma vie. Parce que je souhaite lui dire, lui faire comprendre ce que je ressens. Parce qu’elle illumine mon présent, parce qu’elle trace mon avenir, parce qu’elle est ma solitude.

La dame se tourna vers son compagnon.

— Barnabé, lui avez-vous vraiment montré tout le stock ?

— Oui ma mie, jamais je n’ai vu un client aussi difficile.

— Je m’en doutais…

Puis, se tournant vers moi, elle ajouta en souriant :

— Il n’y a aucun mot pour cela, jeune homme. Mais avez-vous essayez d’offrir un sourire ?

— Non, avouais-je !

— Alors allez-y de ce pas, ne perdez pas une minute !

À l’idée de revoir mon amour, un large sourire illumina mon visage.

— Merci, répondis-je ! Combien vous dois-je ?

— Vous venez de me payer, voici votre monnaie, me fit-elle en riant.

— Merci, merci, j’y cours, j’y vole !

Je sortis du magasin en dansant, un sourire dans le cœur, du bonheur jusqu’aux oreilles…

 

Photo par RebeccaVC1.

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Aux Tortues

Wed, 30 Dec 2015 14:37:02 +0000 - (source)
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Également disponible sur Wattpad.

Le soleil caresse ma peau de ses rayons ardents.  Les tortues sont là, à se prélasser sur la plage.  Lentement mon regard embrasse l’île.  Mon île !  Mon domaine !  Aujourd’hui encore, je scrute le ciel infiniment bleu et lumineux.  Les tortues rampent doucement sur la plage.  Je suis délicieusement allongé sur le sable, à contempler les reflets que l’eau fait ondoyer sous mes yeux.  Le ciel est toujours obstinément vide, pas la moindre trace.  Serait ce fini ?  Cela fait tellement longtemps que cela a commencé.  C’était avant que je me retire sur l’îlot.  Avant, lorsque personne ne songeait à se protéger.  Je n’ai pas compté les années, car mon âme solitaire n’est plus rythmée que par l’alternance des nuits et des jours.  Mais le ciel est silencieux depuis trop longtemps.  Ce n’est pas normal.  Je contemple mon cabanon et l’île qui l’entoure.  Les tortues se prélassent.  S’il y en a d’autres comme moi, ils seront les bienvenus dans ma hutte.  « Aux Tortues ».  Bienvenue « Aux Tortues ».  Toi, le solitaire miraculé ou encore toi, le survivant affolé, viens chercher le réconfort « Aux Tortues » !  Je suis seul.  Seul depuis si longtemps.  Je souffle sur les braises de mon feu et jette un dernier regard à la tortue qui reste.  L’autre s’en est allée, mais je sais pertinemment qu’elle reviendra.  Elle est toujours revenue.  Je me retire à l’ombre des branchages, dans un demi-sommeil.  Excepté le déferlement des lames sur la plage, rien ne vient troubler le silence.  Ce silence qui dure maintenant depuis des dizaines de jours.  Depuis des centaines de nuits.  Non, ce n’est pas normal.  Serait-ce fini ?  Est-il possible qu’ils aient arrêté ?  Ou bien ont-ils été forcés de s’interrompre ?

*

Il fait nuit. Sous ces latitudes, la voûte nocturne est vraiment superbe.  J’observe les astres.  Avant, je n’avais jamais appris le nom des étoiles.  Au fond, quelle importance ?  J’ai rebaptisé chaque constellation.  Le palmier tourne durant la nuit autour de la constellation du dauphin.  Et là, les deux tortues illuminent l’horizon comme tous les ans.  C’est d’ailleurs comme cela que je définis le mot an.  Cela fait donc bel et bien un an que le silence s’est fait.  La nuit, la différence est encore plus remarquable car les longues bandes de feu ne strient plus le ciel.  Est-ce donc fini ?  Suis-je le seul ?  Mais si d’autres existent encore, où sont-ils ?  Ils seront dans tous les cas bienvenus « Aux Tortues », le petit paradis rescapé.

Que les nuits sont belles depuis que je suis ici. Ou bien est-ce moi qui n’avait jamais pris le temps de les admirer ?

*

Le jour est revenu, et avec lui les deux tortues.  Étrangement, je n’ai jamais pensé à les baptiser.  N’est-il pas absurde que l’homme veuille à tout prix mettre un nom sur les choses et les êtres.  Comme si un nom garantissait la soumission et l’appartenance, la compréhension et la maîtrise.

Je regarde mon radeau.  Depuis le temps que je le prépare, il est désormais prêt à affronter le large.  Curieusement, l’idée de l’utiliser ne m’avait jusqu’ici pas effleurée. Il me maintenait occupé, il me donnait un objectif lointain.  Mais à force de voir le vide dans le ciel et d’entendre le silence, mon esprit ne peut plus qu’imaginer un ailleurs peuplé de souvenirs.  Toutes ces années que j’ai passées sur l’île ont toujours été rythmées par les langues de feu de missiles et les nuages de vapeur des fusées stratosphériques.  Il ne passait pas un jour sans que le bruit assourdi d’une explosion nucléaire à fractales ne parvienne à mes oreilles.  Les gigantesques champignons faisaient partie intégrante de mon quotidien.  Mais depuis ce que j’appelle une année, plus rien.  Les tortues sont même arrivées.  Est-ce donc fini ?  Ou est-ce un leurre ?  Je ne veux pas repartir vers ce que j’ai fui mais s’ils avaient été forcés de s’arrêter, s’il n’y avait plus de guerre faute de combattants ?  Le doute est la pire des tortures.  Je ne voudrais pas abandonner mon éden pour un silence.  Mes sens ne m’abusent-ils pas ?

Et si la guerre était au comble de sa férocité mais que les armes étaient devenues invisibles ?

Et si personne ne pouvait jamais venir « Aux Tortues » ?

Et si j’étais le dernier des hommes, jouissant encore du bonheur de l’ignorance ?

Si le monde n’était plus que l’étendue de sable qui m’entoure ?

*

La nuit est chaude, enveloppante. La lumière des astres me caresse, entraînant mon esprit dans de doux vagabondages.  Je devine dans l’obscurité la silhouette de mon radeau.  Une des tortues est toujours là.  Je crois qu’elle est morte.  Je contemple les étoiles.  Ne suis-je pas condamné ? Tout homme n’est-il pas condamné d’avance.  Suis-je heureux ?  Je n’en sais rien.  Pas plus que malheureux, sans doute.  Je manque de points de repères, de comparaisons.  J’essaye de percer l’horizon de mon regard.  Y a-t-il encore une terre, là bas, tout droit ?  Suis-je le seul rescapé «Aux Tortues » ?

Je regarde mes mains.  Elles sont vieilles et froissées.  Cela fait trop longtemps qu’elles frottent le sable et le sel.  D’ailleurs la mort de la tortue est un signe.  Bien trop longtemps !  L’Homme n’est pas immortel.  Les hommes encore moins.  Il faut que je sache.  Ai-je le droit de laisser la race humaine s’éteindre sur ce petit morceau de sable ?  Mon radeau est prêt.

Dans le ciel, les étoiles brillent doucement.  Pour la première fois depuis tant de temps, mon corps frisonne.  Il fait plus froid.  C’est un signe, cela ne fait aucun doute.

Je suis prêt.

Il y a toujours un dernier.  Toujours.  Serais-je celui qui partira, doucement, comme pour ne pas déranger davantage l’univers, emportant avec lui toute une création, tout un cheminement ?

Je vais prendre un peu de repos maintenant. Il fait de plus en plus froid, une nouvelle ère commence.  Demain le jour se lèvera, le soleil pointera comme tous les jours.  Mais rien ne sera plus comme avant. Demain la vie s’éteindra peut-être.  Ou peut-être pas. Malgré l’absence de vie, les planètes continueront à tourner, les étoiles à brûler, les univers à exister.  Mais plus personne ne sera là pour les nommer.

La nature aura-t-elle le courage d’un jour recommencer ?

La tortue est morte, la mer est empoisonnée. Suis-je le dernier ?

Demain je prendrai mon radeau et je verrai.

Demain…

 

Waterloo, le 20 mars 1999. Photo par Al Case.

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La science n’a pas réponse à tout…

Thu, 03 Dec 2015 14:34:23 +0000 - (source)
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…mais elle y travaille

Quand je lis une histoire de revenants,ou que je regarde un film d’épouvante, je ne peux m’empêcher de penser à ce que je ferais si je tombais nez-à-nez avec un fantôme. Ma réaction serait certainement : « Waw, c’est passionnant ! Alors comme ça vous êtes un esprit ? Avez-vous une idée de la manière dont vous interagissez avec le monde ? ».

En effet, les mots « paranormal », « surnaturel » ou « magie » sont, au fait, des aberrations linguistiques. Par essence, un phénomène est soit normal, naturel, scientifique, soit inexistant.

Mais, pour beaucoup, la science « ne peut pas tout expliquer ». On parle de « croire à la science » comme on croit en une religion. On dit que « la science se trompe » ou que « ce n’est pas explicable scientifiquement ». C’est à la fois amusant et inquiétant car cela démontre une profonde incompréhension du concept même de science.

L’inanité de l’inexplicable

Le principe de base de la science est en effet de reproduire des phénomènes afin d’en comprendre les causes et les mécanismes.

Bien entendu, la science se trompe. Elle donne une explication qui se révèle, par après, scientifiquement fausse. Mais cela n’invalide en rien le mécanisme de la science car l’acte de démontrer qu’une explication scientifique est fausse est, lui-même, de la science.

Tout est donc science !

Et si des tas de phénomènes n’ont pas encore d’explication scientifique, vouloir déclarer qu’un phénomène particulier n’est pas explicable par la science est d’une prétention infinie : cela revient à dire que personne dans l’univers et jusqu’à la fin des temps ne pourra expliquer ledit phénomène ! C’est affirmer haut et fort qu’on est soi-même plus intelligent que tous les êtres vivants passés, présents et à venir, que personne ne pourra jamais nous dépasser sur cette question !

C’est même également infiniment absurde : pour pouvoir démontrer formellement qu’un phénomène n’est pas explicable, il faut pouvoir l’expliquer et le comprendre en détail et, par là même, lui apporter une explication scientifique !

La faiblesse de la science

Si la science semble toute puissante, elle a néanmoins un talon d’Achille : elle ne s’intéresse, par construction, qu’à des phénomènes reproductibles.

Or, à notre niveau humain, chaque instant est différent. Rien ne se produit deux fois à l’identique. La science doit donc tenter de trouver des généralités, des descriptions regroupant arbitrairement plusieurs observations sous le même vocable.

Cette particularité de la science peut même parfois déteindre sur des personnes hyper-rationnelles qui en déduisent que ce qui n’est pas reproductible ou n’a pas encore d’explication n’existe pas.

L’attrait de la non-science

Comme la science ne peut étudier que ce qui est actuellement reproductible, il est tentant de déclarer que la science ne peut pas tout expliquer. Et une fois ouverte cette boîte de Pandore, d’y fourrer tout ce qu’on ne veut pas que la science explique car ce serait trop inconfortable.

La vie après la mort, l’âme ou la dualité esprit-matière sont des exemples de concepts qui ont été complètement détruits par la science mais que beaucoup refusent d’abandonner sous le fallacieux prétexte que la science n’explique pas tout, la science a fait des erreurs donc je décide que la science se trompe sur ce domaine particulier car j’ai envie de croire le contraire. Ou parce que je suis trop inconfortable avec l’idée de m’être trompé si longtemps.

La peur de la science

La science fait peur car elle détruit des modèles du monde bien confortables. Dans bien des cas, la science non seulement explique en quoi le modèle est erroné mais va jusqu’à expliquer pourquoi nous avons une tendance naturelle à construire et nous attacher à un modèle particulier. La science explique ainsi pourquoi nous voyons des dieux là où la physique n’en voit pas, pourquoi nous nous attachons au concept de vie après la mort là, où, par définition, la mort représente la fin de la vie.

Mais plus que ça, nous avons également peur de voir les plus beaux mystères se résoudre en de simples équations.

La science explique-t-elle l’amour ? L’émotion à la vue d’une œuvre d’art ?

Dans certains cas, oui, la science l’explique. Dans d’autres, pas encore car ce sont justement des événements tellement uniques qu’il est, pour nos connaissances, difficile de les regrouper et les reproduire.

Mais ne pourrait-on pas imaginer une équation qui détermine indiscutablement si deux personnes vont tomber amoureuses l’une de l’autre au premier regard ? Ne pourrait-on pas définir les caractéristiques précises qui font qu’une œuvre touche un public particulier ?

Oui, on peut tout à fait l’imaginer. Nous en sommes d’ailleurs beaucoup plus proches que certains veulent bien le croire.

Et cela fait peur à ceux qui ont bâti leur vie sur le fait que certaines choses étaient inexplicables. Cela rend malheureux ceux qui pensaient être uniques, mystérieux. Ils décident alors arbitrairement que l’humanité doit s’arrêter pour les attendre.

Ils ne disent plus « La science ne peut pas expliquer cela » mais « La science ne doit pas expliquer cela ». Ils ne donnent par leur permission à la science. Comme si la science leur avait demandé leur avis !

La science n’est pas une croyance

Si demain nous devions entrer en contact avec une espèce intelligente extra-terrestre, il est probable que notre première base de discussion, notre premier point commun serait la science. La manière de la décrire serait sans doute très différente mais les fondations sont universelles : la physique, la chimie…

Cela ne veut pas dire que les théories scientifiques, même les plus établies, ne peuvent pas être critiquées. Au contraire, elles doivent être remises en question, c’est le fondement de la science. L’utilisation que nous faisons de certaines connaissances doit également en permanence être questionnée !

Nous pouvons en permanence remettre en question certains pans de la science en réalisant des observations ou des expériences qui illustrent des faiblesses de la théorie actuelle, en proposant des théories alternatives qui font des prédictions vérifiables. Bref, en devenant soi-même un scientifique…

Mais beaucoup se satisfont de l’argument “Mon intuition profonde, ma foi de moi petit être humain est que toute l’évolution scientifique de ces derniers siècles est fausse.” “J’ai réfléchi 2h sur le sujet et j’en arrive à la conclusion que des dizaines de personnes dans des laboratoires pendant des décennies se trompent.” Ils accusent les scientifiques d’être prétentieux et dans l’erreur.

Ironiquement, ils font justement preuve d’une prétention et d’une idiotie infinie.

 

Photo par Stuart Rankin.

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À ceux qui sont morts pour rien !

Wed, 11 Nov 2015 12:37:47 +0000 - (source)
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En 2014, parcourant une exposition consacrée à la première guerre mondiale, je tombe sur une photo d’un monument local souligné de la légende suivante :

« À charge des parents, des éducateurs de la jeunesse, etc. d’entretenir chez les enfants le culte sacré de la Patrie par de fréquentes visites devant ce monument au cours desquelles il s’agira de leur expliquer pourquoi sont morts ceux dont les noms y sont inscrits… »

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Pourquoi sont-ils morts, ceux dont le nom est gravé dans la pierre ?

À vous, les enfants que j’aurais peut-être la chance de voir grandir, je répondrais en vous pointant ce monument :

Ils sont morts pour rien.

Ils sont morts naïvement, par tradition. Ils sont morts car quelques vieillards cacochymes ont réussi à leur instiller une passion pour trois mots morbides, trois inepties, trois insultes à la vie : culte, sacré et patrie.

Ils sont morts car ils se sont laissés convaincre qu’un homme était fondamentalement différent s’il parlait une autre langue et était né de l’autre côté d’une ligne imaginaire.

Ils sont morts car ils se persuadaient qu’il existait un “nous” et un “autre”. Ils sont morts car ils disaient “notre culture, nos valeurs” à la place de “ma culture, mes valeurs”.

Ils sont morts car ils n’ont pas pu se révolter, même au summum de la boucherie, emprisonnés dans une hiérarchie et un carcan éducationnel débilitant.

Ils sont morts de ne pas avoir compris que leurs ennemis n’étaient pas ceux contre qui ils se battaient mais ceux pour qui ils se sacrifiaient.

Ironiquement, leur mort n’aura pas été vaine. Sur leurs cadavres poussaient déjà les germes de la seconde guerre mondiale et de ses horreurs. Loin de protéger leurs enfants, ces parents sont morts en leur léguant la guerre, la violence et la haine.

Oui, il est de notre devoir d’apprendre l’histoire. Peut-être avons-nous une chance d’éviter de reproduire inexorablement le passé si nous comprenons que ces noms dans la pierre ne sont pas des modèles. Ce sont les noms de ceux qui sont morts stupidement, de ceux qui ont participé à massacrer avant de tomber à leur tour, de ceux qui ont permis à d’autres noms d’être gravés dans les monuments d’en face. Ces noms et ces drapeaux sont une marque d’infamie.

Par leur seule existence, par leur seule obéissance, ces noms ont légitimé une autorité cruelle, soutenant la lutte contre les véritables héros, ceux que chaque enfant devrait prendre comme modèle : les déserteurs, les lâches, les fuyards, les objecteurs…

Pour ceux-là, pour ceux qui ont aimé la vie, il n’y a pas de monuments. Pas de fanfare. Pas de fleurs. Pas de médaille.

Car tout cela, malheureusement, est réservé à ceux qui sont morts pour rien.

Photo par Dominique Salé. Update : ce billet n’est pas tout à fait juste car il existe de (trop) rares monuments pacifistes.

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Printeurs 37

Mon, 09 Nov 2015 21:25:28 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 37 sur 38 dans la série Printeurs

G89 a été surpris dans le hangar par Nellio et Georges Farreck.

 

J’ai réussi à me débarrasser du plus jeune. Il devenait trop méfiant. Le plus vieux, lui, ne me soupçonne même pas. Il me croit trop faible, tant mentalement que physiquement. Mais, contrairement au plus jeune, il dispose du Pouvoir. Je ne sais pas encore s’il représente pour moi un danger ou un allié. Un allié ! Concept que je n’avais jusqu’ici jamais envisagé.

Lorsqu’ils m’ont surpris dans le hangar, j’ai décidé d’accréditer leur propre version en racontant que je venais du sultanat islamique. Je ne sais pas ce qu’est le sultanat islamique mais le fait que j’en provienne semblait tellement correspondre aux désirs du plus vieux.

Il a expliqué au plus jeune à quel point j’étais désormais un allié important, une preuve qui pouvait bouleverser l’opinion publique et, par ricochet, le monde politique. Il a tout de suite décider de me protéger. Est-ce son pouvoir qui perturber mon jugement ou puis-je réellement lui faire confiance tant que ses intérêts sont alignés avec les miens ?

Nous sommes sortis du hangar sur une gigantesque esplanade de dalles de bétons. La lumière m’a brusquement assailli et je fus pris de vertiges en constatant que je n’apercevais plus le plafond.

Dehors ! J’étais dehors ! Ce bleu adamantin qui m’englobait était donc le ciel… J’ai senti ma gorge se serrer face à cette lumineuse altitude.

Obéissant aveuglément à leurs injonctions, je suis monté dans une étrange cabine surmontée d’une enveloppe ovaloïde. Ce n’est que lorsque les dalles de béton ont paru rapetisser que j’ai compris. Nous étions en train de partir vers le ciel. Des histoires fabuleuses du vieux me revenait à l’esprit. J’eu un instant peur de me brûler sur le soleil mais je gardai pour moi mon inquiétude.

Le plus jeune est resté avec moi. Il me posait des questions, semblait soupçonneux, curieux. Le plus âgé, lui, s’occupait essentiellement de la navigation dans une pièce adjacente à la cabine. Il n’est sorti qu’une seule fois pour nous faire une annonce.

— Nous survolons à présent le désert du sultanat islamique. C’est plus risqué mais beaucoup plus court. Et puis avec un Zeppelin, le risque est virtuellement nul de se faire accrocher par un de leurs radars moribonds. Le navigateur autonome est de toutes façons suffisamment intelligent pour esquiver tout danger éventuel. Par mesure de sécurité, il m’a annoncé que nous allions voler à basse altitude dans la partie réputée la plus dangereuse. Je vous laisse admirer le paysage, je dois envoyer des messages pour préparer l’arrivée de notre invité tout en assurant sa sécurité.

Je n’ai rien dit, je suis resté immobile. Le plus jeune s’est approché de moi et a pointé le sol :
— C’est donc de là que tu viens ?

J’ai acquiescé silencieusement. Son regard m’a transpercé.
— Pourtant, a-t-il continué, tu n’as pas le type islamique ! Où es-tu né ?
— Dans l’usine, ai-je répondu en toute sincérité. Je n’en étais jamais sorti jusqu’à présent.
— Ça ne colle pas, a-t-il fait. Pourquoi utiliser de vieux vaisseaux spatiaux pour un transport de quelques centaines de kilomètres ?

Le sol s’était dangereusement rapproché. Parfois, au détour d’un rocher ou d’une dune, un groupe de tentes apparaissait. Des tentes bariolées, loufoques. Des reliques gisaient également, telle cette gigantesque structure de bois calciné représentant un homme stylisé, pathétique dans sa grandeur surannée, son antique vaillance.

Mais lui ne se laissait pas distraire par le paysage.
— Et puis ta manière de te déplacer, la difficulté et la lourdeur de tes mouvements. On dirait que tu as vécu dans un environnement en gravité réduite. Es-tu sûr de provenir de la terre ?

C’est à cet instant que j’ai pris ma décision. Comme un automate, j’ai ouvert la porte de la cabine qui donnait sur le vide et l’immensité du sable plusieurs dizaines de mètres sous nos pas.

Croyant que je voulais sauter, il a poussé un cri et s’est avancé pour m’arrêter. J’ai esquivé et, continuant son mouvement, je l’ai poussé dans le vide.

Du bout des doigts, il a tenté de s’accrocher au chambranle, glissant, s’entaillant les phalanges avant de rester suspendu au marche-pied grillagé. Il hurlait. Du sang coulait sur ses mains, descendant le long de son bras et de son coude.

Je me suis agenouillé et, lentement, j’ai commencé à décrisper ses doigts. Ses cris se perdaient dans le souffle du vent. Ses yeux me lançaient des regards implorant où se mélangeaient avidement la peur et la haine.

J’ai souris. Le Pouvoir était donc toujours en moi. J’étais calme, apaisé.

— Pourquoi ? Pourquoi ? Aidez-moi ! Pitié !

Les mots s’enchainaient sans réelle signification en une panique tumultueuse. Il ne voulait pas lâcher prise. Alors je me suis couché sur le sol et j’ai mordu ses mains à pleines dents. J’ai serré les dents jusqu’à entendre craquer les articulations. Le sang chaud inondait ma bouche. Il a fallu que je sectionne deux doigts pour qu’il lâche complètement. Son corps est descendu vers le sol avant de devenir un petit point noir. Je n’ai pas vu l’impact.

Je me suis relevé en m’essuyant la bouche. Rapidement, j’ai effacé les traces de sang les plus visibles avant de me composer un visage terrorisé, ce visage que je maîtrise désormais à la perfection. Un visage propre à rassurer ceux qui, comme moi, ont le Pouvoir.

En hurlant, j’ai été frapper à la porte de la cabine où le plus vieux s’était enfermé.

— Il est tombé ! Il est tombé ! ai-je crié.

Le plus vieux est sorti, hébété.
— Quoi ? Que veux-tu dire ?

Du doigt, j’ai pointé la porte ouverte par laquelle s’engouffrait des tourbillons d’air chaud et de sable.
— Il est tombé !
— Quoi ? Nellio ? Ce n’est pas possible !

Il s’est rué sur l’ouverture béante. J’hésitai un instant à le pousser lui aussi mais je réalisai ô combien il pouvait m’être utile. Je décidai donc de rester discret, amorphe.

— Bon sang, que s’est-il passé ?
— Il a voulu me montrer un grand homme de bois brûlé. Il a glissé et est tombé !
— Merde, merde et remerde ! Je lui avais justement expliqué l’histoire de cette relique à l’aller ! Nellio, Nellio, qu’as-tu fait ? Pourquoi ?

L’homme se tenait la tête entre le mains.

— Nous sommes au-dessus du sultanat islamique. Je ne peux pas faire demi-tour. Et puis il n’a aucune chance. À cette hauteur…

Alors, j’ai vu une larme perler au coin de l’œil de l’homme. Une larme qui n’était pas de douleur, une larme qui n’était pas due à la torture. Une larme qui n’était pas contrôlée par le Pouvoir.

Une larme que je n’ai pas compris.

 

Photo par Martin Teschner.

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Les imposteurs

Wed, 04 Nov 2015 10:52:36 +0000 - (source)
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Je sursaute ! Sur ce coup, je ne l’avais pas entendu venir.

Nerveusement, je ferme le jeu Facebook ouvert dans mon navigateur et adresse un sourire à mon chef de service.
– Ça va Gérard, je peux t’aider ?
Il me répond d’un regard absent et continue sa tournée entre les bureaux.

Ouf ! Ce n’est pas passé loin. Une goutte de sueur glisse le long de ma colonne vertébrale. Un jour, il finira bien par se rendre compte, par me convoquer.

Je regarde fixement mon écran. Aujourd’hui, c’est décidé : je travaille sérieusement. Aujourd’hui, je suis productif.

Machinalement, ma souris se déplace et retourne sur Facebook. Je ne lis même plus les messages : la plupart sont générés automatiquement ou sont des publicités. Je me contente de jouer. Pour le moment, je suis accro à millionaire-land. Je gagne des millions afin de m’acheter un yacht, un jet privé et une collection de voitures.

Bon sang, pas moyen de travailler ! En fait, je ne sais même pas ce que je suis sensé faire. Cela fait 6 mois que j’ai coché l’option pour autoriser Google à répondre automatiquement à mes mails lorsque c’est possible. Et depuis quelques semaines, je n’ai même plus besoin de répondre au moindre mail. Ceux qui n’ont pas de réponse automatique ne sont pas urgents. Au pire, je peux dire qu’ils étaient dans mes spams.

Au début, mes collègues m’ont félicité pour ma rapidité. Mais j’ai un peu trop fait confiance, je ne sais même plus exactement ce qui se passe dans ma boîte mail.

Une notification ! Un meeting en salle Tessa Martin ! Sans doute accepté automatiquement par les algorithmes.

Emportant mon portable, je me glisse dans la salle avant de me figer d’effroi : Philippe, mon N+2, est présent ! C’est un meeting important ! Je n’ai pas la moindre idée du sujet traité et je tremble à l’idée d’être démasquée.

Tentant de garder mon calme, je déplie l’écran de mon ordinateur. Tout le monde parle, je fais semblant d’écouter tout en regardant, dans un coin de mon écran, évoluer mon score à millionaire -land. Les minutes se succèdent, je peine à garder les yeux ouverts, l’air me semble étouffant.

— On va demander à Carmen !

Je sursaute à l’énoncé de mon prénom. Philippe me darde d’un regard pénétrant.
— Alors Carmen, qu’en penses-tu ?
— Et bien, mon avis est-il vraiment pertinent ? balbutié-je.
— Tout à fait ! En l’absence de Sylvia, nous devons savoir qui va envoyer un mail au nouveau project manager afin de le prévenir du retard pris par le projet.
— Je pense que Gérard serait qualifié, dis-je, pris d’une inspiration soudaine. Je vais lui envoyer un mail immédiatement pour lui demander de prévenir le project manager.
— Bravo Carmen, j’aime ton esprit d’initiative.

Sans attendre, j’ouvre mon client mail et je rédige quelques lignes :

Gérard,

Sylvia étant absente, peux-tu mettre le nouveau project manager au courant du retard pris par le projet ?

Bien à toi,

Carmen

Je pousse un soupir de soulagement et ferme l’écran de mon ordinateur. Philippe m’adresse un sourire chaleureux :
— Une réunion productive comme je les aime. 45 minutes, top chrono ! Bravo Carmen !

Tout le monde se lève et quitte la pièce avec un grand sourire. Je pousse un énorme soupir. Cette fois encore, je suis passé à travers les mailles du filet. Mais ça va bien finir par se savoir, je vais finalement faire un faux pas. Je n’ose pas imaginer ce qui se passerait avec les traites de la maison et mon dernier à l’université…

Si je perdais cet emploi, qui voudrait de moi ? Que faire d’une addict à millionnaire-land tout juste bonne à écrire un email toutes les deux ou trois semaines ?

Tout en ruminant ces sombres pensées, je passe à côté du bureau de Gérard. Je vais profiter de l’occasion pour redorer mon blason, pour lui donner l’impression que je suis active, que je suis indispensable.
— Je sors de réunion avec Philippe, il a demandé que tu préviennes le nouveau project manager, je t’ai envoyé un email à ce sujet.
— Hein ? Quoi ? Ah oui, oui…

Il sursaute et nerveusement ferme une fenêtre millionaire-land.

 

Photo par Michael Lokner.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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