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Changer le monde sans travailler, mon expérience TEDx

Fri, 06 May 2016 09:13:18 +0000 - (source)
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Il y a quelques semaines à peine, j’ai reçu un coup de téléphone m’invitant à venir donner une présentation TEDx à Liège. Honoré, je me suis aussitôt empressé d’accepter.

Le temps pour la préparation m’était compté mais j’étais à la fois fier et motivé. Sous le titre énigmatique « Changer le monde sans travailler », j’ai décidé de parler du revenu de base.

Grâce à la collaboration active de ma compagne, je produisis un texte dont j’étais assez content, texte que je me suis mis à étudier frénétiquement. Le texte amenait le sujet du revenu de base et possèdait un moment assez confrontant au cours duquel j’accusais explicitement toute personne vivant de près ou de loin de la publicité de contribuer à la surconsommation et au mal-être de la planète. J’espérais oser, malgré l’aspect terrifiant que cela représentait pour moi, attaquer directement le public et l’organisation de la conférence elle-même pour n’être, en fait, qu’un grand panneau publicitaire au service des sponsors.

Le 8 avril, je me suis donc retrouvé un peu stressé dans les coulisses de l’extraordinaire salle philharmonique de Liège, à faire connaissance avec les autres intervenants, tous aussi passionnants les uns que les autres.

Pour l’anecdote, juste avant d’entrer en scène, je discute avec le conférencier Steven Laureys. Son visage me dit quelque chose. Je suis sûr de l’avoir déjà vu.

Et soudain, je comprends : il a écrit plusieurs articles sur la conscience dans le magazine Athéna, articles qui m’ont passionnés et inspirés, entre autres, pour écrire le billet « Qu’est-ce que la conscience ».

Mais à peine ai-je le temps de savourer cette rencontre inattendue qu’il est temps d’entrer en scène et de jouer ma partition.

Jusqu’au moment où…

Un trou de mémoire ! L’impensable !

Vous l’avez vu, non ? Mais si, entre 8:10 et 8:30 !

Durant ce qui me semble être une éternité, je fixe le vide, j’improvise. Puis, je retombe sur mes pattes et continue mon texte.

Horreur. Tout en récitant, je constate que j’ai sauté précisément le moment clé, le moment choc de ma présentation.

Ma compagne, qui était assise au second rang et qui connaissait mieux le texte que moi a hésité de me souffler la suite mais, voyant que je me reprenais très rapidement, pensa que j’avais volontairement adoucit mon texte.

Alors que je quittai la scène, je reçu les félicitations des organisateurs puis du public. Tout le monde semblait content. Ce trou de mémoire n’avait que peu ou prou été perçu. Cette éternité de silence n’avait été, pour le public, qu’une brève pause.

Mais, au fond de moi, je bouillonnais de colère. Ma présentation que j’avais voulu confrontante avait été amputée et, de ce fait, transformée en un réquisitoire certes pertinent mais fade et consensuel.

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Essayant de faire fi de ma déception, j’allai m’installer dans la salle afin de profiter des autres orateurs dont la diversité brassait tous les styles et tous les goûts. En écoutant le public, je constatai que les plus acclamés étaient également les plus détestés. Chaque membre du public avait sa préférence, sa vision.

Mais, surtout, malgré les nombreux TEDx que j’avais visionné en vidéo, je découvris quelque chose que le web ne m’avait jamais transmis : certains conférenciers faisaient vibrer le public. Ils ne parlaient pas spécialement biens, ils n’étaient pas spécialement les meilleurs. Mais ils s’exprimaient avec leurs tripes, ils s’exposaient, ils partageaient une expérience unique. Ils me transportaient.

Ce que je n’avais pas fait. Ce que je n’avais même jamais imaginé faire.

J’avais abordé l’expérience comme toutes mes conférences : une idée intellectuelle à exposer.

Et je n’avais pas réussi aussi bien que je l’aurais voulu. J’avais fait une erreur.

J’ai adoré l’expérience de ce TEDx Liège. Les organisateurs ont été parfaits, l’ambiance entre les conférenciers était incroyable et j’ai fait des rencontres passionnantes.

Alors, oui, j’ai envie de refaire un TEDx. J’ai envie de revivre cette expérience.

Mais cette fois, j’ai envie de venir m’exposer, me mettre à nu. Je veux parler d’un sujet qui me touche profondément, émotionnellement et non plus d’une théorie intellectuelle.

Le thème s’est immédiatement imposé. J’ai envie de faire un TEDx où j’expliquerai pourquoi je me ressens la publicité comme un étouffement, un contrôle absolu de la créativité humaine et comment j’expérimente le prix libre, en tant que créateur et public, afin de favoriser la création et la liberté artistique.

Alors, merci TEDx Liège pour m’avoir permis de vivre cette expérience !  Et si vous organisez un TEDx et êtes à la recherche d’un orateur qui cherche à s’améliorer, je me porte volontaire !

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.


Freiner moins bien pour entretenir l’illusion de la sécurité ?

Fri, 29 Apr 2016 22:54:34 +0000 - (source)
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Si vous ne vous intéressez pas du tout au cyclisme, vous n’êtes peut-être pas au courant d’un débat qui fait rage actuellement au sein du peloton professionnel : doit-on autoriser les freins à disque sur les vélos de compétition ?

Peut-être que le cyclisme ne vous intéresse pas mais cette anecdote est intéressante à plus d’un titre car elle illustre très bien l’incapacité que nous avons à évaluer rationnellement un danger et l’importance que les médias émotionnels peuvent avoir sur des processus de décision politique.

Au final, elle nous démontre que nous ne recherchons pas la sécurité mais seulement une illusion de celle-ci.

Les freins à disque, kézako ?

Le but d’un frein est de ralentir voire de stopper un véhicule. La plupart du temps, cela se fait en transformant l’énergie cinétique en chaleur.

Sur la plupart des vélos jusqu’il y’a quelques années, un frein consistait en deux patins qui venaient pincer la jante. En frottant sur les patins, la jante ralentit tout en chauffant.

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Un frein sur jante, par Bart Heird.

Sont ensuite apparus les freins à disque : le principe est exactement le même mais au lieu d’appliquer le patin sur la jante, on va l’appliquer sur un disque spécialement conçu pour cela fixé au centre de la roue.

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Un frein à disque, par Jamis Bicycle Canada.

 

Les avantages sont multiples :

Le résultat est qu’un frein à disque fournit un freinage cohérent et constant quelle que soient les conditions météo, la vitesse et le revêtement. Un cycliste équipé de freins à disque dispose d’un contrôle sans commune mesure avec les freins sur jantes.

Le frein à disque en compétition

Les freins à disque ont donc conquis tous les domaines du cyclisme, en commençant par le VTT et le cyclocross. Tous ? Non, pas le cyclisme sur route.

Les raisons ? Tout d’abord, les freins à disque sont plus lourds et moins aérodynamiques, données particulièrement importantes dans cette discipline. Mais les professionnels ont aussi peur qu’un disque puisse causer de vilaines blessures en cas de chutes en peloton où les cyclistes s’empilent les uns sur les autres.

L’union internationale de cyclisme avait néanmoins décidé de les autoriser à titre provisoire afin de tester graduellement en 2015 puis 2016.

Tout semblait bien se passer jusqu’à ce que le cycliste Fran Ventoso se coupe au cours d’une chute sur la célèbre course Paris-Roubaix. Sa blessure est impressionnante et aurait, selon lui, été causée par un disque de frein. Le plus grand conditionnel est de rigueur car le coureur lui-même n’a pas vu qu’il s’agissait d’un disque et qu’aucun coureur équipé de freins à disque n’est tombé ou n’a reporté avoir été touché dans ce secteur.

Néanmoins, les photos de la blessure ont fait le tour du web et les témoignages comparant les disque à des lames de rasoir ou des trancheuses de boucherie ont rapidement fait le buzz.

La preuve est-elle donc faites que les freins à disque sont dangereux et qu’il faut les bannir ?

Analyser le danger

Comme toujours, l’être humain est prompt à se saisir des anecdotes qui lui conviennent afin de se convaincre. Mais si on analyse rationnellement le problème, on voit émerger une réalité toute différente.

Un vélo est, par nature, composée d’éléments pouvant être particulièrement dangereux : une chaîne, des roues dentées, des rayons de métal très fins sur des roues tournant à haute vitesse. Aucun de ces éléments n’a jamais été considéré comme un problème, ils font partie du cyclisme. Une vidéo sur Facebook semble démontrer que le frein à disque n’est pas particulièrement coupant . Tout au plus peut-on noter les risques de brûlures si on le touche juste après un très long freinage.

Durant la période de tests 2015-2016, le cyclisme de route professionnel a donc connu un et un seul accident impliquant (potentiellement) un frein à disque.

Au cours de la même période, les courses ont connues un nombre importants d’accidents majeurs impliquant des motos ou des voitures faisant partie de l’organisation de la course. Le plus cocasse est certainement celui de Greg Van Avermaet, alors en tête de course et qui sera propulsé dans le fossé par une moto de télévision. Le second de la course, Adam Yates, dépassera Van Avermaet sans le voir et passera la ligne d’arrivée persuadé d’être arrivé deuxième. Mais l’accident le plus dramatique reste la mort du coureur Antoine Demoitié, heurté à la tête par une moto de l’organisation après avoir fait une chute sans gravité.

Une course cycliste, de nos jours, est en effet une débauche de véhicules motorisés tentant de se frayer un passage entre les vélos. Avec des conséquences graves : il ne se passe plus un tour de France sans qu’au moins un coureur soit mis à terre par un véhicule.

Si la sécurité physique des coureurs était réellement un souci, l’utilisation de véhicules lors des courses cyclistes serait sévèrement revue. C’est d’ailleurs ce que demandent beaucoup de coureurs mais sans écho auprès de la fédération ni des médias. Après tout, les motos de la télévision sont la seule motivation des sponsors qui payent les salaires des coureurs…

Les enjeux du débats

Aujourd’hui, une seule blessure statistiquement anecdotique va potentiellement repousser de plusieurs années l’apparition des freins à disque au sein du peloton professionnel pour la simple raison que les photos sont impressionnantes.

Pourtant, il est évident que pour un cycliste isolé, les freins à disque améliorent grandement la sécurité. Ils sont également utilisés avec succès depuis des années au plus haut niveau en VTT et en cyclocross. Le cyclisme sur route est-il une exception ? Les gains évidents de sécurité d’un meilleur freinage ne compensent-ils pas le risque de se couper ?

N’ayant pas l’expérience de la course, je ne peux absolument pas juger.

Tout au plus puis-je remarquer que les coureurs cyclistes ont, pendant des années, lutté contre le port obligatoire du casque, pourtant élément de sécurité aujourd’hui indiscutable. L’opposition a été telle qu’il a été nécessaire d’établir une période de transition durant laquelle les cyclistes pouvaient se débarrasser de leur casque en arrivant sur la dernière montée d’une course.

Ne devrait-on pas également considérer l’exemple qu’ils donnent à une époque où la promotion du cyclisme face à la voiture devient un enjeu sociétal ?

Suite au buzz des photos particulièrement impressionnante de la blessure de Ventoso, j’ai entendu des particuliers refusant d’acheter un vélo de ballade avec freins à disque voire croyant que ceux-ci allaient désormais être interdit sur tous les vélos. Les organisateurs des courses amateurs amicales parlent aussi d’interdir les disques. Interdir une technologie qui pourrait potentiellement éviter des accidents ! Interdire des amateurs, utilisant majoritairement leur vélo dans le traffic quotidien, d’avoir des freins à disque s’ils veulent participer à des « sportives » mi-ballades, mi compétition amicales.

La résistance au changement

Vu sous cet angle, les implications et les enjeux de cette histoire sont bien plus importantes qu’une vilaine coupure. Mais cela illustre à quel point l’être humain est en permanence en train de lutter contre le changement, quelle que soit la forme qu’il puisse prendre.

Dans la narration des médias sociaux, la proposition suivant paraît logique : « Un cycliste professionnel dans une course très particulière se coupe et pense que sa blessure est due à des freins. Tous les vélos du monde devraient donc désormais utiliser des freins moins efficaces. »

Notre perception du danger est complètement tronquée par les médias (dans ce cas-ci une photo de blessure), par la narration (l’usage d’analogies avec des lames de rasoirs) et complètement irrationnelle (les motos et les voitures étant familières, elles n’apparaissent pas comme dangereuses, l’accident est un cas unique,etc).

Sous de fallacieux prétexte de risques supposés, nous refusons généralement de voir en face les risques que nous courrons déjà pour la simple raison que nous voulons nous complaire dans notre confortable immobilisme suranné. Nous exagérons les risques apportés par toute nouveauté. Et nous refusons les innovations qui pourraient nous apporter une réelle sécurité.

Finalement, l’être humain ne cherche absolument pas la sécurité. Il cherche l’illusion de celle-ci. Du coup, nos politiciens ne nous donnent-ils pas exactement ce que nous cherchons ?

Le fait que les les vélos freineront désormais moins bien à cause d’une photo sanguinolente sur les réseaux sociaux n’est-elle pas une merveilleuse analogie, un extraordinaire résumé de toute la politique sécuritaire que nous mettons en place ces dernières décennies ?

 

Photo par photographer.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.


Enfoirés d’altruistes !

Mon, 25 Apr 2016 18:54:11 +0000 - (source)
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En éternel optimiste, je suis confiant dans le fait que l’immense majorité de l’humanité est bienveillante. Nous ne souhaitons que le bonheur pour nous-mêmes et les autres.

Mais alors, comment expliquer la multiplication des conflits, des guerres, des disputes et des violences ?

Ma réponse est toute simple : parce que nous ne sommes pas assez égoïstes et que nos différentes cultures nous poussent à “penser d’abord aux autres”.

« Et alors ? » me diriez vous avec un air étonné en vous tapant la tempe de l’index. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, avoir des bonnes intentions pour les autres ne fait que paver l’enfer, pour paraphraser le proverbe. La solution ? Soyons égoïstes et arrêtons un peu d’essayer de penser pour les autres !

Petit exemple introductif

Marie a offert une boîte de pralines à Jean. Ils viennent de la manger ensemble. Il n’en reste plus qu’une dans la boîte. Marie en a très envie. Mais elle veut avant tout faire plaisir à Jean.

— Tiens, prends la dernière !

Jean n’a pas du tout envie de la praline car il sait qu’elle est à l’alcool et il a horreur de ça. Cependant, il ne veut pas froisser Marie ni montrer que son refus est purement égoïste.

— Non, merci, je te la laisse.
— J’insiste, tu en as pris moins que moi !
— Vraiment, sans façon !
— Ce serait bête de la jeter !
— Bon, d’accord…

Moralité : Marie et Jean sont tous les deux frustrés mais sont persuadés de s’être frustrés pour le bien de l’autre. Ce qui a eu l’effet inverse !

Peut-on généraliser cet exemple ? Oui, je le pense !

Une hypocrite bienveillance

Le problème d’une société altruiste, c’est qu’il devient virtuellement impossible d’exprimer son propre désir, celui-ci étant perçu comme égoïste. Il devient également impossible de signifier à une personne bien intentionnée que son intention n’a pas eu l’effet escompté.

Il s’ensuit que les altruistes sont, par construction, forcés de vivre leurs propres plaisirs par procuration. Dans notre cas, c’est Marie forçant Jean à manger la praline qu’elle aurait bien voulu avoir.

La praline parait peut-être anecdotique mais remplaçons le chocolat par la morale et nous avons la source même des conflits et du fanatisme. Si un homme pense qu’il n’est pas sain que ses enfants soient exposés à de la pornographie, il va militer pour interdire la pornographie dans toutes la société afin de protéger tous les enfants ! Les opposants du mariage homosexuels militent pour, selon leur propre mot, le bien de tous et de la société. Ils sont donc essentiellement altruistes.

Exemple extrême : les extrémistes religieux ne cherchent jamais qu’à sauver les âmes égarées, quitte à les torturer et les tuer un petit peu en passant. Mais c’est pour leur bien.

L’inévitable frustration

Mais ces enfoirés d’altruistes font encore pire !

En effet, frustrés inconsciemment par le non-assouvissement de leurs désirs, ils en viennent à haïr les égoïstes qui n’ont rien demandé à personne.

Sans le savoir, ils exigent que tout le monde fasse le même sacrifice qu’eux. Ou, au minimum, ils veulent être reconnus pour leur sacrifice.

Certains vont jusqu’à affirmer tirer leur bonheur du bonheur des autres ! Cette rhétorique est paradoxale. Car si la phrase est vraie, alors l’altruiste est en fait profondément égoïste. Comme l’égoïsme n’est pas acceptable pour l’altruiste, il s’en suit que la proposition est hypocrite.

En résumé, les altruistes imposent leur vision du monde aux autres et ne supportent pas ceux qui s’occupent d’eux-mêmes.

Les conflits

Vous m’objecterez que si tout le monde était égoïste, il y aurait encore plus de conflits car, forcément, les envies sont parfois incompatibles.

Mais je pense le contraire. Car tout être humain normalement constitué est capable d’accepter une frustration si celle-ci est consciente et justifiée.
— J’ai envie de la dernière praline.
— Moi aussi.
— Tu en as mangé plus que moi.
— Effectivement, je te la laisse pour cette fois.

L’égoïsme améliore la communication, la transparence. De manière contre-intuitive, il est beaucoup plus facile de faire confiance à un égoïste : il ne cherche pas à nous faire plaisir, il suffit que ses intérêts soient alignés avec les nôtres. La frustration, elle, est verbalisée et rationalisée : « J’avais envie de la dernière praline mais il est juste que Marie aie pu la manger. »

L’égoïsme et la franchise entraîne donc une diminution des incompréhensions. Les conflits restants sont, au moins, clairement identifiés et négociables.

L’harmonie

Mais la véritable raison qui me fait abhorrer les altruistes est bien plus profonde.

Comment voulez-vous apporter de l’harmonie au monde si vous n’êtes pas en harmonie avec vous-mêmes ? Comment voulez-vous écouter les autres si vous n’êtes pas capable de vous écouter ? Comment satisfaire les envies de ceux que vous aimez si vous êtes vous même frustrés ?

L’altruisme est essentiellement morbide.

Vous voulez changer le monde ? Rendre les autres heureux ? Apporter du bonheur à vos proches ?

Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Travaillez à être heureux, à votre propre bonheur et arrêtez de penser à la place des autres.

 

Photo par Lorenzoclick.

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La moitié du monde qui vit dans la peur

Thu, 14 Apr 2016 21:34:34 +0000 - (source)
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J’aime me balader seul la nuit dans les rues désertes. Couper par un bois obscur. Respirer l’air de la nuit. Je me sens bien.

Peur ?

Je ne connais pas vraiment la peur. J’ai confiance dans mes capacités de défense. J’ai confiance dans ma pointe de vitesse. J’ai surtout confiance dans le fait que m’agresser est un acte très grave, complètement condamné par la société. Les agresseurs sont donc relativement peu nombreux et doivent être vraiment acculés. De plus, une agression éventuelle aurait très peu de chance de laisser des séquelles durables. Même si c’était le cas, je sais que j’aurais le support de l’ensemble de la société, que mon agresseur serait unanimement condamné.

Je suis donc en confiance, j’ai la chance de vivre dans un endroit sûr.

Parce que je suis un homme.

Si je me transforme en femme, le monde est immédiatement différent. Physiquement, j’ai moins de chance d’être plus forte ou plus rapide qu’un éventuel agresseur. Je suis obligée de considérer chaque homme comme un agresseur potentiel. Les regards, les remarques, même les plus gentilles, me rappellent à chaque instant que je suis avant tout une proie sexuelle dans le regard des mâles.

Que ce soit dans un contexte professionnel, intellectuel ou de détente, les premières remarques concerneront toujours mon physique et, implicitement, ma baisabilité. Et si l’on sort des considérations sexuelles, ce sera essentiellement pour parler de mon rôle potentiel d’épouse et de mère.

Des agresseurs potentiels n’ont pas besoin d’être acculés, désespérés pour passer à l’acte avec moi : il suffit qu’ils aient des pulsions sexuelles un peu trop vives.

De plus, je sais que la société les condamne très peu. Si je suis victime d’un viol, les policiers commenceront par me culpabiliser en me demandant pourquoi je me suis promené à tel endroit dans telle tenue. Pourquoi j’étais seule. Victime d’un viol, je suis en partie coupable. Et, pour toujours, impure et détruite à vie au regard des hommes, même les plus bienveillants.

Dans le meilleur des cas, mon agresseur sera puni comme s’il m’avait donné quelques coups. Si on le retrouve.

Je ne suis donc pas en confiance, je vis dans la peur. Que ce soit dans la rue, dans un événement professionnel, une soirée, un concert. Sans aucune gêne, les hommes à faible distance parlent de mon décolleté, des positions sexuelles qu’ils vont essayer avec moi ou une autre, du fait que je suis baisable ou non. Ils ne se cachent même pas, ils n’imaginent pas que je les entends. Ils sont même persuadés d’être gentils et attentionnés en soulignant mes qualités physiques. Et je suis forcée de me sentir flattée de peur d’être perçue comme prude, d’être exclue de leurs cercles et, dans le cas professionnel, de voir se volatiliser les opportunités de carrière.

Une immense majorité d’hommes et de femmes me critiquent, ouvertement ou sans s’en rendre compte car je tente de m’octroyer les mêmes libertés de parole et d’action que les hommes. Ils me trouvent bizarre, dérangeante, choquante. Pour les femmes, je ne suis pas assez féminine, sensible. Un simple gros mot ou une allusion sexuelle prend dans ma bouche une ampleur insoupçonnée. Je n’ai pas le droit de les dire, seulement d’en rire quand elles proviennent d’un homme.

Me plaindre est hors de question : mon audience me soulignera immédiatement la chance que j’ai de vivre dans un pays où les femmes ont déjà tellement de droits, que j’exagère, qu’en Arabie Saoudite, c’est bien pire mais qu’au moins les hommes ont la paix là bas (rires gras). Mais ces droits dont je jouis sont si fragiles… Chaque jour, nous devons lutter pour les faire exister, les matérialiser et la lutte est d’autant plus difficile que la plupart sont persuadés que le combat est terminé, que l’égalité est acquise.

Pire, certains hommes vont jusqu’à se sentir opprimés du fait que je tente de jouir des mêmes droits qu’eux. Il est vrai qu’après des millénaires de privilèges, le retour à l’égalité doit ressembler à de l’oppression.

Aujourd’hui, j’ai peur d’être ce que je suis, j’ai peur de perdre les droits pour lesquels les femmes se sont battues et, malgré tout, je dois cacher cette peur, être belle et forte pour avancer.

Enfin, heureusement, je ne connais pas cette peur. Car je suis un homme.

Mais, souvent, la honte m’étreint à l’idée de vivre dans un monde soi-disant libre où plus de la moitié de la population est forcée de vivre dans la peur de l’autre moitié.

 

Photo par Nicola Albertini.

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Il faut agrandir le centre commercial !

Sun, 21 Feb 2016 15:33:11 +0000 - (source)
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Comment ? Mais bien sûr qu’il faut agrandir le centre commercial ! Ceux qui vous disent le contraire ne sont qu’une poignée de véhéments passéistes.

Voyez-vous, le centre commercial est devenu un endroit de ralliement, d’échanges. Tous, jeunes, vieux, s’y retrouvent, seuls ou en familles, pour consommer et se faire plaisir.

En se retrouvant dans le centre commercial, nous sommes exposés à des opportunités, des couleurs, des offres alléchantes et nous dépensons alors que si nous avions simplement passé du temps chez nous, chez des amis ou en forêt, nous n’aurions jamais fait tourner l’économie.

Et, sans centre commercial, qui fournirait de l’emploi ? L’extension du centre commercial, c’est avant tout plusieurs dizaines de personnes qui, au lieu de perdre du temps à lire sur internet, vont passer leurs journées dans ce cadre fermé magnifique à vous vendre la production d’enfants indiens ou chinois. Le centre commercial est donc également une ouverture à l’autre, un geste vers les pays défavorisés.

Je sais que, dans notre culture, nous avons tendance à voir cela d’un mauvais œil mais le petit thaïlandais est lui bien content de coudre des vêtements plutôt que de mourir de faim.

De plus, l’extension du centre commercial, c’est également un engagement écologique durable. Toute l’énergie que nous utilisons pour refroidir fortement le centre en été et le réchauffer à outrance en hiver sera produite par un fournisseur de gaz russe qui s’est engagé à ce que 10% de sa production soit certifiée durable par une agence de certification locale dont le fondateur siège dans le conseil d’administration de notre entrepreneur. C’est vous dire à quel point nous sommes attentifs à la nature et à la préservation de la planète !

Mais l’agrandissement du centre commercial, c’est avant tout un projet économique qui aura des retombées non négligeables. Bien sûr qu’il faudra réduire fortement la taille du parc boisé, mais certainement pas le raser comme quelques manifestants le prétendent. N’oublions pas qu’un parc n’est pas économiquement viable ni rentable. Tandis que le projet de centre commercial, lui, promet de verser des dividendes aux investisseurs après seulement cinq années grâce à la participation des pouvoirs publics et le versement de différentes aides de l’état. Sans compter une défiscalisation astucieuse que nous permet l’établissement de notre siège au Luxembourg et une classe politique locale convaincue que la création de quelques emplois ne doit pas être mise en péril par une application trop stricte de la fiscalité.

Non, franchement. Je ne vois pas comment on peut oser s’opposer à l’agrandissement du centre commercial ! Du plaisir, de l’emploi et une économie ronflante, n’est-ce pas ce que nous désirons tous ?

 

Photo par Logan Elliott.

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Demain, la conquête de la galaxie !

Tue, 09 Feb 2016 15:07:00 +0000 - (source)
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Nous parlons beaucoup des voitures sans conducteurs mais il est un autre domaine où l’intelligence artificielle va certainement bientôt jouer un rôle disruptif : la conquête spatiale.

Si les humains sont encore cantonnés à la proche banlieue de la terre, il n’en est pas de même pour les robots : ils ont déjà été sur Mars, sur Vénus, sur une comète, sur Titan. Ils ont photographié Jupiter, Saturne et Pluton et ils sont en train de quitter le système solaire.

Bien entendu, ces robots sont extrêmement rudimentaires. Ils n’ont peu ou prou d’intelligence et se contentent d’obéir aux ordres directement donnés par la terre. Avec le gros défaut que, plus la distance est grande, plus l’ordre met du temps à parvenir.

Pour un rover roulant sur Mars et apercevant un rocher barrant sa route, il faut 20 minutes pour envoyer l’information jusqu’à la terre puis, en admettant une réponse immédiate de l’opérateur, 20 minutes pour transmettre l’ordre d’éviter le rocher.

Rendre les sondes exploratrices plus intelligentes et plus autonomes est donc particulièrement approprié. Elles seraient en mesure de prendre les décisions les plus pertinentes et n’envoyer sur terre que les clichés et les résultats scientifiques les plus intéressants.

L’énergie et les réparations

Le principal problème d’une sonde spatiale est celui de l’énergie. Le soleil s’éloignant, il devient de plus en plus difficile d’obtenir de l’énergie. Il faut donc le stocker et l’économiser. En étant plus intelligent, les sondes pourraient développer des stratégies inédites propres à leurs environnements.

En étant plus intelligentes, les sondes devraient également être capables de réparer les problèmes qu’elles pourraient rencontrer en exploitant, si possible, les ressources du milieu où elles se trouvent. Ce qui nécessite la capacité d’extraire des matériaux.

Si vous mettez ensemble une intelligence de préservation de l’énergie et une intelligence réparatrice, il est vraisemblable que les sondes se mettront à construire de nouveaux moyens de capter l’énergie. Par exemple, une sonde pourrait fabriquer une éolienne sur Mars.

Tout cela est bien entendu encore très théorique. Est-ce complètement fou ? Au vu des progrès actuels, il est vraisemblable que ce genre de sondes soit lancé dans le système solaire d’ici vingt ou trente ans. Peut-être cinquante.

La collaboration

Sur une planète comme Mars, imaginons que les sondes se mettent à coopérer entre elles. Ou, pourquoi pas, qu’elles se mettent à communiquer entre elles à travers tout le système solaire. Elles seraient également capables de communiquer avec les anciennes sondes et d’apprendre de leurs observations, comme le font les opérateurs humains aujourd’hui. Après tout, pourquoi pas ?

Nous aurions donc un véritable réseau de robots spatiaux lancés dans le cosmos, apprenant, communiquant, s’auto-réparant, s’entraidant. Certes, la plupart des sondes finiraient par mourir jusqu’au jour où…

La singularité

Tout ceci n’est pas foncièrement excitant. Des sondes qui se réparent toutes seules et qui communiquent, c’est joli mais ça ne change pas la vie. Vraiment ? Pourtant, une conséquence immédiate serait l’adaptation progressive des sondes, devenant à chaque réparation un engin de moins en moins reconnaissable par ses concepteurs. Certaines sondes pourraient devenir microscopiques ! D’autre sondes ayant trouvé une abondance de ressources auront une tendance naturelle à construire leurs propres robots autonomes qui les aideront à se réparer, à obtenir de l’énergie et à explorer.

En construisant des sondes qui se réparent et cherchent à obtenir de l’énergie, nous aurons insufflé l’instinct de survie !

Dans ces nouvelles sondes de seconde génération, certaines seront elles-mêmes lancées pour explorer le cosmos et contribuer au réseau de sondes ou à leur sonde mère. La conquête de la galaxie aura commencé !

Le temps

Lorsqu’on parle d’exploration spatiale, l’ennemi numéro un est le temps. Selon les théories actuelles, il serait strictement impossible de voyager plus vite que la lumière (ce que j’explique ici). L’espace étant immense, voyager d’étoile en étoile prendrait des décennies voire des siècles, une durée bien trop grande pour des humains.

Mais pas pour des robots. Les robots, eux, ont tout leur temps.

Si un robot met cent ans pour gagner une nouvelle étoile et que les informations qu’il envoie mettent dix ans ou vingt ans à parvenir aux autres robots, ce n’est pas un problème. De plus, si chaque robot donne naissance à plus d’un autre robot, la conquête sera exponentielle. En quelques centaines de millénaires, la galaxie pourra être conquise par les sondes spatiales humaines. Chaque étoile, chaque planète de la galaxie sera explorée, exploitée et les robots pourraient se mettre à coopérer afin de gagner une autre galaxie.

La race humaine aura probablement disparu d’ici là mais ses descendants, les robots, continueront son œuvre.

L’inquiétude

Cette singularité spatiale, ce moment clé où nous aurons enclenché irrémédiablement la conquête de la galaxie n’est pas si loin. Il est vraisemblable que certains d’entre nous connaîtront ce moment de leur vivant, même si personne ne s’en rendra forcément compte.

Mais du coup, une question existentielle se pose : pourquoi n’avons-nous pas encore détecté le moindre signe d’une intelligence extra-terrestre qui aurait suivi le même chemin ? Où sont les sondes spatiales issus d’autres planètes ? Doit-on s’inquiéter ou se réjouir d’être, a priori, les premiers dans notre zone du cosmos ?

Dans un prochain billet, je tenterai d’apporter des réponses à ces questions, mais, autant vous le dire, ce ne sont pas des réponses rassurantes quant à notre avenir immédiat.

 

Photo Nasa.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.


Printeurs 38

Sat, 23 Jan 2016 11:13:50 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 38 sur 38 dans la série Printeurs

Nellio et Junior sont arrivés dans une usine de mannequins sexuels à l’effigie d’Eva. La voix d’Eva retentit derrière eux.

— Qu’est-ce qui me prouve que tu es la vraie Eva ?
— Nellio, je suis l’Eva que tu as toujours connue, que tu as rencontrée à la conférence de CrazyDog.
— Tu n’as pas répondu à ma question ! D’ailleurs, pourquoi m’as-tu envoyé les coordonnées de cette usine ?
— Mais je n’ai pas…
— C’est moi !

La voix est douce, chaude. Elle jaillit dans mon dos comme celle d’un commentateur d’une vidéo animalière. Je me retourne et tombe face à face avec un amas de chairs, de métal et de plastiques.
— Max !
— Et oui, poursuit-il de son timbre incroyablement chaleureux. Comme tu peux l’entendre, j’ai même réparé mon générateur vocal.

Les deux employés s’approchent de nous. Je constate qu’aucun ne semble manifester de curiosité excessive ni même d’étonnement. Le plus grand des deux s’adresse familièrement à Max.
— Max, bordel, ce sont tes amis ? C’est toi qui les a amenés ici ? Tu risques de nous attirer des emmerdes !
– Relax, poursuit la voix chaude et envoutante du générateur. C’était le seul endroit auquel je faisais suffisamment confiance pour pouvoir rencontrer Nellio en toute sécurité. C’était également nécessaire en vue de son édification.
— Hein ? Je pige rien Max. Tout ce que je sais c’est que vous êtes quatre personnes non autorisées et que nous risquons de perdre notre boulot.
— Votre boulot ?

Max éclate de rire. Son corps hybride se tord et se dandine mais, étrangement, seul un rire calme et sympathique se fait entendre.

— Tu parles d’un boulot ! Vous passez votre temps à consulter des sites pornos et à baiser des mannequins désarticulés. Vous êtes les deux seuls humains de toute l’usine car le contrat d’exploitation exigeait la création d’emplois locaux !
— Ça, ce n’est pas ton problème Max ! L’important c’est que nous évitons le statut de télé-pass. Et c’est un avantage que je tiens à garder, même si cela nécessite que j’appelle une milice.
— Et qui te filerait tes shoots si j’étais arrêté par les flics ?
— Tu n’es pas le seul dealer, Max !
— Non, mais je suis le meilleur. Allez, je te taquine. Je comprends votre inquiétude. Merci pour votre aide et votre accueil ! Allez, je vous offre une dose, c’est ma tournée.

Un large sourire illumine le visage des deux employés. D’un geste incroyablement rapide, Max leur tend deux petites gélules noires. Ils se l’insèrent immédiatement dans l’oreille gauche avant de s’écrouler instantanément sur le sol, pantins désarticulés, la bouche déformée par un rictus baveux.

Je pousse un cri :
— Max, tu ne les as pas…
— Non, je te rassure. Ils sont juste endormi pour un quart d’heure. Après, ils auront droit à leur shoot normal et n’auront pas conscience d’avoir été dans le coma. Ils se souviendront à peine de notre entrevue.

Junior s’exclame :
— Nom d’un clavier ! Tout mon service est à la recherche des trafiquants de neuro-logiciels.
— Trafiquant est un bien grand mot. Je suis le seul réel fournisseur.

Max appuie sa phrase d’un mouvement du visage qui s’apparente à un clin d’œil. Mais, entre les vis, les muscles luisants mis à nus et les pièces imprimées, j’avoue ne pas être à même de lire ses émotions.

— Les neuro-logiciels ? Mais n’est-ce pas une belle saloperie ? Tu me déçois beaucoup Max ! fais-je d’un ton outré.
— C’est ce que la propagande essaie de nous faire croire. Mais les neuro-logiciels sont, au contraire, la drogue idéale ! Il suffit d’un implant dans le tympan qui va se connecter à ton réseau neuronal. Ensuite, pour peu que tu t’y connaisses, tu peux programmer absolument n’importe quel trip. Je me suis spécialisé dans les micro-doses. La puce électronique fond avec la chaleur du corps humain et se dissout totalement. Sans cela, les trips seraient illimités, ce qui n’est pas très bon pour mon business ! Un petit trip bien cinglant, c’est parfait, mes clients en redemandent !
— Mais… c’est répugnant ! Tu manipules le cerveau des gens !
— Oui. Mais sans tous les effets secondaires que peuvent induire les drogues chimiques. Mes trips sont complètement safes. J’ai même en magasin des trips compatibles avec une activité sociale normale. Ton conjoint t’emmerde ? J’ai un trip qui te fait vivre l’extase intérieure pendant que tu passes la soirée avec un air attentif à répondre aux questions.
— Dis, murmure Junior, tu n’aurais pas un truc à me filer pour supporter la douleur le temps qu’on me rafistole ?

Max se penche sur l’oreille de Junior. Je l’interromps d’un air solennel.
— Max, pourquoi m’as-tu amené ici ?

Il hésite une fraction de seconde.
— Parce que je ne pense pas qu’on vienne te chercher ici.
— Qui “on” ?
— Les flics, Georges Farreck, les industriels, … J’avoue que je ne sais pas trop qui tire les ficelles. Tu es traqué, recherché mais je n’arrive pas à mettre la main sur la personne qui chapeaute tout.
— Georges Farreck, fais—je, mais je ne comprends pas son acharnement.
— Georges Farreck n’est qu’un pion, assène Max. Il n’a été qu’un instrument, un catalyseur pour faire naitre le printeur. Tout comme toi et…

D’un geste ample, il désigne le hangar remplit de mannequins immobiles.

— … Eva !

Je me tourne vers Eva, la vraie. Elle n’a pas bougé, son regard est éteint et son visage trahit l’angoisse.

Je réalise que Max ne l’a pas pointée elle mais a bel et bien désigné l’ensemble du hangar.

— Eva ? Quel est ton rôle exactement !

Une larme perle le long de sa joue.

— Nellio ! Je te supplie de me faire confiance. Je suis de ton côté !
— Réponds à ma question : es-tu, oui ou non, la vraie Eva ? L’originale ?
— Je croyais que tu avais compris, nous interrompt Max d’une voix douce. Les vraies Eva sont là, dans ce hangar. Tu n’as jamais connu que la copie.
— Hein ?
— C’est pas que j’ai envie de jouer les troubles-fête mais je continue à pisser du sang et les deux zozos vont bientôt se réveiller. Est-ce que ça vous arracherait la gueule de vous occuper un peu de moi ? Bordel, j’ai mal !

En regardant Junior se tordre de douleur, j’ai soudain une illumination.
— Max, occupe-toi de Junior et arrange-toi pour que les deux employés restent endormis.
— Mais je ne peux modifier leur shoot sans…
— Écoute Max, tu te démerdes. J’ai besoin de deux heures. Et puis on se casse d’ici.

De la main, j’empoigne le bras d’Eva.
— Viens avec moi !
— Que fais-tu Nellio ?
— Ils veulent le printeur ? Et bien on va leur donner le printeur !

 

Photo par 7-how-7.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.


Échappez à la manipulation de vos émotions !

Wed, 13 Jan 2016 16:40:51 +0000 - (source)
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Cela fait déjà deux ans et demi que j’ai écrit Le blog d’un condamné (republié sur Wattpad pour ceux qui veulent le redécouvrir).

Anecdote intéressante : deux ans après, je reçois encore régulièrement des insultes. Le motif ? Ce que j’ai écrit serait scandaleux car « je joue avec l’émotion des gens ». J’ai écrit une fiction sans panneaux clignotants affirmant qu’il s’agissait d’une fiction. Cela ferait de moi un manipulateur d’émotions.

Ces critiques font preuve d’une désarmante naïveté face aux dures réalités du monde.

Car nous sommes avides d’émotions

Utiliser la raison est difficile, fatiguant. Les émotions, elles, s’assimilent facilement. La littérature à l’eau de rose, les films d’horreur, les blockbusters, les publicités ont tous pour volonté de nous donner des émotions brutes, sans aucune réflexion, en jouant sur la manipulation de nos sens au travers couleurs, musiques, bruitages, montages étudiés, etc.

On nous montre des gens en proie à des émotions extrêmes, on nous sature d’émotions pour qu’elles débordent un peu sur nous. Les séries télés, dont les histoires sont souvent sans intérêt et truffées de contradictions, tiennent le public en haleine en nous “attachant à un personnage”.

La télé-réalité et les potins de stars sont encore plus efficaces. Il n’y même plus de tentative de construction, vous êtes simplement exposé au fait que d’autres personnes dans le monde ont une vie et des émotions. Vous pouvez alors vivre ces émotions par procuration.

Sur Internet, le marché des émotions low-cost est devenu une véritable caricature avec les titres accrocheurs : « Vous ne croirez pas ce que ce petit chien va faire » ou « Une maman a pleuré en voyant cette vidéo ».

Le contenu est toujours inutile et absolument sans intérêts. Mais il contient une émotion simpliste.

Car nous vivons dans une fiction

Prenez les buzz sur Internet ou dans les médias. Peu importe que l’histoire soit vraie ou pas : la plupart sont soit complètement fausses, soit très vieilles, soit tellement déformées qu’elles n’ont plus aucun sens.

Le « journalisme » et les « médias », si généreusement aidé par des subventions publiques, sont devenus tout entier des participants à ce grand marché de l’émotion. Ils ne cherchent pas à informer, même s’ils en sont convaincus, mais uniquement à fournir de l’émotion, versions locales à petit budget de Hollywood ou Endemol.

La mauvaise foi ou l’incompétence de la plupart des rédacteurs transforme d’ailleurs toutes les histoires que nous lisons. Le journal parlé n’est plus qu’un concentré de flash émotionnels qui vous vend de la bonne conscience ( « J’aime être informé » ) tout en préparant votre cerveau pour la page de publicité.

Car c’est un business dont nous sommes les pigeons

Une conséquence intéressante des émotions, spécialement les plus vives, c’est qu’elles ouvrent toutes grandes les portes du cerveau et de la mémoire.

La raison est simple : pour un homme vivant dans la savane, se souvenir à la perfection des événements marquants (la rencontre d’un prédateur) permet d’obtenir un avantage évolutif non-négligeable (se rappeler comment on s’en est sorti).

Cette particularité de notre cerveau est exploitée à merveille par les publicitaires qui peuvent ainsi inscrire leurs messages dans notre cerveau comme dans un livre blanc.

Nous avons besoin de notre dose d’émotion et, en échange, nous fournissons notre personnalité à modeler.

À votre avis, quand vous allumez la télé ou que vous cliquez sur un lien Facebook inattendu, le deal est-il à votre avantage ? L’émotion reçue a-t-elle une valeur plus importante que la parcelle de votre personnalité que vous avez cédée à un annonceur quelconque ?

Car nous abandonnons trop facilement notre libre arbitre

Lors de certains événements, ce fonctionnement médiatique de marchandisation des émotions s’emballe. Les médias entrent dans la surenchère et il devient virtuellement impossible de ne pas être informé en temps réel du-dit événement. Tout le monde se rue, tient à “être informé”, regarde en boucle les mêmes images. Il est même socialement inacceptable de ne pas participer à l’émotion collective !

Une aubaine pour les publicitaires et les sites de “presse” vivant de la publicité qui, en véritables charognards des drames, voient leurs revenus exploser. Les algorithmes publicitaires se greffent d’ailleurs automatiquement sur les événements les plus juteux.

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Ce terrorisme émotionnel n’a pas que des retombées économiques, il est également extrêmement profitable pour tous ceux qui profitent de l’irrationnel et de la peur. Quoi de mieux pour faire passer des mesures politiques absurdes, sécuritaires et dangereusement rétrogrades qu’une population abrutie par la peur ?

Car nous devons apprendre à nous protéger

Pour lutter contre cet incessant flot d’émotions manipulatrices, je vous ai déjà expliqué que je fuyais les sites de presse et que je séparais la “cueillette d’informations” de la lecture proprement dîtes.

Lors d’un événement particulièrement médiatisé et marquant, j’applique dorénavant les préceptes suivants :

Avec une semaine de recul, je me rends compte que les dizaines d’articles dans Pocket sont déjà obsolètes, qu’ils disent tous la même chose et que j’aurais vraiment perdu mon temps. De temps en temps, un article écrit avec un peu plus de recul et d’analyse résume très bien tout l’événement. Je n’ai alors plus besoin d’en savoir plus.

Car vos émotions sont ce que vous avez de plus précieux

Notre cerveau est le bien le plus précieux. Et, malgré tout les comités d’éthique, personne ne le protégera à notre place. C’est pour cette raison que j’encourage fortement l’installation de logiciels bloqueurs de pub.

Mais la publicité n’est pas la seule forme de manipulation et de contrôle des émotions. Dans un monde hyper connecté, nous devons individuellement apprendre à nous responsabiliser et à mettre en place des stratégies pour garder notre individualité et notre libre arbitre.

Nos émotions sont si belles, si personnelles qu’il serait dommage de les brader au premier média ou publicitaire venu…

 

Photo par Alexis.

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Comment j’ai étendu les capacités de mon cerveau

Tue, 05 Jan 2016 13:32:27 +0000 - (source)
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Notre cerveau est formidable mais il a ses limites. Surtout le mien.

J’ai remarqué que l’utiliser comme une mémoire induisait un stress, celui d’oublier, et empiétait sur ma créativité et mon humeur. Sans compter que j’oubliais malgré tout certaines choses. J’ai donc graduellement confié tout ce qui concernait le fait de “se rappeler” à un outil externe. Mon cerveau est donc entièrement consacré à la créativité. Une véritable source de bonheur et d’apaisement !

Du coup, j’ai eu envie de partager la manière dont j’outsource une partie de mon cerveau vers des outils informatiques.

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Inbox

Tout nouvel input arrive dans une de mes inbox. La première inbox historique étant mon mail, traité avec Google Inbox. Cependant, grâce à une stratégie Inbox 0 très efficace, le mail devient de moins en moins prépondérant. Je peux me permettre de le regarder une ou deux fois par jour.

En fait, mon inbox principale est un dossier Evernote appelé Inbox. Toute nouvelle note Evernote va dans ce dossier par défaut et je le vide une fois par semaine.

Pour arriver dans mon inbox, il y a :

– La saisie d’une note manuscrite avec mon stylet. La reconnaissance d’écriture d’Evernote est absolument stupéfiante et je ne pourrai plus vivre sans.
– La saisie d’une note depuis mon ordinateur via l’icône de notification Evernote sur mon desktop.
– La capture d’un document via le scan Evernote de mon smartphone (toute facture ou document papier que je reçois et qui part ensuite directement à la poubelle).
– Quand je reçois un mail contenant des actions à faire ou des documents à archiver, je le forwarde à Evernote.
– Quand je marque un article comme favorite dans Pocket, il est automatiquement ajouté à Evernote via une règle IFTTT.
– Quand je tombe sur un contenu web que je souhaite utiliser d’une manière ou d’une autre, je l’ajoute via le web clipper Evernote.

Ce qui est primordial, c’est de séparer complètement l’acte de saisie et celui de trier/traiter. Par définition, je ne réfléchis pas et toutes mes idées, mes notes, mes actions à faire plus tard va dans mon inbox Evernote sans que j’ai besoin de réfléchir.

Todo

J’utilise depuis peu Todoist pour gérer mes todos. Je rajoute mes tâches directement dans Todoist ou en marquant une note evernote du tag “todo”, auquel cas une règle IFTTT crée la tâche pour moi.

Dans Todoist, j’utilise le concept de date limite comme la date à laquelle je vais travailler à la tâche. Chaque matin, je reporte donc au lendemain un maximum de tâches afin de n’avoir que 3 ou 4 tâches qui sont celles sur lesquelles je vais me concentrer aujourd’hui.

Notons que, du coup, lorsque j’ai terminé une tâche qui est aussi dans Evernote, je dois penser à aller retirer le tag “todo”. Ce qui est un peu embêtant.

Auparavant, j’utilisais Swipes, qui possède nativement l’intégration Evernote et une meilleur gestion du “report de tâches à demain” mais la synchronisation entre les appareils est plus que capricieuse, l’application est encore fort buguée et n’est plus activement développée, l’équipe se concentrant sur Swipes for Slack.

Agenda

J’utilise Sunrise et j’en suis extrêmement satisfait. Je n’utilise pas les fonctionnalités de rappel d’Evernote ou très rarement car les rappels restent affichés, même après qu’ils aient eu lieu.

Je trouverais génial d’avoir un agenda où chaque événement est une note Evernote car j’ai une confiance totale envers mon agenda. Pour moi, ce qui n’est pas dans mon agenda n’existe tout simplement pas.

Malheureusement, Sunrise n’est plus maintenu et Google Agenda est encore loin derrière en termes d’ergonomie sur mobile et de jonglage entre les différents calendriers, sans parler de client inexistant pour le desktop.

Veille

Histoire d’alimenter mon cerveau, j’utilise Feedly avec un nombre restreint de flux afin de les vider rapidement. Si je long-click sur un item, il est automatiquement ajouté dans Pocket. Mon feedly est donc vidé en quelques minutes.

En sérendipité sur les réseaux sociaux ou sur le web, je ne lis jamais rien directement. Si ça a l’air intéressant, je rajoute à Pocket (via le bookmarklet). Twitter est mon principal fournisseur de liens pertinents, suivi de près par G+. Facebook l’est moins mais est beaucoup plus addictif à cause de son fourmillement d’interactions.

Depuis peu, Pocket permet également de suggérer des articles et je suis un adepte de cette fonctionnalité. Je vous invite d’ailleurs à vous abonner à mes suggestions.

Lecture

Je suis complètement accro à Pocket, que je consulte depuis mon téléphone, ma tablette ou mon Kobo. Quand un article mérite selon moi d’être réutilisé ou d’être partagé ou quoi que ce soit, je le marque comme favori et il est envoyé dans Evernote via une règle IFTTT.

Lorsque je lis sur le Kobo, j’utilise énormément la fonctionnalité “surlignage” pour repérer les citations, les mots ou les phrases que j’aime bien. Malheureusement, ce surlignage ne fonctionne pas dans les articles Pocket et, surtout, je n’ai pas trouvé de manière simple d’accéder à tous les passages surlignés (j’ai réussi une fois la manip via Calibre mais c’était compliqué). Dans mon monde idéal, les passages surlignés devraient automatiquement être ajouté à mon Inbox Evernote.

À noter que j’ai étendu le principe de liste de lecture à toute ma consommation culturelle. Dès qu’on me parle d’un film, d’un livre ou d’une BD, je le note dans mon Inbox Evernote puis, lorsque je traite cette note, je rajoute le titre dans ma liste d’envie SensCritique.

Gestion de la connaissance

J’ai un dossier Evernote « Notes » qui contient à peu près tout ce dont je veux me souvenir ou que je pourrai potentiellement utiliser. Ce dossier est véritablement une annexe à mon cerveau. Régulièrement, il m’arrive de fusionner des notes afin de les grouper sur un thème similaire et de préparer un billet de blog ou d’ébaucher une idée. La fonctionnalité de merge d’Evernote est malheureusement à la limite de l’utilisable et a parfois des effets inattendus.

J’ai également un dossier « Administratif » qui contient ce dont je ne veux pas me souvenir mais qui pourrait m’être demandé (factures, déclaration d’impôts, etc).

J’utilise également beaucoup les tags et les smart searches mais Evernote n’est pas top : les nested tags n’ont aucun effet, il n’est pas possible de trouver les documents sans aucun tag, il est impossible de rechercher dans la Trash mais il est également impossible de marquer un dossier comme étant archivé et n’apparaissant pas dans la recherche.

Il m’arrive également de rechercher un article dans Pocket mais c’est relativement rare.

Une fonctionnalité que j’adore est la géolocalisation des notes : je peux voir une carte de toutes les notes en fonction de l’endroit où je les ai créée. Ce n’est pas vraiment utile, juste agréable à regarder.

Partage professionnel

Lorsqu’une information ou une idée doit être partagée au niveau professionnel, j’utilise Knowledge Plaza, l’outil de Knowledge Management que nous développons et utilisons en interne.

S’il s’agit d’un lien que je veux partager, je le fais directement depuis mon navigateur via un bookmarklet. Mais la plupart du temps, il s’agit d’une idée, d’un lien ou d’une information qui est arrivée d’une manière ou d’une autre dans mon Inbox Evernote. Ce que je poste va de l’ébauche d’idée, de la question à mes collègues, de la vidéo de chats rigolote à une analyse fouillée ou une information cruciale.

Comme pour le reste, il est primordial d’avoir confiance en l’outil. Je sais que si j’ai posté sur Knowledge Plaza, je pourrai retrouver ce contenu avec une simple recherche. À la différence d’Evernote, il s’agit ici d’une véritable mémoire partagée entre collègues, enrichies des interactions sociales.

Écriture

La frontière entre le moment où j’ai rassemblé des idées et où je me mets à rédiger sur le sujet est assez floue. C’est encore un point d’accroche. J’écris dans Ulysses mais parfois directement dans Evernote (j’ai également tenté le client alternatif Alternote mais sa synchronisation avec Evernote est encore trop bugguée).

Il m’arrive donc parfois d’écrire dans Ulysses des choses qui sont déjà dans une note Evernote. Parfois, je ne me rappelle même plus dans quel éditeur j’ai commencé la rédaction d’un texte particulier.

Quand j’écris dans Evernote, la fonctionnalité pro me suggère des notes corrélées et, souvent, c’est justement très utile pour voir que j’ai déjà un brouillon en préparation sur un sujet.

Pour publier, je copie-coller le texte dans mon blog et parfois dans Wattpad ou Medium. Ce qui entraine que le texte existe à la fois dans Evernote, dans Ulysses sous forme d’un fichier txt, sur WordPress et sur Wattpad. Situation assez insupportable quand il faut faire des corrections post-publication.

Un autre problème d’Ulysses est qu’il est centré sur l’univers Mac. Si je veux pouvoir éditer mes textes depuis un ordinateur ou un smartphone non-apple, je dois le configurer pour sauver les documents dans Dropbox, au prix de la perte de certaines fonctionnalités. Sur Android, j’utilise Jotterpad pour éditer ces textes.

Idéalement, j’aimerais que Ulysses me permette d’éditer mes notes Evernote afin d’avoir une seule copie de travail. Mes notes Evernote pourraient être directement publiées sur mon blog. C’est exactement ce que propose Postach.io. Malheureusement, je n’ai aucune confiance envers la pérennité de postach.io qui n’a guère évolué dernièrement.

À noter qu’il est possible de publier sur WordPress et Medium depuis Ulysses mais ces automatismes ne règlent pas mon problème de base : avoir plusieurs versions du texte à différents endroits.

Il est intéressant de remarquer que j’ai beaucoup écrit ces derniers mois mais très peu publié à cause de ces deux barrières : je dois faire l’effort de me dire qu’une note peut à présent passer de Evernote à Ulysses puis de Ulysses à WordPress. Je procrastine à chaque fois ces deux étapes. Si elles étaient automatiques, je pense que vous auriez plus de lecture !

Pour finir

Comme vous avez pu le lire, ce workflow a encore de nombreux points de frictions mais force est de constater qu’il m’a permis d’étendre les capacités de mon cerveau. Une autre app essentielle à mon cerveau est Headspace, app de méditation guidée qui m’a rendu accro à cette pratique.

Et si je perds mon smartphone, me demanderiez-vous ? Et bien oui, je serais fortement handicapé. Tout comme vous l’êtes probablement dans vos déplacements quand votre voiture tombe en panne.

Le transhumanisme n’est donc pour moi pas de l’anticipation mais bel et bien une réalité que nous vivons tous au quotidien, à des niveaux différents.

 

Photo par Enki22.

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Le magasin de mots

Fri, 01 Jan 2016 10:41:10 +0000 - (source)
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Au détours des pavés glissants d’une rue obscure dans laquelle je m’étais engouffré, une enseigne m’est apparue. En lettres dorées mais épuisées, un mot résonnait en se cognant sur la brique trempée : « Dictionnaire ».

Le grincement de la porte fit tousser une clochette asthmatique. Derrière un nuage de poussières apparu une barbe souriante et une paire de verres fêlés.

— Bonjour, en quoi puis-je vous aider ?

— Bonjour, fis-je. Je… je cherche un mot !

— Un mot ! Alors vous êtes à la bonne adresse ! Quel genre de mot ?

— Et bien… un mot d’amour. Un mot de passion. Un mot empli d’émotions.

— Aha ! Je vois que monsieur est un connaisseur ! Voyons ce que je peux vous proposer…

Fouillant parmi son stock, virevoltant entre les armoires, mon curieux vendeur sautillait et me faisait milles propositions. Mais, à chaque fois, ma réponse était invariable.

— Non, mon amour est bien plus fort !

— Oh non, je le souhaite bien plus doux.

— Celui-ci est trop plat, trop banal. Ma passion est tellement hors du commun.

— Il est trop petit. Mon cœur explose d’amour ! Ce mot là ne le fait pas comprendre.

— …

Un silence s’installa soudainement entre nous. Plissant les yeux, le boutiquier me tourna le dos et appela :

— Germaine ! Peux-tu descendre un moment ? Nous avons un client difficile !

Sous un vieux châle de laine, une vieille dame apparu et m’offrit un sourire de lèvres ridées.

— Que cherchez-vous, jeune homme ?

— Et bien un mot qui exprime l’amour que j’ai dans le cœur, l’amour de toute une vie, l’amour de toute la vie. Un mot emplit de palpitations, un mot qui jouit du présent, un mot qui fourmille de milles futurs, un mots qui transpire de bonheur…

— Et pourquoi souhaitez-vous ce mot en particulier ?

— Parce que j’aimerais communiquer mon amour à la femme de ma vie. Parce que je souhaite lui dire, lui faire comprendre ce que je ressens. Parce qu’elle illumine mon présent, parce qu’elle trace mon avenir, parce qu’elle est ma solitude.

La dame se tourna vers son compagnon.

— Barnabé, lui avez-vous vraiment montré tout le stock ?

— Oui ma mie, jamais je n’ai vu un client aussi difficile.

— Je m’en doutais…

Puis, se tournant vers moi, elle ajouta en souriant :

— Il n’y a aucun mot pour cela, jeune homme. Mais avez-vous essayez d’offrir un sourire ?

— Non, avouais-je !

— Alors allez-y de ce pas, ne perdez pas une minute !

À l’idée de revoir mon amour, un large sourire illumina mon visage.

— Merci, répondis-je ! Combien vous dois-je ?

— Vous venez de me payer, voici votre monnaie, me fit-elle en riant.

— Merci, merci, j’y cours, j’y vole !

Je sortis du magasin en dansant, un sourire dans le cœur, du bonheur jusqu’aux oreilles…

 

Photo par RebeccaVC1.

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