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Printeurs 34

Tue, 21 Jul 2015 21:14:46 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 34 sur 34 dans la série Printeurs

Junior, Eva et Nellio se sont échappés de l’appartement de Junior et sont désormais en fuite, à la recherche d’une station intertube, un système de livraison qui n’est pas encore officiellement en service.

 

— Nel… Nel…lio !
— Junior, arrête toi une seconde !

Je prends Eva dans mes bras et l’assieds doucement sur un parpaing éventré. Autour de nous, la rue est déserte. Les herbes folles s’ébattent avec allégresse entre les lézardes du béton, dessinant une silencieuse sarabande organique. Inconsciemment, je remarque les pissenlits entourant une florissante achilée ainsi que la bourrache et la camomille s’épanouissant entre les plaques de digitaire. Nous avons beau lutter de toutes nos forces, polluer, désherber, asperger, construire, recouvrir, nous ne sommes pas les maîtres de cette planète. Si nous devions disparaître demain, il ne faudrait qu’une poignée d’années avant que la nature ne reprenne complètement ses droits et nous relègue dans les ruines de l’oubli.

Je ne suis pas le seul à contempler les plantes car Eva enroule avec attention ses doigts dans un myosotis dont l’éclat électrique se détache sur la noirceur du bitume.

— Eva ? Comment te sens-tu ?

Elle prend une profonde inspiration.

— Encore… difficile… parler. Mais je… m’habitue.
— Tu t’habitues ? Mais à quoi ?
— Je… Nellio… Je dois te dire…

Avec toute la douceur dont je me sens capable, je lui touche la main. Elle sursaute à mon contact et arrache involontairement la petite fleur bleue.

— Aïe !

Interdite, Eva reste un long moment à regarder les racines diaphanes qui saupoudrent son poignet d’un peu de terre noire et sablonneuse. Une larme perle au coin de sa paupière, glisse sur sa pommette et tombe sur la minuscule fleur. Je l’entends murmurer, comme dans un souffle :
— Pardon…
— Bon les amoureux, on peut y aller ? Je n’ai pas envie de traîner et on y est presque !

Je sursaute et me tourne vers Junior dont le visage écarlate ruissèle de sueur.

— Pourtant tu as l’air de vouloir faire une pause toi aussi. Ton corps n’a pas l’habitude de l’effort physique.
— Je ferai une pause dans un endroit avec l’air conditionné. Sinon, ce n’est pas une pause, c’est de la torture. Comment peut-on encore se déplacer à pieds et dehors ? Cela me dépasse ! On n’est plus au moyen-âge, non ?
— Sais-tu où tu nous emmène au moins ?
— Oui, je te dis qu’un des premiers terminaux citadins de l’intertube est dans un immeuble officiel désaffecté à deux blocs d’ici. Allez, en route !

Je tends la main à Eva mais celle-ci la refuse et se relève en m’adressant un regard dur. Elle semble reprendre peu à peu ses moyens et est désormais capable de marcher seule.

Qu’elle soit hors de danger est à la fois un soulagement et le déclencheur d’une avalanche de questions dans mon esprit torturé. Eva dont j’étais artificiellement amoureux, Eva que je croyais morte, Eva pour qui je ne sais plus quoi ressentir. Est-ce que j’éprouve de l’amour, de l’amitié ? Suis-je désormais libéré de toute influence artificielle ? Mon attirance sexuelle pour elle n’est-elle pas un simple réflexe, une habitude acquise ? D’ailleurs, ai-je vraiment envie de coucher avec une femme ? Je me rends compte que cela fait des mois que je n’ai plus couché ni avec un homme ni avec une femme et que mon jugement doit en être affecté.

— Merde, s’exclame Junior. Ils ont réaffecté le bâtiment. Je pensais qu’il était désert. Qu’est-ce qu’on fait ?
— On tente le coup, fais-je en haussant les épaules.

Sans prendre le temps de réfléchir, nous poussons tous les trois la porte d’entrée et pénétrons dans une pièce visiblement aménagée en salle d’attente. Quelques personnages hétéroclites semblent tuer le temps. Personne ne lève les yeux à notre approche.

— Le terminal doit être à la cave, me chuchote Junior en pointant la cage d’escalier.

Alors que nous tentons de nous faufiler discrètement, une main se pose sur mon épaule.
— Et vous là ! Cet escalier, l’est réservé aux startupeurs !

Je me retourne brusquement, les poings serrés. Un cri de surprise s’étrangle dans ma gorge. Ces boucles rousses, ces joues bouffies…
— Isa !
— Nellio ! Et l’autre là, c’est l’flic ! Putain de merde !

Dans la salle d’attente, des regards amorphes commencent à s’éveiller et à se tourner vers nous. Je tente de garder l’initiative.
— Que fais-tu donc ici Isa ?
— Et ben, j’suis devenue conseillère. C’moi qui contrôle les télé-pass. Ma spécialité, c’est les startups ! Comme ça, les télé-pass, ils doivent pas trouver du travail, ils ont qu’à en créer un.

Je reste un instant étonné.

— Tu t’y connais en startups ?
— J’m’y connais super bien en recherche de travail, ça c’est sûr. Et puis, j’suis super bon pour les tests. En tout cas, là, vous pouvez pas descendre, sauf si vous voulez créer une startup.
— Et bien justement, intervient Junior, on est là pour ça. On a besoin de conseils.
— Ah c’est marrant ça ! Alors venez avec moi.

Un protestation s’élève dans la salle d’attente. Une jeune fille fluette aux cheveux turquoises et au nez transpercé de clous métalliques s’insurge.
— Moi aussi je suis là pour créer ma startup et devenir millionnaire et j’attends depuis plus longtemps, c’est dégueulasse, pourquoi il peuvent passer avant ?

Isa la toise d’un air important.
— C’qui votre conseiller ?
— Madame Dubrun-Macoy.
— J’peux pas prendre les télé-pass qui ont déjà un conseiller attitré.
— Mais elle a pris sa retraite !
— Et alors ?
— Elle n’est plus là, je n’ai plus de conseiller.

Elle agite une liasse de papiers. Isa s’en saisit.
— C’est marqué Dubrun-Macoy sur votre dossier, j’peux pas vous prendre.
— Mais comment je peux faire alors ?
— Faut vous désinscrire et vous réinscrire pour avoir un nouveau conseiller.
— Mais…
— Et ça, c’est pas ici ! Faut voir avec la centrale.
— Mais je veux créer une startup moi !
— Si vous n’avez pas de conseiller, vous n’en avez pas le droit. C’est pourtant simple, non ?

La jeune femme se met soudainement à pleurer.
— Mais… mais vous ne savez pas ce que j’endure. Depuis des semaines, on m’envoie de bureaux en bureaux. Je veux travailler, je veux créer !
— J’sais très bien. Moi aussi j’étais comme vous. Et je me suis bougé, j’ai réussi à être à ce poste à force de volonté, pas en pleurnichant.

Lui tournant le dos, Isa nous entraîne à sa suite dans la cage d’escalier. J’ai à peine le temps de percevoir la voix d’un des hommes de la salle d’attente s’adressant à la jeune femme.

— Dîtes, c’est quoi la technique pour devenir millionnaire ? Parce que ça me plairait bien moi…

Le reste est étouffé par le bruit de nos pas sur les marches. Des néons éclairent une pièce blafarde hâtivement aménagée en bureau.

— Alors comme ça, vous voulez créer une startup ? C’est pas une combine foireuse comme l’aut’fois ?

Elle glousse.

— Note que j’ai vu Georges Farreck. Et ça, je te le dois Nellio. J’suis assez fière. Mais il est moins bien en vrai. J’ai même pas mouillé !
— Écoute Isa, il faut que tu nous aide, nous…
— Ah non ! C’est finit ça ! Finit Isa la bonne poire ! J’ai une situation et je tiens à la garder. Soit vous passez les tests avec moi pour créer une startup, soit vous partez. Mais pas de magouilles ! J’suis honnête moi !
— Mais…
— Vous voulez créer une startup ou pas ?
— Oui, oui, on veut créer une startup, intervient Junior en me poussant du coude. Il enchaîne :
— Nous sommes tous les 3 programmeurs et nous voulons créer une app de rencontre pour relations sexuelles d’un soir.

L’œil d’Isa se met soudain à pétiller.
— Ah ! C’est pas mal comme idée ça. Original. Et z’avez déjà une idée avant de commencer le test. C’est bien.
— Tiens, demandé-je d’un air innocent. Ça fait longtemps que t’es dans ce sous-sol ? Toutes les pièces sont transformées en bureau ?

Elle me regarde d’un air étonné.

— Y’a juste mon bureau parce qu’il y’avait plus de place au dessus. Pour le reste, j’sais pas trop. Bon, je vais aller chercher les billes pour le test. Préparez-vous !
— Se préparer ?
— Ben oui, les startups c’est cool, c’est fun, c’est une équipe. Faut pas juste trier les boules blanches et noires. Faut aussi montrer de l’enthousiasme.

Junior me regarde en fronçant les sourcils. Je ne suis moi-même pas sûr de bien comprendre.
— Et les autres, ils font quoi d’habitude ?
— Ils chantent. Ou ils dansent. Ou ils font un truc un peu fun.
— Et ça les aide pour créer une startup ?
— Ben oui, c’est moi qui leur fait signer le papier de création à la fin du test.
— Je veux dire : ils créent des business rentables ?

C’est au tour d’Isa de me lancer un regard étonné. J’insiste :
— Est-ce qu’ils gagnent de l’argent par après ?
— Que veux-tu que j’en sache ? Je leur fais passer le test, je signe le papier et, parfois, je les revois quelques mois après pour une nouvelle startup. Des sérial-entrepreneurs qu’ils s’appellent ceux-là. Bon, je vais chercher les billes. Restez bien là !

Au moment de sortir, Isa me fait un imperceptible clin d’œil et m’indique d’un petit mouvement de tête une porte au fond de la pièce. J’attends une seconde avant de bondir :
— Vite !

Junior m’emboîte le pas. Nous découvrons un couloir qui va en s’évasant. En son centre se trouve un espace dégagé où s’amoncèlent des containers ovoïdes de différentes tailles.
— Le terminal, souffle Junior. Logique, il est en plein milieu du bâtiment.
— Je ne vois rien que des boîtes. Où est ce fameux intertube ?
— Sous tes pieds !

Se penchant, Junior révèle une large trappe à même le sol.
— C’est le moment de vérité. Prends la plus grande boîte que tu puisses trouver !

J’en saisis une au hasard. Junior la glisse dans la trappe. Les deux ouvertures coincident parfaitement.
— Bon, et bien, au premier d’entre nous.
— Moi, réponds aussitôt Eva, sans hésiter.

Avant que j’aie le temps de réagir, elle se glisse dans l’espèce d’œuf en plastique et s’y recroqueville. Je réalise alors que chaque boîte possède un minuscule écran sur sa facade. Junior y tapote les coordonnées « A12-ZZ74 ».

— Eva, je ne mets pas le verrou de sécurité. n’essaie donc pas d’ouvrir la boîte tant que tu ne seras pas complètement immobilisée.

Sans lui laisser le temps d’acquiescer, il referme la trappe et appuie une dernière fois sur l’écran. Un bruit de courant d’air se fait entendre. Junior réouvre la trappe. L’espace est désormais vide, Eva a disparu.

— Au suivant ! annonce-t-il avec un sourire en jetant une seconde boîte dans l’ouverture.
— Mais il y a un problème ! Comment vas-tu entrer les coordonnées pour ta propre boîte ? fais-je en m’introduisant dans l’exigu réceptacle.
— Va falloir que j’aille très vite.

À peine ai-je réussi à entrer tous mes membres dans une inconfortable position fœtale que la trappe claque au-dessus de ma tête. Mes poumons sont soudainement comprimés et, pendant une seconde, j’ai l’impression que mes yeux tentent de sortir de leur orbite.

 

Photo par It is Elisa.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Pour un dopage éthique et propre

Sun, 19 Jul 2015 09:44:46 +0000 - (source)
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Comme chaque année, le mois de juillet nous apporte le traditionnel tour de France et son inséparable débat sur le dopage, débat qui permet de doper, c’est le cas de le dire, l’audience des médias traditionnels en ces périodes creuses.

Le fond est toujours le même : les performances de certains cyclistes sont trop incroyables pour être naturelles.

L’argument, qui démontre soit une hypocrisie totale soit une incompréhension profonde, a désormais pris une nouvelle dimension depuis que le vocabulaire s’est mué en « tricherie » et les victoires mises en doute comme étant « volées ». Désormais ils y a les « bons » et les « tricheurs-voleurs »

 

Qu’est-ce que le dopage ?

Car, au fond, avant tout débat, la question est primordiale. Je vous laisse donc réfléchir un instant.

En fait, il n’y a pas de définition claire ou unanimement acceptée de dopage. Il s’agit ni plus ni moins d’une liste parfaitement arbitraire de comportements et de produits qui sont bannis car considérés comme du dopage.

Historiquement, le fait même de s’entraîner était considéré comme « indigne d’un gentleman » car cela donnait un avantage non-négligeable sur les adversaires.

Avec les progrès de l’entrainement scientifiquement calibré et de l’alimentation, les limites entre le dopage et le simple fait de se nourrir/soigner/s’entraîner deviennent de plus en plus floues !

Le nageur Michael Phelps avait même été accusé de dopage pour avoir… écouté de la musique favorisant la concentration avant des compétitions !

 

Oui mais il y a bien une liste de produits interdits !

En effet. Mais cette liste est variable d’années en années et peut être différente en fonction du pays ou du sport pratiqué (même si un travail d’harmonisation a été fait) !

Pour ajouter à l’arbitraire, certains produits sont considérés comme du dopage sauf en cas de prescription médicale. Ce qui fait que la plupart des sportifs d’endurance ont désormais un mot du médecin attestant qu’ils sont asthmatiques.

D’autre part, certains produits nous parviennent à travers l’alimentation. C’est d’ailleurs l’un des arguments en faveur des produits bios : nous sommes bourrés de tous les antibiotiques/hormones qui servent à… doper les animaux dont nous nous nourrissons.

Enfin, la plupart des produits dopants ne font qu’augmenter la quantité de certaines substances déjà présentes à l’état naturel dans notre corps.

À cela, il faut rajouter des produits qui, bien que dopants, sont parfaitement autorisés pour des raisons culturelles. La caféine, par exemple, qui est un excitant notable. Après tout, on ne va pas interdire une tasse de café, non ? Du coup, les cyclistes ont tout à fait le droit de prendre des gélules de caféine concentrée à quelques kilomètres de l’arrivée, histoire de se booster pour le sprint final. Ce n’est pas du dopage !

 

Il n’y a qu’à fixer une limite pour chaque produit, comme l’alcoolémie au volant !

C’est exactement ce qui est fait actuellement mais c’est, encore une fois, complètement arbitraire.

Certains sportifs, que ce soit génétique ou à cause de leur entrainement, ont des valeurs très élevées pour certains indicateurs. Doivent-ils être pénalisés ? D’autres, au contraire, prennent ces indicateurs comme la limite de dopage tolérée. Est-ce acceptable ?

Ce qui est encore plus rigolo c’est que certains comportements sont parfaitement autorisés (comme s’entraîner en altitude) mais d’autres, qui ont exactement le même effet, sont bannis (l’auto-transfusion ou les « tentes d’altitude », qui permettent de simuler l’altitude en créant un espace de faible pression).

 

Oui mais les performances sont quand même surnaturelles !

Une fois encore, c’est mal comprendre le dopage. Le dopage augmente très peu la performance brute : ce n’est pas en s’injectant un produit qu’on devient un champion.

Admettons que le dopage augmente même de 10% les performances brutes (et ce serait vraiment incroyable), il s’ensuivrait qu’un cycliste escaladerait un col à 19km/h au lieu de 21km/h. Une différence qui est absolument imperceptible pour le spectateur qui est devant sa télévision : les deux performances sont surhumaines !

À côté de ça, d’autres facteurs ont des influences énormes. Prenons un exemple au hasard : un coureur cycliste bien abrité du vent par ses équipiers pendant la durée d’une étape diminue son effort de près de 50%. Si son matériel est très aérodynamique, il gagne encore 3 ou 4%. Cela lui donne un avantage considérable au pied du col ! S’il a mieux dormi, si sa digestion est un poil meilleure, si son pic de forme a été calibré pour ce jour particulier, il va donc écraser la concurrence. Il est donc complètement irrationnel d’accuser un coureur de dopage juste parce qu’il prend l’ascendant sur ses adversaires au cours d’une montée !

Rajoutons que, généralement, on parle de performance surhumaine pour un cycliste qui est arrivé avec… une ou deux minutes d’avance sur son concurrent après près de 200km ! Comme si cette minute établissait la limite entre le naturel et le surnaturel.

À titre de comparaison, lorsque je suis très en forme, je peux gagner une minute sur un parcours… de moins d’un kilomètre ! Les cyclistes sont donc tous d’un niveau incroyablement proches. Un journaliste avec un peu de recul et d’intelligence devrait, au contraire, s’interroger sur le fait que les performances soient à ce point similaires.

Statistiquement, le problème n’est donc pas que le gagnant aie une minute d’avance. C’est que le second n’aie qu’une minute de retard !

 

On fait pas 200km par jour sans être dopé ! Ce n’est pas humain !

À peu près tous les sports produisent des records inhumains. La plupart d’entre-nous sont incapables d’atteindre la vitesse de 20km/h en course à pied, même sur une courte distance. Pourtant, c’est bel et bien la moyenne à laquelle courent les recordmen du marathon durant 40km, une distance qui semble inimaginable pour un jogueur débutant.

Est-il humain de sauter au dessus d’une barre à près de 2,50m de hauteur sans la toucher ? Est-il humain de sauter une longueur de près de 9m ? De sauter une barre à plus de 6m avec une perche ? De rester sans respirer plus de 10 minutes ? De descendre sans respirer à plus de 100m de profondeur en nageant simplement la brasse ?

Par définition, les champions d’un sport sont des surhommes. Dans les sports les plus populaires, les futurs champions sont repérés très jeunes et suivent un programme spécifique visant à ce que leur croissance optimise les muscles qui seront utilisés dans leur sport de prédilection.

Ils s’entrainent toute leur vie et tout au long de l’année, ils ne font jamais le moindre écart alimentaire. Leur assiette, leur temps de sommeil (et parfois leur activité sexuelle) sont réglementés par une armée de médecins. Ils sont calibrés, au jour et à l’heure près, pour être à leur pic optimal de forme physique le jour de la compétition.

Le jour même, ils bénéficient du meilleur matériel imaginable, d’un entourage complet, d’une concentration optimale.

Alors, est-ce tellement étonnant qu’ils aient des performances anormales ?

 

Es-tu en train de dire que les cyclistes ne sont pas dopés ?

Pas du tout. C’est même très possible que la plupart le soient, d’une manière ou d’une autre et à des degrés divers. D’où l’hypocrisie totale de s’attaquer au gagnant, qui n’est sans doute pas plus dopé que les autres, surtout si ceux-ci ont a peine une ou deux minutes de retard.

Le dopage n’est pas blanc ou noir, c’est une affaire très complexe.

De plus, et j’insiste sur ce point, les performances brutes ne sont en aucun cas des preuves de dopage.

Le dopage ce n’est pas que la performance le jour de la compétition, c’est également utilisé durant l’entrainement, afin de construire la masse musculaire, afin de dépasser le coup de mou inévitable qui doit survenir un jour où le sportif resterait bien en pantoufles à la maison. Le dopage est donc beaucoup plus subtil qu’une simple pilule qui doublerait la vitesse de pédalage du jour au lendemain.

 

Tu ne proposes quand même pas qu’on légalise le dopage ?

Pourquoi pas ? Au moins, ce serait clair. Il n’y aurait pas d’hypocrisie.

Posons la question autrement : pourquoi ne veut-on pas accepter le dopage ?

La seule réponse que je trouve c’est que, comme la drogue, le dopage est dangereux. Les athlètes dopés mettent leur santé sérieusement en danger. Avec un dopage extrême, devenir athlète serait suicidaire (ce qui augmenterait à mon avis les audiences mais passons…). Les règles anti-dopage sont donc là pour les protéger.

Or, comment luttons-nous contre le dopage ? En pourchassant et punissant… ceux que l’on veut protéger ! Tout comme la lutte contre les junkies, la lutte contre le dopage ne peut pas fonctionner de cette manière. Le dopage n’est, pour les sportifs, pas une manière de gagner : c’est avant tout une manière de ne pas perdre ! Dans le sport de haut niveau, il n’est pas rare que l’athlète aie le sentiment que si ses performances ne sont plus au top, il se retrouvera du jour au lendemain à la rue. Le dopage est donc extrêmement tentant voire indispensable. Il se retrouve même en dehors du sport dans le monde du travail où, là aussi, les performances sont passées à la loupe.

Je peux donc difficilement en vouloir à un sportif qui se dope. À la limite, le fait de mentir et d’être hypocrite me choque plus. J’aurais le plus grand respect pour un sportif qui avouerait et expliquerait en détail le « système » sans y être acculé par un juge.

Par contre, je me demande comment un médecin qui participe à tout cela peut encore se regarder dans la glace ?

Pourquoi punit-on les sportifs et laisse-t-on les médecins continuer leur métier impunément ? Ainsi que ceux qui, en connaissance de cause, ont payé le salaire de ces médecins.

Pour moi, tout médecin qui aurait aidé ou encouragé un patient à prendre des produits potentiellement nocifs pour sa santé devrait être radié de l’ordre des médecins et jugé comme un dealer de drogue. Les sponsors et financiers devraient être condamnés de la même manière.

Ce n’est sans doute pas une solution ultime mais je reste persuadé que s’attaquer aux sportifs est injuste et contre-productif. Ce serait comme vouloir lutter contre la drogue en punissant les junkies mais en laissant ouvertement les dealers et les barons opérer.

Peut-être qu’on pourrait arrêter de parler de dopage et condamner ceux qui, par leurs actes ou leurs prescriptions, mettent en danger la santé d’autrui. Le sport de haut niveau permettrait alors de développer des produits et des aliments qui nous aideraient à mieux vivre et qui auraient un impact positif sur la santé. Tout produit qui se révélerait nocif, même à très long terme, serait immédiatement rejeté par les coureurs eux-mêmes.

Le sport de haut niveau deviendrait donc un moteur positif d’innovation, un laboratoire pour la santé et la connaissance du corps humain, ce qu’il est déjà pour le matériel et la technologie.

De toutes façons, comme je le décrivais dans « À l’ombre de la Grande Boucle », le dopage va bientôt devenir indétectable. N’est-il donc pas préférable de le changer en quelque chose de positif plutôt que de continuer à se voiler hypocritement la face ?

 

À long terme, le Coca-Cola ou la cigarette sont également extrêmement nocifs. Avec ton raisonnement, il faudrait condamner ces fournisseurs !

Voilà, tu as parfaitement compris où je voulais en venir.

 

Photo par Cold Storage.

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Enfant, j’espérais un jour…

Wed, 15 Jul 2015 17:30:10 +0000 - (source)
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Enfant, je n’aimais déjà pas manger. J’espérais, sans trop y croire, pouvoir un jour me contenter de prendre des pilules contenant tout ce dont j’avais besoin et ne plus être préoccupé par la nourriture. Après tout, cela existait dans la majorité des livres de science-fiction dont je m’abreuvais.

Aujourd’hui, si ce ne sont pas des pilules, nous n’en sommes guère loin et je suis un homme comblé.

 

Enfant, je n’étais pas soigneux avec la paperasserie. Mon écriture manuscrite n’était pas très jolie et toutes mes feuilles se chiffonnaient immédiatement. Les trous se déchiraient et les feuilles volaient au milieu de classeurs. Je détestais mettre des œillets sur les trous. Être soigneux me semblait une perte de temps et sans le moindre intérêt. Adolescent, j’ai même dessiné les plans d’une perforatrice qui mettait automatiquement les œillets (appelée plus tard la « dricoratrice » par des camarades de classe).  Reprenant le problème, j’ai ensuite imaginé d’injecter de la résine directement dans le trou pour le solidifier. Puis, à la lecture d’un article de Science & Vie Junior sur un prototype de « papier électronique », j’ai imaginé avoir un classeur qui contiendrait une seule feuille électronique et un clavier, pour prendre des notes directement. En classe, plutôt que photocopier, le professeur se contenterait de transmettre une « feuille électronique » qui s’afficherait automatiquement dans notre classeur.

Aujourd’hui, je n’imprime plus. Tous les documents que je souhaite sont scannés en un clic sur mon téléphone et sont accessibles sur mon ordinateur, mon téléphone et ma tablette.

 

Enfant, j’adorais lire et chaque seconde passée loin des livres me semblait une seconde perdue. Mais les lourds et volumineux volumes restaient pour la plupart du temps à la maison et n’étaient guère pratiques. Lors de trajets en voiture, je ne pouvais lire qu’à la lumière du jour, m’usant les yeux jusqu’à l’ultime seconde du crépuscule. J’avais imaginé ce que j’appelais « la lecture du pouce ». Une petite puce électronique qui contiendrait toute ma bibliothèque et qui enverrait directement à mon cerveau, à travers le nerf de mon bras, l’histoire contenue dans le livre. Je pourrais lire en permanence, même dans le noir et sans même m’arrêter pour changer de livre.

Aujourd’hui, mon livre électronique ne me quitte plus. J’emporte en permanence une bibliothèque ultime qui contient également des nouveautés mises en ligne la veille par leur auteur et qui ne seront, peut-être, jamais imprimées. Je peux lire debout, dans une file d’attente, le soir, dans le noir. Sans même m’arrêter entre deux livres.

 

Enfant, j’étais incroyablement frustré par le fait que les sondes Voyager ne soient pas passées à proximité de Pluton. J’étais passionné par le système solaire, l’exploration spatiale et je voulais me représenter Pluton, ma planète préférée.

Aujourd’hui, après avoir découvert la surface de Titan, je suis tout ému de découvrir le visage de Pluton.

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Chaque jour, j’apprécie la chance que j’ai de vivre dans le futur, de réaliser mes rêves d’enfant.

 

Photos par Sergey Galyonkin et Nasa.

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Printeurs 33

Mon, 13 Jul 2015 15:38:55 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 33 sur 34 dans la série Printeurs

Nellio, Eva et Junior doivent quitter précipitamment l’appartement de Junior par l’escalier de secours. Ils sont interceptés par un drone que Junior désactive en sautant par dessus la rambarde avant de tomber dans le vide.

Tout cela s’est passé en une fraction de seconde mais, par réflexe, j’ai poussé Eva sur le sol grillagé avant de me précipiter à la balustrade. Au dernier moment, j’arrive à saisir un poignet de Junior.
— Aaaaah ! continue-t-il.
— Aaaaah ! répondis-je.
La rambarde me scie l’aisselle. Chaque mouvement de Junior m’inflige une douleur insupportable. Mes doigts commençant à faiblir, je tends mon autre bras.
— Attrape ma main !
— Bordel ! Ça fait mal !
Il grimace tout en tentant d’agripper mon poignet.
— Ça te fait mal ? Étrange, moi j’adore, fais-je sans déserrer les dents.
— C’était plus facile avec l’avatar !

D’un coup de reins, je parviens à le hisser. D’une main, il s’agrippe à la rambarde contre laquelle je m’arc-boute. L’attrapant par le caleçon, je le balance d’une manière fort peu élégante à côté d’Eva sur le plancher métallique de notre palier. Nous nous retrouvons tous les trois couchés, hors d’haleine.
— Je croyais que tu faisais ça à l’entrainement, fais-je haletant.
— Ben oui… Mais c’est la première fois que je le fais sans avatar.
Il regarde ses mains écorchées.
— Bordel, ça fait mal ! Et ces bras sont d’une faiblesse. Sans compter ce cœur qui est maintenant tout palpitant. Quel corps biologique de merde !
Je me relève tout en tentant de reprendre un rythme respiratoire normal.
— Peut-être, mais c’est le seul disponible pour le moment. Et comme je viens de risquer ma peau pour le sauver, ce corps biologique de merde, t’as intérêt à en prendre soin !

Sans prendre le temps de nous resaisir, nous reprenons la descente. J’essaye de me concentrer sur notre problème immédiat : comment interpréter le message que m’a envoyé Max ? Ce AA-ZZ quelque chose ? J’espère que Junior l’a bien noté !

Mais, très vite, hypnotisés par le décompte régulier des marches, mes yeux se fixent sur les murs entièrement nus qui nous entourent. Où que porte mon regard, je ne vois qu’uniformité. Aucune couleur. Aucune décoration. Il me faut plusieurs minutes avant de réaliser que je ne perçois le monde de cette façon que depuis que j’ai retiré mes lentilles. Auparavant, les publicités, les animations ou les simples indications concourraient à rendre l’espace vivant, changeant. Mes pensées étaient sans cesse interrompues par une nouveauté quelconque.

Depuis que j’ai dénudé mes pupilles, le monde est devenu hideux, terrifiant. Je suis devenu un rebelle traqué, je dois lutter à chaque seconde pour survivre.

Est-ce uniquement le monde extérieur ? Ne plus avoir de lentilles m’offre une lucidité nouvelle quand à ce que je suis, ce que je pense être, ce qui me motive et ce qui me paralyse. Peut-être que cette vision est encore plus effrayante que les façades lépreuses et tristes.

Cette descente introspective me semble interminable. Le bruit métalliques des marches devient insoutenable, je lutte mécaniquement pour ne pas ralentir. Un profond soupir de soulagement s’échappe de mes lèvres au moment où mes pieds foulent le sol de la ruelle. J’ai cru ne jamais y arriver !
Afin de ne pas éveiller l’attention des drones, nous commençons à nous éloigner de la manière la plus naturelle possible. Eva marche comme un somnambule et je me contente de la guider d’une pression sur l’avant bras.
— Où va-t-on ? me demande Junior.
— Un endroit calme pour réfléchir au message qu’on vient de recevoir.
Tout en continuant à avancer, il me tend un morceau de papier toilette sur lequel je déchiffre « A12-ZZ74 000-000 » en lettres brunâtres. Je ne peux réprimer une moue de dégoût.
— Beurk ! Tu l’as vraiment écrit avec ta… ton… ?
Junior éclate de rire en pointant une petite cicatrice rouge sur son front.
— Non, je ne devais pas. Alors j’ai gratté un bouton. Je préférais écrire avec du sang.
— Étrange comme le fait de savoir que c’est du sang et pas de la merde me soulage, souligné-je sans ironie.
— Par contre, je ne vois pas du tout ce que ça pourrait être. Il s’agit certainement des coordonnées d’un point de rendez-vous suivies de coordonnées temporelles. Mais je ne vois pas comment les déchiffrer. Parle moi un peu de Max. Quel genre de type est-ce ? Quel indice te donnerait-il pour le retrouver ?

Max. Son souvenir est étrange, brumeux. Il y a l’individu monstrueux, blessé qui m’a aidé, qui a disparu, qui n’est plus qu’un amalgame de chair et de métal.
— Mais comment s’est-il blessé ?
Je lui raconte alors notre entrevue dans son appartement, notre conversation et la manière dont il m’a confié l’accès à un chan IRC où je pouvais demander de l’aide à FatNerdz.
— C’est d’ailleurs suite à cette expérience que je considère ton appartement comme condamné.

Junior s’arrête brutalement avant de se taper le poing dans le plat de la main.
— Mais oui, c’est évident !
Je le regarde étonné.
— L’intertube ! Il n’est officiellement pas encore en service mais est disponible dans une bonne partie de la ville. Les coordonnées correspondent, j’avais étudié la possibilité de l’utiliser pour déplacer les avatars. Le 0000-0000 signifie « livraison immédiate sans temporisation aux nœuds redistributeurs ». J’aurais du m’en douter !
— Bien joué. Mais comment déterminer l’emplacement du terminal A12-ZZ74 ?
— Il n’y a qu’une seule manière de le savoir, fait-il avec un clin d’œil avant de continuer :
— Par contre, j’ai peur que Georges Farreck intercepte le message et en comprenne le sens.
— Ces coordonnées m’ont été transmises via un message privé crypté sur un nœud Tor2. Il saura très vite que j’ai reçu un message de Max mais ça va lui prendre un temps certain avant d’en déchiffrer le contenu. Probablement plusieurs jours.

Junior se frappe subitement le front du plat de la main.
— Merde, j’ai oublié de verrouiller l’écran de ma tablette et d’encrypter la mémoire ! Ils pourront retrouver facilement le message en fouillant l’appartement.

Une explosion se fait soudain entendre derrière nous. Le souffle nous précipite sur le sol, des éclats de verre se mettent à tomber comme de dangereux flocons de neige.
— Qu’est-ce que c’est ? demande Junior.
Je lève la tête et aperçoit un nuage de fumée là où, quelques minutes plus tôt, nous étions encore en train de discuter calmement.
— Ton appartement !
— Hein ? Tu veux dire que…
— Qu’il ne faut pas s’inquiéter pour ta tablette, ces andouilles viennent de régler le problème eux-même.

 

Photo par TintedLens-Photo.

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Printeurs sur Wattpad

Sat, 11 Jul 2015 17:26:16 +0000 - (source)
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TL;DR: Printeurs est désormais disponible sur Wattpad. Suivez-moi sur cette plateforme et commencez votre lecture.

 

Il y a plus de deux ans, je m’interrogeais sur le futur du livre et l’édition. J’imaginais une plateforme où n’importe qui pourrait publier des séries, des romans, des articles, une plateforme qui abolirait la frontière entre lecteurs et auteurs. Deux ans plus tard, la plateforme qui semble avoir le plus de succès sur ce créneau est sans conteste Wattpad.

Encore peu connu chez les adultes « sérieux », Wattpad, dédié entièrement à l’écriture et à la lecture, semble rencontrer son plus grand succès… chez les adolescents. Ceux dont on dit qu’ils ne lisent pas, qu’ils n’ont pas de culture. Sur Wattpad, les adolescents se déchaînent, écrivent des kilomètres de fan-fictions, lisent, commentent, critiquent le style d’un texte.

Testé et recommandé par les blogauteurs Greg, Alias, Neil Jomunsi et analysé par Thierry Crouzet, qui y voit le contraire d’un blog, j’avoue être très en retard pour le train Wattpad.

Alors, certes, Wattpad est plein de défaut : il affiche des pubs si on n’a pas installé Adblock, il ne permet pas de rémunérer les auteurs, il n’est pas lisible sur ma liseuse Kobo (un énorme frein en ce qui me concerne). Dois-je pour autant l’éviter à tout prix ?

Au même moment, je constate que je ne progresse pas aussi vite que je le voudrais sur ma série Printeurs et que je n’arrive pas à terminer le dernier chapitre de l’Écume du temps. Pourtant, l’écriture de ces romans me procure un plaisir autrement plus important que celle d’un billet de blog. Mais je perçois un frein, une gêne.

Et si ce frein c’était tout simplement le fait que je n’utilise pas le bon outil ? Comme le théorise très bien Thierry Crouzet dans La mécanique du texte, l’outil façonne autant que l’auteur. Et l’outil ne se limite pas au clavier ou au stylo, il représente toute la chaine entre l’auteur et son lectorat. Ne suis-je pas en train d’essayer de sculpter du marbre avec un tournevis ?

Il est donc temps pour moi de tester ce nouvel outil et de vous annoncer l’arrivée de Printeurs sur Wattpad.

Pour les lecteurs, la recette est simple :

  1. Installez l’application Wattpad sur votre smartphone ou tablette (ou créez un compte via le site web).
  2. Suivez moi !
  3. Commencez à lire Printeurs.
  4. N’oubliez pas de voter pour chaque épisode.

Pourquoi voter ? Tout simplement car cela donne de la visibilité à l’histoire sur la plateforme Wattpad, cela attire de nouveaux lecteurs et, au final, cela peut être un incitant très fort à poster l’épisode suivant. Je fais donc l’expérience d’un pur chantage qui semble être la norme chez les utilisateurs de Wattpad : vous voulez la suite ? Votez !

Bonne lecture !

 

Remarque : je continuerai à publier les épisodes de Printeurs sur mon blog, par soucis d’uniformité. Mais l’expérience nous dira si cette approche vaut la peine d’être continuée.

Photo par Tim Hamilton.

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Printeurs 32

Mon, 06 Jul 2015 18:57:11 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 32 sur 34 dans la série Printeurs

En se connectant à un avatar, Nellio a gagné le laboratoire où il a lancé l’impression du contenu de sa carte mémoire. Eva semble hystérique et hurle. Reprenant le contrôle de la situation, Junior Freeman a injecté un sédatif à Eva avant de déconnecter Nellio et de l’envoyer dans un avatar hors d’usage.

— Nellio ? Nellio ? Nellio, réveille-toi !

J’ouvre brutalement les yeux et me redresse. J’ai le sentiment de naître, de m’extraire du néant. Où suis-je ? Quand suis-je ? Quel est mon passé ? Je suis complètement désorienté, je ne trouve aucun souvenir auquel me raccrocher. Un visage flou coiffé d’une broussaille rousse se penche sur moi.

— Désolé Nellio ! Mais je n’avais pas le temps de discuter. Je t’ai transféré dans un avatar hors d’usage afin que tu ne puisses pas faire de dégâts.

Avatar ? Dégâts ? Lentement les pièces du puzzle se remettent en place.
— Où… où sommes-nous ?
— Chez moi, dans mon appartement. Mais nous n’avons guère de temps à perdre. Mes collègues vont très vite comprendre ce qui s’est passé.
— Mais… comment sommes-nous ici ?

Du doigt, il me désigne un avatar qui se tient debout dans l’embrasure de la porte d’entrée, immobilisé dans une position grotesque.
— J’ai amené ta copine ici avec l’avatar avant de partir chercher nos deux corps au commissariat et de programmer une déconnexion différée. J’ai été un peu optimiste, je me suis fait éjecter de l’avatar à peine le pas de la porte franchie. Je me suis connecté à mon corps biologique alors qu’il était en pleine chute vers le plancher. Je te raconte pas l’atterrissage…
Il me montre des ecchymoses sur les coudes. Le brouillard qui m’engourdit le cerveau se dissipe petit à petit.
— Ma copine ? Quel cop… Eva !
— Ne t’inquiète pas, elle dort paisiblement et va se réveiller d’un instant à l’autre.
Tournant la tête, j’aperçois le corps d’Eva reposant paisiblement sur un vieux canapé en plastique souple. Junior l’a bordé d’une vieille couverture. Doucement, je m’approche et lui caresse les cheveux. Sa respiration se fait plus rapide, ses yeux s’entrouvre et une sorte de cri étouffé commence à jaillir de sa bouche. La prenant dans mes bras, je fais de mon mieux pour la rassurer. Elle articule avec peine.
— Nel… lio ?

Junior me tend un gobelet d’eau que je porte à ses lèvres. Eva tente de boire mais, comme un enfant, ne semble pas comprendre comment utiliser ses lèvres. Sa déglutition est saccadée, comme désynchronisée. L’eau ruisselle sur son visage et inonde la couverture.

— Je vais lui prêter des vêtements, continue Junior. Et puis il faudra filer. Nous avons très peu de temps. Nous allons devoir nous barbouiller de maquillage anti-reco et trouver une planque.

Il se tourne brutalement vers moi.

— T’imagines ? Tu débarques dans ma petite vie peinard et, quelques heures plus tard, je suis un criminel recherché. Je devrais t’en vouloir mais, honnêtement, je ne me suis jamais autant marré. C’est vachement excitant ! Surtout que maintenant on va continuer sans avatar, dans un simple corps biologique. Sacré challenge !

Tout en me décrochant un grand éclat de rire, il se met à me lancer des t-shirts trop larges et des vêtements peu seyants.
— C’est parfait, ça va casser la reconnaissance de silhouette des drones. Ce sont de vieilles loques, aucune puce ou fonction électronique intégrée. Par contre, je n’ai aucune idée de où nous pourrions nous réfugier.
— Tentons de mettre un peu d’ordre dans nos idées, raisonné-je. Quel est l’objectif de Georges Farreck dans cette histoire ? S’il voulait me supprimer, il aurait déjà pu le faire. S’il ne l’a pas fait c’est que je lui suis encore indispensable pour mettre en place les printeurs. Il n’a donc pas tous les éléments.
– Cela expliquerait la relative facilité avec laquelle j’ai pu m’échapper : les policiers ont l’ordre de ne pas te tuer !
— Il a perdu Eva, il ne veut pas me perdre moi, cela se tient. Mais son comportement reste étrange.
— Ok, mais on fait quoi maintenant ? C’est le plus important !

Je réfléchis un instant.
— Junior, t’es prêt à sacrifier ton appartement ? À ne plus y revenir ?
— Ben je pense que c’est déjà le cas, je suis grillé ! Je t’avoue que, de toutes façons, en tant qu’unité spéciale ma vie était surtout au commissariat.
— Donne moi une tablette avec une connexion vers un nœud Tor2.

Il attrape un fin écran et me le tend. Pianotant rapidement, je me connecte à IRC. Impossible de me souvenir du nom du chan que Max m’avait recommandé, une longue série de caractères hexadécimaux, mais je me rappelle très bien du serveur sur lequel se connecter. En quelques secondes, je crée un compte et rejoint le chan public le plus fréquenté.

« Max, FatNerdz : Eva a perdu la clé du wifi de maman. Merci de me l’envoyer en MP. »

Junior me regarde avec un air interrogatif.
— Mais qu’est-ce que cela signifie ?
— Ça, tu vois, c’est un appeau à emmerdes. Cela signifie que ton appartement va bientôt être rayé de la carte et qu’on doit le quitter au plus vite.
— Hein ?

Son sourire s’est brutalement effacé.

— Mais pourquoi t’as fait ça ?
— Parce que j’espère que Max ou FatNerdz m’enverront une réponse avant l’explosion.
— Et si ils ne le font pas ?
— On aura pas le temps de s’inquiéter.
— Merde ! Merde ! Merde !

Une ligne s’affiche soudainement dans le client IRC.
— Un message privé ! C’est de Max. Un seul mot : « A12-ZZ74 000-000 ». Note-le !
— Ben copie-colle le dans mon logiciel de prise de note.
— Non, on ne doit prendre aucun matériel électronique. Note-le sur un papier.
— Un papier ? T’es comique ! Je n’ai pas ce genre de trucs, je ne suis pas un musée !
— Même dans tes toilettes ?
Il me regarde, étonné.
— Tu as bien du papier dans tes toilettes ? Ne me dit pas que tu te contentes de trois coquillage !
— Ben… Oui, j’ai du papier. Mais avec quoi j’écris ?
— Avec ce que tu trouves dans tes toilettes et qui permet d’écrire sur ce genre de papier, fais-je avec un clin d’œil.
— Mais… c’est absolument dégueulasse !
— Ton appart va sauter d’une minute à l’autre.
— Merde ! Merde !
— C’est le cas de le dire !
— Espèce d’enfoiré, fait-il en se ruant vers la toilette.
J’entends sa voix, étouffée par la porte.
— Répète ce que je dois noter.
— A12-ZZ74 000-000
— A12-ZZ74 000-000 ?
— Oui, c’est bon. On dégage !

Chacun par un bras, nous empoignons Eva qui nage dans son vieux t-shirt trop large. Elle a l’air hébétée mais nous suit sans opposer la moindre résistance. Son déplacement maladroit semble gagner en vigueur. Quatre-à-quatre, nous dévalons les escaliers de secours à l’arrière du bâtiment.

Les escaliers sont rouillés, un vent tourbillonnant ne cesse de me déséquilibrer et je réalise avec effroi que Junior vivait dans l’un des étages les plus élevés. Les moins chers dans ce genre d’immeubles où les ascenseurs ne sont plus assurés.

Chaque marche me semble un calvaire. Histoire de détourner mon attention, je tente de me mettre dans la peau de Georges Farreck. Quelles sont ses motivations ? Quel était son plan depuis le début ? Quel sera son prochain mouvement ? Ne suis-je pas complètement paranoïaque ? N’essaie-t-il pas de m’aider ?

Un drone se met soudainement à voleter autour de nous. Une voix en jaillit.
— Vous utilisez les escaliers de secours sans qu’aucune alerte n’aie été enregistrée. Veillez me montrer votre visage et énoncer la raison de votre présence.
— Il ne reconnait pas nos visages grâce à ton maquillage, murmuré-je en tournant le dos au drone.
— Il n’a sans doute pas encore contacté le central, me répond Junior. Si on arrive à activer le killswitch en le retournant, il va s’éteindre et s’écraser 30 étages plus bas.
— Problème, il se tient hors d’atteinte, à plus d’un mètre de la balustrade.
— J’ai fait ce genre de choses à l’entrainement.

Junior m’adresse un clin d’œil et, soudainement, saute sur la barrière tout se jetant dans le vide les pieds en avant. Au dernier moment, ses mains s’accrochent à la balustrade tandis que, d’un prodigieux coup de bassin, il a saisit le drone entre ses chevilles et le retourne. L’engin automatique tombe aussitôt comme une pierre tandis que Junior reste suspendu du bout des doigts.
— Aaaaah ! hurle-t-il.
Ses doigts résistent une seconde avant de céder et de s’entrouvrir, le précipitant dans une chute mortelle.

 

Photo par Ioan Sameli.

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Les 5 réponses à ceux qui veulent préserver l’emploi

Mon, 29 Jun 2015 18:51:22 +0000 - (source)
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Si vous avez été redirigé vers cette page, c’est que d’une manière ou d’une autre vous vous êtes inquiété pour la préservation d’un type d’emploi voire que vous avez même proposé des idées pour sauvegarder ou créer de l’emploi.

Les 5 arguments contre la préservation de l’emploi

Chacun des arguments peut être approfondi en cliquant sur le ou les liens appropriés.

1. La technologie a pour but premier de nous faciliter la vie et, en conséquence, de réduire notre travail. Détruire l’emploi n’est donc pas une conséquence de quoi que ce soit, c’est le but premier que recherche notre espèce depuis des millénaires ! Et nous sommes en train de réussir ! Pourquoi voudrions-nous revenir en arrière afin d’atteindre l’inefficace plein-emploi ?

2. Le fait de ne pas travailler n’est pas un problème. C’est le fait de ne pas avoir d’argent pour vivre qui l’est. Nous avons malheureusement tendance à confondre le travail et le social. Nous sommes convaincus que seul le travail rapporte de l’argent mais c’est une croyance complètement erronée. Pour approfondir : Qu’est-ce que le travail ?

3. Vouloir créer de l’emploi revient à creuser des trous pour les reboucher. C’est non seulement stupide, c’est également contre-productif et revient à construire la société la plus inefficace possible !

4. Si créer/préserver l’emploi est un argument recevable dans un débat, alors absolument tout peut être justifiable : depuis la destruction de nos ressources naturelles à la torture et la peine de mort en passant par le sacrifice de milliers de vies sur les routes. C’est ce que j’appelle l’argument du bourreau.

5. Quel que soit votre métier, il pourra être fait mieux, plus vite et moins cher par un logiciel dans la décennie qui vient. C’est bien sûr évident quand on pense aux chauffeurs de taxi/Uber mais cela comprend également les artistes, les politiciens et même les chefs d’entreprises.

 

Conclusion : s’inquiéter pour l’emploi est dangereusement rétrograde. Ce n’est pas facile car on nous bourre le crâne avec cette superstition mais il est indispensable de passer à l’étape suivante. Que l’on apprécie l’idée ou pas, nous sommes déjà dans une société où tout le monde ne travaille pas. C’est un fait et le futur n’a que faire de votre opinion. La question n’est donc pas de créer/préserver l’emploi mais de s’organiser dans une société où l’emploi est rare.

Personnellement, je pense que le revenu de base, sous une forme ou une autre, est une piste à explorer sérieusement.

 

Photo par Friendly Terrorist.

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Le « gravel » ou quand les cyclistes bouffent du gravier

Tue, 23 Jun 2015 16:17:55 +0000 - (source)
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Attention, ce bolg est bien un bolg sur le cyclimse. Merci de votre compréhension !

Dans cet article, j’aimerais présenter une discipline cycliste très populaire aux États-Unis : le « gravel grinding », qui signifie littéralement « broyage de gravier », plus souvent appelé « gravel ».

Mais, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le vélo, je vais d’abord expliquer pourquoi il y a plusieurs types de vélos et plusieurs façons de rouler en vélo.

 

Les différents types de cyclisme

Vous avez certainement déjà remarqué que les vélos des coureurs du tour de France sont très différents du VTT que vient d’acquérir votre petite nièce.

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Un cycliste sur route, par Tim Shields.

En effet, en fonction du parcours, le cycliste sera confronté à des obstacles différents. Sur une longue route dans un environnement venteux, le cycliste sera principalement freiné par la résistance de l’air. Il doit donc être aérodynamique. Sur un étroit lacet de montagne, le cycliste se battra contre la gravité et doit donc être le plus léger possible. Par contre, s’il emprunte un chemin de pierres descendant entre les arbres, le principal soucis du cycliste sera de garder les roues en contact avec le sol et de ne pas casser son matériel. Le vélo devra donc amortir au maximum les chocs et les aspérités du terrain.

Enfin, un vélo utilitaire cherchera lui à maximiser le confort du cycliste et l’aspect pratique du vélo, même au prix d’une baisse drastique des performances.

 

Les compromis technologiques

Aujourd’hui, les vélos sont donc classés en fonction de leur utilisation. Un vélo très aérodynamique sera utilisé pour les compétitions de contre-la-montre ou les triathlons. Pour les courses classiques, les pros utilisent un vélo de route de type “aéro” ou un vélo ultra léger en montagne.

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Vélo aérodynamique en contre-la-montre, par Marc

Pour rouler dans les bois, on préfèrera un VTT mais les VTT eux-mêmes se déclinent en plusieurs versions, le plus éloigné du vélo de route étant le vélo de descente qui est très lourd, bardé d’amortisseurs et qui, comme son nom l’indique, ne peut servir qu’en descendant.

Ceci dit, la plupart de ces catégories sont liées à des contraintes technologiques. Ne pourrait-on pas imaginer un vélo ultra-léger (adapté à la montagne) qui soit ultra-aérodynamique (adapté à la route ou au contre-la-montre) et ultra-confortable (adapté à la ville) ? Oui, on peut l’imaginer. Ce n’est pas encore possible aujourd’hui et rien ne dit que ce le sera un jour. Mais ce n’est théoriquement pas impossible.

 

Le compromis physique

Par contre, il existe un compromis qui lui est physiquement indiscutable : le rendement par rapport à l’amortissement. Tout amortissement entraîne une perte de rendement, c’est inévitable.

L’amortissement a deux fonctions : maintenir le vélo en contact avec la route même sur une surface inégale et préserver l’intégrité physique du vélo voire le confort du cycliste.

Le cycliste va avancer en appliquant une force sur la route à travers son pédalier et ses pneus. Le principe d’action-réaction implique que la route applique une force proportionnelle sur le vélo, ce qui a pour effet de le faire avancer.

L’amortissement, lui, a pour objectif de dissiper les forces transmises au vélo par la route. Physiquement, on voit donc bien que rendement et amortissement sont diamétralement opposé.

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Un vélo de descente, par Matthew.

Pour vous en convaincre, il suffit d’emprunter un vélo pourvu d’amortisseurs et de régler ceux-ci sur amortissement maximal. Tentez ensuite de gravir une route montant fortement pendant plusieurs centaines de mètres. Vous allez immédiatement percevoir que chaque coup de pédale est partiellement amorti par le vélo.

 

Montre-moi tes pneus et je te dirai qui tu es…

L’amortisseur principal présent sur tous les types de vélos sans exception est le pneu. Le pneu est remplit d’air. La compression de l’air atténue les chocs.

Une idée largement répandue veut que les vélos de routes aient des pneus fins car les pneus larges augmentent le frottement sur la route. C’est tout à fait faux. En effet, tous les pneus cherchent à frotter au maximum sur la route car c’est ce frottement qui transmet l’énergie. Un pneu qui ne frotte pas sur la route patine, ce que l’on souhaite éviter à tout prix.

Il a même été démontré que des pneus plus larges permettaient de transmettre plus d’énergie à la route et étaient plus efficaces. C’est une des raisons pour lesquelles les Formule 1 ont des pneus très larges.

Cependant des pneus très larges signifient également plus d’air et donc plus d’amortissement. Les pneus larges dissipent donc plus d’énergie à chaque coup de pédale !

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Roues de VTT, par Vik Approved.

C’est pourquoi les vélos de route ont des pneus très fin (entre 20 et 28mm d’épaisseur). Ceux-ci sont également gonflés à très haute pression (plus de 6 bars). La quantité d’air étant très petite et très comprimée, l’amortissement est minimal.

Par contre, en se déformant les pneus larges permettent d’épouser les contours d’un sol inégal. En amortissant les chocs, ils sont également moins sensibles aux crevaisons. C’est la raison pour laquelle les VTT ont des pneus qui font généralement plus de 40mm d’épaisseur et qui sont moins gonflés (entre 2 et 4 bars). Des pneus plus fins patineraient (perte d’adhérence) et crèveraient au moindre choc.

En résumé, le pneu est certainement l’élément qui définit le plus un vélo, c’est véritablement sa carte d’identité. Pour en savoir plus, voici un lien très intéressant sur la résistance au roulement des pneus.

 

Entre la route et le VTT

Nous avons donc défini deux grandes familles de vélos sportifs. Tout d’abord les vélos de routes, avec des pneus de moins de 30mm, taillés pour la vitesse sur une surface relativement lisse mais incapables de rouler hors du bitume. Ensuite les VTTs, avec des pneus de plus de 40mm, capables de passer partout mais qui sont tellement inefficaces sur la route qu’il est préférable de les emmener en voiture jusqu’à l’endroit où l’on veut pratiquer. Il existe également bien d’autres types de vélos mais ils sont moins efficaces en terme de performance : le city-bike, inspiré du VTT qui optimise l’aspect pratique, le « hollandais », qui optimise le confort dans un pays tout plat aux pistes cyclables bien entretenues ou le fixie, qui optimise le côté hipster de son possesseur.

Mais ne pourrait-on pas imaginer un vélo orienté performance qui serait efficace sur route et qui pourrait passer partout où le VTT passe ?

Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers une discipline particulièrement populaire en Belgique : le cyclocross. Le cyclocross consiste à prendre un vélo de route, à lui mettre des pneus un peu plus larges (entre 30 et 35mm) et à le faire rouler dans la boue en hiver. Lorsque la boue est trop profonde ou que le terrain est trop pentu, le cycliste va descendre de sa machine, l’épauler et courir tout en la portant. L’idée est que, dans ces situations, il est de toutes façons plus rapide de courir (10-12km/h) que de pédaler (8-10km/h).

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Une coureuse de cyclocross, par Sean Rowe

Le vélo de cyclocross doit donc être léger (pour le porter), capable de rouler et virer dans la boue mais avec un amortissement minimal pour être performant sur les passages les plus lisses.

Ce type de configuration se révèle assez efficace sur la route : un vélo de cyclo-cross roule sans difficulté au-delà des 30km/h mais permet également de suivre un VTT traditionnel dans les chemins forestiers. L’amortissement moindre nécessitera cependant de diminuer la vitesse dans les descentes très rugueuses. Les montées les plus techniques sur les sols les plus gras nécessiteront de porter le vélo (avec parfois le résultat inattendu de dépasser les vététistes en train de mouliner).

 

La naissance du gravel

Si une course de vélo de route peut se parcourir sur des longues distances entre un départ et une arrivée, le cyclo-cross, le VTT et les autres disciplines sont traditionnellement confinées à un circuit court que les concurrents parcourent plusieurs fois. La première raison est qu’il est de nos jours difficile de concevoir un long parcours qui ne passera pas par la route.

De plus, si des motos et des voitures peuvent accompagner les vélos de routes pour fournir le ravitaillement, l’aide technique et la couverture médiatique, il n’en est pas de même pour les VTTs. Impossible donc de filmer correctement une course de VTT ou de cyclocross qui se disputerait sur plusieurs dizaines de km à travers les bois.
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Le  genre de route qui donne son nom à la discipline.

L’idée sous-jacente du « gravel » est de s’affranchir de ces contraintes et de proposer des courses longues (parfois plusieurs centaines de km) entre un départ et une arrivée mais en passant par des sentiers, des chemins encaissés et, surtout, ces longues routes en gravier qui sillonnent les États-Unis entre les champs et qui ont donné leur nom à la discipline. Le passage par des routes asphaltées est également possible.

Des points de ravitaillements sont prévus par les organisateurs le long du parcours mais, entre ces points, le cyclistes sera le plus souvent laissé à lui-même. Transporter des chambre à air, du matériel de réparation et des sparadraps fait donc partie du sport !

Quand à la couverture média, elle sera désormais effectuée par les cyclistes eux-mêmes grâce à des caméras embarquées sur les vélos ou sur les casques.

 

L’essor du gravel

Au fond, il n’y a rien de vraiment neuf. Le mot « gravel » n’est jamais qu’un nouveau mot accolé à une discipline vieille comme le vélo lui-même. Mais ce mot « gravel » a permis une renaissance et une reconnaissance du concept.

Le succès des vidéos embarquées de cyclistes parcourant 30km à travers champs, 10km sur de l’asphalte avant d’attaquer 500m de côtes boueuses et de traverser une rivière en portant leur vélo contribuent à populariser le « gravel », principalement aux États-Unis où le cyclo-cross est également en plein essor.

La popularité de courses comme Barry-Roubaix (ça ne s’invente pas !) ou Gold Rush Gravel Grinder intéresse les constructeurs qui se mettent à proposer des cadres, des pneus et du matériel spécialement conçus pour le gravel.

 

Se mettre au gravel ?

Contrairement au vélo sur route ou au VTT sur circuit, le gravel comporte un volet romanesque. L’aventure, se perdre, explorer et découvrir font partie intégrante de la discipline. Dans l’équipe Deux Norh, par exemple, les sorties à vélo sont appelées des « quêtes » (hunt). L’intérêt n’est pas tant dans l’exploit sportif que de raconter une aventure, une histoire.

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L’auteur de ces lignes au cours d’une montée à travers bois.

Le gravel étant, par essence, un compromis, les vélos de cyclo-cross sont souvent les plus adaptés pour le pratiquer. D’ailleurs, beaucoup de cyclistes confirmés affirment que s’ils ne devaient avoir qu’un seul vélo pour tout faire, ce serait leur vélo de cyclo-cross. Cependant, il est tout à fait possible de pratiquer le gravel avec un VTT hardtail (sans amortissement arrière). Le VTT est plus confortable et passe plus facilement les parties techniques au prix d’une vitesse moindre dans les parties plus roulantes. Pour les parcours les plus sablonneux, certains vont jusqu’à s’équiper de pneus ultra-larges (les « fat-bikes »).

Par contre, je n’ai encore jamais vu de clubs de gravel ni la moindre course organisée en Belgique. C’est la raison pour laquelle j’invite les cyclistes belges à rejoindre l’équipe Belgian Gravel Grinders sur Strava, histoire de se regrouper entre gravelistes solitaires et, pourquoi pas, organiser des sorties communes.

Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à rejoindre l’équipe sur Strava. Et si vous deviez justement acheter un nouveau vélo et hésitiez entre un VTT ou un vélo de route, jetez un œil aux vélos de cyclo-cross. On ne sait jamais que vous ayez soudainement l’envie de bouffer du gravier !

 

Photo de couverture par l’auteur.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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L’argument du bourreau

Fri, 12 Jun 2015 15:05:01 +0000 - (source)
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C’était il n’y a pas si longtemps, à une époque où l’air était pur et les forêts recouvraient notre pays. L’eau des ruisseaux était limpide et l’on mourait d’une rage de dent à trente ans.

Le village était florissant et reconnu dans tout le comté pour le savoir-faire de ses habitants : la plupart étaient bourreaux de père en fils.

Chaque famille avait sa spécialité. Faire souffrir lentement. Faire avouer rapidement. Torturer de manière spectaculaire. Tuer efficacement et sans douleur. Ces derniers étaient particulièrement appréciés par l’administration publique. Quoiqu’il en soit, chacun avait sa clientèle, son histoire, son patrimoine et sa fierté. Le village exportait sa compétence dans tout le pays et même au-delà !

Un jour d’été, une étrange rumeur se fit dans le village. Le gouvernement étudierait en secret la ratification d’une charte des droits de l’humain. Cette charte comportait l’abolition pure et simple de toute peine de mort, qu’elle soit rapide ou longue et douloureuse. De même, la charte prohiberait la torture sur l’ensemble du territoire.

Le village était bien entendu fortement opposé à cette charte. Elle signifiait la ruine économique pure et simple. La fin d’une tradition séculaire, d’un art transmis de génération en génération.

Le village était souvent pris en exemple dans les débats politiques qui dégénéraient souvent en violentes manifestations.
— Il faut bien que les gens du village vivent ! disaient les uns.
— Comment voulez-vous offrir une reconversion professionnelle à ces centaines de familles ? renchérissaient les autres.
— On peut ne pas être d’accord, ils ne font que leur boulot ! assénaient les troisièmes.

Le mouvement étudiant prit fait et cause en faveur de la charte. Après quelques sanglants débordements, les meneurs furent arrêtés et condamnés à mort. Le bourreau qui vint du village était justement un jeune homme qui avait beaucoup voyagé. Avant de porter le coup fatal, il s’adressa discrètement à ses victimes.
— Vous savez, je pense que vous avez raison. On ne peut pas tuer les gens, le progrès nécessite d’abolir la peine de mort. Je tenais à vous remercier pour votre combat. Puis-je vous serrer la main ?
— Mais ne vas-tu pas nous tuer ?
— Que voulez-vous, c’est mon boulot. Je n’ai pas le choix. Mais je suis de tout cœur avec vous.

Le bourreau accomplit son œuvre sans discuter. Les étudiants survivants en firent un symbole et le remercièrent pour son humanité et son courage.

Il devint un médiateur entre les deux parties et mit fin au conflit en prononçant un discours désormais célèbre.

« Tuer et faire souffrir les gens est une coutume barbare. Nous sommes d’accord que le progrès ne peut se construire que sur le respect de l’homme. L’humanité ne peut progresser qu’en défendant l’intégrité de chaque individu.

Cependant, des familles entières sont héritières d’une tradition millénaire. Elles ont investi dans de la formation et du matériel de pointe. Elles vivent, boivent, mangent et consomment. Elles font tourner l’économie. N’ont-elles pas le droit de vivre elle aussi ? N’ont-elles pas le droit de voir leur travail respecté ?

Mettre à mort un humain ne me plaît pas. Mais c’est un mal nécessaire afin de faire vivre la société et les individus qui la composent. »

L’argument du bourreau fit mouche. Certes, le recours aux bourreaux devint de moins en moins populaire. Plus personne ne payait pour leurs services ou pour assister à une exécution. Les exécutions devinrent gratuites et étaient parrainées par des grandes marques de boisson ou de nourriture. Malgré une baisse notable de la criminalité, l’état encouragea les juges à se montrer sévères et lança un grand plan de subventions pour les bourreaux qui, sans cela, n’existeraient sans doute plus de nos jours.

Aussi, lorsqu’on vous explique que votre travail est inutile voire néfaste, lorsqu’on prétend qu’il est nécessaire de faire évoluer la société, rappelez-vous l’argument du bourreau : c’est votre job. Vous n’avez pas le choix. Et il y a des dizaines de gens comme vous qui vivent de ce travail. Certains sont trop vieux pour espérer une reconversion. Ils ont le droit de vivre. Alors, même si c’est néfaste, dangereux, inutile ou stupide, même si vous n’êtes pas vraiment d’accord avec ce que vous faites, il est nécessaire de défendre ceux qui, comme vous, ont le courage d’obéir et de faire leur boulot sans poser de questions.

 

Photo par Joan G. G.

 

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Printeurs 31

Mon, 08 Jun 2015 16:40:43 +0000 - (source)
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Ceci est le billet 31 sur 34 dans la série Printeurs

Depuis combien de temps suis-je enfermé sans bouger ? Depuis cet instant mythique que j’appelle naissance. Depuis combien de temps… Mais qu’est-ce que le temps si ce n’est une perception, une sensation, une douleur. Le temps, c’est la vie qui s’écoule goutte après goutte de notre corps. Le temps n’est que de la souffrance distillée, un tourment qui nous donne l’impression d’exister.

Les points blancs dansent devant mes yeux. La boule bleue grandit. Je suis seul face à l’univers. Enfin en sécurité. Pour la première fois de ma vie, j’ai la certitude que je ne vais pas recevoir de coups, que je ne vais pas me faire insulter. Étrange sensation. Je ferme les yeux. Lorsque je les réouvre, la boule bleue a envahi mon champs de vision. Je les referme. Des coups secouent mon corps, mon estomac se noue, un bruit furieux m’inonde et m’envahit tandis que je rôti sous l’effet d’une intense chaleur. Je ferme les yeux, je hurle et j’accueille la douleur comme une vieille amie trop longtemps absente. Mes yeux se révulsent et je disparait dans un torrent de noirceur infinie.

Le silence me réveille en sursaut. Tout mon corps semble peser une tonne et me tire vers le plancher. Avec difficulté, je m’extrait du vaisseau et me met à ramper sur le plancher. Éclairé par une blafarde lumière orangée, le hangar dans lequel je me trouve me semble gigantesque. Tournant la tête, je découvre une large ouverture donnant sur une boule lumineuse. Mon astéroïde ? Non, il n’est pas si rond. Sans doute un autre, rempli lui aussi d’usines, de travailleurs et de gardiens. Mais il ne fait aucun doute que mon vaisseau est arrivé par cette ouverture.

Je me débarrasse du scaphandre. Ma respiration est plus aisée mais je me sens tout de même particulièrement alourdi. Le silence m’étonne. Personne ne vient donc réceptionner la cargaison ? Après m’être trainé derrière une caisse, je me recroqueville, espérant pouvoir guetter sans être vu.

Les voix me réveillent. Une lumière vive et blessante inonde à présent le hangar. Deux hommes se rapprochent. Deux hommes grands, droits. Ils passent près de ma cachette et j’ai le temps d’examiner leur visage. Ils sont beaux. Leurs cheveux et leurs dents sont ordonnés. Ils marchent d’un pas énergique tout en discutant. Le plus âgé respire la confiance et l’expérience. Ses cheveux sont grisonnants et pourtant il parle et bouge comme un jeune homme. Leur accent m’est difficilement compréhensible, leur vocabulaire m’échappe le plus souvent. Mais je perçois l’essentiel de leur discussion.

— Tous ces travailleurs me semblent bien traités. Certes, leur travail est répétitif et peu épanouissant mais peut-être est-ce ce qui leur convient. Pourquoi veux-tu absolument les remplacer par des printeurs ?
— Ne soit pas naïf Nellio. Tous ces gens que tu as vu avec des belles casquettes bleues, des gants bleus et un tablier bleu ne font strictement rien. Ce sont des télé-pass à qui on fait croire qu’ils travaillent.
— Mais j’ai pourtant vu qu’ils vissaient des pièces, qu’ils assemblaient…
— Bien sûr. Un département assemble des pièces, un second les démonte et un troisième s’occupe du transport entre les deux premiers.
— Mais pourquoi ? Quel est le but ?
— Diminuer le nombre de télé-pass.
– C’est absurde !
— Pourquoi ? Les télé-pass veulent du travail. Les travailleurs veulent qu’il y ait moins de télé-pass qui soient payés à ne rien faire. Tout le monde est content.
— Mais dans ce cas, Georges, pourquoi avoir créé une fondation pour le bien-être des ouvriers ? Ne me dit pas que c’est juste pour ton image ?
— Il y a un peu de ça, c’est vrai. Le pouvoir a également besoin de contre-pouvoirs fantoches afin d’occuper les esprits et de dissuader les rebellions les plus profondes. Depuis que la religion est tombée en décrépitude, nous avons du nous rabattre sur les médias et les syndicats.
— Quoi ? Mais… Tu n’es donc qu’une ordure ?

Le jeune homme s’est arrêté et regarde le plus âgé avec une fureur à peine contenue. Je sens poindre une vague de violence, de haine. Intérieurement, je me réjouis du spectacle. Mais, à ma grande surprise, l’homme plus âgé lance un regard, un seul accompagné d’un sourire.

— Voyons Nellio. Tu te doutes bien que si je t’ai fait venir ici c’est que j’ai des motifs bien plus nobles.

Incroyable ! Cet homme semble également disposer du Pouvoir. Ou du moins d’une variante. Il est dangereux. Très dangereux !

— Ce que je viens de te dire est la version officielle, celle qui m’a permis d’arriver jusqu’ici sans éveiller les soupçons. Celle qui m’a permis de découvrir une horreur sans nom à laquelle le printeur peut mettre un terme.
— N’essaye pas de m’embrouiller Georges !
— Réfléchis Nellio, pourquoi t’ai-je amené ici si ce n’est pour te convaincre ? Où crois-tu que nous sommes ?
— On dirait une base souterraine pour les cargos spatiaux automatiques. Comme celui-ci. Une véritable pièce de musée qui doit dater de l’époque des mines spatiales.
— Tout juste !
— Enfant, je rêvais de voyager dans l’espace, de devenir astronaute, que ce soit comme mineur ou déboucheur de chiottes. Je ne savais pas encore que toute l’exploitation spatiale avait été abandonnée. Trop peu rentable.
— C’est effectivement ce qu’on peut lire sur les sites historiques. Une belle propagande.
— Car ce n’est pas le cas ?
— Regarde ce vaisseau, il est arrivé cette nuit.
— Quoi ? Mais…
— Il est chargé de marchandises.
— Hein ?

Les deux hommes sont entrés dans le vaisseau. Je tente de m’approcher mais leur voix ne me parvient plus. Qui sont-ils ? Et que font-ils ici ? Est-ce que le Pouvoir aura de l’effet sur eux ? Le plus vieux m’inquiète.

Ils ressortent, tenant à la main une poupée en plastique.
— Mais ces jouets sont complètement démodés. Plus aucun enfant n’en utilise de nos jours.
— Oui, ce vaisseau m’étonne. Il vient de coordonnées auxquelles nous n’avons plus fait de commandes depuis longtemps. Leurs produits ne se vendent plus.
— Que veux-tu dire George ? De quoi parles-tu ?
— Il me reste encore beaucoup à comprendre. Tout ce que je sais c’est que lorsqu’une usine a besoin d’un chargement d’un produit donné, elle remplit un vaisseau de rations alimentaires et l’expédie avec des cordonnées déterminées par le produit désiré. Au retour, le cargo est plein.
— Comment est-ce possible ? Qui remplit le cargo ?
— Je n’ai à ce jour aucune certitude mais toutes les hypothèses que je peux émettre sont toutes plus terribles les unes que les autres.
— Je sais ! Les prisonniers ! Je me souviens qu’il y a quelques années on a expédié les condamnés pour crimes graves dans les astéroïdes miniers désaffectés. Une forme de peine de mort moralement justifiable dans les médias qui avait fait scandale chez les étudiants.
— Ce n’est pas impossible mais ces prisonniers n’ont jamais été plus de quelques milliers, répartis dans toute la ceinture d’astéroïdes. Trop peu nombreux pour créer une industrie.
— Mais pourquoi ne pas faire travailler les télé-pass ? Et qui fabrique donc ces fichus jouets périmés ?
— Les télé-pass sont très protégés, ils ont de la famille, des amis. Et ils sont incompétents. Si nous les formons, il vont commencer à réfléchir, à déstabiliser le système. Si nous les exploitons, cela finirait par se savoir. C’est pourquoi je suis convaincu que ces fichus jouets, comme tu dis, sont produits par des humains qui souffrent, des humains exploités. Peut-être des enfants. Je suis persuadé que cette histoire d’astéroïde n’est qu’un écran de fumée qui sert à masquer un commerce peu avouable avec le sultanat islamiste.
— Quoi ? Tu voudrais dire que les musulmans…
— Quoi de plus logique ? Ils n’ont pas de scrupules, pas de sécurité sociale. Ils ont de la main d’œuvre et de la matière première. Par contre toute la région est un désert ultra-pollué par le pétrole et les retombées radioactives. Ils crèvent donc littéralement de faim.
— C’est… C’est affreux !
— Oui. C’est pourquoi le printeur est un outil primordial. Il nous permettra de mettre fin à cet odieux échange.
— Mais il faut le dénoncer tout de suite ! Il faut arrêter ça immédiatement.
— Nellio, tout ce que nous achetons, tout ce que nous utilisons provient de ces usines cachées. Tes vêtements, ton neurex, ton ordinateur. Sans eux, nous ne sommes plus rien. Sans eux, il deviendra évident que les télé-pass font un travail inutile. Toute notre société risque de s’écrouler ! Le chaos ! L’anarchie !

J’ai cru un moment qu’ils parlaient de l’astéroïde mais les phrases sont complexes, les mots étranges. Changeant d’appui pour mieux entendre, je heurte mon casque de la main. Ce dernier roule sur le sol en un bruit de tonnerre qui se répercute dans tout le hangar. Les deux hommes se figent et se tournent brutalement vers moi.

— Mais qu’est-ce que…
— Qui…

Je me redresse avec lourdeur et, tout en gardant mon regard fixé sur l’extrémité de mes orteils, articule une présentation improvisée :
— G89, à vos ordres chef !

 

Photo par Photophilde.

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